Go West ! (80)

(…)Rafraichi et reposé, vêtu de vêtements propres, rassasié de café, j’ai allumé une cigarette et j’ai entrepris d’inspecter la maison de Mansi. J’ai commencé par le placard où elle avait rangé mon sac. Il était toujours là, sous mon éternelle veste en daim, pendue à un cintre. Dans le sac, j’ai retrouvé toutes mes affaires, mes vêtements, mon revolver, mes cartouches, le dictaphone et même mon passeport. Rassuré sur ce point, j’ai poursuivi mon exploration.

Dans le placard d’à côté, les vêtements d’homme qui m’avaient perturbé la veille étaient toujours là. Quelques sobres chemises, bleu ciel ou blanches, deux T-shirts kaki, une tenue militaire de couleur beige, complète, pantalon, veste et calot, plus un treillis et un blouson de combat en toile camouflée, le tout impeccablement propre, sur cintres en fil de fer et sous housses en papier léger à la marque d’une blanchisserie de Barstow. Je remarquai quelques vêtements civils, un blouson léger rutilant en rayonne rouge marqué aux armes argentées d’une équipe de bowling de Junction City, et une veste en daim à frange comme on en trouve dans les boutiques d’artisanat indien en Arizona. Debout côte à côte dans un coin du placard, il y avait aussi deux de ces gros sacs cylindriques militaires en épaisse toile kaki et, sur un des deux sacs, un képi à galon doré et, à côté, un étui pour deux boules de bowling et une petite malle métallique noire fermée par Continuer la lecture de Go West ! (80) →

Descartes, Socrate, Coluche, le Bon Sens et Moi (2/2)

« Le bon sens, tout le monde en a ! »
Sagesse populaire – Op.Cit.

Dans notre précédent article, si opportunément intitulé Descartes, Socrate, Coluche, le Bon Sens et moi (1/2), nous avions vu que cette affirmation selon laquelle tout le monde serait suffisamment pourvu de bon sens est une de ces âneries que la sagesse populaire répand impunément depuis des siècles. Pour notre part, nous avions conclu que « certaines personnes peuvent être grandement ou totalement dépourvues de bon sens tout en clamant par les chemins qu’elles en ont bien assez ».

Mais nous avions négligé un point important, et c’est celui de la définition du bon sens. Pas facile de définir ce truc si bien partagé. On pourrait tenter de contourner la difficulté avec une pirouette de ce genre : « Le bon sens, c’est comme le charme : on en a ou en n’a pas. » Mais, comme on peut dire exactement la même chose du talent, de l’oreille absolue, de la recette de la mayonnaise ou du sens de l’humour, on voit bien que cette élégante sentence, d’apparence spirituelle et définitive, et qui présente en plus l’avantage d’être concise, ne résout rien du tout. Elle me fait penser à ce père déficient qui, à toutes les questions existentielles que lui pose son fils de huit ans, répond invariablement « parce que c’est comme ça !». On sait qu’un tel procédé n’est pas le genre de la maison et qu’ici, on n’évite pas les sujets difficiles en sortant je ne sais quelle gaudriole.
Essayons donc quelques définitions, glanées ici et/ou là, selon lesquelles le bon sens, c’est : Continuer la lecture de Descartes, Socrate, Coluche, le Bon Sens et Moi (2/2) →

Que faut-il penser d’Histoire de Dashiell Stiller ?

Des écrivains vous répondent…

27 juin 2023 (probablement). Quelque part, mais où… ?

C’était en novembre, peut-être à Paris, peut-être ailleurs… Vichy, Vienne, Valparaiso… je ne sais plus. Comme tous les jours à cette saison imprécise, il y avait du brouillard, partout du brouillard, du brouillard dans la rue, du brouillard dans l’escalier, du brouillard dans ma tête. Je l’ai cherchée longtemps dans la bibliothèque de mon père, cette Histoire de Dashiell Stiller dont je crois me souvenir qu’il m’avait dit le plus grand bien. Mais était-ce mon père ? Était-ce bien mon père qui m’avait dit cela ou bien était-ce ce marchand de cravates de la rue des boutiques occultes ? Ou bien encore cet ami de jeunesse perdue, Francis ? Francis… que j’aurais pu connaitre, mais qui est mort avant… enfin, je crois…
Je ne sais pas, je ne sais plus…
De toute façon, je ne l’ai pas trouvé, le bouquin ! Alors arrêtez de m’emmerder avec cette Histoire de Dashiell Stiller ! Compris ?

