Archives de catégorie : Fiction

Les corneilles du septième ciel (32)

Chapitre 32

Pendant sa garde à vue, Ph. apprit les noms des enquêteurs. Non seulement, il connaissait les capacités intellectuelles hors normes de ses anciens camarades de promotion mais il se souvenait aussi de ses expéditions punitives chez les ragondins de la Palmyre avec l’un d’entre eux, Bruno Body, qui était l’auteur d’une thèse remarquée sur l’« Echec de la domestication du ragondin des Andes en Charente-Maritime de 1492 à nos jours ». Il était convaincu que ce dernier ne se laisserait jamais abusé par le scénario, au demeurant fort astucieux, qu’il avait échafaudé pour faire porter la responsabilité de la mort de son maitre chanteur à des ragondins soi-disant Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (32)

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 2

Voici un extrait d’HISTOIRE DE DASHIELL STILLER, 435 Pages, 12€ sur Amazon.fr

Extrait du chapitre 2 : Antoinette Gazagnes

C’est au tour d’Antoinette, la patronne du café Le Cujas, de se raconter devant Stiller. Orpheline, élevée dans un couvent du côté d’Aurillac, un brave type du coin est venue la chercher pour l’épouser et l’emmener à Paris pour ouvrir un bistrot auvergnat. Ça marchait bien pour eux, ils avaient même pris un café plus chic, Boulevard Saint Michel. Tout allait bien jusqu’à ce que le mari d’Antoinette se fasse tuer au front en 1916. Alors, elle a continué à tenir le Cujas, toute seule, et ça marchait bien aussi.

(…)

« La vie s’est écoulée comme ça, tranquille, jusqu’à ce qu’ils nous flanquent encore une guerre, en 39, en septembre. Faut dire qu’au début, on n’aurait pas vraiment dit une guerre…

Ah ? Je vais trop vite ? C’est vrai que vous vouliez que je vous parle de la photo. Bon, d’accord. La photo, je crois que c’était en 1935, en mai. 1935, j’en suis sûre, parce que c’est l’année où on a lancé le Normandie. Pour le mois, j’en suis moins sure. Disons fin avril, début mai. Il devait faire beau, parce que j’avais ouvert la vitrine sur la terrasse. Là, en robe rouge, derrière le comptoir, c’est moi bien sûr. A côté, c’est le petit Robert, le pauvre. Robert Picard… A l’époque, c’était mon apprenti. Il est resté presque deux ans Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 2

Going dutch

Publié précédemment le 11 novembre 2020 sous le titre « La dame de Chez Lipp »

temps de lecture : 4 minutes 

Chez Lipp, dans l’angle Nord-Est de la première salle, juste sous le petit panneau cartonné suspendu à une patère qui « pour la tranquillité de la clientèle, demande aux utilisateurs de téléphones portables de renoncer à s’en servir à table », il y a une femme qui n’y a pas renoncé.

Elle est entrée, seule, brune et pâle, l’oreille collée au petit écran.  Au maitre d’hôtel qui l’a reçue comme une habituée, elle n’a pas adressé un regard. Par un imperceptible mouvement de la tête, elle a refusé les services de la demoiselle du vestiaire et, sans interrompre sa conversation, dans un mouvement compliqué accompli avec la dextérité que seule donne une grande habitude, elle s’est débarrassée de son imperméable. Elle l’a posé sur la banquette, noire, noire comme son sac, comme son tailleur, comme ses chaussures et s’est assise à côté tout en continuant à parler.

On ne l’a pas vue passer commande, mais, quand le garçon lui apporté tout d’abord une corbeille de pain, puis une bouteille d’eau minérale, puis le « merlan en colère », son plat sans doute habituel, elle l’a accueilli d’un sourcil levé réprobateur sans Continuer la lecture de Going dutch

Les corneilles du septième ciel (31)

Chapitre 31

Bruno Body et le suspect avaient fait leurs études secondaires ensemble au Lycée Saint Louis, à deux pas du Cyrano qu’ils fréquentèrent assidument dès qu’ils purent remplacer le chocolat chaud de leur goûter par des demis de Leffe. Leurs familles catholiques pratiquantes les avaient inscrits aux scouts de France ce qui leur permit pendant les grandes vacances de visiter notre beau pays à moindres frais. Tous les week-ends de l’année, ils partaient avec leur groupe dormir tantôt dans la forêt de Fontainebleau, tantôt sur les voies ferrées désaffectées de la banlieue nord.

