Archives de catégorie : Fiction

Les corneilles du septième ciel (36)

Chapitre 36

Comme à tous leurs collègues, la Mésopotamie posait un problème insoluble à Annick et Pierre. Avant même les destructions systématiques de Daech, les vestiges de cette civilisation avaient déjà en grande partie disparu. A l’époque de leurs fouilles amoureuses, il ne restait déjà pas grand-chose de cette civilisation qui rivalisait jadis avec sa voisine égyptienne. Chez les Mésopotamiens, tout reposait sur la terre cuite : l’habitat mais aussi l’écriture. Or la terre cuite ne résiste pas aux éléments et encore moins au temps. Aux archéologues de combler ces manques en faisant preuve d’imagination pour lui redonner une mémoire ! La plupart n’en avait pas beaucoup. Annick et son compagnon, Pierre Lepovre, en avaient à revendre. Malgré tout, ils se demandaient chaque matin s’ils parviendraient un jour à restituer l’extraordinaire culture de la Mésopotamie alors que celle de l’Egypte s’était transmise sans difficulté grâce à la pierre.

En détruisant bon nombre de sites archéologiques, Daech Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (36)

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 8

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Extrait du chapitre 8 : Georges Cambremer

Georges est l’ami d’enfance d’Antoine et de sa future femme, Isabelle. Sur la photo, c’est le beau jeune homme au costume bleu. Les vacances communes de leur enfance, les années d’études passées ensemble à Paris, vont forger entre eux une très forte amitié. Mobilisé tous les deux en 1939, ils ne se reverront jamais. Antoine mourra en Allemagne tandis que Georges entrera tout d’abord au gouvernement de Vichy puis dans la Résistance. C’est du moins ce qu’il raconte au journal Combat venu l’interviewer :

(…)

Combat : On a dit dans certains milieux qu’au sein des gouvernements successifs de Vichy, votre rôle a été bien plus important que ce que vous avez bien voulu déclarer à la commission d’enquête en 1946. Les mêmes racontent que vous avez participé activement à la rédaction des décrets d’application des lois antisémites et même à l’organisation de leur mise en œuvre, en particulier aux côtés de René Bousquet. Ce serait même là la raison de votre nomination à l’ordre de la Francisque.

Georges Cambremer : J’ai déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de tordre leur cou à ces ignobles rumeurs qui sont propagées par mes ennemis politiques. La Commission d’enquête a entendu mes explications après avoir mené des investigations indépendantes. Si elle n’a pas encore rendu ses conclusions, ce n’est qu’une question de temps, peut-être quelques semaines. Je suis tout à fait serein quant à Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 8

Les corneilles du septième ciel (35)

Chapitre 35

       Le procès débuta au début de l’année suivante. Lorenzo était toujours hospitalisé et son délire persistait malgré les efforts de Philippe I à qui il avait été confié par le service de neurologie du CHU de Poitiers. Françoise se réjouissait de ne plus être confrontée tous les matins à son ami photographe qui ne la reconnaissait plus. Malgré la situation dramatique, elle se réjouissait de voir réunis ses trois soupirants que rien ne prédisposait à se retrouver à la barre d’un procès fort médiatisé : l’écrivain du cinquième arrondissement que des organisations woke scandalisées par son crime ne désespéraient pas de voir déchu de son Prix Goncourt, le photographe Lorenzo qu’elle appelait en secret le bavard et son psychanalyste intéressé qui l’avait débarrassée de son attirance pour les femmes. Myriam, la petite cousine de ce dernier, faisait aussi partie de la réunion de famille pour avoir recueilli le photographe blessé après son agression. Ne manquait au rendez-vous que son amie Annick dont la lune de miel avec son archéologue dans les jardins de Babylone n’en finissait pas.