Patrick Medrano, amnésique Continuer la lecture de Que faut-il penser d’Histoire de Dashiell Stiller ? →

Go West ! (79)

(…) Une autre fois, je plane ; littéralement, je plane ; comme un vautour ; je suis un vautour ; je vole lentement en larges cercles au-dessus de la table basse ; ma vision de vautour est perçante et je distingue parfaitement les détails de la pièce, la table, les chaises, les tapis, le poste de télévision et, dispersés au milieu du désordre, des corps à moitié nus, enchevêtrés, emmêlés sur le canapé, sur la table, sur le sol, des corps qui remuent lentement comme un nœud de serpents et parmi lesquels, je le reconnais au peignoir jaune qui l’embarrasse, il y a le mien.

Et puis, j’ai eu une vision. Insérée quelque part au milieu des images incohérentes et irrationnelles qui me sont restées en mémoire et de celles qui n’ont pas laissé de trace, j’ai eu une vision très précise. Une vision… je n’aime pas cette idée. Je n’avais pas cru un instant à la vision de Mansi. J’avais mis son récit sur le compte d’une idéalisation ou plutôt d’une rationalisation de son coup de foudre pour Bo. Que l’on puisse avoir une prémonition aussi précise, une vision aussi nette d’un instant à venir était en pleine contradiction avec mes certitudes rationnelles. S’il était possible à qui que ce soit d’avoir une vision de l’avenir, le sien ou celui d’un autre, cela voudrait dire que le futur existe déjà quelque part et qu’il est possible d’y avoir accès, et cela, je me refuse à y croire.

Malgré tout, malgré Continuer la lecture de Go West ! (79) →

Automne indien

par MarieClaire

Il fait très chaud. Après un mois de septembre pluvieux, l’automne s’est fait radieux.
Dehors, sur la terrasse, deux chaises longues attendent leurs occupants. Le tourniquet diffuse une fine pluie sur la pelouse et elle aimerait profiter de sa fraicheur, mais il a décidé de monter la bibliothèque. Les cartons la contenant encombrent le garage depuis des semaines !
– Déballe les montants pendant que je prends les mesures, dit-il.
Elle s’exécute avec mollesse et maudit cette maison qui depuis des mois lui gâche tous ses dimanches.
– On aurait dû choisir un jour de pluie pour faire ça. Il fait si beau…Ne fais pas les trous avant d’être sûr des mesures.
Elle frémit à l’idée de voir percer Continuer la lecture de Automne indien →

Descartes, Socrate, Coluche, le Bon Sens et moi (1/2)

Beaucoup de gens pensent que le bon sens est suffisant pour bien mener sa barque. Ces gens-là disent « A quoi bon l’histoire, la littérature, les maths, la philosophie, la culture en général, à quoi bon l’intelligence même du moment qu’on a du bon sens ? Et le bon sens tout le monde en a ! » Pour le prouver, inévitablement, ils vous ressortent cette antienne “Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée“.
Et avec ça, ils sont contents, les gens ; ils disent « Alors ! Vous voyez bien ! Le peuple a du bon sens, même qu’il est très bien partagé, le bon sens, et même que c’est Descartes qui l’a dit, et Descartes, c’est pas la moitié d’un imbécile. » (Eh oui, c’est comme ça qu’ils s’expriment, les gens !)

Et moi, je dis d’accord : Descartes (1596-1650) n’était pas la moitié d’un imbécile. Et j’ajoute : mais ce qui est totalement idiot, c’est de ne pas citer Descartes complètement. Voyons voir : dans le Discours de la Méthode, perché qu’il était sur son poêle, le bon vieux René avait dit : « Le bon sens est Continuer la lecture de Descartes, Socrate, Coluche, le Bon Sens et moi (1/2) →

Les mots de Sartre

Je n’ai jamais aimé Jean-Paul Sartre. Le laid petit magot sûr de lui, adulé par la Paroisse de Saint Germain des Prés et au-delà, me déplaisait énormément, et pas seulement pour ses opinions politiques. Bien sûr, à dix-sept ans, j’avais aimé Le Mur. Ah ! L’Enfance d’un chef ! Un peu plus tard, Huis clos. Ah ! Magnifique Michel Auclair dans Huis Clos ! Ah ! C’était donc ça “L’enfer, c’est les autres“, et puis Les Mains sales… Ah ! Pierre Brasseur dans les Mains Sales !

Mais aussi, l’Union Soviétique déguisée, Billancourt à ne pas désespérer, les Intellectuels à terroriser, ça ne me plaisait pas, ça ne collait pas avec mon anticommunisme secondaire. Donc, je n’ai plus Continuer la lecture de Les mots de Sartre →