Archives de catégorie : Fiction

Les corneilles du septième ciel (21&22)

temps de lecture : 6 minutes 

Chapitre XXI

L’Echo du Bas de l’Aisne

Mardi 2 novembre 1997.

Rebondissement heureux dans l’affaire de la disparition samedi soir d’une jeune femme qui se rendait chez des amis à Chants de Fées ! En réalité, celle-ci, d’un naturel fort distrait, avait raté la petite gare de Chants de Fées. Descendue à la station suivante, celle de Château-Thierry, elle n’avait pas trouvé de train pour la reconduire à sa destination initiale en raison de l’heure tardive. Elle fut donc contrainte de dormir à l’Hôtel des Voyageurs sans réussir à prévenir les Crandaret dont la ligne téléphonique était en dérangement suite aux travaux d’aménagement de l’autoroute A 89. Le lendemain à l’heure de l’apéritif, elle arriva chez ses hôtes mais la maison était close. La jeune femme ignorait qu’ils étaient retenus au commissariat de Police de Château-Thierry à cause de sa disparition. Fort dépitée, elle pensa s’être trompée de date ce qu’elle ne put vérifier auprès de leur voisin, monsieur Minette, toujours au courant de Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (21&22)

L’affût

C’est la seconde publication de ce texte paru une première fois le 13 décembre 2015. Je n’y ai rien changé, sauf son titre. Il s’appelait « Incipit » et, si vous lisez la note de bas de page, vous saurez pourquoi. Il s’appelle aujourd’hui « L’affût », parce que, finalement, tout le monde, ne parle pas latin. 

temps de lecture : 4 minutes 

Il était étendu à plat ventre sur les aiguilles de pin, le menton sur ses bras croisés et, très haut au-dessus de sa tête, le vent soufflait sur la cime des arbres.(*)Comme la fumée d’un incendie, les nuages se précipitaient vers l’est, cachant la lune puis la révélant à nouveau. Alors, les quelques plaques de neige qui n’avaient pas encore fondu luisaient entre les arbres.

Gary n’avait pas froid. Ne sachant pas vraiment ce qui l’attendait, il avait revêtu sa grosse veste à col de fourrure, il avait mis ses gants fourrés, et enfoncé son bonnet de laine jusqu’aux oreilles. Il se sentait bien. S’il n’y avait pas eu l’excitation de cette première fois, il aurait même pu s’assoupir.

C’est Holden qui lui avait montré l’endroit en lui recommandant de ne pas bouger, ne pas fumer, ni manger, ni boire, sans quoi il risquait de faire rater toute la manoeuvre. Il lui avait expliqué que Jay serait à une vingtaine de mètres à sa droite et Peter à la même distance à sa gauche. De cette manière, à eux trois ils couvriraient toute la largeur du défilé. Continuer la lecture de L’affût

Les corneilles du septième ciel (20)

temps de lecture : 7 minutes 

(…) A l’évidence, Lorenzo ignorait la critique dithyrambique de ce film rédigée par Philippe pour la revue Télérama à laquelle il collaborait depuis ses derniers succès littéraires. La grande Fabienne Pascaud avait condescendu à lui octroyer un sourire plus ambigu qu’admiratif auquel il n’avait pas été insensible malgré tout le mal qu’il avait déversé sur elle et son journal. D’ailleurs, cet hebdomadaire à la mode, il le trouvait plus gauchiste que chrétien, ce qui ne constituait en rien une excuse.

Chapitre XX

A la terrasse ensoleillée du Cyrano, Françoise demanda à Lorenzo ce qu’était la photo. Sa réponse emprunta des chemins plus tortueux que convaincants dont lui-même doutait de la pertinence :

 « Longtemps je me suis réveillé de bonne heure avec une sacrée migraine, cette maladie vieille comme le monde, certes bénigne mais fort handicapante au quotidien, décrite Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (20)

Les corneilles du septième ciel (18)

temps de lecture : 2 minutes 

(…) Quand, pour la première fois, Françoise fit part de ses travaux à Philippe, ce dernier eut le tort de lui rire au nez en affirmant de façon péremptoire qu’elle était bien mal placée pour douter de l’efficacité de la psychanalyse. Cette assertion ne pouvait en aucun cas constituer une preuve et s’avéra en plus une erreur fatale : il n’avait pas perçu, alors que c’était pourtant son métier, que la personnalité de son ancienne patiente avait évolué. Elle le lui fit remarquer de la manière la plus cinglante qui soit :

– Philippe, vous n’êtes pas psychologue pour un sou mais psychanalyste pour beaucoup.

