Archives pour la catégorie Thème imposé

Le Bon, la Brute et les Enfants – 2 – Version soutenue

2-Version soutenue
Elle est soutenue dans la mesure où elle utilise un vocabulaire un peu plus riche et des adjectifs en plus grand nombre. Cette version n’est pas beaucoup plus rigolote que la précédente, mais on pourra y noter quand même une tentative de rêverie et la confirmation du retournement d’humeur du narrateur.

 Ce matin, vers onze heures, je me suis installé à la terrasse du café-tabac Le Week-End. Comme d’habitude, j’ai commandé un café-croissant. Il fait beau. De l’autre côté de la rue Gay-Lussac, un groupe de jeunes filles descend gaiment vers le Boulevard Saint-Michel. Un instant, je me demande où elles vont : la Sorbonne, le Luxembourg, les magasins de vêtements ? En un éclair, je choisis celle qui ferme la marche et j’imagine sa vie. Dix-huit ans, native de Bordeaux, première année de Droit… non pas de Droit, une licence d’Histoire-Géo plutôt. Elle est songeuse parce que ce soir, elle a rendez-vous avec un garçon, Antoine, un parisien. Il l’emmènera se promener sur les quais, et là peut-être…

Mais d’un coup, ma jolie brune disparait avec ses rêves : un camion vient de se garer devant ma table et je ne vois plus rien que de gros Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 2 – Version soutenue 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 1 – Notations

Dans les six jours qui viennent, vous allez subir six fois la même histoire. Six fois ! La même histoire ! Ça va vous faire pratiquement la semaine. Mais par le style d’écriture, ce devrait être six histoires différentes. Les trois premières façons, vous les connaissez probablement déjà. Elles avaient été publiées, avec d’autres non reprises aujourd’hui, dans le JdC il y a presque quatre ans. Je les ai à peine modifiées, sauf un raccourcissement drastique de la version Série Noire. Par contre j’ai ajouté deux nouvelles manières que je trouve intéressantes : la version Argotique et la version Enfantine. Voici l’ordre dans lequel elles paraitront : 1.Notation – 2.Soutenue – 3.Argotique – 4.Proustienne– 5.Enfantine – 6.Série Noire. Et voici la première d’entre elles :

1-Notations
C’est la version nette, sèche, sans fioriture, quasiment une anamnèse, presque un haïku. Ce n’est pas rigolo, mais c’est la base. En plus, elle est parfaitement authentique. À apprendre par cœur pour demain matin.

Assis à la terrasse du tabac le Week-End, je prends mon café-croissant. Il fait beau.
Un camion de livraison de bière se gare devant la terrasse. Le livreur est un jeune costaud. Il porte un sweatshirt moulant blanc sale. Son crâne est rasé et ses bras sont tatoués. Il a l’air pressé et de mauvaise humeur. Il débarque ses tonneaux bruyamment. Il m’est antipathique.
Des enfants d’un lycée voisin passent en groupe. Ils vont au Luxembourg. Leur passage empêche l’homme de continuer son débardage. Les enfants passent par deux entre le camion et la terrasse. Occupés par leurs conversations, ils ne voient rien autour d’eux. De son plateau, le livreur les regarde passer. Il sourit. Parfois, il leur fait une farce en touchant la tête d’un enfant. Alors l’enfant cherche en riant d’où lui vient ce contact.
L’atmosphère du jour a changé.

Bientôt publié :Le Bon, la Brute et les Enfants

  • 2 Mai, ……..   2 – Version soutenue
  • 3 Mai, ……..     3 – Version argotique
  • 4 Mai, ……..     4 – Version proustienne
  • 5 Mai, …….       5 – Version aigre
  • 7 Mai, …….       6 – Version enfantine
  • 8 Mai, ……        7 – Version Série Noire

 

Mon roman favori : Trois jours de la vie de John Doe

L’histoire se passe à Manhattan dans les années Cinquante, juste avant Noël.
John Doe est un lycéen. Il est d’une famille très aisée. Ses parents et sa sœur, Patricia, habitent un très bel appartement dans Park Avenue. Mais lui, il est pensionnaire à Pencey, un établissement chic et cher de Pennsylvanie. Incapable de s’adapter à la vie en communauté avec les autres élèves, il vient de s’en faire exclure définitivement. Il rentre seul à New York et va vivre trois jours à errer dans la ville.
La seule personne qu’il aime vraiment et avec laquelle il parvient à communiquer, c’est Patricia, sa sœur de six ans. Sans réveiller ses parents, il ira la voir dans l’appartement de Park avenue pour parler avec elle.
La seule autre personne avec laquelle John tentera de communiquer pendant ces trois jours sera Monsieur Fink-Nottle, son professeur d’Anglais. Fink-Nottle, sensible et intelligent, sera sur le point de Continuer la lecture de Mon roman favori : Trois jours de la vie de John Doe 

