PRÉFACE (10) : LA FORCE DE L’HABITUDE

LA FORCE DE L’HABITUDE(1)

Un soir, j’étais dans les bureaux de l’un de nos concurrents et néanmoins confrère en train de travailler avec lui à la résolution d’une affaire qui nous opposait. Appelons-le Garrouste. Rien que de très normal là-dedans. Vers vingt-heures, nous avions terminé et, contents de nous, nous nous accordâmes un demi pression au zinc du café d’en bas. Nous discutâmes d’autres affaires en cours, de l’avenir de la profession et de nos voitures respectives. Là encore, rien que de très normal. Les demi achevés, Garrouste m’en proposa un autre pour accompagner une partie de flipper. Je refusai poliment mais sans regret car je n’éprouvais que peu de sympathie pour le bonhomme. De plus, mon épouse, mes enfants et mon chien devaient m’attendre avec inquiétude au foyer. Mon confrère se commanda un nouveau demi et, en se dirigeant vers le billard électrique, me dit : Continuer la lecture de PRÉFACE (10) : LA FORCE DE L’HABITUDE

Piqûre de rappel – 2

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons, et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro, ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables à un été en sécurité.  

LA MITRO (Extrait)

 (…) Quand Félix et le contrôleur-adjoint sont arrivés devant l’escalier du bureau-atelier des Poids et Mesures, il n’y avait là que Mireille Pétugue, la femme du cousin d’Elzéar. Elle fait la secrétaire de mairie deux fois par semaine. Au bruit de la porte claquée, elle était sortie affolée de son bureau. A présent, elle était plantée deux marches au-dessus de l’entrée et elle parlait à la porte en fer.

«  Eh, Gérard, qu’est-ce que tu fais enfermé là-dedans ? Tu sais que t’as pas le droit d’être là ? »

Comme la porte ne répondait pas, elle a continué : Continuer la lecture de Piqûre de rappel – 2

La Tour Eiffel qui penche (2/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…) En fait, elle ne penche que d’un côté, comme la Tour de Pise, et c’est vers la Seine, vers le Trocadéro, et pour tout dire, vers le nord. » Cette victoire de la logique pure sur l’obscurantisme était rassurante en soi, mais il n’en demeurait pas moins que la Tour Eiffel penchait. Et ce n’était pas normal. C’était même inquiétant. Mais que faire ? La question se posait avec acuité. Et l’acuité, le petit photographe de chez Yvon n’aimait pas beaucoup ça.

2. L’annonce faite à Verdurin

Fallait-il ne rien dire à personne, utiliser les outils les plus sophistiqués de Photoshop pour arriver à redresser la Tour Eiffel tout en gardant leur horizontalité aux pelouses du Champ de Mars, et, la série achevée, rentrer à Beuzeville en Auge vivre entre ses parents le reste de son âge en attendant que le Service de Contrôle de la Conformité des Bâtiments Nationaux à leur État Descriptif ne constate l’anomalie et ne prenne les dispositions nécessaires pour en informer les autorités compétentes ? À Gérard, arrière-petit-fils d’Aristote Ratinet, celui-là même qui, au début du siècle dernier, s’était couvert de gloire en menant l’équipe de Beuzeville en Auge jusqu’à la finale du concours national de manille parlée, une telle attitude parut inacceptable. Il y renonça.

Fallait-il rapporter la chose à son supérieur hiérarchique immédiat et se décharger ainsi de toute responsabilité dans le suivi de l’évènement ? Le fait que son supérieur hiérarchique immédiat était ce con de Cottard Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (2/5)

PRÉFACE (9) : REINE D’UN SOIR

REINE D’UN SOIR(1)

Quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup Radio Luxembourg. C’était l’époque des feuilletons radiophoniques, la Famille Duraton (avec Jean Carmet dans le rôle de Gaston Duvet), de Sur le Banc (Jeanne Souza et Raymond Souplex, futur inspecteur Bourrel), des jeux en public comme Quitte ou Double (avec Zappy Max), des émissions culturelles comme Les Incollables (l’ancêtre à barbichette des Grosses Têtes). J’écoutais tout cela religieusement , essayant de comprendre les plaisanteries qui n’étaient pas toujours de mon âge, vibrant aux questions pièges de Zappy Max, admirant la culture des Incollés. Mais ce que longtemps j’ai préféré, ce qui a souvent étreint mon cœur d’enfant, c’était Reine d’un Jour. Cette émission avait lieu une fois par semaine, le soir à partir de 8 heures. Présentée par le dégoulinant de gentillesse et de compassion Jean Nohain, cette émission-jeu consistait à choisir dans un échantillon de pauvresses celle qui était la plus malheureuse, la plus malchanceuse, la plus maltraitée, la plus malaimée et à la couvrir de cadeaux, souvent inadaptés. Je compatissais avec Jean Nohain, j’étais ému avec le public, et je votais avec mon cœur pour la reine des pommes. Et puis, malheureusement, j’ai grandi. Radio Luxembourg est devenu RTL, Franck Ténot et Daniel Filipachi sont nés avec Continuer la lecture de PRÉFACE (9) : REINE D’UN SOIR

Dans le monde de l’édition (17) 

Pour des raisons non encore tout à fait déterminées, mais qui pourraient bien résider dans l’absence de blâme de Lorenzaccio de Baumarché et d’éloge flatteur de Myriam des Cornouailles, les ventes du célèbre écrivain méconnu Philippe C ont récemment fait un bon bond, passant brusquement de 50 en début juin à 54 exemplaires vendus, soit 40 pour Blind dinner et 14 pour La Mitro.
Ces chiffres encourageants nous conduisent à ne pas retarder davantage Continuer la lecture de Dans le monde de l’édition (17) 

La Tour Eiffel qui penche (1/5)

temps de lecture : 4 minutes 30

1-La mission de Ratinet

Employé de la maison Yvon, premier éditeur européen de cartes postales, Gérard Ratinet, 47 ans, né à Beuzeville-en-Auge et y habitant toujours, photographe autodidacte et hypocondriaque, avait reçu mission d’Etienne Cottard, directeur artistique et neveu du beau-frère du petit-fils du fondateur de la maison d’édition, de réaliser une série originale de photographies des principaux monuments de Paris. Les cartes postales qui en seraient tirées devaient être mises à la vente à l’occasion des prochains Jeux Olympiques qui, par une heureuse coïncidence, devaient justement se tenir l’année suivante dans la capitale. Ratinet avait accepté cette nouvelle mission non avec enthousiasme, car le sujet imposé était quand même, comme on dit dans le jargon des photographes professionnels, un peu ‘’cliché‘’, mais avec soulagement. Ça le changerait de sa mission précédente, une interminable série consacrée aux calvaires bretons, dont il était rentré neurasthénique et enrhumé.

Ayant décidé de consacrer sa première journée parisienne à la Tour Eiffel, il la passa à tourner Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (1/5)

PRÉFACE (8) : VARIATIONS DE TENSION

VARIATIONS DE TENSION(1)

Cette suite de textes courts est le résultat de l’un de ces exercices que l’on aime pratiquer dans les ateliers d’écriture : décrire un personnage sans utiliser un seul adjectif, ou bien raconter une scène de ménage du point de vue d’un enfant de huit ans, ou bien raconter la rencontre du roi Henri IV et de William Shakespeare. Dans le cas de Variations de tension, il s’agissait de raconter la même scène de  manière de plus en plus tragique. Alors voilà : la scène se passe dans la salle d’attente du Docteur Cottard.

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Cette nouvelle fait partie du  recueil intitulé « La Mitro ». Cette préface Continuer la lecture de PRÉFACE (8) : VARIATIONS DE TENSION

La Tour Eiffel qui tue !

La Tour Eiffel qui tue !

Dans les années cinquante du siècle dernier, était parue une courte comédie musicale, pleine d’invention et de talents. Le texte était de Guillaume Hanoteau, la musique de Georges Van Parys, l’orchestre était celui de Michel Legrand, la mise en scène d’Yves Robert et parmi les comédiens et chanteurs de la troupe de Michel de Ré, on trouvait Mouloudji, Judith Magre… et j’ai oublié les autres.

L’argument était le suivant : A la fin du XIXème siècle, à Paris, une série de meurtres est attribuée à la tour Eiffel qui vient d’être construite. Le jeune poète Christophe, sa fiancée Marie-Nuage Eiffel, et Hyène de Tigris, une demi-mondaine, refusent de croire à la culpabilité de la tour tandis que trois polytechniciens s’acharnent à soutenir le contraire. Alors Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui tue !