Archives de catégorie : Fiction

Le mardi, c’est Mythologie (8)

Salade grecque

Avertissement
Vous allez lire une horrible histoire. Elle est horrible mais vraie. Absolument garantie véridique. Elle a été rapportée par un historien réputé et digne de foi, Robert Rank Graves (1895-1985)
Pour une fois, les noms des personnages n’ont pas été modifiés. Ces gens-là s’appelaient vraiment comme ça, et c’est surtout ça qui rend l’histoire incroyable. Et pourtant, elle vraiment vraie. Voyez vous-mêmes :

Dans le quartier de la Phocide, c’est Térée le chef. Il est à la tête d’une bande de petits voyous colériques, sanguinaires et sans scrupules. Il est lui-même le plus coriace, colérique, sanguinaire et sans scrupules de toute sa bande. Il est parvenu à ce poste par la violence, la contrainte et la tromperie. Il est, pour le moment et ce, jusqu’à ce qu’un petit gars plus coriace, colérique, sanguinaire et sans scrupule que lui le détrône, le patron incontesté du jeu, de la drogue et de la prostitution dans son quartier. Il est jeune et vigoureux, mais célibataire. Et ça lui pèse. Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (8)

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (4/4)

(…)
— Mais, pas du tout, Steeve, pas du tout, tout ceci est normal, tout à fait normal.
— Bon ! Moi, j’en ai ras le bol de vos petites phrases à la con qui veulent rien dire. Alors, choisissez : ou vous m’expliquez tout depuis le début, ou je vous refait le portrait de fond en comble séance tenante. C’est que j’ai fait de la boxe française, moi !

— C’est exact : il y a douze ans, deux leçons, et puis vous vous êtes fait mal et vous avez abandonné. Mais la question n’est pas là. En fait, je suis très étonné que vous ne soyez pas au courant. Vous n’avez pas lu la petite lettre ?  

4/4

— Au courant de quoi ? Quelle petite lettre ?

— Celle qui était sous votre porte, ce matin. Ah ! Je comprends … Vous n’avez pas trouvé la petite lettre. Bon, ce n’est pas grave. Je la connais par cœur. Écoutez et vous comprendrez :

À Monsieur Steeve Ratinet, en sa demeure du 17 de la rue Dacauté dans la belle ville de Paris-en-France
Cher Monsieur,

Il est de notre devoir de vous faire part de votre décès survenu en votre domicile le 13 du mois courant à 03:47 GMT. Nous vous adressons par la présente toutes Continuer la lecture de C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (4/4)

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (3/4)

(…) Je fais le numéro et, bizarre, ça décroche tout de suite. Pas de tut-tut-tut-occupé, pas de Quatre Saisons à la con, tout de suite une voix : « Bonjour, Steeve. Que puis-je pour vous ? »
Qu’est-ce que c’est encore que ce bordel ? C’est pas la voix de seringue de la Vivianne de d’habitude ! Ensuite, comment qu’elle sait que c’est moi au bout du fil ? Et puis d’abord, comment elle connaît mon nom, cette sauterelle ?      

3/4

Bon, on verra ça plus tard. « Passe-moi Verlingue, poupée, et que ça saute ! » que je lui demande gentiment. Et d’une voix plus douce que celle d’une publicité pour couches-culottes, la fille me susurre : « Monsieur Verlingue est dans l’impossibilité de vous parler pour le moment, mais il comprend parfaitement les raisons de votre retard. Soyez assuré qu’il ne vous en tiendra pas rigueur le moins du monde. Vous avez tout votre temps, Steeve, tout votre temps. Puis-je faire autre chose pour vous ? » Tout ce que je comprends de ce charabia, c’est qu’il est devenu gâteux, Verlingue. D’après la donzelle à la voix d’or, cette salope de garde-chiourme me donnerait tout mon temps pour arriver au bureau ! J’y crois pas ! C’est bien plus que du bizarre, ça ! C’est du pas possible, tout simplement. Mais après tout, je me dis Continuer la lecture de C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (3/4)

