Archives pour la catégorie Thème imposé

Nighthawks enfin expliqué – 0

Nighthawks est probablement le tableau de plus célèbre d’Edward Hopper. Les commentateurs s’accordent en général pour dire que ce tableau, peint en 1942, est une représentation de la solitude et de l’aliénation de l’individu dans la société américaine.

Dans les jours qui viennent, grâce à une étude en 7 chapitres dont le premier paraitra dans une semaine exactement, nous verrons qu’il n’en est rien. La première explication paraitra le 7 septembre.

En attendant, voici, sans commentaire, l’œuvre en question :

Aurore (bis)

Je n’ai aucun scrupule à vous rediffuser ce poème immortel, paru une première fois il y a presque cinq ans ! Cinq ans…

Le soleil s’est levé derrière le toit qui fume
Les oiseaux ont chanté, les nuages ont blanchi.
J’ai enfoncé mes yeux dans l’oreiller de plume
Et mes poings ont battu l’édredon avachi.
« Vos gueules! », ai-je crié aux bruyants volatiles,
Et « Eteins la lumière! » à l’astre du matin
« Je veux dormir encore, ramassis d’imbéciles,
Et toi, sacré flambeur, cesse d’être importun!
Non mais, ça va pas bien, tas d’oiseaux de malheur?
Cessez immédiatement tous ces cris incongrus
Car faire autant de bruit et ce, d’aussi bonne heure,
Est passible de mort, ou pire, c’est bien connu!
Et quant à toi, Phoebus, vraiment tu exagères!
Tu agaces mon œil, Ô vieil enquiquineur.
Je ne supporte plus tes mauvaises manières.
Je te le dis tout net : Va te faire voir ailleurs ! »
Le soleil s’est caché : il m’avait entendu.
De la même manière, ayant fermé leur bec,
Sans doute un peu vexés, les oiseaux se sont tus.
Le calme est revenu et le sommeil avec.
Cette histoire n’a pour but que de vous démontrer
Qu’il est possible de dormir jusqu’à onze heures
A la condition bien sûr de s’adresser
Avec fermeté à tous les emmerdeurs.

Ici est tombé le lieutenant Martinet

Elles ont toujours été là, ces plaques. Du plus loin que je me souvienne, elles ont toujours été là. Je les ai vues, enfant, quand je descendais du carrefour de l’Observatoire vers le Luxembourg pour prendre le commandement de l’un de ces petits bateaux en bois le temps de quelques traversées de bassin. Elles étaient là quand, adolescent, je fréquentais les cinémas du Boulevard Saint Michel, puis, plus tard, étudiant, quand je partageais mon temps entre le Lycée Saint Louis, les cafés de la place de la Sorbonne et les fauteuils ensoleillés du Luco. Elles étaient toujours là quand j’ai emmené mes enfants au Luxembourg faire ce que j’y avais fait avant eux. Parfois, un petit bouquet de fleurs passé dans un anneau les soulignait. Parfois, je prenais le temps de les lire… Raymond Bonnand, 19 ans, Jean Bachelet, 24 ans… et parfois, un sentiment d’inconfort me prenait, mélange de culpabilité, de pitié et d’admiration envers ces garçons qui ne connaitraient plus jamais ce que, moi, j’allais connaitre : le soleil, les filles, les voyages, les amis, la famille, les enfants… Et puis, bien sûr, je passais à autre chose. Quoi de plus normal ? Mais quand même, toutes ces années, le nom du lieutenant Martinet est resté gravé dans ma mémoire.

Il parait que, dans Paris, il y a plus de deux cents plaques commémoratives de la mort de ceux, jeunes pour la plupart, qui se sont fait tuer en combattant pour la libération de Paris à la fin du mois d’aout 1944, il y a exactement 75 ans.

