(…) « Vous avez pu voir ce qu’il y a devant ? demande Bernard. Vous croyez qu’on va pouvoir passer ?
— Y a plus de trois mètres de haut de neige jusqu’à l’entrée de la station, répond le chauffeur. Ça fait une bonne centaine de mètres. Vous croyez qu’on va pouvoir passer, vous ? Peut-être qu’avec un peu d’élan… Qu’est-ce que vous en pensez ? »
La réponse était plutôt narquoise, mais Bernard ne s’en est pas rendu compte.
— Mais, il faut absolument que je passe ! supplie Bernard. J’ai un rendez-vous très… »
Mais Bernard n’achève pas. Ça ne sert à rien de gémir auprès du routier. D’ailleurs le type ne l’écoute même plus. Il est remonté dans sa cabine, il a claqué la portière et maintenant il s’agite autour de ce qui doit être son émetteur radio. « La CiBi, ils ont tous un truc comme ça, pense Bernard. » Il se sent tout petit auprès de ce grand type, avec son bonnet de laine noire roulé au bord, son gros anorak vert aux manches orange, sa petite barbe, son pantalon plein de poches et ses grosses chaussures. Il voudrait monter avec lui dans la cabine, il voudrait lui demander de lui dire ce qu’il faut faire, de le protéger… Mais il n’ose pas. Il ne voudrait surtout pas l’agacer ; il ne faudrait pas que le type l’envoie balader ; ce serait couper les ponts avec la seule personne qui pourrait l’aider. Alors, au pied du tracteur, les yeux levés vers la vitre de la cabine, Bernard attend. La neige fond autour de ses chaussures qui Continuer la lecture de Gisèle ! (5)