Archives par mot-clé : Philippe

Piqûre de rappel – 7

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons, et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous,

ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro, ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables à un été en sécurité.  

BLIND DINNER (Extrait)

(…) « Enfin, reprend Charles en claquant la langue, quand je dis tout le monde, c’est pas tout à fait vrai. Il nous manque encore Anne et Gérald. Allez, honneur aux dames ! Qu’est-ce que vous avez à nous dire, Aaaanne, ma chère Aaaanne ? »

Anne qui s’était vautrée sur sa chaise se redresse à peine et répond calmement :

« Vous savez ce qu’elle vous dit, la chère Anne ? »

C’est ça le problème avec Anne, enfin l’un des problèmes, c’est qu’elle devient facilement vulgaire. Je lui dis souvent. Mais là, il faut dire qu’il l’a bien cherché, le meneur de jeu. Je serais bien intervenu pour défendre mon épouse comme un gentleman se doit de le faire, mais la rapidité de sa réplique m’en a dispensé.

« Allons, allons ! Vous n’avez vraiment rien à nous dire? insiste Charles. Pas même que vous en avez jusque-là de votre imbécile de mari ? Continuer la lecture de Piqûre de rappel – 7

PRÉFACES (14)

CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES(1)

Il y a une dizaine d’années, j’ai fréquenté assidument plusieurs ateliers d’écriture, en fait trois ateliers. Non pas qu’à mon avis, un atelier puisse vraiment vous apprendre comment écrire, mais avec les contraintes de temps, de sujet, éventuellement de style, de point de vue qu’il vous impose, il vous amène à quitter de temps en temps votre zone de confort, à tenter de sortir de votre piste bleue habituelle pour aller skier un peu sur une piste rouge ou, pourquoi pas, hors piste.

Le premier atelier que je fréquentai fut le plus formateur, le plus agréable aussi. Un ambiance calme et bienveillante, et modeste aussi, c’est important, et utile parfois. Au détour d’une remarque de l’animatrice ou de l’un des membres, vous saisissez brusquement que dans ce texte, vous avez abusé des adjectifs, ou des incises, ou des clins d’œil au lecteur. Avec le second, on changeait de niveau littéraire avec des membres dont les études universitaires sortaient par les pores de leur peau. Sans doute à cause de cela et aussi de l’insuffisance Continuer la lecture de PRÉFACES (14)

Piqûre de rappel – 6

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons, et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, il ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro, ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables à un été en sécurité.

 

Andromaque de CyrénaÏque
(LA MITRO , extrait)

En vérité, rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. Mais pourtant, il fallait bien que j’en trouve un autre: le mien, le Gaulois que j’avais acheté l’année passée pour trente deniers sur le marché de la Prata Flaminia, avait attrapé le typhus. Il m’en fallait donc un autre de toute urgence. C’est pourquoi je m’étais rendu sur l’Aventin, chez Podalydès, le Grec affranchi, celui qui s’est spécialisé dans les esclaves pour soins du visage et du corps.

Je passai en revue sa marchandise et finit par tomber sur une petite nubile de Cyrénaïque qui, m’assura Podalydès, ferait très bien l’affaire. Elle savait couper les cheveux à ravir, friser, coiffer, raser la barbe, le torse et les jambes et faire des massages décontractants.

« Trente-cinq deniers, me dit-il. »

Je pris un air hautain et offusqué à la fois.

« Tu plaisantes sans doute, méchant Grec !

—Vous savez, noble Seigneur, aujourd’hui, Continuer la lecture de Piqûre de rappel – 6

PRÉFACES (13)

L’EFFET PAPILLON(1)

On pourrait croire un instant que cette nouvelle appartient à la catégorie des notices biographiques ou à celle des N’importe quoi, ou aux deux comme cette Vie de dingue présentée plus tôt. Eh bien, non. Elle relate avec précision la véritable histoire qui a donné naissance au fameux concept de l’effet papillon, plagié deux siècles plus tard par l’escroc Edward Lorenz. Il était temps de rétablir la vérité.

*

Cette nouvelle fait partie du  recueil intitulé « La Mitro ». Cette préface Continuer la lecture de PRÉFACES (13)

Piqûre de rappel – 5

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons, et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, il ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro, ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables à un été en sécurité.  

