Archives par mot-clé : Rediffusion

Shakespeare et ses amis (6)

Attention, attention !
Ceci est le dernier épisode de la série
Shakespeare et ses amis !

William Shakespeare et Henri IV

Avertissement : les faits relatés ci-dessous sont terribles ! Ils ont été découverts avant-hier grâce à la restauration de la main-courante du commissariat du 1er arrondissement de Paris (quartier Louvre) qui avait été endommagée, irrémédiablement croyait-on, lors de la crue catastrophique de la Seine en 1910. A cette heure, seuls les milieux bien informés sont au courant, mais ça, c’est pas vous. Le Quai d’Orsay tergiverse à rendre publique la nouvelle, le Président est rentré précipitamment de vacances, Eric Zemmour et Marine Le Pen lui reprochent de ne pas avoir déjà fermé le tunnel sous la Manche tandis que Jean Castex danse d’un pied sur l’autre en pesant le pour et le contre et que Boris Johnson bredouille un lamentable démenti. C’est terrible ! Alors, veuillez considérer tout cela comme strictement confidentiel. Voici :

William Shakespeare était en retard. Il avait raté le bateau du matin pour Calais et avait dû attendre jusqu’au soir pour prendre place dans le suivant. Arrivé au Royaume de France, il avait eu beaucoup de mal à franchir la douane, les soldats du Roi le prenant pour un espion espagnol. La médiocre qualité de son français et cette manière si particulière qu’il avait de s’exprimer, presque uniquement en pentamètres iambiques, avaient rendu confuses ses explications. Il avait beau jurer qu’il était l’envoyé de la Reine Elisabeth 1ère d’Angleterre auprès d’Henri IV, les gardes-chiourme du port ne voulaient rien savoir. Continuer la lecture de Shakespeare et ses amis (6)

Shakespeare et ses amis (5)

William Shakespeare et Walrus Carpenter

La date exacte de la rencontre entre Walrus Carpenter et William Shakespeare reste imprécise. Selon le professeur Adderley Sleepsmouth, elle se situe à la fin de l’année 1599, probablement entre la Toussaint et la Saint-Damase. Ce dont ce bon vieil Adderley est certain, c’est que c’était un mercredi.

A cette époque, Shakespeare était en panne d’inspiration. Deux ans auparavant, il avait écrit dans la foulée Richard II et Richard III. L’histoire d’Angleterre ne lui fournissant plus de Richard, il décida d’entreprendre une nouvelle saga sur les Henri. En moins de soixante-douze semaines, il écrivit et produisit sur scène Henri IV, Henri V et Henri VI. Mais les Henri commençaient à lasser le public et l’audience de la série diminuait d’un épisode à l’autre. Et puis William lui-même en avait assez de ces héros récurrents : après Henri VI viendrait forcément Henri VII, puis Henri VIII et pourquoi pas Henri IX pendant qu’on y était ? Il se résolut donc à abandonner les Henri. Et c’est pour cette raison que, depuis au moins une semaine et demie, il n’avait rien écrit de valable, si ce n’est Continuer la lecture de Shakespeare et ses amis (5)

Shakespeare et ses amis (4)

William Shakespeare et William Shakespeare

Durant toute sa carrière, le barde de Stratford fut accusé de faire écrire ses pièces par quelqu’un d’autre. Plus de quatre cents ans après sa mort, perdurent encore les engueulades mémorables entre érudits de tous poils sur le sujet de savoir qui a vraiment écrit Macbeth, Hamlet, Jules César et tout le toutim. On ne compte plus les magazines littéraires, les thèses universitaires et même les tabloïdes britanniques farcis des envolées lyriques de ceux qui soutiennent que c’est Francis Bacon qui est l’auteur du Songe d’une nuit d’été, des répliques méprisantes de ceux qui pensent que c’est le VIème Comte de Derby, des diatribes interminables des supporters du Comte d’Oxford, et des quolibets cinglants des adeptes de Marlowe. Sans parler des exclamations de ceux qui jurent que c’est la reine elle-même, Elizabeth 1ère, qui a écrit « La tragédie de Romeo et Juliette« . Assertions ridicules, prétentions extravagantes, Continuer la lecture de Shakespeare et ses amis (4)

Shakespeare et ses amis (3)

William Shakespeare et Samuel Beckett

Le décor représente l’intérieur d’une librairie-charcuterie. Deux est habillé en evzone de première catégorie. Il est occupé à ramasser des avis d’imposition qui jonchent le sol. Un entre côté jardin. Il porte un sobre costume de hallebardier lithuanien, légèrement élimé. 

Un     
— Bonjour, Deux !

Deux     
— Tiens, bonjour, Un !

Un     
— Dites-moi, Deux, saviez-vous que William Shakespeare chaussait du 36 ?

Deux     
— Seulement ?

