Archives de catégorie : Textes

Les corneilles du septième ciel (41)

Chapitre 41

L’inspecteur Bruno Body découvrit en feuilletant le Monde Littéraire où son ami écrivain avait puisé son inspiration. C’était dans un article de Michel Houellebecq évoquant une région de France imaginaire qui, pour des raisons économiques et climatiques, était tombée dans un isolement extrême avec pour conséquence la régression de ses habitants à l’état de bipèdes analphabètes. Cette région fictive correspondait, mot à mot, à celle où son personnage principal avait passé les vacances de son enfance. L’article de Houellebecq était un pamphlet contre les hommes politiques de droite et de gauche dont le titre, Les Partis Cultes et les Menteurs, annonçait bien la teneur. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (41)

Les vieilles gloires oubliées

Jean Benguigui… Là, tout de suite, comme ça, son nom ne vous dit peut-être rien, mais si je vous montrais sa photo ou si je vous faisais entendre sa voix, vous le reconnaîtriez immanquablement. Il fait partie de ces comédiens de second ou de troisième rôle qui forment la base d’un cinéma national. Sans ce genre de comédien, il n’y aurait que des stars et quoi de plus ennuyeux que les films où ne figurent que des stars ?

Jean Benguigui, c’est notre Joe Pesci à nous, notre Danny DeVito, notre Walter Brennan. C’est le Noël Roquevert de notre époque, le Marthe Villalonga du sexe opposé.
Son physique et son accent (si vous ne l’avez plus en tête, sachez qu’il est petit, plutôt gros, juif et pied-noir), l’ont cantonné le plus souvent à jouer des personnages bien marqués, mais il les a incarnés de toutes les façons possibles, drôle, populaire, dramatique, méchante, vicieuse… Moins marqué par ses origines, peut-être aurait-il été Bernard Blier ?

Pourquoi vous parlé-je de Benguigui ? Parce que l’autre jour, lui et moi Continuer la lecture de Les vieilles gloires oubliées

Les corneilles du septième ciel (40)

Chapitre 40

Bruno Body fut déçu par cette réunion de travail à la terrasse du Cyrano dont il attendait tant. Ni lui, ni Fabienne Pascaud n’en tirèrent de conclusion et encore moins la preuve de détournements coupables de l’écrivain. Plus le temps passa plus ils acquirent la conviction que ce dernier les avait menés en bateau. Ils en eurent la certitude quand, interrogé par Bernard Pivot lors d’une émission télévisée dont il était un habitué, Ph. présenta son prochain ouvrage dont la sortie en librairie était imminente. A l’évidence, il ne s’agissait pas d’un roman historique d’autant que Les bas d’Hélène n’étaient pas ceux dHélène de Troie. Difficile de deviner au résumé qu’il en fit devant les caméras s’il pouvait s’agir d’un plagia dont ils n’entrevoyaient d’ailleurs pas l’origine. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (40)

Singing in the rain

Suite africaine n°3, déjà publiée il y aura bientôt 10 ans. La scène se passe en Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Fasso) au début des années 70.

J’ai quitté Sabou, ses enfants et ses crocodiles et j’ai repris ma route vers Bobo-Dioulasso.
C’est la première fois que je conduis en brousse. On m’avait mis en garde, mais la surprise est quand même là. Les parties défoncées de la piste alternent avec la tôle ondulée sur laquelle tous ceux qui ont lu le Salaire de la Peur savent qu’il faut rouler vite sous peine de casser la suspension ou de se décrocher la mâchoire.
La moitié des véhicules que l’on croise sont des taxis-brousse, Renault Estafettes chargées jusqu’à la calandre de voyageurs, de bagages et de bicyclettes, et portant, peinte au-dessus du pare-brise, une devise supposée rassurer le client ou flatter son fatalisme : « C’est Dieu qui conduit ! » ou bien « S’en fout la mort ! ». Les autres véhicules sont pour la plupart des camions. Ils font la route Abidjan-Ouagadougou-Niamey. Ils ont à peu près le même comportement que les taxis-brousse, mais ils ne l’annoncent pas : ils ne portent pas de devise trompe-la-mort. Ils la sèment sans le dire. Tout ce qui roule sur cette piste tangue sur les parties défoncées et vole sur la tôle ondulée
Presque tous les camions sont bancals et surchargés de marchandises et de voyageurs. Ils penchent dangereusement dans Continuer la lecture de Singing in the rain

