Go West ! (42)

Un peu déçu, je compris à la lecture de cet article de Vanity Fair que ce n’était pas chez Lawford que je trouverai les réponses à mes questions. Bien qu’il ait divorcé depuis longtemps de Patricia et bien que John F. et Robert aient disparus peu d’années après Marylin, pouvais-je en attendre davantage d’un ex-membre de la puissante famille Kennedy ?
Les mémoires de Jack Clemmons devait s’avérer beaucoup plus intéressantes.

En août 1962, Jack Clemmons venait d’avoir 38 ans et il était sergent dans la police de Los Angeles, le fameux LAPD. Il termina sa carrière en tant que chef de la police municipale de Fort Myers en Floride où il prit sa retraite pour y mourir en 1998. Quelques années auparavant, il avait fait paraître un livre de souvenirs intitulé « Say good by to the President ». C’est de ce livre que j’ai tiré l’essentiel des informations que je reproduis ci-dessous.

Diplômé en droit de New-York University en 1947, le jeune Clemmons obtint un emploi au FBI. Après une formation complémentaire de six mois à Quantico, il effectua quelques missions banales en Californie en tant qu’adjoint d’un agent confirmé. A cette époque, l’inamovible directeur du FBI, J. Edgar Hoover, avait la ferme conviction qu’Hollywood était un nid d’espions communistes, souvent juifs et toujours dépravés. Il avait donc infiltré un petit nombre de ses agents dans le LAPD. Ces taupes du FBI étaient chargées de lui transmettre tout ce Continuer la lecture de Go West ! (42) →

Un duel au Bois de Boulogne

Il est rare que je reproduise d’aussi longs extraits que celui-ci. Mais je n’ai pas su où le couper sans le dénaturer complètement. C’est pour moi le passage le plus drôle, je veux dire le plus ironique de l’Éducation sentimentale. Ça ne devrait pas vous prendre plus de 6 minutes pour le lire. Et ça vaut vraiment le coup, croyez-moi.
Pour les faveurs d’une demi-mondaine, Rosanette, Frederic Moreau va se battre en duel contre le vicomte de Cisy.  

(…)

« Je vais me battre. Tiens, je vais me battre ! C’est drôle ! »

Et, comme il marchait dans sa chambre, en passant devant sa glace, il s’aperçut qu’il était pâle.

« Est-ce que j’aurais peur ? »

Une angoisse abominable le saisit à l’idée d’avoir peur sur le terrain.

« Si j’étais tué, cependant ? Mon père est mort de la même façon. Oui, je serai tué ! »

Et, tout à coup, il aperçut sa mère, en robe noire ; des images incohérentes se déroulèrent dans sa tête. Sa propre lâcheté l’exaspéra. Il fut pris d’un paroxysme de bravoure, d’une soif carnassière. Un bataillon ne l’eût pas fait reculer. Cette fièvre calmée, il se sentit, avec joie, inébranlable. Pour se distraire, il se rendit à l’Opéra, où l’on donnait un ballet. Il écouta la musique, lorgna les danseuses, et but un verre de punch, pendant l’entracte. Mais, en rentrant chez lui, la vue de son cabinet, de ses meubles, où il se retrouvait peut-être pour la dernière fois, lui causa une faiblesse.

Il descendit dans son jardin. Les étoiles brillaient ; il les contempla. L’idée de se battre pour une femme le grandissait à ses yeux, l’ennoblissait. Puis il alla se coucher tranquillement.

Il n’en fut pas de même de Cisy. Après le départ du baron, Continuer la lecture de Un duel au Bois de Boulogne →

GO WEST ! (41)

Je sentais monter en moi une évidence, de plus en plus claire, incontestable, effrayante : cet enregistrement était terriblement dangereux. Je ne voulais aucun rôle, aucune responsabilité dans cette affaire ! Il fallait que je me débarrasse du dictaphone au plus vite. Que la police se débrouille toute seule pour découvrir la vérité sur la mort de Marylin. Mais la panique s’était installée en moi et si je pouvais encore penser, ce n’était qu’à ce qui pourrait m’arriver si j’étais pris avec cette pièce à conviction. Il n’était plus question de tentative de corruption d’un officier de police, de possession illégale d’arme à feu ou de coups et blessures sur une citoyenne américaine mais d’obstruction à la justice dans une scabreuse affaire d’État.
Il fallait que je me débarrasse de ce truc…

Au cours de la soixantaine d’années qui s’est écoulée depuis mon premier périple américain, j’ai effectué bien des voyages à travers le monde, il m’est arrivé de croiser de façon fugace quelques célébrités et si j’ai vécu quelques circonstances historiques, ce fut toujours de façon involontaire, passive et marginale. Mais la mort de Marylin Monroe est sans conteste l’événement mondial le plus important auquel j’ai pu être mêlé d’aussi près.