En voici quelques-unes, glanées dans mon Continuer la lecture de Ici est tombé le lieutenant Martinet 

La caverne de Platon

La caverne de Platon

Vous connaissez l’allégorie de la caverne ? Mais oui, bien sûr, vous la connaissez. Vous n’allez quand même pas dire que non devant tout le monde. Mais vous avez un peu oublié les détails, c’est ça, hein ? Vous vous souvenez vaguement : les hommes enchainés, les ombres projetées sur le fond de la caverne… Mais à partir de là, ça devient confus, non ? Ne culpabilisez pas trop — ma propre science est toute fraiche —  et laissez-moi vous faire une modeste piqûre de rappel. En principe, c’est sans douleur.  De toute façon, vous pouvez bien consacrer cinq ou six minutes au texte la plus célèbre de la philosophie occidentale.

Pour expliquer l’allégorie de Platon, on ne peut à mon avis se passer de l’image. J’ai choisi celle-ci :

Elle m’a parue la plus claire et la plus Continuer la lecture de La caverne de Platon 

Les moulins d’Orient

—Ah si tu savais ce qui vient de se passer ! On l’a échappé belle ! J’en suis encore tout retourné !

—Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

—Tu me croiras si tu veux, mais pas plus tard que tout à l’heure, j’ai rencontré Maurice, le druide.

—Où ça ?

—Ben, pas loin là, à la rivière.

—Croyais qu’il était en voyage.

—Non, non, il a fini par rentrer. Il avait l’air fatigué, tu sais, les traits tirés, le visage buriné, la barbe et les cheveux hirsutes et couverts de Continuer la lecture de Les moulins d’Orient 

Expressions toutes fêtes

Moi, vous me connaissez, je ne ferais pas de mal à une moule ! Pourtant, c’est vrai, un jour j’ai pété les ponts. Qu’est-ce que vous voulez ? Je suis pas un Béni Wi Fi ! Vous n’avez pas oublitéré, quand même ! Rappelez-vous, ça avait défrayé la comique. C’était pendant l’horaire d’une profonde nuit. Je venais de retrouver mon frère dans une explosition de peinture. Il parlait avec l’artiste. C’était du vrai char à bras. Moi, ça m’a mis la pisse à l’oreille et j’ai bien vu que son intelligence artificielle n’arrivait pas à cacher sa connerie naturelle. Alors, j’ai fait ce que vous auriez fait à ma place : battre le frère tant qu’il est chaud. Je sais bien que je n’aurais pas dû blanchir le Rubicon, mais qu’est-ce que vous voulez, errare humanum ouest. Ça a mis le feu aux poutres. Mais quand la fille a pris sa défonce et qu’elle m’a traité d’homme des casernes, ça m’a fait sortir de mes gants : je lui ai tracassé ses lunettes de sommeil. Elle s’est mise à pleurer comme un bas de laine et ça a fait dégouliner son masque à rat. Tout ça, c’était couru de fil de blanc, sûr comme Dieu et Dieu font quatre !

¿ TAVUSSA ? (56) : Le Rat de ville et le Rat des champs

La Fontaine, génial moraliste et acerbe critique des hommes et de la société, nous a donné cette fable : Le Rat de ville et le Rat des champs. Elle vous a probablement laissé le souvenir d’une comparaison entre la vie campagnarde et la vie citadine peu flatteuse pour cette dernière. Avec la libre interprétation qu’il en a donnée, Walt Disney a certainement implanté encore plus durablement dans nos souvenirs — ah ! la force des images — cette impression que la vie à la ville est, sinon dangereuse ou même seulement pénible, du moins vaine et superficielle, tandis que la vie à la campagne est, sinon indispensable ou même seulement seulement souhaitable, du moins vraie et remplie de sens.

Mais est-ce bien ce que le fabuliste avait en tête de nous dire ?
Commencez donc par relire sa toute petite histoire, et pour cela, veuillez bien cliquer sur son titre :

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS

Merci. Maintenant, notez la morale vers laquelle Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (56) : Le Rat de ville et le Rat des champs 

Conversation sur le sable – 6

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, essuyant ses yeux :
— Faut reconnaître, c’est du brutal !