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (2/4)

(…) J’essaie bien de lui répondre un truc genre :  » Vatfervroufspessedetroundevrin » mais il a pas l’air de piger, vu qu’il s’éloigne d’un air tout triste en continuant à débiter ses salades : « Ah bon ! Encore une fois, Monsieur, je suis vraiment désolé. Ah ! Je m’en veux, je m’en veux ! Je vous présente toutes mes excuses et j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop pour cette maladresse impardonnable. » et il disparaît dans une dernière courbette au coin de la rue. Bizarre quand même, le gonze, bizarre !    

2/4

Et je repars en boitant vers ma station de métro. Quand j’arrive sur l’avenue, le soleil me donne en plein sur la tête et, avec ce foutu anorak, je commence à suer sang et haut. Alors, je repousse en arrière ma capuche en poil de Zyrtek et j’ouvre ma parka d’un grand geste. D’abord, la fermeture Éclair se coince pas dans mon écharpe en viscose du Tibet. Bizarre, non ? Ensuite, d’un seul coup, je vois le ciel, il est tout bleu, les balcons, ils sont fleuris, les arbres, ils ont des feuilles, les filles, elles sont souriantes, les trottoirs, il y a pas de merdes de chiens… Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Y nous avaient rien dit au 20 heures, hier soir. Et j’ai pratiquement plus mal au genou ! J’ai plus mal du tout, même. Vraiment bizarre…

Bon ! C’est bien beau tout ça, mais va quand même falloir y aller au boulot. Enfin, si on peut appeler ça un boulot ! Coupeur de chevaux en quatre ! Tu parles d’un job ! Moi, j’aurais voulu être modérateur de cantabile, mais on fait pas toujours ce qu’on veut, pas vrai ? Maintenant, la station de métro est juste là, devant moi. Le problème, c’est qu’elle a l’air fermé. Y a une espèce de monceau de fleurs qui barre l’escalier. Y a une grève ou quoi ? Ça non plus, ils l’avaient pas annoncé au 20 heures. Et comment que je fais pour aller au boulot, moi ? Je vais quand même pas y aller en bus ? En bus, c’est deux fois plus long. Alors, c’est couru, je vais arriver en retard et je vais encore me faire alpaguer par cette salope de Verlingue ! Fait chier, merde ! De toute façon, pour le bus, on dirait que c’est râpé aussi : y a un arbre qu’a poussé à la place de l’arrêt. Même que c’est un grand sapin bien vert, avec des petits cadeaux accrochés partout, et des guirlandes et tout ! Doivent être en grève aussi, les bus.

