Archives du mot-clé Lorenzo

Les portraits de Lorenzo – 5

La fille de Philippe L. n’a pas le visage torturé de son célèbre père. Au contraire, elle a un visage d’ange. C’est une transposition saisissante de docteur Jekyll and mister Hyde. Chaque fois que je la vois, j’en demeure sidéré.

Lui et sa femme, les B., avaient décidé de partir le plus tôt possible passer leur retraite à Lesconil, petit port breton entre Le Guilvinec et la pointe de Penmarc’h. J’avoue avoir éprouvé une certaine jalousie et je les enviais d’aller vivre dans cet endroit charmant que je connaissais bien. C’est un lieu rêvé pour la photographie ! Ils revinrent me voir après y avoir passé leur première année complète. L’hiver avait été une épreuve terrible. Là-bas, il n’y avait personne à qui parler à part quelque vieux breton sénile, il n’y avait pas un magasin d’ouvert avant Quimper, pas un sourire à rendre, pas un ami à qui se confier, pas une chaleur à partager. Et cela dura pendant six mois. Ils revinrent vivre… à Paris. Je n’ai pas oublié la leçon.

 

ET DEMAIN, UNE PHOTO DE MODE À PARIS

Les vacances du petit Lorenzo – 3

LES BASSINS

La tradition familiale enfouie dans la nuit des temps avait instauré un rythme de vie qui posait de sérieux problèmes à  mes petits camarades. Eux remontaient de la plage pour aller déjeuner quand nous, nous y descendions vers treize heures, moment béni où nous y étions seuls. A ce moment de la journée, le sable brûlait nos pieds et la mer n’était pas toujours là pour nous rafraîchir. C’était épouvantable quand, petit, je m’apercevais que tant d’efforts pour parvenir jusqu’à la plage n’étaient pas récompensés : un vide à perte de vue sans une goutte d’eau où tremper un orteil. On était bien obligés de construire des bassins. Ce sont les ainés qui transmettaient aux plus jeunes et aux nouveaux venus la technique assez complexe de la construction des bassins. Au départ, de toute façon, il n’y avait vraiment pas d’eau. On creusait une petite rigole non pas parallèle à la plage mais inclinée vers l’endroit où on allait ensuite établir le réservoir ou bassin. La rigole ne pouvait se creuser qu’avec une pelle enfoncée à quarante cinq degrés dans le sable que l’on tirait jusqu’à épuisement. On refaisait la Continuer la lecture de Les vacances du petit Lorenzo – 3 

Les vacances du petit Lorenzo – 2

LES SLIPS DE BAIN EN LAINE

Bien d’autres interrogations essentielles se posaient à Tharon. Je n’ai jamais compris la raison d’être des maillots de bains en laine. J’ai bien dit en laine, comme un pull over. D’abord, cela avait un côté ridicule parce qu’il n’y avait pas d’élastique. Le slip baillait donc de tous côtés ce qui n’était pas très indécent vu notre âge mais nous obligeait néanmoins à une certaine vigilance. Ensuite dans l’eau, cela devenait lourd pour Continuer la lecture de Les vacances du petit Lorenzo – 2 

Les vacances du petit Lorenzo – 1

Voici ce qu’a écrit Lorenzo en exergue de son petit recueil de souvenirs de vacances dans la villa Mektoub à Tharon-Plage, Loire-Inférieure.

 Ce ne sont que de banals souvenirs d’enfance comme tant d’autres mais que l’on ne peut se résoudre à effacer de notre mémoire. Les vacances à Tharon-Plage en Loire-Inférieure, une station balnéaire récente et sans charme, construite de bric et de broc, une clientèle populaire vivant les premiers bonheurs d’après-guerre et la poésie méconnue de René-Guy Cadou à l’image de ce pays, simple mais si vraie. C’est là que j’ai grandi.

Parmi les courts textes qui composent les souvenirs de Lorenzo, j’ai choisi d’en publier certains, ceux qui m’ont rappelé mon Tharon-Plage à moi. Et le vôtre ? Où était-il ?

