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Le mardi, c’est Mythologie (7)

Orphée, une fin laconique

– Ô Muses, raconterai-je ici comment Orphée tenta de ramener au jour sa défunte épouse, comment il parvint à séduire les riverains du Styx pour parvenir jusqu’à sa belle et comment il convainquit Hadès de la laisser partir ? Dirai-je l’hypocrite condition imposée par Hadès et l’impatience coupable d’Orphée qui tuèrent Eurydice une seconde fois ? Chanterai-je l’immensité du chagrin d’Orphée, errant parmi les plaines herbeuses et psalmodiant sa peine aux belles cavales qui les broutent ?

Bon, écoute, le Poète, là, tout de suite, on n’a pas le temps ! Et puis, on la connaît déjà par cœur ton histoire. Tu l’as même publiée ici même, il n’y a pas si longtemps. Alors, maintenant, ça va comme ça ! Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (7)

Le mardi, c’est Mythologie (6)

Orphée entre en scène
ou
Le sac d’Eurydice

Il faut tout d’abord comprendre une chose, c’est qu’Orphée est une star, la plus grande star de son époque. Les nymphes, les satyres, les muses, les demi-dieux, et les dieux eux-mêmes, tout le monde fredonne ses compositions. Sa dernière tournée au Mont Olympe a fait un malheur pendant une éternité. Donc, Orphée est une star, et rien ne résiste aux stars. Ce qui ne les empêche pas d’avoir bien des malheurs.

Très contrarié par la mort  d’Eurydice, son égérie du moment, mordue par le serpent que, par plaisanterie, Hermès avait amené chez eux,  Orphée s’est enfermé dans sa chambre. Il a bu des amphores de nectar au point de tomber dans un coma olympique. A son réveil, il est tout d’abord demeuré d’un calme olympien, au point que c’en était inquiétant. Prostré, il répétait sans cesse: « j’ai perdu mon Eurydic-eu, rien n’égal-eu ma douleu-eur ». Bref, il en faisait tout un opéra. Puis il s’est mis à tout casser dans sa villa, depuis l’arc de bois de rose dont Cupidon lui avait fait cadeau jusqu’à la très jolie maquette de l’Argo, gage de reconnaissance de son ancien capitaine, le commandant Jason. Enfin, il a promis, juré, craché qu’il ne chanterait plus ni ne jouerait de sa lyre à  neuf cordes tant qu’Eurydice Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (6)

Samedi à la campagne

Quand je descendis du train à la gare de Martel-sur-Seine, je me demandais encore pourquoi il m’avait invité.

Je l’avais rencontré au début de la semaine dans le TGV. Il s’était assis sur le siège qui me faisait face. Il avait tout de suite engagé la conversation et pendant la première demi-heure du trajet, nous avions tenu la discussion habituelle, celle que tiennent deux inconnus réunis par le hasard et destinés à se séparer un peu plus tard et pour toujours sur le quai d’une gare. Et puis, il m’avait proposé d’aller prendre un whisky au bar. Et à partir de ce moment, il n’avait plus parlé que de lui, de ses affaires, de sa femme Françoise, de ses enfants, de sa voiture, son chien, ses chasses, sa propriété en Seine-et-Marne. Alors que le train ralentissait pour entrer dans Paris, il m’avait dit:

       — Vous êtes célibataire, vous m’avez avoué tout à l’heure que vous aimiez la campagne et que le week-end vous n’avez rien de particulier à faire. Venez donc chez moi, enfin chez nous, à Martel samedi prochain. Vous verrez, c’est très agréable. Le train du samedi est très pratique, il arrive là-bas à onze heures quinze. Continuer la lecture de Samedi à la campagne

Le mardi, c’est Mythologie (5)

Le pourquoi du comment
ou
Ce crétin d’Épiméthée

La terre était créée, les vallées, les montagnes,
Les océans, les fleuves, les arbres, la campagne.
Mais tout ça était vide et les saisons passaient
Sans qu’il n’arrive rien, jamais, jamais, jamais.

L’éternité semblait ne pas vouloir finir.
Et les dieux immortels s’ennuyaient à mourir. Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (5)

Le mardi, c’est Mythologie (4)

Œdipe, c’est complexe

Laios est roi de Thèbes
Et Jocaste met au monde son enfant
Mais la Pythie dit
« Il tuera son père et épousera sa mère »
Alors le roi  ordonne qu’on emmène l’enfant dans la montagne et qu’on le tue

Mais en fait il est remis à Polybe et Mérope
Qui sont roi et reine de Corinthe
Ils adoptent l’enfant et le prénomment Œdipe
Œdipe grandit en se croyant le fils naturel de Polybe et Mérope
Alors que pas du tout

Pourtant il a des doutes Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (4)

Le mardi, c’est Mythologie (3)

Sortie de boîte

La première femme fut créée par tous les dieux de l’Olympe réunis en congrès.  C’est pourquoi on lui donna le nom de Pandora. Ils l’envoyèrent sur terre pour punir les hommes pour leur manque de mesure.