Faut absolument que j’appelle la boite ! Faut que je dise à Verlingue que je vais être en retard, et sacrément même, mais que c’est pas ma faute, que c’est la faute à ces salopards de grévistes — sûr qu’il va aimer ça, Verlingue, ces salopards de grévistes —  qui empêchent l’honnête ouvrier de se rendre à son travail pour gagner l’entrecôte. Le problème, c’est que j’ai plus de portable depuis qu’on me l’a piqué pendant que je me reposais dans le bistrot à Paulo où je soigne ma cuite hebdomadaire. Comme téléphone, y aurait bien chez Liang, le chinetoque qu’a racheté le Balto, de l’autre côté de l’avenue. Mais l’autre problème, c’est que j’ai eu des mots avec le Chinois. La dernière fois que je lui ai causé, à Liang, c’était pour lui dire que j’y refoutrais jamais les pieds, dans son rade de minables. Y m’avait répondu un truc du même tonneau, genre je sais plus quoi. Bref, on est en froid, Liang et moi. Bon, mais j’ai pas le choix. Faut que je passe un coup de fil. J’entre dans le troquet. C’est pas Liang qu’est derrière le comptoir, c’est un autre jaune, mais qu’est-ce que ça peut foutre ? Sont tous pareils de toute façon. « Salut, gros lard, que je lui dit au niakoué. T’as le téléphone ? » Je m’attendais à une vanne quelconque, une chinoiserie à la con, mais non ! Le voilà qui me dit : « Tiens donc ! Mais c’est Monsieur Steevie ! Et comment qu’il va, aujourd’hui, Monsieur Steevie ? Il prendra bien un petit quelque chose ? » Je sais pas comment il connaît mon nom, le gazier, mais j’ai pas le temps de lui demander. Alors je lui dis : « Suis pressé ! Je t’ai demandé le téléphone. T’as pas entendu ? T’as des germes de soja dans les oreilles ? Té-lé-phone ! Toi pas compris ? C’est pas sorcier, quand même ! » Je sais bien que gueuler, c’est pas une bonne méthode quand on demande un service à quelqu’un, mais c’est plus fort que moi, je peux pas faire autrement. Moi, à sa place, je me serais foutu dehors illico, mais lui, pas du tout : « Ah ! Excusez-moi, Monsieur Steevie, qu’il me dit, tenez le voilà, le téléphone. Et désolé, hein, je pouvais pas savoir que… »

— Bon, ça va, Gros lard, ça va ! que je me radoucis en attrapant le biniou.

Je fais le numéro et, bizarre, ça décroche tout de suite. Pas de tut-tut-tut-occupé, pas de Quatre Saisons à la con, tout de suite une voix : « Bonjour, Steeve. Que puis-je pour vous ? »
Qu’est-ce que c’est encore que ce bordel ? C’est pas la voix de seringue de la Vivianne de d’habitude ! Ensuite, comment qu’elle sait que c’est moi au bout du fil ? Et puis d’abord, comment elle connaît mon nom, cette sauterelle ?

A SUIVRE (demain)

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (1/4)

Une bien belle histoire… comme on aimerait en lire tous les jours… chaque jour… pendant quatre jours… 

1/4

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres. Je l’avais bien senti dès le début, moi, qu’il était pas fait comme les autres, ce jour. D’abord, quand je m’étais réveillé, y avait pas cette odeur habituelle de soupe aux poireaux. C’est mon voisin du dessous, Grospied. Il se fait une soupe aux poireaux tous les matins avant de partir bosser, cet emmerdeur. Ça empeste la cour et la cage d’escalier et ça rentre chez moi par les fissures du plancher. Je pourrais lui dire à Grospied qu’il pourrait se faire du café à la place de la soupe aux poireaux, et que ça serait mieux pour tout le monde, mais depuis qu’il est arrivé dans l’immeuble, il y a six ans, je lui ai pas dit un mot. Lui non plus, d’ailleurs. Ben oui, quoi ! Avec les voisins, vaut mieux pas être trop intime, sans ça ils deviennent vite envahissants.

Bref ! Ça sentait pas le poireau, c’était bizarre, mais bon ! Continuer la lecture de C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (1/4)

Le mardi, c’est Mythologie (7)

Orphée, une fin laconique

– Ô Muses, raconterai-je ici comment Orphée tenta de ramener au jour sa défunte épouse, comment il parvint à séduire les riverains du Styx pour parvenir jusqu’à sa belle et comment il convainquit Hadès de la laisser partir ? Dirai-je l’hypocrite condition imposée par Hadès et l’impatience coupable d’Orphée qui tuèrent Eurydice une seconde fois ? Chanterai-je l’immensité du chagrin d’Orphée, errant parmi les plaines herbeuses et psalmodiant sa peine aux belles cavales qui les broutent ?