Chapitre XVIII

Annick avait rencontré sur un champ de fouilles entre le Tigre et l’Euphrate un drôle de spécimen que seule l’archéologie pouvait produire. Marié avec une femme qui l’ennuyait à mourir, ses enfants partis depuis longtemps, Pierre Lepovre n’avait pas longtemps résisté aux charmes d’Annick qui, il faut le reconnaître, ne sautaient pas aux yeux, surtout d’un myope. D’une naïveté qui en avait impressionné plus d’un, Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (18)

Les corneilles du septième ciel (17)

temps de lecture : 4 minutes

(…) « Mieux vaut un bon scanner qu’une heure de bavardages ». Les conséquences de ces dérives ne se firent sentir que vingt ans plus tard lors d’une épidémie qu’aucun professeur n’avait prévue, ce qui était excusable, et qui submergea des hôpitaux devenus, par leur faute, incapables d’y faire face, ce qui était impardonnable.

Chapitre XVII

La nouvelle vie de Françoise l’enthousiasmait : elle découvrait les  neurosciences, un domaine dont l’origine ne remontait qu’aux années cinquante. Un nouvel examen, l’Imagerie par Résonance Magnétique, révolutionna l’exploration du cerveau. Les américains avaient entrepris la construction d’un appareil géant, grand comme une maison, qui allait permettre de suivre le cheminement des informations dans les neurones et dans les deux sens : leur stockage et leur retour à la conscience. Ainsi allait être démontrée la part Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (17)

Les corneilles du septième ciel (16)

temps de lecture : 2 minute

(…) En l’écoutant, Françoise réalisa que son enfance à elle, qu’elle avait toujours jugée sinistre, ne l’était peut-être pas autant que d’autres comme celle de ce photographe. Annick, de son côté, considéra que cet ahuri en rajoutait un peu pour se mettre en valeur. Comme elles en discutèrent plus tard ensemble, il n’y avait pas de réponses à leurs interprétations divergentes : aucune preuve ne pouvait démontrer la validité de l’une ou de l’autre. Telles sont les vies des gens : elles n’expriment pas toujours leurs propres différences mais les différences entre ceux qui les voient et les jugent.

Chapitre XVI

Françoise avait désormais pris de l’assurance. Elle en attribuait le mérite en partie à son analyse et en partie à son changement d’orientation professionnelle où elle s’épanouissait. Chaque jour, elle découvrait autre chose que l’horizon désolé de la campagne poitevine et le regard vide d’un poilu couleur kaki délavée. Sa récente rupture avec Annick ne l’avait pas perturbée et elles étaient restées les meilleures amies du monde. Reconnaissons que la vie de province favorisait son investissement dans des études qui, par ailleurs, la passionnaient. Elle fut nommée Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (16)

Les corneilles du septième ciel (15)

temps de lecture : 4 minutes 

(…) Elle constata aussi que ses hypothétiques prétendants prénommés Philippe avaient tous les deux un âge et une calvitie avancés. Cette dernière curiosité l’intrigua et elle se promit d’en demander la signification à son ex-psy qui la courtisait, lui aussi, depuis qu’elle était chef de clinique en Neurologie au CHU de Poitiers. Dans son escarcelle de prédatrice, elle envisagea de mettre une troisième victime, un photographe rencontré sur les quais.