 LES GROSSES VAGUES

Moi, ce que j’aimais par dessus tout, c’était les grosses vagues. Au début, quand j’étais petit, il y en avait souvent. Puis la fréquence de cet événement tant attendu diminua au fur et à mesure que j’approchais de mes un mètre quatre vingt dix définitifs. Mais, pour mon plus grand bonheur, il y eut toujours des grosses vagues au moment des grandes marées du quinze Août. C’était terrible et merveilleux ! Le vent soufflait fort et il faisait presque froid. La plage était déserte et une fine pellicule de sable courait au ras du sol et nous piquait les mollets. La mer était déchaînée et nous n’avions devant nous qu’un mur ininterrompu et mouvant d’écume blanche qui roulait inlassablement vers nous. Parfois une vague énorme se creusait, montait vers le ciel et explosait dans un fracas assourdissant. Il n’était pas difficile de se mettre à l’eau car nous étions vite trempés par l’écume que soufflaient les rafales venant de l’Ouest. Et puis le grand jeu commençait : d’abord se laisser renverser en riant puis plonger au dernier moment quand la vague s’annonçait trop violente et qu’il fallait passer au dessous pour ne pas être happé et broyé par la force du rouleau. Enfin, suprême plaisir, réussir à attraper le sommet de l’une d’entre elles et se laisser porter en surfing jusque sur la plage. Les échecs étaient nombreux et cuisants, les culbutes violentes et douloureuses dont on se relevait étourdi, courbatu et la peau éraflée au contact du fond sablonneux et des coquillages. On restait des heures à rouler et plonger, se relever et repartir, convaincus que la prochaine vague serait encore meilleure, c’est à dire plus effrayante que les précédentes. Et nous jouions ainsi jusqu’à ce que la marée descendante atténue peu à peu la violence des flots. L’angoisse nous prenait alors en même temps que les premiers frissons. Connaîtrions-nous encore des jours à grosses vagues ? Telle était la terrible question de nos cœurs d’enfant que nos cœurs d’adulte se poseraient à nouveau la cinquantaine venue.

 

ET DEMAIN, MADEMOISELLE DE JONCQUIERES

Les portraits de Lorenzo – 4

Lorenzo dell’Acqua, invité maintenant régulier du Journal des Coutheillas, nous parle du Grand Meaulnes.

Dominique B. est écrivain. Je m’aperçus par hasard qu’elle avait écrit la préface d’une édition du Grand Meaulnes que je m’empressai de lire. Ses commentaires me semblaient pertinents sur la forme mais inexacts sur le fond. Le Grand Meaulnes n’est pas que une jolie histoire d’Amour pour adolescents, c’est un roman d’adultes, triste et désespéré. Un jour, je lui fis part de mes doutes : une femme ne pouvait pas comprendre le Grand Meaulnes car c’est une histoire de garçons. D’ailleurs, la plupart des femmes ne l’ont pas aimé. Dans ce roman, les jeunes filles n’existent pas ou sont à peine esquissées comme des images de contes de fée ou des caricatures diaboliques. Madame B. avait été choquée par mes propos mais m’avoua plus tard qu’ils avaient éclairé un souvenir étrange : un jour qu’elle faisait une conférence sur le Grand Meaulnes, elle n’avait pas compris pourquoi l’auditoire était exclusivement masculin !

Le Grand Meaulnes n’en est pas pour autant un roman homosexuel. François est fasciné, non par le personnage, mais par l’aventure de Meaulnes et Meaulnes est fasciné, non par le bohémien, mais par la vie qu’il s’est choisie. J’ai trouvé une préface (néanmoins écrite par une femme, madame Hélène Tronc) qui rejoint ma propre perception : « Ici les trois garçons représentent trois facettes conflictuelles qui peuvent coexister chez un même individu. Le roman n’offre pas de résolution ». Ce sont bien les trois Continuer la lecture de Les portraits de Lorenzo – 4 

Les portraits de Lorenzo – 3

Je n’oublierai jamais monsieur C. qui était lecteur chez Gallimard ! Le terme n’est peut-être pas le bon mais il lisait les manuscrits et sélectionnait ceux dignes d’être publiés. Quand il prit sa retraite, monsieur Gallimard, qui devait avoir beaucoup d’estime pour lui, lui proposa la direction d’une collection dépendant de sa maison d’édition, L’Arpenteur. Bernard C. ne serait plus salarié mais rémunéré au pourcentage des ventes. Il accepta l’offre. Le premier livre qu’il choisit avait été refusé par toutes les autres maisons d’édition. Il s’agissait de   » La première gorgée de bière «  de Philippe Delerm. Le succès dépassa ses espérances et celles de son éditeur puisque l’ouvrage se vendit à plus d’un million d’exemplaires, troisième plus grosse vente de tous les temps ! Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître ! Le jeune retraité Continuer la lecture de Les portraits de Lorenzo – 3 

Les missions de Lorenzo (1)

Dans la journée, Lorenzo dell’ Acqua se promène souvent. Il se donne des missions : parcourir tel quartier, déambuler dans tel musée, faire tant de kilomètres. Il en tire des photographies accompagnées souvent de commentaires, parfois de brèves histoire. Il appelle ça ses « Écrits illustrés de Paris ». Moi je les range sous le titre générique « Les missions de Lorenzo ».

(…) Ma mission ayant donné un résultat plus que mitigé, je décide par prudence de ne pas en dire un mot à H. N. pour des raisons capillaires. Je reviendrai aux beaux jours, on ne sait Continuer la lecture de Les missions de Lorenzo (1)