Les corneilles du septième ciel (39)

Chapitre 39

Bien que leur ressemblance physique dépassât l’entendement, il n’y avait rien de commun entre Lariégeoise et Fabienne Pascaud. Le subterfuge organisé par Bruno était un véritable chef d’œuvre de machiavélisme, un mécanisme d’horlogerie, une bombe à retardement. Profitant avec opportunisme des troubles visuels liés à l’âge avancé de Ph., il organisa au soleil couchant un apéritif dinatoire à la terrasse Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (39)

Plaidoyer pour les Cons et pour les Corneilles

première diffusion : 16 avril 2016

Comme pour une vulgaire épreuve de Philo au baccalauréat, le Journal des Coutheillas vous offre le corrigé de l’épreuve d’avant-hier, qui était, rappelons-le : rédiger un texte pour la défense d’une cause quelconque en respectant scrupuleusement la structure et les débuts de paragraphes d’un texte en 19 points. (Les mots en caractères gras étaient les mots imposés)
Pour ce corrigé, le JdC a choisi une cause que tout le monde connait bien : la connerie.

Plaidoyer pour les cons 

 1-Il y a de cela de nombreux siècles, les hommes vivaient sans la connerie.

2-Certes, ils pratiquaient allègrement la bêtise, la stupidité et l’ignorance, mais ils ignoraient la connerie. Cela ne dura pas.

3-En dépit des efforts constants des prêtres et des précepteurs, des professeurs et des instituteurs, des philosophes et des écrivains, des journalistes et des chroniqueurs, ou peut-être à cause de leurs efforts constants, la bêtise, la stupidité et l’ignorance allaient sans cesse en croissant, et cela ne dérangeait personne.

4- Cependant, de plus en plus fréquemment, depuis quelques dizaines d’années, il arrive que la bêtise, la stupidité et l’ignorance, ensemble ou séparément, rencontrent la méchanceté. Il suffit alors d’une étincelle ou d’une goutte d’alcool pour que se produise un étrange phénomène de symbiose qui donne naissance à la connerie.

5-Certains vont même jusqu’à prétendre que le même phénomène peut se produire quand la jalousie ou l’envie sont mises en présence d’une dose suffisante de méchanceté. Je n’irai pas jusque là, mais j’étudie la question et je constate Continuer la lecture de Plaidoyer pour les Cons et pour les Corneilles

Les corneilles du septième ciel (38)

Chapitre 38

L’inspecteur B. Body avait perdu de vue depuis longtemps son camarade devenu une icône de l’intelligentsia littéraire germanopratine. Ils ne s’étaient revus que de loin en loin aux fêtes de bienfaisance de leur Ecole où ils avaient échangé quelques souvenirs mémorables de leurs chasses en forêt de la Palmyre. Bien sûr, au moment de la disparition de Lorenzo, il ignorait comme ses collègues l’horrible chantage que ce dernier exerçait sur lui. C’est grâce aux confidences bienveillantes de Louis-Charles qu’il fut mis sur la voie en apprenant les zones d’ombres du passé de l’écrivain. A l’époque de ses débuts en littérature, Ph. montrait tout ce qu’il écrivait à son ami Louis-Charles qui, bien que n’étant pas un littéraire, fut à plusieurs reprises surpris par certaines similitudes entre ses romans et d’autres œuvres comme par exemple entre sa Bicyclette Rose et Autant en emporte le Vent. A son avis, il y avait une forte probabilité que Blind Dinner soit aussi un plagia. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (38)

Formulaire pour un bon discours


Les discours officiels nous paraissent souvent prévisibles. Qu’il s’agisse de la promotion de la chasse aux papillons dans les territoires d’outre-mer ou de l’inversion du sens giratoire dans les ronds-points de Gueret dans la Creuse, les formules sont toujours les mêmes, consacrées (con-sacrées aurait dit RJR).

