Tous les articles par Philippe

BLIND DINNER (Extrait)

(…) « Vous avez vu ? demande-t-il en jetant un regard circulaire sur les invités. On ne peut pas discuter avec ces gens-là ; ils montent tout de suite sur leurs grands chevaux. Ça prouve bien qu’ils ont quelque chose à cacher, vous ne trouvez pas ?

— C’est dommage qu’André soit parti, parce que c’est un sujet intéressant. »

C’est Marcelle, la Maire de Gentilly, qui vient de parler. Elle a dit ça calmement, affectant de découper encore en plus petit la dernière des minuscules tomates qui accompagnaient l’épaule d’agneau en croute qui a été servie pendant l’échauffourée. Longchamp s’agite un peu sur sa chaise, tout content de trouver un soutien dans l’assistance.

« Ah ! dit-il, eh bien, ça fait plaisir de voir qu’il y a encore des gens à qui on ne la fait pas. »

Mais la Maire continue :

« C’est vrai qu’on a connu Continuer la lecture de BLIND DINNER (Extrait) →

Le Diner de Promo

Il y a bien longtemps, à l’occasion de l’anniversaire d’un ami, j’avais écrit un bref discours dont le sujet était la vieillesse. A cette époque lointaine, la vieillesse, je n’y croyais pas, et j’avais bâti mon texte plutôt gaiment autour de cette idée : la vieillesse, ça n’existe pas.
Une douzaine d’années a passé et, aujourd’hui, je découvre que je ne pourrais plus écrire quelque chose d’aussi stupide. Et voici pourquoi…

Un jour, c’était il y a quelques années déjà, j’ai participé à un diner de Promotion (je ne parle pas ici d’une action commerciale mais d’une réunion d’anciens élèves). Ce repas avait lieu au premier étage d’un restaurant qui faisait face au Centre Pompidou (Je place ici cette précision seulement pour pouvoir vous dire qu’il ne faut pas y aller ; dans ce restaurant, pas au musée). J’étais arrivé parmi les derniers Continuer la lecture de Le Diner de Promo →

SARI (Extrait)

(…) Parmi mes moments préférés partagés avec Sari, il y a aussi ceux du Cap Ferret : chaque matin, généralement après une nuit de mauvais sommeil, je partais avec Sari entre sept et huit heures pour une promenade d’une heure ou deux. Nous passions d’abord entre les villas encore endormies sous les pins pour arriver au grand soleil au pied de la dune qui nous séparait de l’océan. La montée sur les caillebotis était plutôt pénible pour elle dont les pattes n’étaient pas adaptées aux espaces entre les planches, mais elle était récompensée par ce qu’elle pouvait trouver de comestible dans les vestiges laissés par la dernière vague des vacanciers de la veille au soir.

Arrivé en haut de la dune, le spectacle de l’océan me saisit comme à chaque fois : plage immense et déserte devant une mer bleue ou grise, calme ou agitée, haute ou basse, mais toujours émouvante.
A la vue de la mer, Sari prend le vent et s’agite. D’un signe, je la libère et elle court vers l’eau. Si la marée est basse, Continuer la lecture de SARI (Extrait) →

Go West ! (73)

(…) Mais au stade où nous en sommes à présent, à l’heure où je me prépare à reprendre mon récit, c’est une tout autre affaire car, en réalité, cette deuxième nuit a constitué le point culminant de mon séjour chez Mansi et, pour la décrire, les stratagèmes ne suffiront pas.
— Jay ! Jay !
Jay ?

— Jay !… Jay !
J’ai failli oublier qu’ici, c’était mon nom, Jay. Jay, pour Jérôme, pratiquement imprononçable en anglais. Jérôme !  Quelle drôle d’idée quand même !
— Jay ?
C’est Mansi qui m’appelle pour que je l’aide à préparer la table et les chaises où nous allons diner tout à l’heure avec ses amis.

Ses amis ? Arrivés avant huit heures, au coucher du soleil. Partis le lendemain. Peut-être vers midi. Enfin, je crois. En tout cas, à deux heures, ils n’étaient plus là. Ça, j’en suis à peu près sûr. Quant à ce qui s’était passé entre huit heures du soir et deux heures de l’après-midi le lendemain… Pas facile à raconter. D’abord parce que Continuer la lecture de Go West ! (73) →

Une matinée de rêve

Diffusé une première fois en juillet 2016

Comme tous les matins, il ouvre vivement la porte du bureau de sa secrétaire et lance un Bonjour-Léna-comment-ça-va-ce-matin joyeux et sonore.
Tout de suite, il ajoute qu’il fait un temps magnifique, hein, est-ce qu’elle a remarqué, et que, bon, il faudrait qu’elle appelle Drumont pour déplacer le rendez-vous de mardi prochain, non, il veut dire pour le maintenir mardi prochain, mais ailleurs, est-ce qu’elle voit ce qu’il veut dire,  ici, au bureau, par exemple, enfin comme ça l’arrange, lui, Drumont, hein,  ah oui ! et puis aussi il faudrait lui réserver un avion et une voiture pour Bordeaux, pour demain matin de bonne heure, enfin pas le premier avion quand même, hein, retour le soir, pas trop tard, une petite voiture, hein, parce qu’il sera seul et que le rendez-vous n’est pas très loin de Mérignac, il lui demande enfin si on a reçu un accord de la SMT, parce qu’il serait temps, hein, nom de Dieu, pardon Léna, mais qu’est-ce qu’ils fichent depuis le temps, et que bon, si ça ne l’ennuie pas, il prendrait bien un petit café, Léna s’il vous plaît… Léna? Continuer la lecture de Une matinée de rêve →

