Archives du mot-clé Lorenzo

Les vacances du petit Lorenzo – 1

Voici ce qu’a écrit Lorenzo en exergue de son petit recueil de souvenirs de vacances dans la villa Mektoub à Tharon-Plage, Loire-Inférieure.

 Ce ne sont que de banals souvenirs d’enfance comme tant d’autres mais que l’on ne peut se résoudre à effacer de notre mémoire. Les vacances à Tharon-Plage en Loire-Inférieure, une station balnéaire récente et sans charme, construite de bric et de broc, une clientèle populaire vivant les premiers bonheurs d’après-guerre et la poésie méconnue de René-Guy Cadou à l’image de ce pays, simple mais si vraie. C’est là que j’ai grandi.

Parmi les courts textes qui composent les souvenirs de Lorenzo, j’ai choisi d’en publier certains, ceux qui m’ont rappelé mon Tharon-Plage à moi. Et le vôtre ? Où était-il ?

 LES GROSSES VAGUES

Moi, ce que j’aimais par dessus tout, c’était les grosses vagues. Au début, quand j’étais petit, il y en avait souvent. Puis la fréquence de cet événement tant attendu diminua au fur et à mesure que j’approchais de mes un mètre quatre vingt dix définitifs. Mais, pour mon plus grand bonheur, il y eut toujours des grosses vagues au moment des grandes marées du quinze Août. C’était terrible et merveilleux ! Le vent soufflait fort et il faisait presque froid. La plage était déserte et une fine pellicule de sable courait au ras du sol et nous piquait les mollets. La mer était déchaînée et nous n’avions devant nous qu’un mur ininterrompu et mouvant d’écume blanche qui roulait inlassablement vers nous. Parfois une vague énorme se creusait, montait vers le ciel et explosait dans un fracas assourdissant. Il n’était pas difficile de se mettre à l’eau car nous étions vite trempés par l’écume que soufflaient les rafales venant de l’Ouest. Et puis le grand jeu commençait : d’abord se laisser renverser en riant puis plonger au dernier moment quand la vague s’annonçait trop violente et qu’il fallait passer au dessous pour ne pas être happé et broyé par la force du rouleau. Enfin, suprême plaisir, réussir à attraper le sommet de l’une d’entre elles et se laisser porter en surfing jusque sur la plage. Les échecs étaient nombreux et cuisants, les culbutes violentes et douloureuses dont on se relevait étourdi, courbatu et la peau éraflée au contact du fond sablonneux et des coquillages. On restait des heures à rouler et plonger, se relever et repartir, convaincus que la prochaine vague serait encore meilleure, c’est à dire plus effrayante que les précédentes. Et nous jouions ainsi jusqu’à ce que la marée descendante atténue peu à peu la violence des flots. L’angoisse nous prenait alors en même temps que les premiers frissons. Connaîtrions-nous encore des jours à grosses vagues ? Telle était la terrible question de nos cœurs d’enfant que nos cœurs d’adulte se poseraient à nouveau la cinquantaine venue.

 

ET DEMAIN, MADEMOISELLE DE JONCQUIERES

Les portraits de Lorenzo – 4

Lorenzo dell’Acqua, invité maintenant régulier du Journal des Coutheillas, nous parle du Grand Meaulnes.

Dominique B. est écrivain. Je m’aperçus par hasard qu’elle avait écrit la préface d’une édition du Grand Meaulnes que je m’empressai de lire. Ses commentaires me semblaient pertinents sur la forme mais inexacts sur le fond. Le Grand Meaulnes n’est pas que une jolie histoire d’Amour pour adolescents, c’est un roman d’adultes, triste et désespéré. Un jour, je lui fis part de mes doutes : une femme ne pouvait pas comprendre le Grand Meaulnes car c’est une histoire de garçons. D’ailleurs, la plupart des femmes ne l’ont pas aimé. Dans ce roman, les jeunes filles n’existent pas ou sont à peine esquissées comme des images de contes de fée ou des caricatures diaboliques. Madame B. avait été choquée par mes propos mais m’avoua plus tard qu’ils avaient éclairé un souvenir étrange : un jour qu’elle faisait une conférence sur le Grand Meaulnes, elle n’avait pas compris pourquoi l’auditoire était exclusivement masculin !

