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Les missions de Lorenzo (1)

Dans la journée, Lorenzo dell’ Acqua se promène souvent. Il se donne des missions : parcourir tel quartier, déambuler dans tel musée, faire tant de kilomètres. Il en tire des photographies accompagnées souvent de commentaires, parfois de brèves histoire. Il appelle ça ses « Écrits illustrés de Paris ». Moi je les range sous le titre générique « Les missions de Lorenzo ».

(…) Ma mission ayant donné un résultat plus que mitigé, je décide par prudence de ne pas en dire un mot à H. N. pour des raisons capillaires. Je reviendrai aux beaux jours, on ne sait Continuer la lecture de Les missions de Lorenzo (1) 

Les portraits de Lorenzo (2)

Quand on regarde madame A. E. on se demande comment elle peut être ainsi à son âge. Les dix interventions subies après son grave accident de la circulation n’apportent pas d’explications, pas plus que son bronzage un peu excessif. Elle semble n’avoir que quarante-cinq ans alors qu’elle en a vingt de plus. C’est assez déroutant. En retrouvant par hasard son premier dossier à mon cabinet, j’ai pu constater que j’avais de la suite dans les idées … En effet, onze plus tard, et ne me souvenant pas l’avoir déjà vue, j’avais remis la même et très rare appréciation sur la première page, trois petites croix-plus. D’ailleurs, elle non plus n’avait pas changé.

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Martin C. était professeur de cinéma à Tunis. Aujourd’hui retraité, il vit à Sidi Bou Said et je comprends qu’il n’envisage guère de revenir à Paris. Etudiant en médecine, j’y avais fait un de mes tout-premiers voyages à l’étranger. J’ai le souvenir obsédant des Continuer la lecture de Les portraits de Lorenzo (2) 

Les portraits de Lorenzo (1)

Avant de se consacrer presque complètement à la photographie et à l’écriture, Lorenzo dell’Acqua a été médecin. Tout en exerçant, il a dressé des portraits de ses patients, d’une écriture souvent légère ou parfois grave. Ces portraits, il les a réunis en une galerie dont il nous donne d’abord sa conception :

« Ce serait une suite de petites nouvelles, souvent plus petites que des nouvelles, réduites parfois à une seule ligne, à parcourir comme des impressions de voyages ou les photos d’un album. L’ensemble serait un tableau fait d’une simple palette de peintures où chaque patient aurait déposé une trace de couleurs, primaires et simples pour certains, délicates et complexes pour d’autres.

Cette galerie de portraits est mon trésor de guerre pudique et je voudrais exprimer ainsi ma reconnaissance à tous les patients qui m’ont confié ce qu’ils avaient de plus précieux : leur vie. J’écris pour leur dire merci.

Et je me souviendrai aussi de tous ces gentils patients que j’ai condamnés à mort et qui ne le méritaient pas. J’écris pour leur demander pardon. »

Et maintenant, une première série de portraits

Les portraits de Lorenzo (1)

Madame Élise C. n’a pas toujours donné la même date de naissance et elle a donc plusieurs dossiers à mon cabinet. La raison est qu’elle ne veut pas vieillir. A quatre-vingt six ans, il faut reconnaître qu’elle y arrive assez bien. Curieuse coïncidence, je lui ai découvert une affection du tube digestif qui survient d’habitude avant l’âge de vingt ans. Cela lui a fait plaisir d’avoir une maladie de jeune !

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Yannick Bellon était une metteur en scène connue dans les années 70-80. Elle est venue me voir sur les conseils de deux de ses proches qui ne se connaissaient pas : madame L., son amie de toujours, et monsieur X., son professeur de gymnastique. La conversation fut passionnante avec cette femme à l’intelligence et à la vivacité intactes malgré ses quatre-vingt-douze ans. Le thème de son dernier film sur le retour à la vie normale d’une femme ayant eu un cancer du sein, « L’amour nu » avec Marlène Jobert, nous concerne ma femme et moi. A la fin de la consultation, elle m’a dit : « Je suis venue chez vous pour une troisième raison. On m’a dit que vous étiez photographe« . Merci, Madame Bellon.