Dans les heures qui avaient suivi le constat du décès de Marylin, le Coroner avait conclu à un probable suicide et, par la suite, plusieurs enquêtes officielles ont confirmé cette conclusion. Mais ni la première enquête de police ni celles qui ont suivi n’ont réussi à convaincre personne. Star hollywoodienne, personnages politiques de premier plan, scandale, faux témoins, vrais amis, journalistes à sensation, enquêteurs privés et préférence naturelle du public pour le complot, tous les ingrédients étaient réunis pour que Continuer la lecture de GO WEST ! (41) →

Lucien et l’autofiction

(…) Pourtant, quand j’ai vu ces différents auteurs, je ne leur ai pas fait un trop grand crime de leurs mensonges, surtout en voyant que c’était une habitude familière même à ceux qui font profession de philosophie ; et ce qui m’a toujours étonné, c’est qu’ils se sont imaginé, qu’en écrivant des fictions, la fausseté de leur récit échapperait aux lecteurs. Moi-même, cependant, entraîné par le désir de laisser un nom à la postérité, et ne voulant pas être le seul qui n’usât pas de la liberté de feindre, j’ai résolu, n’ayant rien de vrai à raconter, vu qu’il ne m’est arrivé aucune aventure, digne d’intérêt, de me rabattre sur un mensonge beaucoup plus raisonnable que ceux des autres. Car n’y aurait-il dans mon livre, pour toute vérité, que l’aveu de mon mensonge, il me semble que j’échapperais au reproche adressé par moi aux autres narrateurs, en convenant que je ne dis pas un seul mot de vrai. Je vais donc raconter des faits que je n’ai pas vus, des aventures qui ne me sont pas arrivées et que je ne tiens de personne ; j’y ajoute des choses qui n’existent nullement, et qui ne peuvent pas être : il faut donc que les lecteurs n’en croient absolument rien.

Lucien de Samosate – L’histoire véritable – ca 200 après JC. 

La règle du jeu

Critique aisée n°235 (Rediffusion)

George Mikes a dit : « La meilleur définition de l’humour que je connaisse est celle-ci : ‘’L’humour est une affirmation de la dignité de l’homme, une façon de déclarer sa supériorité à tout ce qui lui arrive.’’ Je dis que c’est la meilleure définition parce que c’est moi qui l’ai trouvée. »
Eh bien, comme George, je trouve que ma critique de La Règle du jeu est la meilleure que l’on puisse trouver. C’est pourquoi je vous la ressert sans vergogne. 

La Règle du jeu
Jean Renoir – 1939
Marcel Dalio, Nora Grégor, Jean Renoir, Roland Toutain, Paulette Dubost, Julien Carette, Gaston Modot…

La première fois
La première fois que j’ai vu La Règle du jeu, c’était au Champollion. Pas à l’Actua-Champo, non, dans la grande salle, au Champo.
La grande salle du Champollion ! Cent places ? Cent cinquante ? Légèrement en pente, elle était si petite que, pour pouvoir projeter sur un écran de taille acceptable, le propriétaire avait fait installer un système très particulier : par le truchement d’un périscope, le film était projeté sur le mur du fond de la salle où un miroir renvoyait les images sur l’écran. L’Actua-Champo, dont la salle était encore plus petite, ne bénéficiait pas, je crois, de ce système ; c’est dire la taille de l’écran.
Mais la première fois que j’ai vu La Règle du jeu, c’était bien au Champollion, dans la grande salle.
Je devais avoir 17, 18, 19 ans tout au plus. C’était l’été, les vacances… le mois d’août plus précisément. Il faisait chaud, sûrement. J’étais seul. À ce moment-là, je n’avais pas de petite amie, ou alors elle n’était pas là, je ne sais plus. Il devait être 4 heures de l’après-midi et je passais rue des Écoles, probablement à la recherche d’une âme sœur. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans et qu’on a des platanes verts sur le Boulevard Saint-Michel.
Il devait faire chaud, je l’ai dit. Je crois même qu’il y avait de l’orage dans l’air, pas au sens figuré, de l’orage, du vrai. L’affiche au-dessus de l’entrée annonçait « La Règle du jeu« . Elle n’était pas bien tentante. C’était l’affiche originale sans doute. On y voyait surtout deux visages, celui Continuer la lecture de La règle du jeu →

UN JOUR SANS FIN

Lundi

 C’était une belle soirée de début d’été du côté de la Place Saint Sulpice. Il venait de tomber une courte pluie d’orage et la merveilleuse odeur de l’asphalte humide et chaud envahissait les terrasses des cafés.
Les hommes en chemise avaient renouvelé leur demi. Les femmes en Lothar reprenaient une Marlboro Light avant de jeter leur dévolu. Il faisait bon. On était bien.Elle portait des sabots noirs, un pantalon de jean bleu, un chemisier blanc un foulard bleu et de longs cheveux blonds. Elle était entourée de rires et de fumée de cigarette.
Il y avait tant de jeunesse, tant de garçons, tant de filles autour d’elle que ça m’a fait un peu peur. Ils sont partis, joyeux, diner dans une pizzeria de la rue des Canettes. Et moi, je suis allé au cinéma. Revoir « Un jour sans fin ».Elle ? Je ne l’ai jamais revue.