Le Grand Meaulnes n’en est pas pour autant un roman homosexuel. François est fasciné, non par le personnage, mais par l’aventure de Meaulnes et Meaulnes est fasciné, non par le bohémien, mais par la vie qu’il s’est choisie. J’ai trouvé une préface (néanmoins écrite par une femme, madame Hélène Tronc) qui rejoint ma propre perception : « Ici les trois garçons représentent trois facettes conflictuelles qui peuvent coexister chez un même individu. Le roman n’offre pas de résolution ». Ce sont bien les trois Continuer la lecture de Les portraits de Lorenzo – 4 

Les portraits de Lorenzo – 3

Je n’oublierai jamais monsieur C. qui était lecteur chez Gallimard ! Le terme n’est peut-être pas le bon mais il lisait les manuscrits et sélectionnait ceux dignes d’être publiés. Quand il prit sa retraite, monsieur Gallimard, qui devait avoir beaucoup d’estime pour lui, lui proposa la direction d’une collection dépendant de sa maison d’édition, L’Arpenteur. Bernard C. ne serait plus salarié mais rémunéré au pourcentage des ventes. Il accepta l’offre. Le premier livre qu’il choisit avait été refusé par toutes les autres maisons d’édition. Il s’agissait de   » La première gorgée de bière «  de Philippe Delerm. Le succès dépassa ses espérances et celles de son éditeur puisque l’ouvrage se vendit à plus d’un million d’exemplaires, troisième plus grosse vente de tous les temps ! Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître ! Le jeune retraité Continuer la lecture de Les portraits de Lorenzo – 3 

Les missions de Lorenzo (1)

Dans la journée, Lorenzo dell’ Acqua se promène souvent. Il se donne des missions : parcourir tel quartier, déambuler dans tel musée, faire tant de kilomètres. Il en tire des photographies accompagnées souvent de commentaires, parfois de brèves histoire. Il appelle ça ses « Écrits illustrés de Paris ». Moi je les range sous le titre générique « Les missions de Lorenzo ».

(…) Ma mission ayant donné un résultat plus que mitigé, je décide par prudence de ne pas en dire un mot à H. N. pour des raisons capillaires. Je reviendrai aux beaux jours, on ne sait Continuer la lecture de Les missions de Lorenzo (1) 

Les portraits de Lorenzo (2)

Quand on regarde madame A. E. on se demande comment elle peut être ainsi à son âge. Les dix interventions subies après son grave accident de la circulation n’apportent pas d’explications, pas plus que son bronzage un peu excessif. Elle semble n’avoir que quarante-cinq ans alors qu’elle en a vingt de plus. C’est assez déroutant. En retrouvant par hasard son premier dossier à mon cabinet, j’ai pu constater que j’avais de la suite dans les idées … En effet, onze plus tard, et ne me souvenant pas l’avoir déjà vue, j’avais remis la même et très rare appréciation sur la première page, trois petites croix-plus. D’ailleurs, elle non plus n’avait pas changé.

*

Martin C. était professeur de cinéma à Tunis. Aujourd’hui retraité, il vit à Sidi Bou Said et je comprends qu’il n’envisage guère de revenir à Paris. Etudiant en médecine, j’y avais fait un de mes tout-premiers voyages à l’étranger. J’ai le souvenir obsédant des Continuer la lecture de Les portraits de Lorenzo (2) 

Les portraits de Lorenzo (1)

Avant de se consacrer presque complètement à la photographie et à l’écriture, Lorenzo dell’Acqua a été médecin. Tout en exerçant, il a dressé des portraits de ses patients, d’une écriture souvent légère ou parfois grave. Ces portraits, il les a réunis en une galerie dont il nous donne d’abord sa conception :

« Ce serait une suite de petites nouvelles, souvent plus petites que des nouvelles, réduites parfois à une seule ligne, à parcourir comme des impressions de voyages ou les photos d’un album. L’ensemble serait un tableau fait d’une simple palette de peintures où chaque patient aurait déposé une trace de couleurs, primaires et simples pour certains, délicates et complexes pour d’autres.

Cette galerie de portraits est mon trésor de guerre pudique et je voudrais exprimer ainsi ma reconnaissance à tous les patients qui m’ont confié ce qu’ils avaient de plus précieux : leur vie. J’écris pour leur dire merci.

Et je me souviendrai aussi de tous ces gentils patients que j’ai condamnés à mort et qui ne le méritaient pas. J’écris pour leur demander pardon. »

Et maintenant, une première série de portraits

Les portraits de Lorenzo (1)

Madame Élise C. n’a pas toujours donné la même date de naissance et elle a donc plusieurs dossiers à mon cabinet. La raison est qu’elle ne veut pas vieillir. A quatre-vingt six ans, il faut reconnaître qu’elle y arrive assez bien. Curieuse coïncidence, je lui ai découvert une affection du tube digestif qui survient d’habitude avant l’âge de vingt ans. Cela lui a fait plaisir d’avoir une maladie de jeune !

