Archives de catégorie : Fiction

La Tour Eiffel qui penche (3/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…) Une rapide étude de notre ingénieur-conseil, avalisée par l’Architecte en chef des Bâtiments Nationaux et par le Ministre du Tourisme lui-même a confirmé la chose : la Tour Eiffel penche ! Vous voyez, nous sommes au courant. Mais c’était gentil à vous de vouloir nous en informer. »
Il avait dit ça aussi tranquillement que si Ratinet était venu lui apprendre que deux radiateurs de la boutique de souvenirs étaient en panne.

3. Le plan Verdurin

En son for intérieur, Verdurin était très satisfait de la clarté et de la concision de son exposé. Par contre, il avait horreur de déjeuner seul. C’est pourquoi, c’est d’un ton jovial qu’il ajouta en se frottant les mains : « Bon, allez ! Il est bientôt midi ! Je vous invite à déjeuner au restaurant du coin. C’est très sympathique, vous verrez. » Pour Verdurin, le restaurant du coin, c’était bien sûr le Jules Verne, dont la porte se trouvait effectivement au coin du couloir à gauche en sortant.

« Mais c’est épouvantable, s’écria Ratinet qui, tout à ses réflexions, n’avait pas entendu l’invitation du directeur.

— Mais pas du tout, je vous assure ! Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (3/5)

La Tour Eiffel qui penche (2/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…) En fait, elle ne penche que d’un côté, comme la Tour de Pise, et c’est vers la Seine, vers le Trocadéro, et pour tout dire, vers le nord. » Cette victoire de la logique pure sur l’obscurantisme était rassurante en soi, mais il n’en demeurait pas moins que la Tour Eiffel penchait. Et ce n’était pas normal. C’était même inquiétant. Mais que faire ? La question se posait avec acuité. Et l’acuité, le petit photographe de chez Yvon n’aimait pas beaucoup ça.

2. L’annonce faite à Verdurin

Fallait-il ne rien dire à personne, utiliser les outils les plus sophistiqués de Photoshop pour arriver à redresser la Tour Eiffel tout en gardant leur horizontalité aux pelouses du Champ de Mars, et, la série achevée, rentrer à Beuzeville en Auge vivre entre ses parents le reste de son âge en attendant que le Service de Contrôle de la Conformité des Bâtiments Nationaux à leur État Descriptif ne constate l’anomalie et ne prenne les dispositions nécessaires pour en informer les autorités compétentes ? À Gérard, arrière-petit-fils d’Aristote Ratinet, celui-là même qui, au début du siècle dernier, s’était couvert de gloire en menant l’équipe de Beuzeville en Auge jusqu’à la finale du concours national de manille parlée, une telle attitude parut inacceptable. Il y renonça.

Fallait-il rapporter la chose à son supérieur hiérarchique immédiat et se décharger ainsi de toute responsabilité dans le suivi de l’évènement ? Le fait que son supérieur hiérarchique immédiat était ce con de Cottard Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (2/5)

La Tour Eiffel qui penche (1/5)

temps de lecture : 4 minutes 30

1-La mission de Ratinet

Employé de la maison Yvon, premier éditeur européen de cartes postales, Gérard Ratinet, 47 ans, né à Beuzeville-en-Auge et y habitant toujours, photographe autodidacte et hypocondriaque, avait reçu mission d’Etienne Cottard, directeur artistique et neveu du beau-frère du petit-fils du fondateur de la maison d’édition, de réaliser une série originale de photographies des principaux monuments de Paris. Les cartes postales qui en seraient tirées devaient être mises à la vente à l’occasion des prochains Jeux Olympiques qui, par une heureuse coïncidence, devaient justement se tenir l’année suivante dans la capitale. Ratinet avait accepté cette nouvelle mission non avec enthousiasme, car le sujet imposé était quand même, comme on dit dans le jargon des photographes professionnels, un peu ‘’cliché‘’, mais avec soulagement. Ça le changerait de sa mission précédente, une interminable série consacrée aux calvaires bretons, dont il était rentré neurasthénique et enrhumé.

Ayant décidé de consacrer sa première journée parisienne à la Tour Eiffel, il la passa à tourner Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (1/5)

Les corneilles du septième ciel (27)

Chapitre XXVII

Comment la jolie Myriam, professeur de lettres à Poitiers, avait-elle bien pu croiser la route du célèbre écrivain Philippe C., une icône de Saint Germain des Prés et du Jardin du Luxembourg ? Tous nos lecteurs interloqués se posent la question.