BLIND DINNER (Extrait)

(…)

— Gérald, m’interrompt Anne, si tu laissais répondre le docteur ? Il me semble que c’est à lui que Renée avait posé la question. Docteur… ? dit-elle en se tournant vers André pour lui passer la parole.

—En fait, je ne suis pas vraiment concerné : je n’exerce la médecine ni en ville ni à l’hôpital. Je travaille au Centre de Recherche des Laboratoires Schmurtz à Jouy en Josas.

— Mais c’est très intéressant ça, dit Marcelle. Vous savez surement que ma commune abrite l’entrepôt Schmurtz pour la moitié nord de la France. J’adore leur taxe professionnelle ! Ah ! Ah ! Mais dites-moi, plus sérieusement, vous travaillez sur les virus ? Continuer la lecture de Piqûre de rappel – 5

La Tour Eiffel qui penche ! (5/5)

temps de lecture : 5 minutes

Résumé des chapitres précédents :
La tour Eiffel penche ! Que d’un côté, mais pas qu’un peu ! C’est un dénommé Ratinet, photographe, qui s’en est aperçu. N’écoutant que son devoir, il a voulu en informer la Direction de la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel, mais celle-ci (la Direction, pas la Tour, la pauvre) n’a pas voulu fermer le monument aux touristes pour ne pas contrarier ses actionnaires. Mais elle a quand même fait deux choses : au photographe, elle a fait prendre un ascenseur privé très spécial (le pauvre homme n’en est pas revenu, de cet honneur) et à la Tour, elle a secrètement accolé une énorme structure de soutien. Mais la Presse s’est emparée de l’affaire, et quand la Presse s’empare de quelque chose, il est toujours délicat de prévoir ce qu’elle va en faire. Voici :

Le lendemain de l’évènement tragique, à la page 6 d’un grand journal du soir, on pouvait lire :

« Accident mortel à la Tour Eiffel
Hier en fin de matinée, un visiteur a fait une chute mortelle depuis le deuxième étage de la Tour Eiffel. La Société d’Exploitation de la Tour Eiffel se perd en conjectures sur les raisons qui ont poussé cette personne à ouvrir la porte pourtant verrouillée d’une cage d’ascenseur désaffectée depuis plus de vingt ans. Le corps de la victime de ce malheureux accident, monsieur Gérald Ritinet, 37 ans, typographe, a été transporté à Bouseville, Calvados, dont il était originaire.
»

*

5-Le poids des photos 

Sur la page d’en face, une grande photo de la Tour Eiffel illustrait l’article suivant :

« La nuit dernière, le voisinage de la Tour Eiffel a été dérangé une bonne partie de la nuit par les travaux de montage d’une gigantesque structure métallique. Ces travaux, qui n’avaient pas été annoncé, commencés vers 22h45, se sont achevés à 5h30 heures du matin, ce qui, de l’avis des spécialistes, représente une véritable performance pour un ouvrage de cette importance. La construction réalisée Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche ! (5/5)

PRÉFACE (12) : UN GARÇON DE LABORATOIRE

UN GARÇON DE LABORATOIRE(1)

Certaines personnes adorent se déguiser. Moi, non ; mais pour raconter certaines de mes petites histoires, j’aime me mettre dans la peau d’un imbécile, ou d’un méchant, ou d’un voyou, ou mieux, d’un voyou bête et méchant. J’ai pratiqué cet exercice de nombreuses fois. Je l’ai fait notamment avec « Blind dinner » et je vais le refaire un peu plus loin dans ce recueil avec « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres ». Il est donc craindre que ça ne devienne une seconde nature.

En attendant, mon candidat au poste de garçon de laboratoire, est bien un triste individu, ignare, égoïste et sans scrupules. Dans cette histoire, il apprendra Continuer la lecture de PRÉFACE (12) : UN GARÇON DE LABORATOIRE

Piqûre de rappel – 4

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons, et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, il ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro, ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables à un été en sécurité.  