Bien que nous ne soyons pas en confinement, mais qui peut dire ce qui nous attend, je vous propose donc ce jeu : Imaginez que vous êtes un notable, Maire de Champignac ou Président de l’association des copocléphiles de Seine Inférieure, choisissez une cause, n’importe laquelle, et rédigez un texte pour sa défense en respectant scrupuleusement la structure et les débuts de paragraphes d’un texte en 19 points.

Si vous manquez d’idées pour des sujet brulants, je peux vous proposer  : les embarras de Paris, le Wokisme à travers les âges, l’exposition comparée Monet/Mitchell, les vacances au Cap Ferret, la photographie en tant qu’art brut, la culture des fraises à Plougastel d’Aoulas…

Mais attention, ne seront pris en compte que les textes entrant strictement dans le cadre formel prescrit plus haut et ci-dessous :

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HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 10

Voici un extrait d’HISTOIRE DE DASHIELL STILLER, 435 Pages, 12€ sur Amazon.fr

Extrait du chapitre 10 : Dashiell Stiller

Dashiell a fait sa guerre, il y a rencontré Antoine. En quelques heures, il a noué les liens d’une amitié très forte avec lui. Et puis il y a eu Berchtesgaden, le drame et, enfin, le retour en Amérique. Pourtant, il revient à Paris. Pour quoi faire ?

(…)

Le DC 6 s’est posé sur la piste du Bourget. Il n’était pas loin de midi et la visibilité était excellente. Pendant l’approche, Dashiell a pu contempler la ville qui s’étalait sur sa gauche avec la silhouette de la Tour Eiffel pointant vers le ciel sans nuages. Il n’a que très peu dormi durant les seize heures de vol entrecoupées des escales à Terre Neuve et à Shannon. Maintenant il a chaud, il a mal à la tête et il sent sur sa peau ses vêtements collés par la transpiration. La traversée du tarmac en plein soleil et la longue attente devant le guichet de la douane ont achevé de l’épuiser et c’est comme un somnambule qu’il est monté dans le vieux taxi rouge et noir.

Il a demandé au chauffeur de le conduire rue Cujas, puis il s’est affalé sur la banquette. Il s’est endormi dès la sortie de l’aérogare et quand le taxi a traversé la plaine Saint Denis et les quartiers nord de Paris, il n’a rien vu des ruines des bâtiments bombardés. Il s’est réveillé au moment où la voiture contournait la Gare de l’Est. Il a ouvert la vitre, il s’est approché de la fenêtre pour sentir le vent de la course sur son visage. Arrivé devant Notre-Dame, il se sentait mieux. Quand le taxi a monté la rue Saint Jacques pour s’arrêter à l’angle de la rue Cujas, Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 10

Les corneilles du septième ciel (37)

Chapitre 37

Quand Philippe Premier apprit le mariage de Françoise, il en fut abattu, pour ne pas dire déprimé. S’envolait la belle jeune fille, intelligente et drôle, qu’il était convaincu ne jamais retrouver. Pour un célibataire ayant dépassé la quarantaine, les chances de rencontrer la compagne idéale s’amenuisaient de jour en jour. Il savait sa situation quasiment désespérée même si, chaque matin, il côtoyait de jeunes internes parfois belles, parfois intelligentes, parfois drôles, mais rarement les trois à la fois. Là n’était pas la principale difficulté qui se présentait à lui, la plus importante étant en réalité leur âge : elles avaient moins de trente ans. A cet âge-là, elles devaient le prendre pour un vieux de la génération de leurs parents, ce qui n’était pas faux, et, à ses yeux, elles n’étaient que des gamines immatures. Question de génération, se disait-il avec inquiétude. Restaient bien quelques célibataires de son âge qu’il rencontrait grâce aux efforts louables de tous ses amis, mais c’était des ragotons glaciales pour lesquelles il ne ressentait ni élan amoureux, ni encore moins physique. A ces difficultés bien réelles venait s’ajouter une angoisse nouvelle due à ses états d’âme. Depuis toujours il tenait à avoir des enfants et d’ailleurs ils les adoraient. Mais plus il avançait en  âge, plus la responsabilité de leur éducation et de leur entrée dans le combat de la vie moderne lui faisait peur. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (37)