Astreints comme tous leurs camarades au rituel de la totémisation*, ils choisirent le leur avec l’aide de leurs parents bienveillants. Pour Bruno, ce fut l’âne, à cause de Bob, suivi d’ébouriffé, un totem qui ne reflétait pas du tout son Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (31)

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 1

Voici un extrait d’HISTOIRE DE DASHIELL STILLER, 435 Pages, 12€ sur Amazon.fr

Extrait du chapitre 1 : Marcel Marteau

Marcel Marteau est ébéniste rue Monsieur le Prince. Sur la photo de Stiller, il est debout, au zinc, à demi caché par la vitrine repliée, à coté d’Antoinette Gazagnes, la patronne du Cujas. C’est lui que Dashiell rencontre en premier. Il lui raconte ses souvenirs du temps où il fréquentait le café du Boulevard Saint Michel.

(…)

Et vers les dix heures, j’avais toujours une petite faim, vous comprenez. Alors, j’allais au Cujas. Je prenais un petit verre d’aligoté et un œuf dur, quelquefois deux. Je discutais avec la patronne, Antoinette. C’était ouvert tous les jours, le Cujas. Alors j’y allais tous les jours, même le dimanche. Faut dire que le dimanche, je travaillais tout pareil. Trente ans comme ça : dix heures, un petit aligoté, un œuf dur, tous les matins. Sauf pendant la Grande Guerre, bien sûr. Je pouvais pas y aller, forcément. J’ai fait quatre ans dans l’aviation. Je réparais les avions. Tout était en bois à l’époque, vous savez, en bois et en toile, sauf le moteur, c’est sûr, alors les ébénistes, c’était recherché. Quatre ans dans l’aviation, pas volé une seule fois. Quatre ans de guerre, pas une seule égratignure. Ah si ! Je me suis Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 1

Les corneilles du septième ciel (30)

Chapitre 30

A l’Hôtel du Ragondin Bienveillant où il dormit à Fontenay, Ph. s’était levé de bonne heure et avait quitté les lieux avant même l’ouverture de la salle à manger pour le petit déjeuner, fait aussi surprenant qu’inhabituel chez lui. Malgré la saison, il faisait donc encore nuit quand il s’installa au volant de sa voiture. Aux alentours de six heures du matin et de la capitale du Marais, il s’arrêta pour prendre de l’essence et le pompiste, qui n’était pourtant pas un ancien camarade d’Ecole, l’identifia formellement lors de l’enquête ultérieure. A Coulon, un complice l’attendait à l’embarcadère de la Pigouille avec lequel il monta sur une petite barque qui disparut dans un canal latéral. Le responsable affirma que Ph. portait enroulé autour de son poignet droit le même fouet que celui d’Indiana Jones. Pourquoi s’enfonça-t-il dans le marais avec cette arme redoutable ? La perspicacité de nos trois enquêteurs aboutit assez vite à la conviction qu’il s’apprêtait à commettre un vilain forfait. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (30)

Les corneilles du septième ciel (29)

Chapitre 29

Ce sont trois vieilles connaissances du JdC, les inspecteurs Jim Nastyck, Bruno Body et Edgar Kiné, enfin débarrassé de son nom à rallonge, ceux-là même qui avaient résolu jadis le mystère de l’assassinat de six innocents à Saint Brévin les Pins, que le Procureur de la République commit pour enquêter sur la disparition suspecte de Lorenzo dell’ Acqua, le délicat commentateur et l’intermittent photographe du JdC. A coup sûr, ce magistrat ignorait que nos trois limiers de la PJ rodés aux crimes les plus crapuleux avaient fait leurs études avec l’écrivain goncourtisé Ph. C., le principal suspect du drame survenu dans le Marais Poitevin. Comme lui, ils avaient été les lauréats du prestigieux concours de l’Ecole des Pompes et Chaussettes. Dépêchés sur les lieux du drame, ils y avaient retrouvé Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (29)

La Tour Eiffel qui penche ! (5/5)

temps de lecture : 5 minutes

Résumé des chapitres précédents :
La tour Eiffel penche ! Que d’un côté, mais pas qu’un peu ! C’est un dénommé Ratinet, photographe, qui s’en est aperçu. N’écoutant que son devoir, il a voulu en informer la Direction de la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel, mais celle-ci (la Direction, pas la Tour, la pauvre) n’a pas voulu fermer le monument aux touristes pour ne pas contrarier ses actionnaires. Mais elle a quand même fait deux choses : au photographe, elle a fait prendre un ascenseur privé très spécial (le pauvre homme n’en est pas revenu, de cet honneur) et à la Tour, elle a secrètement accolé une énorme structure de soutien. Mais la Presse s’est emparée de l’affaire, et quand la Presse s’empare de quelque chose, il est toujours délicat de prévoir ce qu’elle va en faire. Voici :

Le lendemain de l’évènement tragique, à la page 6 d’un grand journal du soir, on pouvait lire :