Issue d’une famille fort cultivée, Myriam avait depuis toujours un goût prononcé pour la littérature. Elle le partageait avec Philippe, son cousin germain, qui s’obstinait à vouloir lui faire lire les œuvres complètes du Marquis de Sade. De tels conseils de la part d’un petit garçon de douze ans obligèrent ses parents à le confier à un spécialiste. C’est aussi ce que Myriam lui avait conseillé de faire en le formulant de façon un peu brutale et dépourvue de la moindre élégance : « Va donc te faire soigner, espèce d’obsédé sexuel ! ».  A sa décharge, Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (27)

Les corneilles du septième ciel (26)

Chapitre XXVI

Comme s’y attendent ceux qui ont eu la gentillesse de lire les chapitres précédents, la relation de Françoise et Pierre devint de plus en plus intime. Sans qu’il soit nécessaire de se livrer à des descriptions triviales au risque de décevoir certaine abonnée pyrénéenne, même les moins perspicaces auront deviné en les voyant enlacés que leur amitié n’en était déjà plus une. Quel nom donner à ce moment irréel que nous avons connu, au moins une fois pour les plus chanceux, où l’on sent que notre vie est en train de basculer vers Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (26)

Les corneilles du septième ciel (25)

temps de lecture : 3 minutes 

Chapitre XXV

Qu’est la vie d’un neurologue hospitalier comme Françoise Maignan ? Qui le sait ? Qui s’en préoccupe ?

Être neurologue de garde, personne en dehors des intéressés ne sait ce que cela signifie. Personne ne sait la contrainte d’être réveillé à trois heures du latin pour se rendre en quatrième vitesse au CHU tenter de sauver une vie humaine. Non, personne ne sait la détresse du médecin dans un couloir au sous-sol en train de pousser son chariot sur lequel il y a les instruments thérapeutiques les plus sophistiqués qu’il va devoir utiliser, mais seul, à trois heures du latin, sans personne pour l’aider. De toute façon, ce sera un cauchemar ; il le sait mais il y va parce que, à ce moment-là, il est la seule et dernière chance du patient qui vient Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (25)

Les corneilles du septième ciel (24)

temps de lecture : 6 minutes 

Chapitre XXIV

Prétextant un stage dans le service de Neurologie du Professeur Gibert à La Salpêtrière, Françoise Maignan se rendait une fois par semaine à Paris. La vérité oblige à dire qu’elle n’y mettait jamais les pieds. En réalité, elle retrouvait son ami Annick avec laquelle elle faisait de longues promenades sur les quais. Elles avaient acheté la carte d’abonnement à Batobus, une véritable aubaine et pas seulement économique. Pour une somme modique, les deux jeunes femmes pouvaient se balader toute l’année sur la Seine et sans aucune limitation de temps. Au soleil sur le pont arrière du bateau, elles regardaient défiler Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (24)

Juliette et le jardinier

Ce texte a déjà été diffusé le 2 avril 2019

temps de lecture : 4 minutes 

Elle, c’est Juliette. Elle est belle comme une rose du matin, comme une goutte d’eau de pluie, comme un frisson dans les feuilles de bouleau, comme un parfum de cerise. Elle chante comme un rouge-gorge, elle parle comme l’eau de la fontaine, elle bouge comme l’ombre d’un roseau. Je l’aime depuis toujours ; depuis que je l’ai vue pour la première fois sortir de Santa Anastasia auprès de sa mère, je l’aime ; depuis que je guette à sa fenêtre le plus léger mouvement de rideau, Continuer la lecture de Juliette et le jardinier

Les corneilles du septième ciel (23)

temps de lecture : 3 minutes 

Chapitre XXIII

Lors de ses conversations avec Lorenzo, Françoise évoqua un jour la petite madeleine de Proust dont ses collègues spécialistes de la mémoire discutaient sans fin. Était-elle un réel souvenir ou une invention d’écrivain comme l’affirmait une théorie scientifique récente ? A l’appui de cette hypothèse, elle avait lu dans un ouvrage très sérieux que la madeleine de Proust était en réalité une biscotte.

Lorenzo lui confia l’histoire douce-amère de sa madeleine à lui bien qu’elle n’eût aucune relation avec la littérature et la neurologie. Il ne savait ni pourquoi ni d’où lui était venue sa passion pour elle. Sûrement pas de ses relations sentimentales supposées avec Jésus-Christ dont il n’était pas jaloux. Non, Marie-Madeleine le fascinait parce qu’elle avait été la seule vraie femme de chair dans la vie de Jésus. Troublante, n’est-ce pas, cette singularité Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (23)