Les vélos

par Lorenzo Dell’Acqua

LES VÉLOS

La prolifération des vélos dans Paris m’attriste. Bien sûr, elle m’inquiète  aussi quand je suis au volant de ma voiture, ce qui est de plus en plus rare, et quand je prends moi aussi le mien. Mais pourquoi ce vélo avec lequel, et grâce auquel, j’ai découvert Paris tous les dimanches matin me fait-il désormais si peur ? Ma chute provoquée par un autre cycliste avec le coma de plusieurs heures qui l’a suivie en est la cause indirecte. Aujourd’hui, en effet, le danger ne vient plus des voitures mais de l’incivisme de la majorité des cyclistes qui ne connaissent et ne respectent aucune règle ni le moindre code de la route. En plus de leur incorrection, ils affichent un profond mépris des piétons surtout  âgés.

       J’ai le sentiment que l’usage croissant du vélo reflète la dégradation des conditions de vie des Parisiens. Pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux à l’utiliser ? Parce que les restrictions à la circulation automobile empêchent désormais les étudiants et les adultes en activité de se déplacer en voiture et en bus dans Paris. Le cas des retraités est dramatique : point de salut pour Continuer la lecture de Les vélos →

Go West ! (72)

(…) Deux minutes plus tard, je trouvai mon sac, ma veste et mes chaussures sagement rangés dans l’un des placards de la cuisine. Mais dans ma fouille, j’avais aussi trouvé dans un autre placard, suspendus sur des cintres en fil de fer et recouverts de housses en papier, des vêtements d’homme, jeans, pantalons, t-shirts et chemises, civils et militaires. Alors ? Mort ou pas mort, Bo ? Il faudrait qu’on parle, Mansi et moi.

On en parlerait, Mansi et moi, mais pas tout de suite. Pour le moment, il fallait que je la réveille doucement, gentiment, pour me faire pardonner, pour lui expliquer, doucement, gentiment, que mon geste d’hier soir, c’était… ce n’était pas … Je me mis à genoux à côté du canapé et, de ma main valide, je commençai à caresser sa joue, doucement, gentiment, chastement. Elle s’est réveillée tout de suite, sans hésitation, sans sursaut, les yeux grand ouverts, souriante. C’était à se demander si elle n’avait pas fait semblant de dormir, comme pour provoquer mon geste.
— Embrasse-moi, a-t-elle dit de ce ton neutre qu’elle affectionnait.
— Écoute, Mansi, je voulais te dire… hier soir… ce n’était pas…
— Embrasse-moi.
Ce n’était pas une injonction, encore moins une supplication. C’était dit comme si elle me demandait de lui passer le sel ou d’ouvrir la fenêtre. Mais j’ai pris ça comme si c’était une condition pour que je puisse rester encore un peu chez elle. Alors, je me suis penché sur elle et je l’ai embrassée, longtemps, du mieux que j’ai pu. Et puis je dois dire que ça me plaisait de plus en plus, de l’embrasser.

Après, on a fait frire des œufs et du bacon et on Continuer la lecture de Go West ! (72) →

La petite fille derrière la vitre

Première parution le 6/06/2017

Je l’ai vue la petite fille derrière la vitre, le nez écrasé contre le verre, les yeux dans le vague.

Quelque chose s’est réveillé en moi, un souvenir, une évidence venue de très loin. Comme elle, j’avais rêvé autrefois, comme elle peut-être, guettant par la fenêtre donnant sur la ville, j’avais cru que je pourrais me construire la vie que je voulais.

Des dizaines d’années plus tard, cette petite fille est toujours là, bien cachée au fond de moi, ne surgissant plus que lorsque l’émotion m’attrape, lorsqu’un enthousiasme surgit, lorsqu’un besoin de liberté m’assaille.

J’ai souri à la petite fille, le cœur empli de tendresse. Alors, elle m’a tiré une langue rose et pointue et je me suis dit que, décidément, rien n’était plus comme avant…

SASSI MANOON ET LES TEXAS RANGERS (Extrait)

(…) Un beau matin, deux hommes en uniforme parurent à la porte du dispensaire : un gros rouquin du nom de Bill Crawley, et un petit brun moustachu qui s’appelait Ive Krupckie.
« Hi, Ma Sœur, dit Bill. Belle journée qui s’annonce, pas vrai ? »
La sœur resta un instant stupéfaite car aucun homme en uniforme ne s’était jamais présenté au dispensaire et, plus généralement, aucun homme blanc n’avait jamais été vu sur l’ile, a fortiori au dispensaire. Néanmoins, elle se ressaisit pour répondre :
« Bonjour Messieurs les soldats, et que Dieu vous protège.
— Bill et moi, on est des Rangers du Texas. On est comme qui dirait à la recherche de chasseurs d’alligators, des sacrés fils de pute, pardon Ma Sœur, mais y a pas d’autre mot, des sacrés fils de pute qui chassent la nuit au fusil et même à la dynamite. Pas vrai, Bill ?
— Pour sûr, Ive !
— Alors on remonte la Sabine depuis une semaine à la recherche d’un bateau qu’on nous a signalé et qui pourrait bien être celui de ces salopards qui se foutent de la loi comme de leur première vérole. S’cusez, Ma Sœur, ça m’a échappé. C’est un foutu gros dinghy tout noir. Mille pardons, Continuer la lecture de SASSI MANOON ET LES TEXAS RANGERS (Extrait) →