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Voilà donc ce que m’avait dit mon père par cette belle matinée de printemps alors que nous attendions la sortie des classes devant le Cour Desir.
Bien que la connaissance de cette curiosité citadine ne m’ait jamais servi à rien, je l’ai conservée précieusement dans un coin de mon cerveau, comme on garde dans une vielle boite à cigare la montre LIP irrémédiablement figée à 9 heures 17 que vous a laissée votre oncle Archibald. Mais un jour…
Mais un jour… Un jour qu’était pas fait comme les autres, un jour que vous cherchez un sujet pour une belle histoire à raconter qui puisse étonner le lecteur blasé de Télérama, instruire les enfants abandonnés à leur ignorance par l’Éducation Nationale, et sortir de l’embarras le chauffeur de taxi malgache, un jour donc, les bulles de souvenir de cette incongruité urbanistique remontent à la surface de votre marais cérébral comme les feux follets dans un marécage poitevin , et vous vous dites in petto « Merci Papa ».
Plus simplement, un jour vous vous dites « Tiens, j’avais oublié : les quarante premiers numéros de la rue de Rennes n’existent pas ! C’est mon père qui m’avait dit ça.» Pour peu que vous soyez un peu à court de horions à lancer sur Anne Hidalgo, vous sentez confusément qu’il y a là une mine de possibilités pour la couvrir d’opprobre et de ridicule. Alors, vous vous mettez à creuser :
— 40 numéros de la rue de Rennes ont disparu !
— Que fait la Police ?
— Non, pas la police, la Mairie !
— Alors, que fait la Mairie ?
— Non, pas la Mairie, la Maire !
— Alors, que fait Anne Hidalgo ?
Et à partir de là, tout est possible. Avec le caractère autoritaire et colérique de Madame not’Maire, son sectarisme hypocrite, son hypocrisie sectaire, son intégrisme à front de taureau, le tout appuyé, il faut bien l’admettre, par une inflexible volonté, tout devient possible. Et quand toutes ces qualités sont servies par une administration administrative pléthorique, terrifiée et, comme c’est l’usage, entièrement occupée à s’administrer elle-même, alors là, ça devient même trop facile.
Vous y ajoutez un zest de presse de gauche, un soupçon de chef de service frustré, un chouïa bégayant de Dir Cab b, une tranche de femme d’employé municipal arriviste et auvergnate, un peu d’Empereur des Français, un échantillon de stagiaire enthousiaste, une petite portion de maison de repos dans la Creuse.
Agitez le tout, laissez reposer, saupoudrez de notes de bas de page, imprimez ad libitum et servez sur canapé les disparus de la rue de Rennes !
LES DISPARUS DE LA RUE DE RENNES
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On trouve tout dans le Big Bazar du JDC, magasin fondé en 2013, des escaliers à la Escher qui mènent partout et nulle part, des bêtisiers au front de cornidés, des voyages aux quatre coins de la terre qui est pourtant ronde, entre autres à l’Ouest du Pecos, des photos voyeuses dans des musées, des boutiques de rêve, des histoires à dormir debout, du haro sur … au fait, qui ça? des histoires de mystères jamais résolus comme ces numéros de la Rue de Rennes disparus sans laisser d’adresse, bref, tout, et tout ça par la grâce d’un bon samaritain, son directeur, à qui ça ne coûte pas cher de lui souhaiter une Bonne Année 2026 et une longue vie.