Mardi

… Il y avait tant de jeunesse, tant de garçons, tant de filles autour d’elle que ça m’a fait un peu peur. Mais, c’était l’été, c’était la nuit. Elle était si jolie. J’étais tellement libre, tellement vide. Je me suis joint à eux. Ils parlaient de leurs examens, tout proches, de leurs vacances qui commençaient demain. J’évitais de la regarder. Ils se sont dirigés vers la rue des Canettes. Je les ai suivis Continuer la lecture de UN JOUR SANS FIN →

Marylin

A propos de Go West !, Jim a émis hier un commentaire qui comportait des photographies. Pour des raisons techniques, les photographies ne peuvent être insérées dans les commentaires. Le sien est donc publié sous forme d’article. 

 

Depuis le début du récit, je le lis avec plaisir, une aventure bien américaine avec ses ingrédients indispensables, l’immensité et la diversité du territoire, la police, les truckers, un révolver, etc…, et Marilyn, la belle et fragile Marilyn que j’ai toujours aimée, pas seulement dans ses films et ses photo dans les magazines. Il y a trois portraits dessinés qui m’ont toujours interpellé. Le premier est le portrait peint par Andy Warhol. Le deuxième est l’affiche du film « Quand la ville dort » (The asphalt jungle) dans lequel elle joue un tout petit rôle de débutante et pourtant c’est elle qui tient la place prémonitoire de star sur l’affiche. Je ne connais pas l’origine du troisième mais il exprime parfaitement qui était Marilyn. Paix à son âme!

Go West ! (40)

Toute la L.A.’s Gate semblait me dire « C’est ici qu’on construit le monde ! C’est ici que ça se passe, mon vieux ! Ici, tout le monde est bronzé, tout le monde fait du sport, tout le monde travaille, tout le monde gagne de l’argent ! Alors ? Qu’est-ce que tu attends pour en faire autant ? »
Debout sous le soleil, les bras ballants au milieu de cette fourmilière bigarrée, pendant quelques instants, j’avais oublié Marylin. Mais la parenthèse insouciante s’est refermée quand sa voix est revenue : « Dans une heure, je serai morte. J’espère que Jack et Bobby pourriront en enfer. »

Oublier Marylin ! Je voudrais bien moi, mais comment faire ?

Marylin, Kennedy, Lawford, Clemmons… ces noms tournent dans ma tête. Et ces mots aussi « Dans une heure, je serai morte… je veux mourir parce que je ne veux plus passer ma vie à attendre… si tu continues à nous emmerder, tu vas en baver, ma cocotte ! … on aurait dit un gangster… que Jack et Bobby pourrissent en enfer ! » Et cette voix qui est enfermée dans ma poche…

Tout ça me dépasse. Je ne sais pas quoi faire. Je n’ose pas me demander ce qu’il faudrait faire ; je n’ose même pas poser le problème. Je n’ai plus envie de jouer, je ne veux plus être le privé redresseur de torts de la nuit dernière, je veux juste me retrouver avec cinq copains dans une Hudson à cinquante dollars sur la route de San Francisco. Je veux juste que rien de tout cela ne soit arrivé ; je n’ai pas aperçu Peter Lawford à travers une vitre de voiture de police, je n’ai pas ramassé le dictaphone, je n’ai jamais approché la maison de Marylin Monroe, je n’ai rien à voir avec tout ça.  Mais mon pauvre déni ne dure pas : j’ai vu Lawford, j’ai pris le dictaphone, j’ai écouté la cassette, Marylin est morte et je sais pourquoi. Je suis le seul à le savoir, le seul peut-être avec Peter Lawford.

A ce moment, me revient du fond de ma mémoire que Lawford Continuer la lecture de Go West ! (40) →

Deuxième lancement

Il y a exactement un mois sortait chez Amazon.fr mon dernier livre « Les trois premières fois et autres nouvelles optimistes »
Bon d’accord. Le lancement a été totalement raté. Trois exemplaires vendus en un mois — dont un à moi-même pour faire un cadeau — c’est un flop cruel et humiliant.
Mais ce n’est pas ça qui m’empêchera de lancer Les Trois premières fois une deuxième fois.

Alors voilà : Les trois premières fois et autres nouvelles optimistes, au cas où vous ne l’auriez pas compris, c’est un recueil de nouvelles optimistes, plutôt roses, enfin pas rose bonbon quand même, mais pas méchantes, pas comme celles du recueil précédent « Histoire de Noël et autres contes cruels » ou acides comme « Blind dinner »

« Les trois premières fois etc… » c’est d’abord « Les trois premières fois », une nouvelle en trois parties. La première des trois premières fois, c’est Franz Bauer qui raconte une première fois dans un refuge des Alpes autrichiennes. C’est une nouvelle d’initiation, écrite je l’espère dans le style de Thomas Mann ou de Joseph Conrad. Dans la deuxième des trois premières fois, carrément pastiche de P.G. Wodehouse, Bertram Fitzwarren, digne produit de l’Eton College, raconte une expérience très instructive vécue dans le quartier rouge d’Amsterdam. La dernière des trois premières, au style plus personnel, est moins légère, mais pas sombre pour autant.

 Les autres nouvelles du recueil parlent de Continuer la lecture de Deuxième lancement →