« Accident mortel à la Tour Eiffel
Hier en fin de matinée, un visiteur a fait une chute mortelle depuis le deuxième étage de la Tour Eiffel. La Société d’Exploitation de la Tour Eiffel se perd en conjectures sur les raisons qui ont poussé cette personne à ouvrir la porte pourtant verrouillée d’une cage d’ascenseur désaffectée depuis plus de vingt ans. Le corps de la victime de ce malheureux accident, monsieur Gérald Ritinet, 37 ans, typographe, a été transporté à Bouseville, Calvados, dont il était originaire.
»

*

5-Le poids des photos 

Sur la page d’en face, une grande photo de la Tour Eiffel illustrait l’article suivant :

« La nuit dernière, le voisinage de la Tour Eiffel a été dérangé une bonne partie de la nuit par les travaux de montage d’une gigantesque structure métallique. Ces travaux, qui n’avaient pas été annoncé, commencés vers 22h45, se sont achevés à 5h30 heures du matin, ce qui, de l’avis des spécialistes, représente une véritable performance pour un ouvrage de cette importance. La construction réalisée Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche ! (5/5)

La Tour Eiffel qui penche ! (4/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…)
— Bon ! La tour penche ! Et alors ? s’énerva-t-il. Elle n’est pas la seule, que je sache ! Et Pise ! Vous avez pensé à Pise ? Elle ne penche pas, peut-être, la tour, à Pise ? Bien sûr qu’elle penche, la tour ! Et depuis des siècles, Monsieur ! Huit cents ans et des poussières qu’elle penche ! Et pas qu’un peu ! De presque 5 degrés, je me suis renseigné. Et est-ce qu’elle est tombée, la tour de Pise ? Non, Monsieur ! Pas une seule fois ! Alors, ne venez pas m’emmerder pour deux petits degrés ‘’environ’’! Et puis vous m’agacez, tiens !Jje vous retire mon invitation à déjeuner ! Zut à la fin ! »

4 La solution de Verdurin

Ladislas Verdurin avait eu le tort d’entourer le mot ‘’environ’’ de ce petit geste si ordinaire qui, pour matérialiser les guillemets qu’il avait mis dans son intonation, avait consisté à lever les deux mains à hauteur des épaules en dressant l’index et le majeur de chaque main de manière à former deux sortes de V, puis à plier ces quatre doigts à deux reprises.

C’est sans doute ce stupide petit geste qui fit passer Ratinet de la colère à la fureur. Se  levant brusquement de sa chaise de visiteur, il s’appuya des deux mains sur le bureau directorial et, se penchant brusquement en avant, il glapit à la face d’un Verdurin médusé :

« Non mais dites-donc, espèce de Président à la gomme, vous vous rendez-compte de ce que vous dites ? La Tour Eiffel ne tombera pas parce qu’elle penche moins que la Tour de Pise ! C’est totalement idiot ! Et puis, aujourd’hui c’est deux degrés, mais demain, combien ? Trois, douze, quarante-cinq ? Qu’est-ce que vous en savez ? A partir de combien de degrés vous allez faire évacuer les touristes ? A moins que vous n’attendiez qu’elle ne se redresse toute seule, la tour ? On ne sait jamais, après tout… un bon coup de vent, et hop, problème résolu !

Sous la violence de l’assaut, Verdurin était retombé dans son fauteuil.
«  Mais, monsieur, protestait-il, je ne peux pas fermer la Tour comme ça, pour un oui ,  pour un non ! J’ai des obligations, moi monsieur, des obligations envers les Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche ! (4/5)

Les corneilles du septième ciel (28)

Chapitre XXVIII

Nous apprenons à l’instant la disparition aussi soudaine qu’imprévue de Lorenzo dell’Acqua dont le roman inachevé laissera bien des lecteurs et surtout des lectrices dans la plus profonde désolation. D’après ses proches, il aurait été meurtri par les critiques d’un éditeur connu qui considérait que son œuvre pourtant admirable de sincérité et d’honnêteté n’était qu’une banale autobiographie. Il ignorait que Lorenzo était en accord avec les penseurs les plus modernes de son temps pour qui la fiction était désormais dépassée bien que, selon lui, la frontière entre ces deux genres littéraires avait toujours été floue. « Ecrire, c’est parler de soi, et parler de soi, c’est obscène parce que si on parle de soi de manière transparente, on se déshabille, et si on parle de soi de manière trouble, on se travestit ».

D’après un de ses amis médecin, la disparition de Lorenzo ne pouvait pas être en rapport avec une éventuelle blessure narcissique incapable selon lui d’ébranler sa confiance exagérée en lui. Peu de temps avant son départ, il s’était confié au Rédacteur en Chef du JdC attablé comme tous les matins à la terrasse ensoleillée du Panthéon devant les colonnes de ce vaste édifice funéraire dédié aux héros de notre pays et en particulier à nos écrivains célèbres. Sa famille espérait le voir Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (28)