Go West ! (10)
(…). devant cette carte et l’étirement irréfutable du rectangle, je réalisai qu’une fois à Montgomery, j’aurais parcouru plus de 1200 miles depuis New York et que je serai encore à 1700 miles de Flagstaff. La plus courte distance entre ces deux villes étant seulement de 2300 miles, cela voulait dire que la fille de Columbus m’avait couté un détour de 600 miles, c’est à dire un petit millier de kilomètres. Mille kilomètres pour prendre deux gifles, se couvrir de ridicule et être recherché par le sheriff d’un comté du Tennessee. Mais c’était fait. Et puis, l’aventure, c’est l’aventure.
Le reste du voyage jusqu’à Flagstaff ne fut pas sans histoire, mais à présent, j’étais à des centaines de miles du Cove creek Motor Inn, je commençais à avoir de l’expérience et je laissais venir les événements avec moins d’inquiétude. La Ford Ranch Wagon m’avait déposé sur une petite route qui pointait plein ouest vers Jackson mais il n’y circulait que des tracteurs agricoles, des pick-up de fermiers et des voitures conduites par des femmes à bigoudis et voiles de tulle. J’avais ressorti mon petit drapeau français et ma pancarte Going West !, je brandissais mon pouce, je prenais l’air le plus inoffensif possible, mais je restais sur le carreau dans la chaleur et la poussière. Pourtant, vers la fin Continuer la lecture de Go West ! (10)
Go West ! (9)
(…) je sors le carton que j’ai gardé depuis Harrisburg. Je regarde avec un peu de nostalgie ce que j’y avais inscrit naïvement au feutre trois jours plus tôt : « French ! To California ! ». Aujourd’hui, je suis à la fois moins exigeant sur la destination et moins convaincu de l’attractivité de ma nationalité pour les automobilistes américains. Alors, j’écris plus simplement : Going West !
J’ai toujours aimé cette belle injonction : Go West… Go West, young man, and grow up with the country !… Mais aujourd’hui, pour moi, il ne s’agit pas de grandir avec le pays, mais beaucoup plus simplement de quitter le comté, ses motels et ses flics le plus vite possible.
C’est un camion qu’il me fallait, alors je n’ai pas brandi ma pancarte, je n’ai pas levé le pouce vers la voiture que j’entendais arriver derrière moi. Pourtant, après m’avoir dépassé, elle a parcouru encore une centaine de mètres, elle a freiné brusquement, s’est arrêtée et est revenue en marche arrière jusqu’à ma hauteur.
— Vous savez conduire ? m’a demandé le conducteur. Vous avez votre permis ?
— Oui, un permis français.
— Mais vous avez le droit de conduire aux USA ?
— Oh oui, bien sûr !
— Et vous allez où ?
— N’importe où. Vers l’Ouest si possible.
— Pensacola, ça vous va ? C’est plutôt pas mal au sud…
— C’est loin ?
— Cinq cents miles, plus ou moins.
— Alors ça va.
— Parfait ! Montez ! Je m’appelle Bill et toi ?
Je le lui dis. Continuer la lecture de Go West ! (9)
C’est Noël, d’accord ! Mais…

Octosyllabe pour Noël
Go West ! (8)
(…) Ce n’est qu’à la deuxième gifle que j’ai réagi. Celle-là m’avait atteint sur l’oreille gauche. La fille devait porter une bague que je n’avais pas remarquée, une grosse, parce que ça m’a fait un mal de chien. Alors, à mon tour, je lui ai envoyé une gifle, une gifle presque timide, je suis français moi, mademoiselle, pas une brute, une gifle pas vraiment forte, mais quand même un peu, une gifle. Elle a ri, la garce. Alors je lui en ai flanqué une deuxième, plus forte, mal ajustée. Elle l’a prise en plein sur la pommette et sur l’aile du nez. Sous le coup, elle s’est arrêtée net. Un peu de sang coulait de son nez. Elle a fait un pas vers moi, la tête et les épaules rejetées en arrière, sa maigre poitrine en avant et elle m’a dit :
— Vas-y, mon chou, bats-moi…
*
Aujourd’hui, je ne sais pas si j’aurais pu lui flanquer une troisième gifle, mais je sais que même si j’en avais été capable, son “Vas-y, mon chou…“ m’aurait totalement refroidi.
J’ai porté la main à ma ceinture. C’était pour la reboucler mais elle a cru que j’allais m’en servir sur elle : elle a croisé ses avant-bras sur ses seins et elle m’a présenté son dos. J’en ai profité pour la contourner, attraper mon sac au vol, me diriger à grands pas vers la porte et j’ai fichu le camp.
