Archives de catégorie : Récit

Aventure en Afrique (27)

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Le marché de Filingué

Filingué se trouvait à 185 km au nord-est de Niamey. Chantal et moi nous y sommes rendus une fois en saison sèche et une fois en saison humide. Nous empruntions une piste en latérite à partir de la capitale qui était si déformée qu’elle avait pris la forme de tôles ondulées. Ce phénomène particulier fait d’ailleurs encore l’objet d’études par d’éminents chercheurs du CNRS et n’a toujours pas encore révélé tous ses secrets quant à sa formation.

La ”tôle ondulée” ébranlait fortement le véhicule. Les vibrations étaient telles qu’on avait l’impression que celui-ci allait finir par se démanteler à tout moment. C’était épuisant pour le véhicule, le chauffeur et les passagers. Avec les 2 CV, il fallait atteindre la vitesse de 60-65 km à l’heure pour que le véhicule passe à la crête des irrégularités. C’est seulement à ce moment-là que la direction devenait plus molle et l’adhérence presque nulle. Le freinage et le changement de direction étaient très délicats. À cette vitesse la caisse subissait peu de vibrations mais les suspensions souffraient. Pour effacer provisoirement la tôle ondulée, les services de la voirie passaient un gros balai cylindrique, en général tiré par un tracteur. Ce balai de 2.5 mètres de long faisait un petit angle par rapport aux ondulations. Ses poils étaient constitués de morceaux de câble métallique qui à la longue s’usaient et libéraient Continuer la lecture de Aventure en Afrique (27) →

Nostalgie n°18 – Boubouroche

temps de lecture : 6 minutes

Boubouroche

Je ne sais pas pourquoi, tout à l’heure, Boubouroche m’est brusquement revenu en mémoire. Boubouroche, pour moi, c’était un disque, un 33 tours 1/3, un 30 centimètres. Sa couverture était entièrement rouge. On y voyait un petit bonhomme replet et furieux, portant habit noir et grosse moustache, debout sur la main d’une gigantesque et élégante silhouette de femme au chapeau XIXème siècle, aux lèvres rouges et à la gorge pigeonnante.  En grosses lettres capitales jaunes, on pouvait lire le titre, Boubouroche et, en plus petits caractères noirs, de Georges Courteline et Bernard Blier, Sophie Desmarets, Léo Campion… suivaient les noms de deux ou trois autres comédiens que j’ai oubliés.

Comment Boubouroche était arrivé sur une étagère de ma chambre d’adolescent, entre Duke Ellington, les Frères Jacques et Georges Brassens, je ne le sais plus.  Ce dont je suis Continuer la lecture de Nostalgie n°18 – Boubouroche →

Rendez-vous à cinq heures dans un tunnel

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Le tunnel des arts
par Lorenzo

En vertu des pouvoirs  qui m’étaient conférés il y a déjà un bon moment mais dont je me rappelle quelques bribes, je me permets de t’adresser, cher Philippe, cette lettre en forme d’ordonnance. Surtout, je t’en supplie, ne va pas là où je suis allé aujourd’hui. Ton âge et surtout ta sensibilité démesurée ne pourraient s’accommoder d’un tel spectacle et le pire serait à craindre comme un geste criminel visant le département culturel de la Mairie de Paris ou un suicide spectaculaire du haut de la Tour Eiffel. Nous souhaitons tous, ta famille, tes amis, et même certains lecteurs de ton blog, qu’un sort aussi funeste te soit épargné. Donc, parmi les innombrables balades possibles dans Paris, évite de t’aventurer dans ce bouge.

Rappelle-toi, il y eut jadis un tunnel Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures dans un tunnel →

Rendez-vous à cinq heures à la chasse

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De nos jours, avouer avoir été chasseur est très mal vu surtout si on ajoute qu’on a aimé ça. En réalité, ses détracteurs ne savent pas ce qu’est la chasse. Des animaux, je n’en ai pas assassiné beaucoup, sauf deux ou trois pour faire plaisir à mon beau-père. Oublié ce chevreuil suicidaire venu à la rencontre de ma cartouche tirée les yeux fermés, oubliés ces canards sauvages impossibles à voir à la nuit tombante, oubliés ces faisans moins tendres que des poulets, oubliés aussi ces sangliers enfuis avant que j’aie eu le temps d’armer mon fusil. La chasse m’a permis de découvrir la nature et je crois ne jamais l’avoir violée. Elle possède une autre vertu que ses détracteurs ignorent : elle abolit les différences sociales. On chasse, on déjeune et on ne parle que de chasse. Entre ouvriers et professeurs, la complicité s’installe immédiatement.

Lorenzo dell’Acqua

Je hais le théâtre !

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Je hais le théâtre !
ou
Elvire Jouvet 40

Combien de fois ai-je dit que je n’aimais pas le théâtre ?
Des centaines….
Il m’est arrivé même de le crier en traversant le foyer pour en sortir.

