Les corneilles du septième ciel (27)

Chapitre XXVII

Comment la jolie Myriam, professeur de lettres à Poitiers, avait-elle bien pu croiser la route du célèbre écrivain Philippe C., une icône de Saint Germain des Prés et du Jardin du Luxembourg ? Tous nos lecteurs interloqués se posent la question.

Issue d’une famille fort cultivée, Myriam avait depuis toujours un goût prononcé pour la littérature. Elle le partageait avec Philippe, son cousin germain, qui s’obstinait à vouloir lui faire lire les œuvres complètes du Marquis de Sade. De tels conseils de la part d’un petit garçon de douze ans obligèrent ses parents à le confier à un spécialiste. C’est aussi ce que Myriam lui avait conseillé de faire en le formulant de façon un peu brutale et dépourvue de la moindre élégance : « Va donc te faire soigner, espèce d’obsédé sexuel ! ».  A sa décharge, Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (27)

Piqûre de rappel – 1

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables pour passer un été en toute sécurité.  

BLIND DINNER (Extrait)

 (…) Comme je suis plutôt casanier et qu’Anne est plutôt sauvage, ces soirées de blind dinner ne nous enchantent plus guère ni l’un ni l’autre et nous préférerions mille fois nous retrouver en tête à tête au Stella devant une douzaine d’huitres. Disons plutôt qu’autrefois, nous aurions préféré diner en tête à tête au Stella devant une douzaine d’huitres. Aujourd’hui, ce serai plutôt devant Thalassa et un plateau-TV jambon-épinards. Mais bon… l’habitude était prise et il était trop tard pour opposer à Renée un refus qu’elle aurait pris pour une trahison.

Cette contrainte qu’elle nous imposait de ne rencontrer chez elle que des inconnus était devenue ridicule. Tout le monde devrait savoir que, pour qu’un diner soit réussi, si l’on peut y admettre un ou deux nouveaux venus, il faut que l’essentiel de l’assemblée soit composé de gens qui se connaissent afin qu’une certaine complicité fondée sur un minimum de souvenirs communs puisse faciliter la conversation. Quand un ange passe, rien de tel pour le chasser que quelqu’un qui lance : « Si je me souviens bien, chère Isabelle, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était chez les Machins. » Et c’est parti ! : « Mais, tout à fait ! Quel homme charmant que ce Michel, n’est-ce pas ! » Ou bien : « Pas du tout ! C’était à Bormes, mon cher ! Chez les Choses. Il faisait une de ces chaleurs ! Nous avions tous fini dans la piscine ! Quelle soirée ! Ah ! Ah ! » Et en avant les minauderies, les galanteries, les traits d’esprit sans lesquels il n’est pas de bonne réception. Au contraire, quand personne ne se connait, la tendance naturelle des gens est de rester sur la réserve de peur de gaffer ou de passer pour un imbécile. C’est comme ça du moins que je vois les choses.

Je viens de sonner à la porte de l’appartement et, Anne et moi, nous attendons en vérifiant l’état de nos chaussures que l’on vienne nous ouvrir, quand tout à coup :

« Meeerde ! Tu as oublié les fleurs dans le taxi ! »

Anne a réussi à crier son accusation tout en la chuchotant. Crier en chuchotant est un exercice difficile mais elle le pratique avec aisance. C’est sur le même ton, car j’ai beaucoup appris d’elle dans cette technique d’agressivité, que je proteste:

« TU as oublié… ! Tu es gonflée, quand même ! TU les as oubliées autant que moi, il me semble ? Et puis, ne dis pas merde comme ça tout le temps. Chez une femme, ça fait vulgaire.

— Merde, merde et merde ! Sans vouloir être vulgaire : tu me fais chier, Gérald, chuchote-t-elle furieusement, puis, dans la foulée, mais sur un ton beaucoup plus mondain : Oh ! Bonsoir ma chérie ! C’est nous ! Nous ne sommes pas trop en retard ? »

Renée venait de nous ouvrir la porte.

« Bonsoir Anne, bonsoir Gérald. Pas du tout, vous êtes les premiers. La circulation doit être monstrueuse ce soir, tout le monde est en retard. Entrez donc ! »

Tandis que je laisse passer Anne devant moi pour entrer dans l’appartement, elle en profite pour lancer perfidement :

« Gérald a oublié mes fleurs dans le taxi : un très joli bouquet de chez Morelli. On ne peut vraiment pas faire confiance aux hommes pour ces choses-là. »

Elle lève les yeux au ciel puis elle soupire avec affectation :

« Pour le reste non plus, d’ailleurs…

—Ce n’est pas grave, ma chérie, dit Renée en souriant. L’essentiel, c’est que vous soyez là. »
(…)

C’est ça, ouais ! C’est l’essentiel !

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PRÉFACE (7) : MON ROMAN

MON ROMAN(1)

Contrairement au reste du contenu de ce recueil, Mon Roman n’est pas une Nouvelle (normal puisque c’est un roman), c’est l’exposé d’une méthode, ma méthode pour écrire un roman. Je l’ai mise en pratique, et s’il y a une chose que je peux vous assurer, c’est qu’elle ne marche pas.

*

Cette nouvelle fait partie du  recueil intitulé « La Mitro ». Cette préface est destinée à vous donner envie de la lire, d’acheter le livre, éventuellement de le lire en entier, et surtout, surtout, que vous l’ayez lu ou non, Continuer la lecture de PRÉFACE (7) : MON ROMAN

PRÉFACE (6) : SASSI MANOON ET LES TEXAS RANGERS

SASSI MANOON ET LES TEXAS RANGERS
&
SASSI MANOON ET LE WHAT’S NEXT ?(1)

Sassi Manoon, en réalité, est un personnage du roman « Kidnap Party »de Donald E.Westlake, excellent et prolifique auteur américain de la célèbre (un temps) Série Noire. Les deux nouvelles qui suivent mettent en scène deux Sassi Manoon aussi différentes entre elles que de celle de Kidnap Party. La première de mes Sassi est une bonne sœur qui dirige un pauvre dispensaire sur une île perdue au milieu du fleuve Mississippi. La seconde serait plutôt une sorte d’aventurière échouée sur une île tout aussi perdue dans la mer des Antilles. Son sens de l’honnêteté a de ces souplesses que la morale réprouve mais que son désir de quitter son île excuse. Le seul point commun que mes héroïnes ont avec la Sassi de Monsieur Westlake, ce sont les quelques lignes par lesquelles s’achèvent Kidnap Party et mes deux nouvelles. Continuer la lecture de PRÉFACE (6) : SASSI MANOON ET LES TEXAS RANGERS

Les corneilles du septième ciel (26)

Chapitre XXVI

Comme s’y attendent ceux qui ont eu la gentillesse de lire les chapitres précédents, la relation de Françoise et Pierre devint de plus en plus intime. Sans qu’il soit nécessaire de se livrer à des descriptions triviales au risque de décevoir certaine abonnée pyrénéenne, même les moins perspicaces auront deviné en les voyant enlacés que leur amitié n’en était déjà plus une. Quel nom donner à ce moment irréel que nous avons connu, au moins une fois pour les plus chanceux, où l’on sent que notre vie est en train de basculer vers Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (26)