Pandora était absolument splendide et extrêmement séduisante, mais elle avait un caractère impossible, du genre femme fatale. Elle fut d’ailleurs fatale à l’Age d’Or quand les hommes durent se mettre à travailler pour satisfaire Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (3)

Le mardi, c’est Mythologie (2)

La fin des haricots
ou
Tout le monde au boulot 

En ce temps-là, c’était l’Age d’Or. Les dieux et les humains vivaient chacun de leur coté en bonne intelligence. Le travail n’existait pas, les femmes non plus. La nature était généreuse, les animaux étaient amicaux et même soumis à l’homme. Bref, on s’ennuyait ferme. Prométhée aimait bien les humains, mais il aimait encore plus faire des blagues à Zeus. Il décida donc de Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (2)

Le mardi, c’est Mythologie (1)

La bague à Prométhée 

Un jour, Prométhée le Titan vola le feu à Héphaïstos, l’illustre boiteux. Aussitôt, il en fit cadeau aux hommes et pour faire bonne mesure, il y ajouta les Arts. Dès lors, les humains se prirent pour les égaux des dieux. Ils en vinrent même à menacer l’équilibre du Cosmos.

Ceci déclencha la fureur de Zeus le Cronide.

Pour punir Prométhée, il le fit attacher à un rocher du Mont Caucase par de lourdes chaines, et jura sur le Styx qu’il ne l’en détacherait jamais.

Le premier matin, l’Aigle du Caucase fondit sur Prométhée, lui ouvrit le ventre avec ses serres et lui dévora le foie. Durant cette première Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (1)

Les chiens de Téhéran

Le premier texte paru dans le Journal des Coutheillas le 26 novembre 2013 avait pour titre « Ma table de travail ». Mais ce n’était pas le premier que j’aie jamais écrit. (Il y a peut-être ici un problème de subjonctif). Celui qui vient ci-dessous a été publié une première fois il y a huit ans. C’est mon premier texte . Prometteur, non ? 

C’est la mi-octobre et la guerre du Kippour vient de commencer. L’Iran de Reza Chah Pahlavi n’est pas engagé dans le conflit, mais, en tant que pays musulman et pour sa propre paix intérieure, il a choisi son camp et fait semblant d’encourager quelques manifestations anti-israéliennes dans Téhéran.
Il doit être une heure du matin. Il fait bon dans les quartiers nord de la ville. A cette heure, tout y est largement éclairé, calme et même désert.
Je viens de passer la soirée avec une jolie jeune femme. Elle est la secrétaire d’un membre de la famille impériale, iranienne par son père, blonde par sa mère, russe. Nous avons diné dans ce restaurant, russe également, Chez Léon, et continué la soirée dans la boite de nuit du Hilton. Je ressors les balais d’essuie-glace du coffre de sa petite voiture, une Pekan, et je la reconduis chez elle. Je suis content de ma soirée et ma douce euphorie me pousse à rentrer à pied jusqu’à mon hôtel : peut-être une demi-heure de marche selon un itinéraire qui sera facile dans cette partie moderne de la ville.
Je marche le long d’une large avenue où passent de temps en temps une voiture de la police ou de la SAVAK. Elles ralentissent pour m’observer puis reprennent leur croisière en faisant ronfler leur huit cylindres.
En regardant s’éloigner l’une de ces voitures fantomatiques, je m’aperçois qu’un chien me suit. Il reste à une vingtaine de mètres derrière moi. C’est un animal plutôt jaune, de taille moyenne et d’une race imprécise. Je me retourne et m’avance lentement vers lui en lui parlant d’une voix douce. Il ne gronde pas et son poil reste lisse sur son dos, mais il recule d’autant que j’avance.
Je reprends ma promenade. Il reprend la sienne, mais je remarque qu’il a réduit de moitié la distance qui nous sépare. Bientôt, arrivent de l’obscurité d’une rue adjacente un autre chien qui se joint au premier, puis deux, puis trois. Il en vient de tous les côtés, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. La bande qui s’est formée trottine allègrement derrière moi en conservant la distance. Je m’étonne que les chiens ne se battent pas entre eux et restent silencieux. Je ne me sens pas menacé, mais je juge plus prudent de ne pas m’arrêter comme la première fois.
Lorsque j’arriverai devant l’Imperial Hotel, la bande comptera bien une douzaine de chiens. Il me restera alors à franchir les vingt mètres de l’allée qui, à travers le jardin privé, mène jusqu’à la porte de l’hôtel.
Arrivé au seuil du lobby, je me retourne. Les chiens se sont arrêtés par petits groupes sur le trottoir de l’avenue. Certains se sont assis. Ils me regardent presque tristement, avec un air de reproche : je les laisse tomber.
Aujourd’hui encore, je me demande la raison de cette procession à travers la ville. Est-ce que cette meute croyait que j’allais lui donner quelque chose à manger ? Est-ce que ces chiens espéraient un quartier plus favorable pour me mettre en pièces ? Était-ce par amitié ou simplement pour passer le temps ?
3 chiens