Un     
— Seulement

Deux     
—C’est peu pour un grand écrivain

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Shakespeare et ses amis (2)

William Shakespeare et Victor Hugo

Par un beau matin de 1584, alors qu’il finissait sa troisième carafe de vin d’Anjou à l’Auberge du Cygne et du Marteau, William saisit sa plume et écrivit d’un seul trait ces deux vers :

Oh combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines

puis il s’arrêta, la plume en l’air et les yeux au ciel, dans la position qu’il avait l’habitude de prendre quand il voulait faire croire à ses camarades de beuverie qu’il réfléchissait. Il venait en fait de réaliser qu’aucun poète anglais n’avait jamais écrit ni en alexandrins ni en français. Il chiffonna donc le parchemin et le jeta par-dessus son épaule. Continuer la lecture de Shakespeare et ses amis (2)

Shakespeare et ses amis (1)

Nous entrons aujourd’hui dans la réédition d’une série de
six textes historiques déjà publiés en 2017.
Ils paraitront tous les deux jours.

William Shakespeare et Christopher Marlowe

Il y aura bientôt 427 ans, le 24 Juillet 1595, William Shakespeare rencontrait Christopher Marlowe pour la première fois. Cette rencontre historique, soigneusement organisée par le hasard (car il tenait à bien faire les choses), se tint à l’auberge du Cygne et de la Couronne (1) sur la rive gauche de la Tamise dans les environs de Londres.  Les deux hommes déjeunèrent d’un bouillon de poulet au gingembre, d’un rôti de dinde accompagné de ses salsifis et de sa sauce gravy et de vin d’Anjou (2). Au bout de trois heures de ripailles, William quitta la table précipitamment car il voulait arriver à l’heure au Globe Theater où il tenait un rôle de hallebardier bègue dans une comédie lamentable et en latin de Sebastian Wescott.  C’est alors que Marlowe fit cette sortie restée dans toutes les mémoires :

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LES TROIS PREMIÈRES FOIS : 2 – La nuit d’Amsterdam (texte intégral)

Cette Nuit d’Amsterdam fait suite à la Nuit des Roggenfelder que vous avez pu lire ici il y a quelques temps. Ces deux nouvelles, pratiquement indépendantes, font partie de la série  LES TROIS PREMIÈRES FOIS. Encore du déjà lu ! Je sais, mais c’est pour vous remettre dans l’ambiance.
La troisième nouvelle, La matinée de Sainte Firmine d’Amelia, paraitra à partir d’après-demain.

 

À mesure qu’avançait le récit de cette nuit agitée en montagne, je n’avais pas été sans remarquer que des clients de l’auberge, de plus en plus nombreux, s’étaient approchés de notre table, certains allant même jusqu’à tirer des tabourets et des fauteuils jusqu’à nous pour mieux entendre les aventures du jeune Franz et tandis qu’il racontait, tous se taisaient en fumant la pipe ou le cigare et en buvant des bocks.  Quand on en arriva au refus du conteur de révéler la réalité de ses relations avec la jeune fille, il y eut dans l’assistance un brouhaha général de déception. J’entendis même un homme lancer avec un fort accent wallon :

— Ah ben merci brâmint ! Ça valait pas de rawarder si longtemps, une fois !

L’assemblée se dispersa, et comme la nuit avait bien avancé, les badauds commencèrent à quitter l’établissement pour le brouillard du quai.

Bauer prit alors la parole.

— Messieurs, malgré votre air dépité, je pense que vous voudrez bien considérer que j’ai largement tenu Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : 2 – La nuit d’Amsterdam (texte intégral)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : 1 – La nuit des Roggenfelder (texte intégral)

Avant de publier la troisième nouvelle de la série intitulée « Les trois premières fois « , j’ai voulu vous remettre dans l’ambiance enfumée et bavarde de cette nuit de l’Auberge des Hollandais où se sont retrouvés, réunis par leur désir de voyage, Franz, l’Autrichien, Bertram, le Britannique et François, le Français. C’est pourquoi, aujourd’hui je publie le texte intégral de La Nuit des Roggenfelder. La deuxième, La Nuit d’Amsterdam, sera republiée après demain, et ce n’est qu’à partir du 30 janvier que sera publiée en quatre épisodes la dernière de ces nouvelle « La Matinée de Sainte Firmine d’Amelia« .

LES TROIS PREMIÈRES FOIS

Le diner s’était prolongé fort tard dans la nuit. D’abondantes volutes de fumées bleues et grises flottaient sous les poutres du plafond de l’auberge en enveloppant la roue de charrette qui, avec ses pauvres ampoules électriques, faisait office de lustre au-dessus de nos têtes. Depuis quelques instants, sans doute sous l’effet des mets et des vins que nous avions absorbés en quantité, nous étions tombés dans un silence méditatif qui contrastait avec la gaité et la vivacité des conversations que nous avions échangées jusque-là.

Franz Bauer, Bertram Fitzwarren et moi nous étions rencontrés pour la première fois quelques heures auparavant dans les Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : 1 – La nuit des Roggenfelder (texte intégral)

Je n’ai jamais aimé Gainsbourg

Je n’ai jamais vraiment aimé Serge Gainsbourg. Je sais qu’en avouant cela, je choque beaucoup de gens. C’est un peu comme si je disais « Les films de Godard m’ont toujours profondément ennuyé » ou « À tout bien considérer, Montaigne a dit beaucoup de banalités. » Moins grave qu’avouer ne pas aimer le poète officiel du fan club de Jane Birkin eut été de dire qu’il y avait beaucoup trop de notes dans la musique de Mozart ou pas assez de ketchup sur le foie gras poêlé.
Mais je le dis et je le confirme, je n’ai jamais Continuer la lecture de Je n’ai jamais aimé Gainsbourg