Chapitre XV

Sur cette photo prise par Lorenzo, le photographe en question, élève d’Henri Cartier-Bresson, le plus grand de tous d’après lui, les deux jeunes femmes, Annick à gauche et Françoise à droite, se baladent dans Paris un jour de pluie. Comme il tenait à leur offrir les clichés qu’il venait de prendre d’elles, il les invita à la terrasse du Voltaire, un café sur le quai du même nom, pour échanger leurs adresses et continuer leur conversation. Lorenzo prétendait avoir été médecin dans le passé mais ni Françoise ni Annick n’en semblaient convaincues. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (15)

Blandin prend l’autobus

temps de lecture : 4 minutes 

Ce matin, j’ai croisé Blandin. Ça m’a fichu un  coup !
Il ne devait pas être loin de neuf heures et je descendais tranquillement la rue Monsieur-le-Prince, le nez en l’air et l’esprit préoccupé du seul souci du temps qu’il ferait tout à l’heure, car le bulletin météorologique avait annoncé des averses passagères et j’avais oublié mon parapluie.
C’est au moment où je débouchais dans le carrefour de l’Odéon que je le vis. Je m’arrêtai net au bord du trottoir et me dissimulai à demi derrière la masse jaune d’une grosse boîte à lettres des P.T.T. car je ne tenais pas à le rencontrer. On verra pourquoi tout à l’heure.
Blandin était sur la chaussée, au beau milieu de ce carrefour qui, certes, est petit par la taille, mais réputé dangereux par la complexité des flux circulatoires qui s’y affrontent. L’homme dansait sur le bitume une sorte de samba syncopée, sautillant sans élégance pour éviter autos, vélos, trottinettes et camionnettes  qui se succédaient en flot continu. De la direction générale qu’il donnait à ses petits pas, je déduisis que, venant de la rue des Quatre-Vents, il tentait vainement de rejoindre le Boulevard Saint-Germain.  Soudain, un brusque saut de côté Continuer la lecture de Blandin prend l’autobus

Les corneilles du septième ciel (14)

temps de lecture : 3 minutes

(…) Les enquêtes farfelues de l’inspecteur avaient fait ses délices d’étudiante dans sa petite chambre chez les Soeurs Augustines de Poitiers. Après, lui dit-t-il, son style avait évolué plus par lassitude que par volonté mais il connut alors la célébrité avec Les Corneilles du Septième Ciel aux multiples récompenses. Françoise l’avait lu aussi et lui demanda :

– Mais l’histoire se passe en Afrique, n’est-ce pas ? Vous connaissez donc l’Afrique ?

Chapitre XIV

Au début de sa première vie d’ingénieur, son entreprise avait été missionnée pour reconstruire après un incendie une ferme que possédait au pied du Ngong une femme d’origine scandinave. Ce n’était pas la vue de sa chambre d’étudiant à Vincennes donnant sur la fosse aux lions du zoo qui l’avait incité à partir au Kenya. Non, au départ, ce jeune ingénieur frais émoulu de la célèbre Ecole des Ponts et Chaussées dont il énumérait en guise de présentation tous les termes un à un en séparant et en martelant chaque syllabe pour qu’on comprenne bien de quoi il s’agissait (ce qui en énervait plus d’un), s’y rendit pour diriger les travaux de reconstruction. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (14)

Les corneilles du septième ciel (13)

temps de lecture : 3 minutes

(…) Pris de court et parant au plus pressé, Edward envisagea de lui dire des répliques cultes du cinéma bien qu’aucune ne lui sembla adaptée, comme  « T’as d’beaux yeux, t’sais ? » d’autant que Françoise portait des lunettes de soleil. « Atmosphère, atmosphère … » collait mieux à son dépaysement intellectuel dans ce lieu, mais « C’est lourd, soit, mais c’est lourd » avait le mérite d’être décalé et assez spirituel à condition que son gibier ait eu connaissance de ce chef d’œuvre du septième art sorti sur les écrans plus de cinquante ans auparavant ce qui, vu sa jeunesse, n’était pas sûr. Sans avoir encore trouvé la réplique la mieux adaptée à cette attaque surprise, Edward ne put que balbutier d’une voix chevrotante :

– Non, monsieur.

Chapitre XIII

Françoise n’en revenait pas de son audace. Elle avait abordé un homme, qui plus est d’âge mûr, telle une courtisane à la recherche d’un vieux gigolo pour l’entretenir ! Dans ses années-là d’avant le féminisme, une telle attitude relevait de la débauche ; aujourd’hui, cette démarche serait considérée comme une réhabilitation de la dignité de la femme. Qu’avait bien pu en penser sa victime ? Pour excuser sa méprise, elle avait invoqué Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (13)