Dans cette esquisse, le peintre aborde de front et de façon prémonitoire le problème récurrent de notre époque : boire ou conduire, faut-il vraiment choisir ?

Dans cette esquisse, le peintre aborde de front et de façon prémonitoire le problème récurrent de notre époque : boire ou conduire, faut-il vraiment choisir ?

Rediffusion
Le principe d’Heisenberg ou « On n’est jamais sur de rien »
— Dis-donc, je viens d’en entendre une bonne. Y a un savant, un allemand, Wurtemberg je crois qu’il s’appelle, ou quelque chose comme ça, il a dit qu’en principe, c’est pas possible connaitre en même temps la vitesse et la position d’un truc qui se déplace un peu vite. Non mais, j’y crois pas ! C’qu’ils vont pas chercher quand même ! En tout cas, si c’est vrai, il faudra le dire aux flics ! Parce qu’ils arrêtent pas de m’envoyer du papier pour me dire que, j’sais plus quand, j’étais Porte de la Chapelle à 129 kilomètres-heure sur le Périphérique. Y doivent pas en avoir entendu parler, de Gutenberg ! Eh, garçon ! Un aut’ Calva, siouplait ! Tu r’veux un café ?
— Non, merci. Il s’appelle Heisenberg, Werner Heisenberg.
— Qui ça ?
— Eh bien, le savant dont tu parles. C’est un physicien : Heisenberg. Pas Gutenberg, ni Wurtemberg : Heisenberg.
— Ah bon …
— Et ce dont tu parles, c’est de son principe, le Principe d’Heisenberg. C’est de la science.
— Comme le Principe d’Archimède, alors ?
— C’est ça. On dit aussi Principe d’Indétermination ou Principe d’Incertitude.
— T’es certain ? Non, j’rigole ! Et c’est bien ça qu’y dit, Machinberg, qu’on peut pas savoir en même temps où on est et à quelle vitesse on va ?
— Si on veut, mais ça ne s’applique qu’à des particules.
— Des trucs tout petits alors ?
— C’est cela, de la taille de l’atome, ou plus Continuer la lecture de L’incertitude comme principe
Elle est assise à la terrasse du Café Delmas. Il est neuf heures moins le quart.
Elle arrive d’Oklahoma City. Retraitée célibataire et aisée de la First Farmer’s City Bank, elle a pris un billet « One platinum week in Paris » : avion, limousine, hôtel, petits déjeuners, entrées dans les musées, guides bilingues, trois repas dans de grands restaurants, shopping rue du Faubourg Saint-Honoré, une soirée à l’Opéra et deux dans des cabarets.
Pendant les trois premiers jours, elle a suivi strictement le programme que l’agence avait établi pour elle. Chaque matin, une voiture est venue la prendre à son hôtel de la rue de Sèvres pour la déposer au Musée d’Orsay ou sur le parvis de Notre Dame ou devant les grilles du château de Versailles. À chaque fois, un guide l’attendait, tickets en main. Le premier soir, elle a dîné seule au Grand Veyfour puis elle est rentrée rue de Sèvres en limousine, un peu éméchée.
Le deuxième jour, Continuer la lecture de La Contrescarpe en Technicolor
première diffusion : pendant le confinement
Il y a des jours où, pour un peu,
Champ de Faye ressemblerait
vachement à Combray !
Robert de Montesquiou – Apollon aux lanternes – 1898
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Ce matin, vers quatre heures et demi, alors que j’étais descendu à la cuisine pour me préparer le café qui au réveil m’est indispensable tant au corps qu’à l’esprit, je constatai que la pénombre de la pièce était percée d’une lueur orangée, vacillante et chaleureuse. C’était le feu qui brulait déjà dans la cheminée, m’apportant ainsi la confirmation qu’à nouveau, Albertine s’était levée avant moi. Partagé entre le sentiment de la reconnaissance envers celle qui m’avait évité le désagrément d’entrer en chaussons et tenue de nuit dans une pièce qui sans son intervention pré-matinale eut été désagréablement froide et celui de la déception de n’avoir pu, encore une fois, lui éviter la pénible tâche de l’arrangement et de l’ignition des lourdes bûches rugueuses dans l’âtre encombré des cendres de la veille, je saisis la bouilloire dont l’anse encore tiède me disait qu’Albertine s’était préparé les trois tasses de thé qui, le matin, lui sont aussi nécessaires que l’opium au toxicomane, et je la mis à chauffer.