Mon roman – 5

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru)

 2- Personnages de mon roman (déjà paru)

3 – Construction de mon roman (déjà paru)

4 – Dédicace et Exergue de mon roman (déjà paru)

5 – Critiques de mon roman

Pour mettre de mon côté les critiques en leur mâchant le travail et pour éviter les surprises, j’écrirai moi-même les critiques de mon roman et je les enverrai aux journaux. Voici les premières :

Le Figaro
Entre Soljenitsyne et Roux-Combaluzier , à mi-chemin de Thérèse Raquin et de la Porte d’Orléans, partagé entre « Le Dniepr coule toujours dans le même sens » et « Ascenseur pour l’échafaud » , ce court roman devrait donner satisfaction à tout le monde et déplaire souverainement aux autres.


Télérama
Tous les ingrédients d’un drame désopilant  sont réunis dans cette œuvre magistrale que l’on n’attendait plus d’un auteur que sa Continuer la lecture de Mon roman – 5 

Mon roman – 4

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru)

 2- Personnages de mon roman (déjà paru)

3 – Construction de mon roman (déjà paru)

4 – Dédicace, Exergue et Incipit de mon roman

La dédicace
Il y a une question primordiale qui se pose à tout romancier : à qui dédiera-t-il son roman ? En effet, il est d’usage de placer, toute seule, aux deux tiers de la troisième page et de préférence justifiée à droite, une dédicace. Une dédicace mystérieuse et laconique telle que « À Francesca » est recommandée. Elle fait chic et elle suscite l’intérêt du lecteur qui ne peut que se demander « mais qui est donc cette Francesca ? ». Elle éveille un intérêt encore plus vif chez l’épouse de l’auteur, pour peu que son prénom soit Simone.

On peut avantageusement préciser un peu sa dédicace en disant par exemple, pour rattraper le coup : « À mon épouse, sans qui rien n’aurait été possible ».

En ce qui me concerne, je Continuer la lecture de Mon roman – 4 

Mon roman – 3

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru)

 2- Personnages de mon roman (déjà paru)

3 – Construction de mon roman

C’est une des premières choses que l’on apprend dans toutes les bonnes écoles d’écrivains : la construction d’un roman ne se voit pas, mais c’est elle qui soutient l’histoire. Je n’ai aucune idée de ce que sera l’histoire de mon roman, mais par contre, sa structure sera comme ça :

Le début
Mon roman n’aura pas de début, ou alors un début qui aura l’air d’une fin, sans que ce soit vraiment la fin, la vraie fin, si vous voyez ce que je veux dire. En fait, le mieux serait qu’il commence à la page 27. Les vingt-six Continuer la lecture de Mon roman – 3 

Mon roman – 2

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman (déjà paru: CLIQUER ICI)

 2- Personnages de mon roman

Leur nombre
Dans mon roman, il n’y aura que quatre personnages. Pourquoi ? Parce que ma propre expérience m’a montré qu’au-delà de ce nombre, le client — car le lecteur n’est rien d’autre qu’un client, n’est-ce pas ? — ne s’y retrouve plus : quand un personnage réapparait après plusieurs pages d’absence, le lecteur ne sait plus très bien qui il est et il doit revenir en arrière pour se le rappeler. Ça le fatigue et ça l’énerve. Or, il ne faut ni fatiguer ni énerver le lecteur. Je me limiterai donc à quatre personnages. Ou alors, si l’intrigue devait absolument en nécessiter davantage, j’ajouterais à la fin du livre un annuaire. Pour chaque personnage, j’y rappellerais ses principales caractéristiques, son état civil, les grands traits de sa personnalité et la façon dont il est lié aux autres.