*

Yannick Bellon était une metteur en scène connue dans les années 70-80. Elle est venue me voir sur les conseils de deux de ses proches qui ne se connaissaient pas : madame L., son amie de toujours, et monsieur X., son professeur de gymnastique. La conversation fut passionnante avec cette femme à l’intelligence et à la vivacité intactes malgré ses quatre-vingt-douze ans. Le thème de son dernier film sur le retour à la vie normale d’une femme ayant eu un cancer du sein, « L’amour nu » avec Marlène Jobert, nous concerne ma femme et moi. A la fin de la consultation, elle m’a dit : « Je suis venue chez vous pour une troisième raison. On m’a dit que vous étiez photographe« . Merci, Madame Bellon.

*

Jean-François H. est un aristocrate, c’est-à-dire un homme important resté modeste. J’en ai connu quelques-uns, peu, et je les aime tout particulièrement. Ancien Directeur de la Caisse des Dépôts et ami intime de Simone Veil, c’est devenu avec le temps un hypocondriaque courtois. Nous parlons souvent de peinture et de littérature, des prémices de la guerre de quatorze et des richesses de la Toscane. Pourquoi aime-t-il mes photos ? Je ne le sais pas mais sa femme m’a dit qu’il était ému comme devant des tableaux. Aujourd’hui il va bien mais la première fois que je l’ai vu en 1990, je l’avais oublié mais lui s’en souvient, je crois bien que je lui ai sauvé la vie.

*

ET DEMAIN, LES PETITS TRUCS D’HILDEGARDE

La démarche de Lorenzo

NDLR
Ceci est la deuxième publication de Lorenzo dell’Acqua dans ce journal.
Depuis quelques mois, Lorenzo vit l’expérience que je vis moi-même depuis quelques années, celle que vous avez aussi vécue ou celle que vous vivrez un de ces jours, je vous le souhaite sincèrement : la retraite.
Quand on écrit comme moi en amateur, on a toujours tendance à se justifier, dire comment, pourquoi on en est arrivé là, à écrire, peindre, composer, photographier. C’est ce que j’avais fait de façon plus ou moins transparente dans plusieurs de mes premiers textes.
Aujourd’hui, c’est au tour de Lorenzo de s’expliquer. Voici sa démarche. 

***

Ma démarche

Ne croyez pas que je me force chaque jour à me trouver une occupation pour fuir l’ennui de la retraite ! Il n’en est rien. J’ai toujours quelque chose à faire. Entre les obligations familiales et administratives que je mets de plus en plus de temps à effectuer, mes autres activités, je dirais plutôt mes autres passions, mes autres envies, mes autres sujets de curiosité, ne me laissent pas une seconde de libre. J’ai la chance de faire de la photo mais ce n’est pas que faire de la photo. D’ailleurs on ne fait pas de la photo, on essaie de traduire la beauté de ce que l’on voit. Photographier, c’est regarder le monde, les autres et la poésie qui nous entourent. Je ne m’en lasse pas. Et ces richesses infinies que je découvre chaque jour et que j’ai du mal à croire, je les mets par écrit, noir sur blanc (si j’ose dire !), avec mes photos comme Continuer la lecture de La démarche de Lorenzo 

Lorenzo et les squelettes

NDLR
Après plus de cinq années d’existence, c’est seulement la deuxième fois que le Journal des Coutheillas ouvre ses colonnes à un ami étranger à la famille. Aujourd’hui, c’est à Lorenzo dell’Acqua.

Quand je dis que « ouvre ses colonnes », il faut bien voir que c’est là une formule toute faite, un syntagme figé comme disait mon animatrice d’atelier d’écriture. Car de colonnes, en fait, je n’en ai qu’une. Techniquement, je n’ai jamais réussi à en ouvrir une autre, moi qui rêvais d’en avoir cinq à chaque Une.
De même, quand je parle d’ouverture exceptionnelle à un étranger à ma famille, il ne faut pas comprendre que ses membres se bousculent pour publier leurs œuvres sur mes pages.
Mais, pour honorer et flatter mon nouvel auteur, je voulais souligner la rareté d’une telle occasion.
Pour le flatter davantage, j’aurais pu prétendre que c’était la première fois que…, mais c’eût été contraire à la vérité : souvenez-vous de Paul Delcampe, un étranger, un ami lui aussi, qui nous avait terrifiés avec « Le Sablier du Jardin des Plantes« .
Coïncidence, Lorenzo dell’Acqua va nous faire visiter un Continuer la lecture de Lorenzo et les squelettes