LA MITRO (Extrait)

(…) Comme personne ne faisait attention à moi (personne ne fait jamais attention à moi), à un moment, je me suis glissé entre les jambes de tout ce monde, j’ai longé le mur de la mairie et je me suis accroupi derrière les deux grosses poubelles à roulettes qu’ils ont mises là pour que les gens viennent y jeter des trucs ; dans la jaune, le plastique, et dans la verte, le verre. Les gens, ils y mettent bien tout ce qu’ils veulent, et vas-y, le verre dans la jaune, et le plastique dans la verte, et les vieilles chaussures, et les journaux, et même les crottes de chien dans les deux, même que le maire, il est pas content parce qu’après, Continuer la lecture de Piqûre de rappel – 4

La Tour Eiffel qui penche ! (4/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…)
— Bon ! La tour penche ! Et alors ? s’énerva-t-il. Elle n’est pas la seule, que je sache ! Et Pise ! Vous avez pensé à Pise ? Elle ne penche pas, peut-être, la tour, à Pise ? Bien sûr qu’elle penche, la tour ! Et depuis des siècles, Monsieur ! Huit cents ans et des poussières qu’elle penche ! Et pas qu’un peu ! De presque 5 degrés, je me suis renseigné. Et est-ce qu’elle est tombée, la tour de Pise ? Non, Monsieur ! Pas une seule fois ! Alors, ne venez pas m’emmerder pour deux petits degrés ‘’environ’’! Et puis vous m’agacez, tiens !Jje vous retire mon invitation à déjeuner ! Zut à la fin ! »

4 La solution de Verdurin

Ladislas Verdurin avait eu le tort d’entourer le mot ‘’environ’’ de ce petit geste si ordinaire qui, pour matérialiser les guillemets qu’il avait mis dans son intonation, avait consisté à lever les deux mains à hauteur des épaules en dressant l’index et le majeur de chaque main de manière à former deux sortes de V, puis à plier ces quatre doigts à deux reprises.

C’est sans doute ce stupide petit geste qui fit passer Ratinet de la colère à la fureur. Se  levant brusquement de sa chaise de visiteur, il s’appuya des deux mains sur le bureau directorial et, se penchant brusquement en avant, il glapit à la face d’un Verdurin médusé :

« Non mais dites-donc, espèce de Président à la gomme, vous vous rendez-compte de ce que vous dites ? La Tour Eiffel ne tombera pas parce qu’elle penche moins que la Tour de Pise ! C’est totalement idiot ! Et puis, aujourd’hui c’est deux degrés, mais demain, combien ? Trois, douze, quarante-cinq ? Qu’est-ce que vous en savez ? A partir de combien de degrés vous allez faire évacuer les touristes ? A moins que vous n’attendiez qu’elle ne se redresse toute seule, la tour ? On ne sait jamais, après tout… un bon coup de vent, et hop, problème résolu !

Sous la violence de l’assaut, Verdurin était retombé dans son fauteuil.
«  Mais, monsieur, protestait-il, je ne peux pas fermer la Tour comme ça, pour un oui ,  pour un non ! J’ai des obligations, moi monsieur, des obligations envers les Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche ! (4/5)

PRÉFACE (11) : UNE VIE DE DINGUE

UNE VIE DE DINGUE(1)

C’est une chose étrange que ces courtes biographies que l’on trouve la plupart du temps en quatrième de couverture des romans ou dans les notices nécrologiques de ceux qui, un temps, ont connu un peu de célébrité. Ce qui m’a toujours paru remarquable, ce qui apporte selon moi une forte dose d’humour à ces aventures humaines qui se terminent inévitablement mal (car le sujet finit par mourir, c’est humain) c’est le style plat et concis que leurs auteurs se croient obligés d’adopter pour raconter, sans porter de jugement et en moins de douze lignes, une vie de quatre-vingt ans, pleines d’aventures, d’amours, de découvertes et de drames. On y trouve ce genre de phrase qui me réjouit particulièrement : «(…) ruiné en quelques mois par la chute des cours du guano, Jean-Sigmund Chamavert s’enfuit à Sumatra. Quelques semaines plus tard,  il achète par adjudication quatre porte-containers et fondé la Compagnie Ébéka, spécialisée dans le transport des stock-options. Il meurt à Montalivet-les-bains dans un accident de téléphérique en 1961. » J’ai donc écrit moi aussi quelques Continuer la lecture de PRÉFACE (11) : UNE VIE DE DINGUE