J’avais failli opter pour des notes de bas de page, par exemple :

(…) Après avoir pris un copieux petit-déjeuner, Eric1 tua Françoise2 de quatre coups de revolver et partit pour le Guatemala3.(…)
——————————————————————
(1) : Fils de Marcel, amant de Françoise
(2) : Épouse de Marcel
(3) : Pays d’Amérique centrale entouré par le Mexique, le Belize, la mer des Caraïbes, le Honduras, le Salvador et l’océan Pacifique. Capitale : Guatemala

mais on m’a convaincu que cette solution alourdirait la lecture, sans compter l’augmentation du coût de composition typographique. Alors, va pour le lexique. Ça serait bien aussi d’ajouter une photo.

Leur nom
Les personnages de mon roman auront  Continuer la lecture de Mon roman – 2 

Mon roman – 1

Mon roman
Je vais écrire un roman. Pour l’instant, je n’ai pas le sujet. Mais tout le reste est prêt. Voyez plutôt :

 1 – Titre et épaisseur de mon roman

Le titre

Le titre de mon roman n’aura pas de rapport avec son sujet. Il devra tout simplement être vendeur, car qu’est-ce qu’on demande d’autre à un titre ?

Prendre le prix du livre comme titre, c’est une bonne idée de départ : 19,99 €, ça sonne bien. Et puis, en cas de dévaluation, ça fait un nouveau roman. Mais Beigbeder a déjà fait le coup avec ses deux bouquins 99 Francs et 14,99 Euros.

J’avais également pensé à « Comme il vous plaira« . Ça n’engage à rien et ça donne envie, mais ça aussi, c’était déjà pris.

En fait, le titre, s’il ne dépend pas du sujet, doit dépendre du genre. Pour une autobiographie, « Moi » serait un bon titre, mais je crains que Sacha Guitry ne l’ait déposé. Pour un roman noir, j’aimerais assez « Les bretelles sanglantes » et pour un Continuer la lecture de Mon roman – 1 

Juliette et le Jardinier

Elle, c’est Juliette. Elle est belle comme une rose du matin, comme une goutte d’eau de pluie, comme un frisson dans les feuilles de bouleau, comme un parfum de cerise. Elle chante comme un rouge-gorge, elle parle comme l’eau de la fontaine, elle bouge comme l’ombre d’un roseau. Je l’aime depuis toujours ; depuis que je l’ai vue pour la première fois sortir de Santa Anastasia auprès de sa mère, je l’aime ; depuis que je guette à sa fenêtre le plus léger mouvement de rideau, je l’aime davantage ; depuis que je suis entré au service son père et que je la vois chaque jour, je suis fou d’elle, j’explose d’amour, je meurs de désir. Mais, bientôt, j’oserai lui parler, moi, le jardinier, elle, la fille unique de la plus grande famille de la ville. Je lui dirai que je l’aime, que pour elle je gagnerai des fortunes, je régnerai sur un archipel et je l’en ferai reine. Elle sourira, elle comprendra et, un jour, elle m’aimera.

Elle m’aimera, moi, le presque rien du tout, le fils de personne, le vaurien, le voleur de bourses, l’écorcheur de chats. Elle m’aimera, moi, le presque bossu, le trop grand, le trop maigre, le trop laid, elle m’aimera. Je lui parlerai et elle m’aimera. Je lui parlerai demain à l’aurore. C’est pour lui parler demain à l’aurore que je Continuer la lecture de Juliette et le Jardinier 

La fin de l’écriture

La fin de l’écriture suivie de La fin de la lecture
par Lorenzo dell’Acqua

Cher ami,

         Avez-vous su que pour sa centième édition, la NRF a demandé à Marcel Proust de lui transmettre son œuvre avec la dictée vocale de son iPhone ? Grâce à la nouvelle fonction lecture orale, ses admirateurs pourront désormais entendre la voix de l’auteur lisant lui-même son texte. L’idée est a priori excellente et je ne saurais trop vous inciter à y réfléchir. Votre blog lu de votre voix enrouée, cela devrait faire un tabac dans les manufactures.

         J’ai donc déjeuné avec mon ami Marcel Proust qui ne parvenait pas à écrire son premier chapitre en utilisant la dictée vocale. Chaque fois, l’appareil inscrivait : « Longtemps, je me suis couché de bonheur »1. J’avais beau lui dire que ce n’était pas si mal, il ne voulait rien savoir. J’ai tenté de l’amadouer en lui expliquant que certains de ses collègues étaient Continuer la lecture de La fin de l’écriture