Extrait de « Couleur café »
(…)
Au moment où elle va passer pour la septième fois devant ma table, porteuse d’un plateau
chargé — j’ai une mémoire photographique presque absolue — de trois demis pression, un verre de Morgon, un autre de bourgogne aligoté, deux cafés dont un allongé, un croque-monsieur, une tarte du jour et deux tickets de caisse, je pousse légèrement du pied la chaise en osier inoccupée qui se trouve devant moi. Le siège se déplace de trois centimètres environ, ce qui demeure caché aux yeux de la serveuse par le plateau de service qu’elle porte devant elle d’une main encore sûre. Le pied de la chaise se trouve à présent sur le trajet de sa Ranger gauche. La pointe de la chaussure ne heurte que légèrement le barreau d’osier bigarré mais, en retardant d’un tiers de seconde le mouvement Continuer la lecture de Anatomie d’une chute
La Rose de France


Je n’aime pas beaucoup le café brasserie qui porte ce nom de Maison Marie depuis deux ou trois ans à l’angle aigu des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac. Pendant plus d’un siècle, sous cette même enseigne et à cet emplacement on trouvait un primeur, c’est-à-dire un commerce de fruits et de légumes. Les couleurs de ses bacs, rouge, vert, orange, brun égayaient un peu ce triste trottoir qui fait face au triste Institut Océanographique. Bon, mais voilà, le petit commerce de centre-ville se meure, notamment parce que vous n’y allez plus, et quand il ne s’appelle pas Monop’ ou Carrefour-Market, il a du mal à résister aux offres inespérées des nouveaux bougnats de Paris.