C’est comme hypnotisé par le petit œil rouge du récipient calorifère, Continuer la lecture de Le côté de l’aurore
Rediffusion
Ne vous y trompez pas, ce que je vous propose, ce n’est pas un stylo, mais une méthode. C’est bien mieux et c’est moins cher.
Ecrire n’est pas facile en général, surtout quand on est équipé d’un peu de sens critique, car, la plupart du temps, il vous conseillera de passer votre production au broyeur. Mais le plus souvent, c’est une méthode qui manque au débutant et la lecture de ce qui suit pourrait lui faire gagner un peu de temps. Celle que je préconise est celle du « Je me souviens« , éprouvée dès 1970 par Joe Brainard dans son recueil « I remember« , puis par Georges Perec en 1978 avec son « Je me souviens ». Voici ce que j’en disais il y a quelques années :
Le Je me souviens est exercice d’écriture courant. Il consiste à dresser une suite de bribes de souvenirs dont chacune commence par les mots Je me souviens. Ces bribes reflètent des souvenirs personnels propres à leur auteur en même temps qu’elles évoquent une époque. C’est un exercice que je recommande chaudement à ceux que titille une vague envie d’écrire. Quitte à raconter quelque chose, autant commencer par ce qu’on croit connaitre : sa vie. Voici la méthode : Continuer la lecture de Un truc pour écrire
Première diffusion : 16/12/2019

Voici la suite et la fin de Sassi Manoon et les Texas Rangers dont la première partie a été publiée ici hier. Vous auriez pu tout aussi bien, et même mieux, la lire si vous aviez acheté « LA MITRO » (pour 6 euros seulement), le recueil de textes dont cette nouvelle fait partie. Il vous aurait suffi de cliquer sur le lien ci-dessous. Mais tant pis…
LA MITRO et autres drôles d’histoires

(…) Le bateau vint heurter la plate-forme en peu trop fort mais sans dommage pour la coque. Par contre le jeune homme perdit l’équilibre, essaya vainement de se retenir au plat bord de son bras valide, et finit par tomber à l’eau.
— Sacré bordel de merde ! hurla le beau brun en se relevant et en piétinant dans la vase. J’ai failli me tuer, moi ! Doucement, je t’ai dit. Tu peux pas comprendre ça, connasse ? Doucement, c’est pas compliqué quand même !
— M’emmerde pas, Dugland. Fallait pas me faire conduire. J’ai jamais mis les pieds sur un putain de bateau, moi. Fallait prendre le volant toi-même, Duschnock.
— D’abord c’est pas un volant, c’est une barre, pétasse. Ensuite comment tu veux que je « conduise », comme tu dis, avec une foutue bastos dans l’épaule, grosse maline ?
— Je te l’avais bien dit, connard, qu’on aurait dû garder la voiture au lieu de piquer le bat… Oh, bonjour Madame. Ne faites pas attention à notre petite dispute. Mon mari m’apprend à naviguer, et il semble que je ne sois pas très douée.
