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Les pastiches de Lorenzo – 2

Les  magrikeruhles  élémentaires
pour  Uhlbec

Ce livre est avant tout l’histoire d’un groupe limité d’hommes et de femmes (appelés les magrikeruhles élémentaires) qui vécurent la plus grande partie de leur vie en Europe occidentale, durant la seconde moitié du XX ème siècle. Généralement ensemble, ils furent de moins en moins souvent en relation avec d’autres hommes et femmes. Ils vécurent en des temps malheureux et troublés où la CARMF, l’URSSAF et tous les impôts augmentaient frénétiquement. Le pays qui leur avait donné naissance basculait lentement, mais inéluctablement, dans la zone économique des pays moyen-pauvres ; fréquemment guettés par la misère, les hommes de leur génération passèrent en outre leur vie dans la solitude et l’amertume. Les sentiments d’amour, de tendresse et de fraternité humaine subsistaient pourtant dans le petit groupe des Magrikeruhles élémentaires qui faisaient preuve de plus en plus souvent dans leurs rapports avec leurs contemporains d’indifférence, voire de cruauté. Ce livre est l’histoire de Continuer la lecture de Les pastiches de Lorenzo – 2 

Les pastiches de Lorenzo – 1

Entre deux missions photographiques, Lorenzo dell’ Acqua fait des pastiches. Le pastiche est un art difficile. Il nécessite une bonne connaissance de l’auteur pastiché bien sûr, mais aussi le talent de dénicher les tics, les tournures, les points de vue favoris qui font son style. Il requiert enfin une admiration pour l’écrivain pastiché. Le pastiche est un hommage, pas une caricature. Ne pas confondre avec la parodie.
Si vous ne reconnaissez pas l’auteur pris ici pour modèle et pour cible, écrivez au journal qui transmettra à Lorenzo.

La dernière bouteille de rouge

et autres plaisirs majuscules

Peu de gens la connaissent, la dernière bouteille de rouge. Il y a deux raisons à cela. La plupart ne sont plus en état de reconnaître une bouteille de rouge ou toute autre chose à cette heure avancée de la nuit où seuls quelques rêveurs saoûlés d’alcool et d’amitié se distribuent les rôles dans leur Continuer la lecture de Les pastiches de Lorenzo – 1 

Les missions de Lorenzo (2)

Dans la journée, Lorenzo dell’ Acqua se promène souvent. Il se donne des missions : parcourir tel quartier, déambuler dans tel musée, faire tant de kilomètres. Il en tire des photographies accompagnées souvent de commentaires, parfois de brèves histoire. Il appelle ça ses « Écrits illustrés de Paris ». Moi je les range sous le titre générique « Les missions de Lorenzo ». Voici la deuxième:

Mardi 9 janvier  : 11,3 km

Metro ligne 6 jusqu’à la station Bir-Hakeim. La Seine est en crue et j’espère trouver des vues inhabituelles de ces quais que je connais par cœur au propre comme au figuré. Le ciel est gris, les nuages bas et la lumière blafarde. La pluie n’est pas loin et je reçois quelques gouttes près de la Tour Eiffel.

un chapelet de péniches semble abandonné au beau milieu de la Seine

Ailleurs, c’est un spectacle inconnu et dévasté qui s’offre à moi

En approchant de la place de la Concorde le paysage s’organise soudain pour le photographe. La Grande Roue bientôt démontée répond aux graffitis colorés sur l’ancienne voie express. A priori tout cela est très laid mais je vais tenter quand même quelques photos. Impossible de prévoir si Continuer la lecture de Les missions de Lorenzo (2) 

Les vacances du petit Lorenzo – 4

LOLITE ET SON FRERE

Je ne me souviens plus du tout de Lolite mais je n’ai pas oublié son surnom magnifique, déformation enfantine et avantageuse de Monique. Son papa faisait des rallyes automobiles en Alfa Roméo ce qui à l’époque était un exploit équivalent à celui de nos champions de Formule Un d’aujourd’hui. Lolite avait un frère qui me valut Continuer la lecture de Les vacances du petit Lorenzo – 4 

Les portraits de Lorenzo – 5

La fille de Philippe L. n’a pas le visage torturé de son célèbre père. Au contraire, elle a un visage d’ange. C’est une transposition saisissante de docteur Jekyll and mister Hyde. Chaque fois que je la vois, j’en demeure sidéré.

Lui et sa femme, les B., avaient décidé de partir le plus tôt possible passer leur retraite à Lesconil, petit port breton entre Le Guilvinec et la pointe de Penmarc’h. J’avoue avoir éprouvé une certaine jalousie et je les enviais d’aller vivre dans cet endroit charmant que je connaissais bien. C’est un lieu rêvé pour la photographie ! Ils revinrent me voir après y avoir passé leur première année complète. L’hiver avait été une épreuve terrible. Là-bas, il n’y avait personne à qui parler à part quelque vieux breton sénile, il n’y avait pas un magasin d’ouvert avant Quimper, pas un sourire à rendre, pas un ami à qui se confier, pas une chaleur à partager. Et cela dura pendant six mois. Ils revinrent vivre… à Paris. Je n’ai pas oublié la leçon.

