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Carnet d’Écriture (13) – Haro sur Hidalgo

(…) Voilà donc ce que m’avait dit mon père par cette belle matinée de printemps alors que nous attendions la sortie des classes devant le Cour Desir.
Bien que la connaissance de cette curiosité citadine ne m’ait jamais servi à rien, je l’ai conservée précieusement dans un coin de mon cerveau, comme on garde dans une vielle boite à cigare la montre LIP irrémédiablement figée à 9 heures 17 que vous a laissée votre oncle Archibald. Mais un jour…

Mais un jour… Un jour qu’était pas fait comme les autres, un jour que vous cherchez un sujet pour une belle histoire à raconter qui puisse étonner le lecteur blasé de Télérama, instruire les enfants abandonnés à leur ignorance par l’Éducation Nationale, et sortir de l’embarras le chauffeur de taxi malgache, un jour donc, les bulles de souvenir de cette incongruité urbanistique remontent à la surface de votre marais cérébral comme les feux follets dans un marécage poitevin , et vous vous dites in petto « Merci Papa ».

Plus simplement, un jour vous vous dites « Tiens, j’avais oublié : les quarante premiers numéros de la rue de Rennes n’existent pas ! C’est mon père qui m’avait dit ça.» Pour peu que vous soyez un peu à court de horions à lancer sur Anne Hidalgo, vous sentez confusément qu’il y a là une mine de possibilités pour la couvrir d’opprobre et de ridicule. Alors, vous vous Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (13) – Haro sur Hidalgo

Go West ! (120)

(…) C’est pourquoi nos retrouvailles furent plus douces que je ne craignais. Il m’a engueulé brièvement, annoncé que, ce soir, nous irions diner chez Lipp et il est retourné à son bureau. J’ai pris un bain en écoutant la radio. Les informations de 5 heures annonçaient que des missiles russes d’une portée de 2000 kilomètres approchaient de Cuba et je me suis endormi.  

Voilà, c’est tout. C’est comme ça que se termine l’histoire de mon été 62. Il n’y a pas de chute parce que dans la vraie vie, il n’y en a pas non plus ; des hasards, des coïncidences, mais pas de chute, pas de dénouement, pas de retournement, pas de morale ; un conte, sans signification, raconté par idiot ; c’est ça la vie.

Fin

Épilogue

On pourra trouver décevant qu’un récit aussi picaresque s’achève ainsi, par le mièvre tableau d’une famille enfin réunie dans un appartement du 14ème arrondissement de Paris. Après tant d’aventures et de rebondissements romanesques diront certains, on pouvait s’attendre à quelque chose de plus sensationnel que le tableau émouvant de quatre personnes s’embrassant autour d’une table de salle manger. À ceux-là, je rappellerai que la vie n’est pas un roman et que la platitude de la fin de mon récit est une preuve de plus de sa véracité.

Bien sûr, j’aurais pu inventer Continuer la lecture de Go West ! (120)

On demande à voir…

DÉTECTIVE  
On demande à voir !

Depuis que l’on annonce la fin programmée de cet immense récit qu’est devenu Go West ! au fil des épisodes, on espère que le dénouement de cette aventure, ou tout au moins son épilogue ou alors, à défaut, une  note de bas de page apporteront les réponses aux questions que tout lecteur attentif de ce monument est en droit de se poser.

Car enfin : 

Go West ! (119)

(…)Quand je sors des toilettes, JP est à la porte. Il râle :
— T’en a mis un temps ! Qu’est-ce que t’as fichu ?
— Rien !
En même temps, je tire sur ma ceinture pour qu’il puisse voir le revolver plaqué contre mon bas-ventre. Ça le fait rigoler.
— Ben alors bonne chance, mon vieux ! Moi, je ne te connais pas !

L’avion s’est posé à 11 heures 30. A 11 heures 50, nous passions le contrôle de police et deux minutes plus tard, la douane. Je commence à transpirer. JP arrive devant le douanier juste avant moi. Le douanier lui fait signe d’avancer. C’est mon tour.
— Quelque chose à déclarer ?
— Euh, non. Rien.
Le parcours à pied que nous avons fait depuis la descente de l’avion jusqu’au guichet de la douane a déplacé le P. 38. Il ne me gêne pas vraiment mais ça lui permet de se rappeler à ma mémoire. Une sueur froide coule sous mes aisselles. En plus, avec mon pull et ma veste boutonnée, je commence à avoir vraiment chaud.
— C’est votre bagage ? Ouvrez-le s’il vous plait. Continuer la lecture de Go West ! (119)

Regrets éternels !

L’ECHO DES SAVANES
La fin programmée de Go West ?

Comme c’est dommage ! On commençait juste à s’y faire, à cette parution chaotique  des aventures décousues de ce narrateur post-adolescent. On commençait à bien l’aimer, ce personnage dont le prénom, bien qu’il soit le même que celui de l’auteur, en cache probablement un autre. Il nous était devenu presque sympathique ce jeune homme que sa nature casanière et hésitante avait lancé dans cette aventure transcontinentale, que sa timidité endémique encombrait dans ses rencontres inhabituelles, que sa naïveté puérile faisait trop  souvent prendre les vessies pour des lanternes et les lanternes  pour de l’amour. 

Et ne voilà-t-il pas qu’il va rentrer chez lui, notre Ulysse, sans toison ni couronne mais plein d’usage et raison vivre entre ses parents le reste de son âge !

Comme c’est dommage ! 