Je suis sorti sous un torrent d’insultes, mais elle ne m’a pas suivi. Dehors, la nuit était chaude et la lune brillait. À gauche, le bureau du motel était encore éclairé, alors j’ai pris à droite et j’ai marché vers la route. Avec ma chemise ouverte et Continuer la lecture de Go West ! (8)
Go West ! (7)
(…) Je regarde autour de moi : la pièce est plutôt grande ; la moquette rouge framboise est tachée ici et là de grandes plaques sombres et marquée de brulures de cigarettes ; un édredon usé assorti à la moquette couvre le lit qui est immense ; un fauteuil bas fait face au téléviseur posé sur un guéridon de bois au vernis écaillé ; une table et une chaise de même style achèvent de compléter le mobilier ; le reste est vert d’eau, les murs, le plafond, les rideaux, la porte de la salle de bain, même la face intérieure de la porte d’entrée, tout est vert d’eau. C’est lugubre. Mais au moins, c’est assorti au voile de tulle que la fille porte toujours.
J’entre, je pose les deux sacs au sol à côté de la table, et je reste là, immobile, ne sachant que faire. Le conditionneur d’air vibre et couine doucement dans son coin, la télévision diffuse silencieusement une publicité en noir et blanc. La fille s’approche, referme la porte d’une poussée et se plante devant moi, les bras ballants, la tête légèrement inclinée. Ça lui donne l’air interrogateur, peut-être même un peu dubitatif. C’est une sorte de défi. L’instant est crucial, la gêne est insupportable, et même le crétin inexpérimenté que je suis sait qu’il faut faire quelque chose et que c’est maintenant. Je m’approche d’elle, mon cœur accélère, mes mains deviennent moites, je réalise que je n’ai pas pris de douche depuis deux jours, que je dois dégager un parfum de vestiaire de lycée, que tout cela est un peu risible. Mais que faire d’autre que continuer à suivre le scénario tout tracé ? Je pose mes mains de part et d’autre de sa taille Continuer la lecture de Go West ! (7)
TABLEAU 470
Tableau de Sébastien Coutheillas
doubles 36×27 cm (chacun)
Pour voir le site de Sébastien, cliquez ICI

Testé pour vous…
Vous en avez rêvé, vous y avez pensé… mais vous avez eu la flemme de vous lancer.
Alors, moi, maintenant que j’ai un peu de temps, je l’ai fait, je l’ai testé.
Je l’ai testé pour vous, pour pouvoir vous dire que ça ne fait pas mal, que c’est facile, rapide, à la portée de tout le monde, et que le résultat est étonnant.
Alors là, maintenant, vous vous demandez ce que j’ai bien pu faire : ce bougre a-t-il testé la nouvelle piste cyclable que la cinglée de l’Hôtel de Ville vient d’installer au milieu de la Place de l’Étoile et en sens inverse de la circulation ? A-t-il lu le dernier bouquin de Coutheillas ? A-t-il essayé la Vodka sans alcool de San Pellegrino ou la dernière croisière Costa à moins de 100€ par jour (payé par Costa à chaque passager volontaire) ?
Je n’ai rien fait de tout cela, mais quelque chose de beaucoup plus utile, quelque chose à laquelle vous viendrez tous, et plus vite que ça, mon zami !
J’ai testé pour vous … l’Intelligence Artificielle, l’I.A. en français , l’A.I. en langage universel.
Voici les conditions du test : j’ai fourni à ChatGPT le début d’une de mes histoires et je lui ai poliment demandé de bien vouloir la terminer pour moi.
Vous lirez ci-dessous :
1- En caractères droits, le debut de l’histoire (Les dames de Vichy) écrite par moi il y a quelques années.
2- En italiques, la fin que lui a donnée ChatGPT en quelques secondes
3- En caractères droits à nouveau la fin que je lui avais donnée à l’origine Continuer la lecture de Testé pour vous…
Précisions utiles
L’annonce de la réduction de la fréquence de parution du JdC n’a pas manqué de soulever l’inquiétude — pour ne pas dire l’angoisse — des uns et les protestations des autres avec une ampleur que la Rédaction était loin de soupçonner. En effet, 5 abonnés — Jim, Paddy, Bruno, Rodrigo Tortilla et François Wang — ont immédiatement réagi au drame annoncé.
Il convient donc de préciser encore une fois les choses tout en répondant à certains commentaires émis à cette occasion, quitte à contredire l’annonce même en faisant paraître un nouvel article.
Vous savez à présent que votre exemplaire du Journal des Coutheillas ne sera plus quotidien. Mais de temps en temps, le matin, vous le trouverez par surprise, sans que vous l’ayez vraiment attendu, sur votre paillasson virtuel. Et ces jours-là, ce sera un beau jour, un jour faste, un jour comme autrefois, quand Big Brother Internet n’existait pas encore et que vous trouviez sur votre tapis brosse en coco naturel la lettre que vous attendiez depuis une semaine, la lettre de celle qui… de celle que… ou de celui à qui… enfin , la lettre ! Prenez-ça comme Continuer la lecture de Précisions utiles