 

ET DEMAIN, UNE PHOTO DE MODE À PARIS

Les vacances du petit Lorenzo – 3

LES BASSINS

La tradition familiale enfouie dans la nuit des temps avait instauré un rythme de vie qui posait de sérieux problèmes à  mes petits camarades. Eux remontaient de la plage pour aller déjeuner quand nous, nous y descendions vers treize heures, moment béni où nous y étions seuls. A ce moment de la journée, le sable brûlait nos pieds et la mer n’était pas toujours là pour nous rafraîchir. C’était épouvantable quand, petit, je m’apercevais que tant d’efforts pour parvenir jusqu’à la plage n’étaient pas récompensés : un vide à perte de vue sans une goutte d’eau où tremper un orteil. On était bien obligés de construire des bassins. Ce sont les ainés qui transmettaient aux plus jeunes et aux nouveaux venus la technique assez complexe de la construction des bassins. Au départ, de toute façon, il n’y avait vraiment pas d’eau. On creusait une petite rigole non pas parallèle à la plage mais inclinée vers l’endroit où on allait ensuite établir le réservoir ou bassin. La rigole ne pouvait se creuser qu’avec une pelle enfoncée à quarante cinq degrés dans le sable que l’on tirait jusqu’à épuisement. On refaisait la Continuer la lecture de Les vacances du petit Lorenzo – 3 

Les vacances du petit Lorenzo – 2

LES SLIPS DE BAIN EN LAINE

Bien d’autres interrogations essentielles se posaient à Tharon. Je n’ai jamais compris la raison d’être des maillots de bains en laine. J’ai bien dit en laine, comme un pull over. D’abord, cela avait un côté ridicule parce qu’il n’y avait pas d’élastique. Le slip baillait donc de tous côtés ce qui n’était pas très indécent vu notre âge mais nous obligeait néanmoins à une certaine vigilance. Ensuite dans l’eau, cela devenait lourd pour Continuer la lecture de Les vacances du petit Lorenzo – 2 

Les vacances du petit Lorenzo – 1

Voici ce qu’a écrit Lorenzo en exergue de son petit recueil de souvenirs de vacances dans la villa Mektoub à Tharon-Plage, Loire-Inférieure.

 Ce ne sont que de banals souvenirs d’enfance comme tant d’autres mais que l’on ne peut se résoudre à effacer de notre mémoire. Les vacances à Tharon-Plage en Loire-Inférieure, une station balnéaire récente et sans charme, construite de bric et de broc, une clientèle populaire vivant les premiers bonheurs d’après-guerre et la poésie méconnue de René-Guy Cadou à l’image de ce pays, simple mais si vraie. C’est là que j’ai grandi.

Parmi les courts textes qui composent les souvenirs de Lorenzo, j’ai choisi d’en publier certains, ceux qui m’ont rappelé mon Tharon-Plage à moi. Et le vôtre ? Où était-il ?

 LES GROSSES VAGUES

Moi, ce que j’aimais par dessus tout, c’était les grosses vagues. Au début, quand j’étais petit, il y en avait souvent. Puis la fréquence de cet événement tant attendu diminua au fur et à mesure que j’approchais de mes un mètre quatre vingt dix définitifs. Mais, pour mon plus grand bonheur, il y eut toujours des grosses vagues au moment des grandes marées du quinze Août. C’était terrible et merveilleux ! Le vent soufflait fort et il faisait presque froid. La plage était déserte et une fine pellicule de sable courait au ras du sol et nous piquait les mollets. La mer était déchaînée et nous n’avions devant nous qu’un mur ininterrompu et mouvant d’écume blanche qui roulait inlassablement vers nous. Parfois une vague énorme se creusait, montait vers le ciel et explosait dans un fracas assourdissant. Il n’était pas difficile de se mettre à l’eau car nous étions vite trempés par l’écume que soufflaient les rafales venant de l’Ouest. Et puis le grand jeu commençait : d’abord se laisser renverser en riant puis plonger au dernier moment quand la vague s’annonçait trop violente et qu’il fallait passer au dessous pour ne pas être happé et broyé par la force du rouleau. Enfin, suprême plaisir, réussir à attraper le sommet de l’une d’entre elles et se laisser porter en surfing jusque sur la plage. Les échecs étaient nombreux et cuisants, les culbutes violentes et douloureuses dont on se relevait étourdi, courbatu et la peau éraflée au contact du fond sablonneux et des coquillages. On restait des heures à rouler et plonger, se relever et repartir, convaincus que la prochaine vague serait encore meilleure, c’est à dire plus effrayante que les précédentes. Et nous jouions ainsi jusqu’à ce que la marée descendante atténue peu à peu la violence des flots. L’angoisse nous prenait alors en même temps que les premiers frissons. Connaîtrions-nous encore des jours à grosses vagues ? Telle était la terrible question de nos cœurs d’enfant que nos cœurs d’adulte se poseraient à nouveau la cinquantaine venue.

 

ET DEMAIN, MADEMOISELLE DE JONCQUIERES