Bon, écoute, le Poète, là, tout de suite, on n’a pas le temps ! Et puis, on la connaît déjà par cœur ton histoire. Tu l’as même publiée ici même, il n’y a pas si longtemps. Alors, maintenant, ça va comme ça ! Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (7)

Le mardi, c’est Mythologie (6)

Orphée entre en scène
ou
Le sac d’Eurydice

Il faut tout d’abord comprendre une chose, c’est qu’Orphée est une star, la plus grande star de son époque. Les nymphes, les satyres, les muses, les demi-dieux, et les dieux eux-mêmes, tout le monde fredonne ses compositions. Sa dernière tournée au Mont Olympe a fait un malheur pendant une éternité. Donc, Orphée est une star, et rien ne résiste aux stars. Ce qui ne les empêche pas d’avoir bien des malheurs.

Très contrarié par la mort  d’Eurydice, son égérie du moment, mordue par le serpent que, par plaisanterie, Hermès avait amené chez eux,  Orphée s’est enfermé dans sa chambre. Il a bu des amphores de nectar au point de tomber dans un coma olympique. A son réveil, il est tout d’abord demeuré d’un calme olympien, au point que c’en était inquiétant. Prostré, il répétait sans cesse: « j’ai perdu mon Eurydic-eu, rien n’égal-eu ma douleu-eur ». Bref, il en faisait tout un opéra. Puis il s’est mis à tout casser dans sa villa, depuis l’arc de bois de rose dont Cupidon lui avait fait cadeau jusqu’à la très jolie maquette de l’Argo, gage de reconnaissance de son ancien capitaine, le commandant Jason. Enfin, il a promis, juré, craché qu’il ne chanterait plus ni ne jouerait de sa lyre à  neuf cordes tant qu’Eurydice Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (6)

Samedi à la campagne

Quand je descendis du train à la gare de Martel-sur-Seine, je me demandais encore pourquoi il m’avait invité.

Je l’avais rencontré au début de la semaine dans le TGV. Il s’était assis sur le siège qui me faisait face. Il avait tout de suite engagé la conversation et pendant la première demi-heure du trajet, nous avions tenu la discussion habituelle, celle que tiennent deux inconnus réunis par le hasard et destinés à se séparer un peu plus tard et pour toujours sur le quai d’une gare. Et puis, il m’avait proposé d’aller prendre un whisky au bar. Et à partir de ce moment, il n’avait plus parlé que de lui, de ses affaires, de sa femme Françoise, de ses enfants, de sa voiture, son chien, ses chasses, sa propriété en Seine-et-Marne. Alors que le train ralentissait pour entrer dans Paris, il m’avait dit:

       — Vous êtes célibataire, vous m’avez avoué tout à l’heure que vous aimiez la campagne et que le week-end vous n’avez rien de particulier à faire. Venez donc chez moi, enfin chez nous, à Martel samedi prochain. Vous verrez, c’est très agréable. Le train du samedi est très pratique, il arrive là-bas à onze heures quinze. Continuer la lecture de Samedi à la campagne

Le mardi, c’est Mythologie (5)

Le pourquoi du comment
ou
Ce crétin d’Épiméthée

La terre était créée, les vallées, les montagnes,
Les océans, les fleuves, les arbres, la campagne.
Mais tout ça était vide et les saisons passaient
Sans qu’il n’arrive rien, jamais, jamais, jamais.

L’éternité semblait ne pas vouloir finir.
Et les dieux immortels s’ennuyaient à mourir. Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (5)

Le mardi, c’est Mythologie (4)

Œdipe, c’est complexe

Laios est roi de Thèbes
Et Jocaste met au monde son enfant
Mais la Pythie dit
« Il tuera son père et épousera sa mère »
Alors le roi  ordonne qu’on emmène l’enfant dans la montagne et qu’on le tue

Mais en fait il est remis à Polybe et Mérope
Qui sont roi et reine de Corinthe
Ils adoptent l’enfant et le prénomment Œdipe
Œdipe grandit en se croyant le fils naturel de Polybe et Mérope
Alors que pas du tout

Pourtant il a des doutes Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (4)