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Je n’ai jamais aimé Gainsbourg

Je n’ai jamais vraiment aimé Serge Gainsbourg. Je sais qu’en avouant cela, je choque beaucoup de gens. C’est un peu comme si je disais “Les films de Godard m’ont toujours profondément ennuyé” ou “À tout bien considérer, Montaigne a dit beaucoup de banalités.” Moins grave qu’avouer ne pas aimer le poète officiel du fan club de Jane Birkin eut été de dire qu’il y avait beaucoup trop de notes dans la musique de Mozart ou pas assez de ketchup sur le foie gras poêlé.
Mais je le dis et je le confirme, je n’ai jamais Continuer la lecture de Je n’ai jamais aimé Gainsbourg

Je n’ai jamais aimé Gainsbourg

Je n’ai jamais vraiment aimé Serge Gainsbourg. Je sais qu’en avouant cela, je choque beaucoup de gens. C’est un peu comme si je disais “Les films de Godard m’ont toujours profondément ennuyé” ou “À tout bien considérer, Montaigne a dit beaucoup de banalités.” Moins grave qu’avouer ne pas aimer le poète officiel du fan club de Jane Birkin eut été de dire qu’il y avait beaucoup trop de notes dans la musique de Mozart ou pas assez de ketchup sur le foie gras poêlé.
Mais je le dis et je le confirme, je n’ai jamais vraiment aimé Gainsbourg. Pourtant, en mon temps, j’ai beaucoup dansé sur la musique de “l’Eau à la Bouche” (quand une fille acceptait de danser sur ce torride slow jazzie, vous étiez pratiquement certain d’arriver à quelque chose, au moins jusqu’à “second base” comme disent les puceaux américains), ou sur “Je t’aime, moi non plus” (Ça, c’était le “home run” assuré). Mais je ne l’aimais pas, le poète autoproclamé maudit du septième arrondissement. Au début, il était supportable, souvent bon même, et même parfois très. Mais le succès, l’alcool et Jane Birkin l’ont beaucoup abimé. Il est devenu poseur enfumé, perpétuel paradoxal, oxymorique compulsif. Comme aurait dit Pierre Desproges s’il lui avait prêté une quelconque attention, Gainsbourg n’arrêtait pas de faire son intéressant.

Mais je lui pardonne. Je lui pardonne pour deux raisons. Voici la première :

Un jour, Serge Gainsbourg a composé Continuer la lecture de Je n’ai jamais aimé Gainsbourg

Les Fantômes d’Ismaël (Critique aisée n° 95)

Critique aisée n° 95

 Les Fantômes d’Ismaël 
Arnaud Desplechin – mai 2017
Charlotte Gainsbourg-Mathieu Amalric-Marion Cotillard

 Après avoir lu la critique incompréhensible, comme souvent, de Télérama parue sous la plume de Louis Guichard, j’étais plutôt hésitant, comme toujours, mais comme l’article était accompagné, comme il se doit, d’un petit émoticône, comme la lune, et que cet idéogramme pour débiles mentaux était au beau fixe, j’ai tenté le coup.

Eh bien, si je n’ai rien compris à la critique, je n’ai pas compris grand-chose au film. Par acquis de conscience, je suis retourné voir Télérama et j’ai consulté le synopsis qui m’avait échappé en première lecture. Alors, voilà : Synopsis : Ismaël Vuillard réalise le portrait d’Ivan, un diplomate atypique inspiré de son frère. Avec Bloom, son maître et beau-père, Ismaël ne se remet pas de la mort de Carlotta, disparue il y a vingt ans. Aux côtés de Sylvia, Ismaël est heureux. Mais un jour, Carlotta, déclarée officiellement morte, revient. Sylvia s’enfuit. Ismaël refuse que Carlotta revienne dans sa vie. Il a peur de devenir fou et quitte le tournage pour retrouver sa maison familiale à Roubaix. Là, il s’enferme, assailli par ses fantômes…

Je suis sorti rassuré de ma lecture : cette intrigue était à peu de choses près effectivement celle que j’avais pu reconstituer au cours de la projection. Mais ce n’était que de justesse et grâce à quelques efforts de concentration et à une lutte, d’ailleurs pas toujours victorieuse, contre le sommeil.

Le découpage de l’histoire et le montage du film entretiennent chez le spectateur que j’étais une confusion sur la progression de l’histoire. Elle n’est probablement pas voulue par l’auteur, qui l’a d’ailleurs pressentie puisqu’il parsème les images du film de surimpressions qui annoncent par exemple : “Deux ans plus tôt..”. En ce qui me concerne, ces précisions n’ont fait qu’épaissir le brouillard.

Tout comme l’histoire, les dialogues sont loin d’être fluides, peut-être un effet du montage. Les répliques sont rarement naturelles. Elles tombent souvent dans le cliché :

Carlotta-Marion
Je voulais déchirer ma vie …

Ismaël-Mathieu
C’est ma vie que tu as déchirée !

ou dans le ridicule :

Ismaël ( à Carlotta)
A travers toi, c’est lui (ton père) que j’aimais !

Quant aux images, elles ne sont ni belles ni laides, en dépit d’extérieurs tournés sur les dunes de Noirmoutier. Pourtant, malgré le sommeil venant, un  effet m’a tenu éveillé tout en me faisant fermer les yeux pour y échapper : le tressaillement des séquences tournées en camera portée. L’instabilité de l’image obtenue par cette technique est en général censée provoquer chez le spectateur un sentiment de malaise ; mission accomplie en ce qui me concerne : ce maniérisme horripilant m’a mis vraiment mal à l’aise et mené au bord de la nausée.

Charlotte Gainsbourg et Mathieu Amalric sont pour moi parmi les meilleurs acteurs français du moment et ils ont ensemble deux ou trois bonnes scènes au début du film. Pourtant, on peut regretter qu’ils ne sortent que rarement des registres dans lesquels on sait qu’ils sont les meilleurs : fragilité pour Charlotte et névrose pour Mathieu. Mais comment se fait-il que pratiquement toutes les scènes de Marion Cotillard soient mauvaises ? Mauvaise actrice ? Mauvaise direction ? Je ne sais pas.

Bon, tout ça n’est pas très motivant, mais aujourd’hui, quand je me rappelle que j’avais lu dans Télérama : “Les Fantômes d’Ismaël est, bizarrement, présenté (à Cannes)  hors compétition, alors qu’il s’annonce déjà comme l’un des meilleurs films de l’édition 2017…” je me dis que, c’est sûr, j’aurais dû me  méfier.