Malgré les convictions de l’inspecteur Bruno Body, le suspect ne pouvait pas être qualifié d’assassin puisqu’il Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (35)

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 7

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Extrait du chapitre 7 : Samuel Goldenberg

Samuel Goldenberg, dit Sammy de Pantin, est un membre important et efficace de la bande du Suédois. Ses spécialités sont le racket et le proxénétisme. Lorsque de la défaite de la France en juin 1940, il ne tarde pas à saisir les opportunités qu’offre l’occupation de Paris par une armée victorieuse qui rêve de Paris depuis toujours. Avec Casquette et Simone, Sammy monte donc une maison de passe qui devient vite l’endroit de Paris où l’on rencontre tous les soirs les officiers de la Wermacht et de la Gestapo et les hauts fonctionnaires du gouvernement de Vichy quand ils passent à Paris. Mais un matin, Sammy est arrêté chez lui comme juif polonais et, malgré ses faux papiers et ses relations allemandes, il est emmené dans un train à bestiau vers l’est. C’était le matin du 17 juillet 1942, premier jour de la rafle du Vel d’Hiv. Sammy tient son journal dont voici un extrait :

(…)

Samedi 1er décembre

Je reprends mon journal après 3 semaines sans rien écrire. Parce qu’il s’est passé des choses : ils l’ont commencée leur tuerie. On s’en doutait mais on voulait pas le croire. Maintenant des tas de gens sont morts, des centaines, peut-être des milliers. Avec Claude on se disait c’est pas possible, c’est des salauds, des ordures, mais quand même, ils vont pas faire ça. Eh ben, ils l’ont fait. Et ils continuent. Claude m’a dit « Faudra témoigner, tu promets ? ». Je lui ai promis à Claude, et quand on fait Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 7

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 6

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Extrait du chapitre 6 : Antoine de Colmont

Antoine Bompar de Colmont, sur la photo, c’est l’homme au chapeau de paille et au costume vert. Marié à Isabelle en 1939, prisonnier en 1940, évadé en 1943, engagé dans l’Armée de Lattre au moment du débarquement de Provence, il tué à 30 ans en Allemagne, à Berchtesgaden. C’est Isabelle qui son enfance puis son bref mariage avec Antoine. Après l’occupation qu’elle a vécu à Vauvenargues près d’Aix en Provence, elle rentre seule à Paris :

 

(…)

Oui, Paris a changé tout ça.

J’y suis arrivée à la mi-octobre. Malgré la Libération, la vie à Paris était difficile. Le rationnement et le marché noir étaient encore présents et pour longtemps ; il y avait encore peu de voitures dans les rues par manque d’essence; monter dans un bus ou prendre le métro était un exploit sportif ; tous les jours, des gens étaient dénoncés comme collaborateurs et arrêtés ; tous les jours, on parlait des tentatives de prise du pouvoir du Parti Communiste. La guerre n’était pas terminée et il régnait une atmosphère étrange et lourde, un mélange de liberté et de crainte, de dénonciation et de fraternité, de joie de vivre et de règlements de comptes. Mais il y avait Saint-Germain des Prés, là où nous sommes maintenant. Je connaissais Saint-Germain, bien sûr, du temps où j’étais étudiante. Nous l’avions pas mal fréquenté, Antoine et moi, quand j’habitais avec lui la rue de Vaugirard. Mais pour nous, c’était un quartier de plaisir comme un autre, comme les Champs-Élysées et les Grands Boulevards. Mais à la Libération, en quelques mois, Saint-Germain, c’est devenu autre chose, le centre intellectuel de Paris. Tout le monde était là, à commencer par Sartre, Beauvoir, Camus, Giraudoux, Gide… Il y avait aussi Boris Vian, Sidney Bechet, Miles Davis, Juliette Gréco… Grâce à Simone, j’ai eu la chance d’approcher Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 6

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 5

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Extrait du chapitre 5 : Achir Soltani

  C’est à la prison de la Santé que Dashiell Stiller rend visite à Achir Soltani. Achir, dans le Milieu, tout le monde le connait sous le nom de Casquette. C’est Sammy de Pantin qui l’a fait rentrer comme second couteau dans la bande du Suédois. Casquette raconte comment il a rencontré Sammy un beau soir du côté de Pigalle.                                 