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Jean-François H. est un aristocrate, c’est-à-dire un homme important resté modeste. J’en ai connu quelques-uns, peu, et je les aime tout particulièrement. Ancien Directeur de la Caisse des Dépôts et ami intime de Simone Veil, c’est devenu avec le temps un hypocondriaque courtois. Nous parlons souvent de peinture et de littérature, des prémices de la guerre de quatorze et des richesses de la Toscane. Pourquoi aime-t-il mes photos ? Je ne le sais pas mais sa femme m’a dit qu’il était ému comme devant des tableaux. Aujourd’hui il va bien mais la première fois que je l’ai vu en 1990, je l’avais oublié mais lui s’en souvient, je crois bien que je lui ai sauvé la vie.

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ET DEMAIN, LES PETITS TRUCS D’HILDEGARDE

La démarche de Lorenzo

NDLR
Ceci est la deuxième publication de Lorenzo dell’Acqua dans ce journal.
Depuis quelques mois, Lorenzo vit l’expérience que je vis moi-même depuis quelques années, celle que vous avez aussi vécue ou celle que vous vivrez un de ces jours, je vous le souhaite sincèrement : la retraite.
Quand on écrit comme moi en amateur, on a toujours tendance à se justifier, dire comment, pourquoi on en est arrivé là, à écrire, peindre, composer, photographier. C’est ce que j’avais fait de façon plus ou moins transparente dans plusieurs de mes premiers textes.
Aujourd’hui, c’est au tour de Lorenzo de s’expliquer. Voici sa démarche. 

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Ma démarche

Ne croyez pas que je me force chaque jour à me trouver une occupation pour fuir l’ennui de la retraite ! Il n’en est rien. J’ai toujours quelque chose à faire. Entre les obligations familiales et administratives que je mets de plus en plus de temps à effectuer, mes autres activités, je dirais plutôt mes autres passions, mes autres envies, mes autres sujets de curiosité, ne me laissent pas une seconde de libre. J’ai la chance de faire de la photo mais ce n’est pas que faire de la photo. D’ailleurs on ne fait pas de la photo, on essaie de traduire la beauté de ce que l’on voit. Photographier, c’est regarder le monde, les autres et la poésie qui nous entourent. Je ne m’en lasse pas. Et ces richesses infinies que je découvre chaque jour et que j’ai du mal à croire, je les mets par écrit, noir sur blanc (si j’ose dire !), avec mes photos comme Continuer la lecture de La démarche de Lorenzo 

Lorenzo et les squelettes

NDLR
Après plus de cinq années d’existence, c’est seulement la deuxième fois que le Journal des Coutheillas ouvre ses colonnes à un ami étranger à la famille. Aujourd’hui, c’est à Lorenzo dell’Acqua.

Quand je dis que « ouvre ses colonnes », il faut bien voir que c’est là une formule toute faite, un syntagme figé comme disait mon animatrice d’atelier d’écriture. Car de colonnes, en fait, je n’en ai qu’une. Techniquement, je n’ai jamais réussi à en ouvrir une autre, moi qui rêvais d’en avoir cinq à chaque Une.
De même, quand je parle d’ouverture exceptionnelle à un étranger à ma famille, il ne faut pas comprendre que ses membres se bousculent pour publier leurs œuvres sur mes pages.
Mais, pour honorer et flatter mon nouvel auteur, je voulais souligner la rareté d’une telle occasion.
Pour le flatter davantage, j’aurais pu prétendre que c’était la première fois que…, mais c’eût été contraire à la vérité : souvenez-vous de Paul Delcampe, un étranger, un ami lui aussi, qui nous avait terrifiés avec « Le Sablier du Jardin des Plantes« .
Coïncidence, Lorenzo dell’Acqua va nous faire visiter un Continuer la lecture de Lorenzo et les squelettes