Combien de fois l’ai-je écrit ?
Presque autant de fois…

Combien de fois l’avez-vous lu dans le Journal des Coutheillas ?
Je l’ignore, mais si vous en êtes un lecteur, même occasionnel, ma détestation proclamée du théâtre n’a pas pu vous échapper.

Combien de fois n’ai-je pas protesté contre la facilité, l’indigence d’une pièce à succès ou la creuse prétention d’une pièce d’avant-garde, contre les marmonnements et les chuchotis de certains comédiens inarticulés — Atricule, mon vieux ! Atricule ! disait Jouvet. Les gens sont venus pour t’entendre ! Alors, atricule ! —  contre les mises en scène qui cachent une partie du jeu pour une partie des spectateurs, contre l’incompréhensible et incommensurable inconfort des sièges, incompatibles avec l’incompressible morphologie du terrien moyen de ce début de siècle ? Combien Continuer la lecture de Je hais le théâtre ! →

Aventure en Afrique (26)

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Maurice Beun

Avant notre départ, nous avions dit aux membres de nos deux familles : « venez nous voir au Niger ce sera une occasion unique ». Le seul à avoir profité de cette proposition a été Maurice Beun, le père de Chantal. Mouren lui avait élégamment prêté son grand appartement au-dessus de la pharmacie, car nous ne pouvions pas d’héberger possible dans notre studio.

Il a passé environ un mois avec nous. Dans la journée il se promenait en ville et le week-end il participait à nos activités. Dans le quartier de la pharmacie on l’appelait “le vieux“ car il avait les cheveux tout blancs, mais n’avait que 55 ans. Je me souviendrai toujours lors un de nos déplacements, dans un village, il a été accosté par un homme qui en présentant une jeune fille lui dit : « patron ne veux-tu pas acheter ma sœur, regarde comme elle est belle ».Je revois encore le visage de Maurice avec un petit sourire et ses yeux pétillants qui semblaient dire : « j’aimerais bien mais je ne peux pas ! ». Il n’a pas pu donner suite Continuer la lecture de Aventure en Afrique (26) →

Aventure en Afrique (25)

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La paie sur deux chantiers

Un vendredi matin Michel Granges me dit : « demain je vais faire la paie sur les chantiers de Lossa et de Karma. Veux-tu m’accompagner, cela ira plus vite ? ». Nous sommes partis de bonne heure avec ma Land Rover, dans laquelle nous avions placé une malle remplie d’argent en espèce. La paie hebdomadaire s’effectuait suivant un rituel immuable. Etaient d’abord mis en place une table et deux chaises autour desquelles s’installaient les chefs de chantier. Puis, sur la table, étaient disposées la cantine et la liste de tous les travailleurs. A l’appel de son nom, chacun venait chercher Continuer la lecture de Aventure en Afrique (25) →

Rendez-vous à cinq heures à St Valéry en Caux

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Rendez-vous avec Guy à St Valéry

Les plages du Pays de Caux sont plutôt méconnues.
Dommage, mais c’est vrai que le climat n’aide pas.…
Je connais assez bien celle de St Valéry, l’une des principales, car j’habitais assez près.Alors, je vous en propose un très court aperçu.

Pourtant marquée, Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures à St Valéry en Caux →

Rendez-vous à cinq heures au Luco

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LE JARDIN DU LUXEMBOURG
par Lorenzo dell’Acqua

Le paradis de ma jeunesse n’a jamais eu plusieurs visages. Peuplé d’enfants gais et d’adolescents amoureux, le Jardin du Luxembourg, que les zazous appelaient jadis le Luco, est resté le refuge de mes insouciances. Ses joueurs d’échec, de vieux messieurs tristes mais très intelligents, ne parlent toujours pas, ne sourient jamais et restent vissés pendant des heures à leurs chaises. Sur le grand bassin naviguent des bateaux à voile semblables à ceux que nous louaient jadis nos mamans et que nous poussions avec une longue baguette de bois. Quand il fait grand froid, les canards Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures au Luco →

J’ai dix ans

Encore une rediffusion ! Et alors ? Ça vous fera au moins quelque chose d’intéressant à lire à vos petits enfants avant d’éteindre la lumière.
Publié une première fois il y plus de 8 ans dans le numéro 72 du JdC qui en compte aujourd’hui 3316, « J’ai dix ans » est à double titre un texte de jeunesse : jeunesse du 
narrateur et jeunesse de l’auteur qui n’écrivait alors que depuis quelques mois et dont ce fut l’un des premiers textes à dépasser le milliers de mots.

temps de lecture : 18 minutes 

Je sais que c’est pas vrai, mais j’ai dix ans.   (Alain Souchon)

1-Les grandes vacances

J’ai dix ans. Les grandes vacances sont commencées depuis déjà longtemps mais la rentrée, fixée au 2 octobre, est encore à perte de vue. Ça me permet d’effacer facilement la vague angoisse du passage en sixième dont on m’a dressé un tableau terrifiant.

Les premiers jours de Juillet ont été merveilleux. Je suis resté à Paris. Il a fait Continuer la lecture de J’ai dix ans →