(…)
Bon, un soir avec trois copains, on décide de descendre en ville. La semaine d’avant, on avait trouvé un lot de batteries de voitures au cul d’un camion et on les avait pas mal vendues à un garagiste de Courbevoie. C’est pour ça qu’on était bien chargés en oseille. On faisait la java du côté de Blanche. Les copains étaient plutôt imbibés, mais pas moi, je bois jamais d’alcool. À un moment, j’ai jamais su pourquoi, y a Hafid qui s’empoigne avec une sœur en train de fumer sur le trottoir. Il lui file une grosse beigne et voilà la fille qui saigne du nez et qui gueule au charron. Deux mecs rappliquent, un gros costaud et un petit, enfin… de ma taille, quoi. Ils disent que la fille est une amie à eux et que c’est pas des manières ; on leur demande si eux aussi par hasard, ils veulent pas des baffes; bref le ton monte et de fil en aiguille, on commence à se bigorner. Nous, on est quatre et ils sont que deux, et pour eux, ça risque de devenir coton, mais au bout de deux minutes, Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 5

Les corneilles du septième ciel (34)

Chapitre 34

Qui, à part René-Jean, aurait pu imaginer que le gentil Ph. deviendrait un jour un assassin ? Ce fut en effet longtemps un charmant bambin à qui sa maman tricotait des chandails de toutes les couleurs en laine de lama espérant que cette tenue vestimentaire favoriserait son avenir dans la carrière littéraire. Elle ignorait que Marcel Proust n’avait aucun lien avec les filatures du Nord ni fait le moindre investissement dans l’industrie textile. Il n’était pourtant pas simple pour elle de se procurer de la laine de lama et elle se demandait comment avait bien pu y parvenir la maman de Marcel au début du siècle. Elle se demandait aussi par quel mystérieux processus de création artistique le petit Marcel était passé de la laine de lama à la madeleine.

Petit dernier et préféré de sa maman qui en avait quatre autres moins turbulents, Ph. fit des études secondaires brillantes au lycée Saint Louis ternies par un redoublement inattendu en terminale. Les avis sont partagés sur les raisons de ce revers scolaire. Pour les uns il avait été victime comme la Dame aux Camélias d’une langueur aux poumons qui l’avait contraint de passer six mois dans la suite numéro 342 au Grand Hôtel de Gstaad avec vue sur le lac, pour Fabienne Pascaud de Télérama, c’était dans une suite plus petite avec vue sur le mur de la prison de la Santé qu’il séjourna pendant quelques mois. La raison en aurait été une tentative d’homicide sur un camarade de classe, le petit René-Jean, qu’il avait poussé dans la Seine au mois de décembre et au milieu de la nuit. Ce dernier perdit lui aussi une année en raison de la double pneumonie qui le cloua au lit pendant un  trimestre. Le motif de leur différent était une élève jolie et gaie du lycée Fénelon au curieux surnom, l’Arrière-Joie, qu’ils courtisaient tous les deux. Elle se nommait en réalité Milena-Anastasia-Chantal Davidovitch et sa famille d’origine bulgare s’était exilée en France peu avant la deuxième guerre mondiale. Elle fit une brillante carrière internationale de cantatrice mais resta toujours en contact avec notre écrivain dont elle partageait le goût très prononcé pour les demi-pression à la terrasse ensoleillée du Cyrano.

Brillant élève, le jeune Ph. fut reçu aux trois prestigieux concours de l’X, des Mines et des Ponts. Il choisit sans hésiter la package X-Ponts en raison de sa passion jamais démentie pour les voitures miniatures. Il rêvait depuis toujours de construire pour elles des routes, des tunnels, des virages, des ponts et des chaussées. Il y retrouva des copains du lycée et sa victime qui lui avait pardonné. Leur groupe redouté au Jardin du Luxembourg prit le nom original des Trois Mousquetaires alors qu’ils étaient cinq. Déjà cet humour sophistiqué dont ils continuèrent à faire preuve jusqu’à un âge avancé !

C’est lors de son service militaire sur la base aérienne de Villacoublay qu’il put approfondir ses connaissances en septième art. Il s’occupa du cinéclub à plein temps mais ne monta jamais dans un avion. Lors d’une promenade en bicyclette, il eut une crevaison dans un petit village de la Beauce devant les vastes bâtiments de l’entreprise « PROUST et Cie, Madeleines et Biscottes en tous genres ». Doué d’un don de réflexion hors du commun, il fit le rapprochement avec les pulls tricotés à base de laine de lama par sa maman et se plongea immédiatement dans la Recherche du Temps Perdu qu’il trouva en un temps record à la bibliothèque de sa caserne.

