Première diffusion au temps du COVID (29/04/2020)
1ère partie – Promenade avec mon chien
C’était un Dimanche, certainement. Probablement le matin. Ça devait être début Juin. Dans les champs, les blés étaient hauts et, dans les prés, les veaux avaient grandi. François Mitterrand achevait son premier septennat dans le confort de la cohabitation, la négation de son cancer et la dissimulation de sa fille naturelle, et je conduisais une Audi 100 break.
À cette époque, j’avais aussi une chienne, Ena, labrador jaune. Elle va jouer un rôle majeur dans la découverte du monde agricole que j’étais sur le point de faire. Plus tard, nos longues balades à deux sur les chemins de Champ de Faye et sur les plages du Cap-Ferret finiront par l’assagir, mais ce jour-là son tempérament était encore vif et ses réactions à l’environnement imprévisibles.
« IL est marrant lui, songeait Ena. A l’époque, j’étais jeune, en pleine possession de mes moyens physique. Pensez un peu ! Trente kilos, pratiquement que du muscle et du poil. Mais à force, toutes ces balades dans l’herbe mouillée et ces baignades dans l’océan au petit matin ont fini par me coller des rhumatismes. Assagie, qu’IL dit ! Pas le moins du monde ! Arthritique, c’est tout ! » Continuer la lecture de Première rencontre (1/3)
(…) Alors, je m’étais mis à quatre pattes et m’étais approché de mon père par le côté opposé au chien. J’avais hésité un instant, et puis je m’étais allongé sur lui, mon ventre contre son ventre, mon nez dans sa chemise blanche qui sentait le savon. Ni mon père ni Vercors n’avaient bougé, mais j’avais entendu le chien pousser un nouveau soupir d’aise. Quelques secondes plus tard, relevant la tête, j’avais vu mon père qui, tout en prenant soin de ne rien bouger d’autre que son bras, pinçait son cigare entre deux doigts et, d’une pichenette, l’envoyait à travers la fenêtre rejoindre le boulevard cinq étages plus bas. Après, j’avais dû m’endormir.