  Enfant au premier plan :
— Vous avez raison, il est curieux hein ?

  Enfant au deuxième plan :
— J’ai connu une polonaise qu’en prenait au petit déjeuner. Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme.

  Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, les yeux dans le vague :
— Tu sais pas ce qu’il me rappelle ? C’t’espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite taule de Bien Ho Har, pas tellement loin de Saïgon. Les volets rouges et la taulière, une blonde komac. Comment qu’elle s’appelait , Nom de Dieu ?

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Lulu la nantaise.

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation
Cinquième conversation

Lire ou écrire, il faut choisir

Quand j’ai commencé à écrire, il y a cinq ou six ans, je ne me doutais pas de là où ça me mènerait.

Il y a une dizaine d’années, quand je n’ai eu plus grand-chose d’autre à faire que manger, dormir, boire, dire bonjour à la dame et choisir la chaine TV, je me suis mis à lire. Pendant deux ou trois ans, j’ai lu, surtout les classiques, Proust et Flaubert en particulier, qui m’ont permis d’entrevoir ce que j’avais raté à faire autre chose. J’ai lu pour le plaisir de découvrir une histoire, et avec elle, l’existence de sentiments inconnus, ou pour celui de retrouver des émotions oubliées ou trop éprouvées. A ces plaisirs s’est vite ajouté celui de la musique des mots, du rythme des phrases, de la fluidité du texte ou de ses aspérités. Pour définir cette association de caractéristiques de l’écriture, j’aurais bien utilisé le mot style, mais pour beaucoup de gens, dire d’un écrivain qu’il a du style, c’est le ranger dans la catégorie des écrivains désuets, démodés, dépassés, empesés, finis, foutus, pilonnés. Les fantômes d’André Maurois, de Roger Martin du Gard, de Gilbert Cesbron et de bien d’autres gloires du siècle dernier en savent quelque chose. C’est vrai qu’ils avaient du style, mais « on écrit plus comme ça aujourd’hui ». Pourtant Proust, Conrad, Hemingway, Chandler, Continuer la lecture de Lire ou écrire, il faut choisir 

Le Bon, la Brute et les Enfants – 7 – Version Série Noire

1-Notations
2-Soutenue
3-Argotique
4-Proustienne

5-Aigre

6-Enfantine

7-Version Série Noire
Le seul changement que j’ai apporté à cette version a été de la raccourcir un peu.

Si vous n’êtes jamais allé dans le Bronx, continuez comme ça. Mais si un jour, par un effet pervers de travaux routiers, vous deviez traverser ce quartier de New York pour rentrer de JFK à Manhattan, renfoncez-vous au fond de votre taxi, ouvrez en grand le New York Times, plongez-y votre nez et ne regardez pas dehors. Mais si par malheur vous deviez absolument vous y rendre et que vous passiez du côté du carrefour Brook / 148ème, vous avez des chances de m’y rencontrer. Je traine tous les jours dans le coin, vers chez Matt, plus précisément devant ou à l’intérieur du « Matt’s cocktail lounge ». Si jamais vous entriez au Matt’s cocktail Lounge, vous pourriez être surpris par le décalage abyssal qui existe entre le standing du lieu et son appellation de « cocktail lounge ». L’élégance du mot devait refléter les ambitions de Matt quand il avait ouvert sa boite une demi-douzaine d’années plus tôt. C’est l’effet habituel du Bronx que de dissoudre ce genre de rêve.

Vous pourriez aussi être surpris par l’aspect du type qui est assis au bar à la place du fond et qui parle à sa bouteille de Milwaukee’s. Un mètre quatre-vingt-quinze, cent-quinze kilos, chaussures de cuir avachies, chemise à carreaux flottant sur un jean usé mais véritable, l’ensemble, homme et vêtements, ayant l’air très fatigué. Le type assis au bar là-bas, c’est Continuer la lecture de Le Bon, la Brute et les Enfants – 7 – Version Série Noire