A part une brève incursion dans le dur labeur quotidien des ingénieurs en mission à l’étranger, il se consacra vite à l’écriture ce qui lui évita des trajets lointains et longs à cause de sa trouille bleue de l’avion qu’il refusait de prendre. La plume alerte et facile, il puisa la majorité de son inspiration dans les ouvrages remarquables mais passés inaperçus de ses proches comme René-Jean et Lorenzo. Sans dévoiler la suite de cette histoire, on sait hélas où ses piratages ignorés du grand public le conduisirent.

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 4

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Extrait du chapitre 4 : Robert Picard

Robert est monté à Paris parce que la ferme du père ne pouvait plus le nourrir. Bien poli et courageux, il a trouvé un emploi de garçon de café au Cujas. Il n’a pas tardé à trouver sa place dans le lit de Madame Gazagnes, la patronne du café. De temps en temps, il écrit une longue lettre à sa mère :

(…)

Ma chère Maman,

J’espère que cette lettre te trouvera en bonne santé, ainsi que mon frère et mes sœurs. Je suis désolé de n’être pas venu pour le mariage de Marie, mais c’était en pleine saison et Madame Antoinette n’a pas voulu que je m’absente à ce moment-là. Je suis sûr qu’elle sera très heureuse avec le Jean, qui est un bon garçon et qui a de belles espérances avec la ferme de la Prétentaine qui lui reviendra un jour bientôt si Dieu le veut. Je suis sûr aussi que, maintenant que le Père est décédé, Abel fait marcher la ferme encore mieux qu’avant, car il a toujours eu des idées modernes. Avec toutes ses qualités de bonne ménagère, Louise ne tardera pas à trouver un mari que j’espère aussi prometteur que Jean. Quant à Josette, son troisième prix de français au concours général m’a rempli de joie. Il faut absolument qu’elle continue ses études pour devenir la fierté de la famille.

Pour moi, il y a eu beaucoup de changement dans ma vie et je vais te les dire. Tu sais que Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 4

Les corneilles du septième ciel (33)

Chapitre 33

Les Trente Glorieuses ne le furent guère plus pour Fontenay-le-Comte que pour Joigny-le-Pont. Non seulement tous les commerces de première nécessité disparurent du centre-ville mais les stations-service désormais désaffectées étaient devenues des repères de chiens errants. Myriam pensa à juste titre que son beau chevalier allait avoir du mal à trouver un magasin où acheter ce dont il avait besoin et en particulier un cheval. Elle lui proposa l’aide de son jardinier : Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (33)

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 3

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Extrait du chapitre 3 : Armelle Podeur

Armelle Podeur trouve son nom vulgaire. Elle a une grande admiration pour une jeune actrice, Simone Renant. Alors, pour exercer son métier, elle se fait appeler Simone Renoir. Simone fait une petite carrière de prostituée, sous la protection affectueuse d’un jeune voyou entreprenant, Sammy de Pantin. Mais la crise arrive :

(…)

La crise ? Ben, la mobilisation, quoi ! Août 39 ? Vous êtes au courant quand même ? Mobilisation générale ! Fin août, la moitié des hommes en âge de consommer qui partent à la guerre, enfin… à la drôle de guerre plutôt. En tout cas, pour nous les filles, c’était la crise. Et puis, voilà Sammy qui part aussi. Bon, lui, il est revenu au bout d’un mois seulement. Le Suédois lui avait passé une drogue à prendre au bon moment. Ça rendait cinglé pendant quelques heures, juste le temps de passer devant les médecins de l’armée. Et après, tout redevenait normal. Inapte à la discipline militaire et à la vie en communauté qu’ils ont dit, les toubibs. Réformé ! Tu penses si j’étais contente. Et quinze jours après, Casquette, pareil ! Réformé aussi ! Merci le Suédois ! Bon, le tapin continue mais au ralenti. Sammy fait bien quelques fricfracs avec Casquette et un peu de racket pour le Suédois, mais ça rapporte pas grand-chose. La crise, quoi ! Mais ça va quand même. Et puis, les Allemands arrivent. Juin 40, c’est l’Occupation qui commence. Et là, les affaires reprennent. Du feu de Dieu, même. Avec les soldats allemands, les filles savent plus où donner de la tête, si vous voyez ce que je veux dire. Et puis, il y a le marché noir qui commence… Au bout de six mois, Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 3