Carnet d’Écriture (12) – Kurt Vonnegut pour modèle

Kurt Vonnegut est l’un des plus grands écrivains américains du XXème siècle. J’ai longtemps cru que c’était lui qui avait écrit «Catch 22» et «Pourquoi j’ai mangé mon père», mais non, c’est pas lui. Mais, c’est vraiment lui qui a écrit, entre autres, deux bouquins que je n’ai pas lus et vous non plus, mais dont les titres nous disent à tous quelque chose : Abattoir 5 (je suis en train de le lire) et Le petit déjeuner des champions.

En dehors de ses succès littéraires réels, Kurt était un farfelu notoire, connu pour ses discours cinglés de fin d’année universitaire qu’il acceptait de faire uniquement parce qu’il pouvait s’y souler gratuitement. Expert en techniques discursives, il disait « Si vous voulez que les gens écoutent ce que vous avez à dire, prétendez que c’est quelque chose que votre père vous a dite », et c’est ce que je vais faire, en occultant que, d’après Kurt lui-même, les seuls conseils que lui ait jamais donnés son père étaient : « Ne tue personne » et « Ne te mets rien dans l’oreille »

Donc, un jour qu’avec mon père j’allais rue de Rennes chercher l’un de mes enfants à la sortie du Cours Desir (et non pas Désir comme c’est tellement tentant de le dire, mais de toute façon, ça n’a plus d’importance, le cours Desir ayant disparu à la fin des années 90), il me dit :
— As-tu remarqué, Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (12) – Kurt Vonnegut pour modèle

Enfin une bonne nouvelle !

TELERAMA
Enfin une bonne nouvelle !

Go West!, c’est la fin !
C’est juré ? C’est promis ?
Il paraît ! 

Ainsi donc, on arrive au bout. Plus que 2 épisodes et c’en sera terminé pour de bon de cet interminable feuilleton qui n’a pour égal dans la platitude qu’un roman d’Annie Ernaux et dans l’étirage de l’ennui que le regretté et regrettable« Corneilles du Septième  Ciel ». Finie la parution épisodique aux dates aléatoires des aventures étriquées de ce narrateur aux allures d’adolescent attardé. Fini le récit répétitif des tribulations d’un autostoppeur sur les chemins poussiéreux et surchauffés. Finies les descriptions conventionnelles d’une Amérique à la Norman Rockwell disparue depuis longtemps. Finies les jérémiades sur les difficultés d’avoir vingt ans dans les années 60 quand on est attiré par les filles. Fini l’inventaire complaisant de succès féminins par ailleurs souvent inaboutis. 

Fini, fini, fini !

Comme quoi il n’y a pas que de mauvaises nouvelles. 

Go West ! (118)

(…) Je veux vivre avec lui et je le lui ai dit.
Tout à l’heure, John et moi, nous allons rentrer à Washington et nous nous mettrons tout de suite à la recherche de ce studio. Je suis heureuse.
John ne voulait pas que je t’écrive, mais je l’ai fait quand même pendant qu’il était à la réception pour payer la chambre.
Ne m’en veux pas trop. Je ne t’ai jamais menti, je ne me suis jamais moquée de toi, je me suis juste trompée sur lui et sur moi.
P.

Pendant que je lisais, la femme de ménage a fini son travail et puis elle est sortie. Je reste seul dans la chambre et pour la première fois de notre séjour, je la contemple. Tout est redevenu propre et net. Tout est marron, diverses nuances de marron, mais tout est marron. Chocolat le plafond avec ses moulures encore plus foncées. Café au lait les lourdes tentures devant les fenêtres. Marron plus clair les murs parsemés de photographies encadrées — enfilade de la cinquième avenue sous la neige, embarras de fiacres sur Broadway, patineuses en chapeau d’astrakan et manchon en renard à Central Park. Marron sombre laqué les portes et marron rouge chamarré les tapis qui couvrent le sol. Marron aussi le chapiteau de l’immense armoire porté par deux colonnes doriques et sculpté en forme de scène de chasse, chien à l’arrêt devant un faisan à demi dissimulé par un buisson, les portes à miroir qui s’ouvraient d’elles-mêmes en grinçant quand on les déverrouillait, le lit, très large, très haut, qui craquait quand on s’asseyait dessus, avec sa tête en demi-lune et ses gros oreillers rêches cachés sous une cretonne maillée blanc cassé, le seul point clair de toute la pièce. Avec sa coiffeuse en marbre veiné et son grand miroir basculant entre les deux fenêtres, je découvre que notre chambre ressemble à celle de ma grand-mère, avenue Ledru-Rollin à Paris. Elle est d’une Continuer la lecture de Go West ! (118)

NOUVELLES DU FRONT ( 35) – 19/12/2025

LA BÊTISE AU FRONT DE TAUREAU

Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme bêtise,
La Bêtise au front de taureau

19/12/2025
Nouvelles du Front 

Des montagnes de connerie

Il y a déjà longtemps que les Emirats Arabes Unis ont inventé les pistes de ski au milieu du désert, les rues à air conditionné, les iles artificielles en forme de palmier, le centre de loisir Ferrari en forme de volant de voiture, les immeubles d’habitation les plus hauts et les plus laids du monde. 

Et des gens qui vivent dans des pays où il y a de très jolies montagnes naturelles avec de la vraie neige, des climats tempérés, de charmantes iles éternelles entourées d’eau (c’est la moindre des choses pour une ile) , des climats agréables, des jardins à la française, des parcs à l’anglaise, des rivières, des torrents, des chutes d’eau, des forêts profondes, des immeubles victoriens ou haussmanniens ou renaissance ou Art Nouveau ou seulement humains et tout et tout, eh bien il y a des gens qui trouvent toutes ces réalisations formidables et qui dépensent Continuer la lecture de NOUVELLES DU FRONT ( 35) – 19/12/2025