— Je vous en prie. Je suis Sassi Manoon, directrice de Continuer la lecture de Sassi Manoon et les Texas Rangers (suite et fin)
Serena Foster était née en 1888 dans la bonne société New-yorkaise. Après vingt ans d’une vie de luxe et de volupté, de plaisirs et de vanités, elle décida d’entrer dans les ordres. Elle avait alors 38 ans. Comme c’est l’usage, elle changea son prénom et choisit celui de Madeline en référence à ce qui la rapprochait, croyait-elle, de Sainte Marie-Madeleine, à savoir le péché et la rédemption. C’est ainsi qu’elle devint Sister Madeline. Une fois ses vœux prononcés, et après une courte formation d’infirmière sage-femme, Sister Madeline fut envoyé en Louisiane, à Chattawbannack, pour y diriger le petit dispensaire-orphelinat qu’un magnat du pétrole y avait fondé pour racheter son âme au diable et réduire ses impôts. L’ile de Chattawbannack est située sur la Sabine River qui marque la frontière entre Texas et Louisiane. C’est l’endroit le plus chaud, le plus humide, le plus isolé, le plus désolé des endroit chauds, humides, isolés et désolés de cet état qui en compte beaucoup plus que n’importe quel autre état des États Unis. A cette époque, aucun pont ne reliait l’ile à la terre ferme et le seul lien entre le dispensaire et la civilisation était un émetteur radio et un petit bateau à moteur qui descendait la Sabine une fois par mois jusqu’à Pine Bluff pour aller chercher le Docteur Onemore-Fortherode, un vieux médecin anglais, original et alcoolique qui s’était installé dans la région pour s’adonner à sa passion, sa collection d’alligators.
A son arrivée à Chattawbannack, deux ans avant les évènements que nous allons raconter, Sister Madeline avait été accueillie avec Continuer la lecture de Sassi Manoon et les Texas Rangers
J’aime la Série Noire depuis longtemps et je dis pourquoi dans le texte ci-dessous. Ce texte, publié une première fois le 5 mai 2016, c’est ma Critique Aisée, la 75ème, de cette collection qui fit les beaux jours de mes nuits d’adolescent et d’adulte. Dans les Séries Noires, comme le dit la citation de Marcel Duhamel que je reproduis ci-dessous, il y a « de l’action, de l’angoisse, de la violence, du tabassage et du massacre », mais s’il n’y avait que ça, autant lire du Fleuve Noir, cette laborieuse copie de la Série Noire. Non, dans la Série Noire, il y a, presque toujours en tout cas, du style, du style dans l’écriture et dans les personnages, Raymond Chandler avec son Philipp Marlowe, Jim Thompson et son Nick Corey, Charles Williams et son Oncle Sagamore Noonan, Donald Westlake et son John Dortmunder…
Plusieurs fois je me suis inspiré de la Série Noire pour écrire des histoires plutôt courtes, sortes de pastiches, ou plutôt d’hommages à ces écrivains véritables et mal connus. Demain, je rediffuserai ici une aventure de Sassy Manoon.
Série Noire
La Série Noire a soixante-dix ans. Une gamine. Voici ce que Marcel Duhamel disait en 1948 de la collection qu’il avait créée : Continuer la lecture de Chandler, Thompson, Williams et Westlake
Ceci est une rediffusion d’un article publié sur le JdC il y a plus de dix ans. Mon opinion sur cette manie qui n’a pas cessé de se répandre n’a pas bougé d’un iota.
(Critique aisée n°58)
Voici ce que disait Proust il y a cent ans de cette agaçante manie qui consiste à parler entre guillemets. A l’époque du petit Marcel, on ne soulignait cet artifice que par une intonation spéciale (machinale et ironique, comme le dit le narrateur). Aujourd’hui, dans une époque de smileys, d’idéogrammes et d’acronymes infantiles, on croit bon de faire la même chose en y ajoutant ce geste stupide qui consiste à lever les deux mains à hauteur des épaules en dressant l’index et le majeur de chaque main de manière à former deux sortes de V, puis à plier ces quatre doigts à deux reprises. En ayant tracé ainsi dans l’espace deux guillemets de part et d’autre de son visage, on se croit autorisé, par cette typographie virtuelle, à dire n’importe quelle ânerie, pensant s’en être désolidarisé à l’avance par la mimique à la dernière mode.
« …et je remarquai, comme cela m’avait souvent frappé dans ses conversations avec les sœurs de ma grand’mère que quand il parlait de choses sérieuses, quand il employait une expression qui semblait impliquer une opinion sur un sujet important, il avait soin de l’isoler dans une intonation spéciale, Continuer la lecture de « Entre guillemets »