Archives par mot-clé : Philippe

Go West ! (25)

(…) En sortant de l’eau, Tavia poussa un cri. Ses vêtements avaient disparu ! Si les miens que j’avais jetés en hâte au pied d’un pin étaient encore là, ceux de Tavia avaient disparus ! Je me souvenais parfaitement que, pendant que je me déshabillais, elle avait soigneusement plié et empilé ses affaires sur un rocher avec son sac de plage et ses chaussures par-dessus le tout. Ça m’avait étonné et même un peu agacé qu’une fille puisse penser à des trucs aussi peu romantiques que ranger ses affaires, juste avant de… enfin, en de telles circonstances.

Il n’y avait pas de vent, pas la moindre vague ; aucun animal aussi malin soit-il n’aurait pu emporter un chemisier, un short et un maillot de bain, sans parler d’une paire de tennis et d’un sac de plage. Quelqu’un avait pris les vêtements de Tavia et seulement les siens ! Ce ne pouvait être que quelqu’un du groupe. Vraisemblablement une fille. Une fille qui avait voulu faire une blague, une petite plaisanterie, sûrement ; les vêtements devaient être cachés quelque part, pas loin ; nous allions sûrement les trouver. Il suffisait de chercher un peu.
Le ciel au-dessus de nous était encore clair Continuer la lecture de Go West ! (25)

Dans le monde de l’édition (26)

La vente des livres de Coutheillas est en plein marasme. Depuis le 1er février, trois exemplaires seulement des Disparus de la rue de Rennes ont été commandés. Par ailleurs, il n’y a pas eu un seul nouvel avis sur Amazon.fr.
C’est donc avec regret que nous informons les lecteurs du JdC que la sortie du nouvel opus de Coutheillas, « Les trois premières fois
et autres nouvelles optimistes », originellement prévue pour le 1er mars prochain, est repoussée sine die, en espérant que le marché se redresse. Continuer la lecture de Dans le monde de l’édition (26)

Go West ! (24)

(…) Nous, nous avions quitté cet âge du flirt où ces gentilles filles de l’Ouest se trouvaient encore, et quand nous étions entre nous, nous nous flattions d’en demander et d’en obtenir davantage. Mais là, dans ce canyon sauvage, dans cette nature splendide, avec ces jeunes filles sans complexe mais prudentes et maitresses d’elles-mêmes, tacitement, nous avions convenu entre nous des limites à ne pas franchir. Volontairement, pour quelques jours et d’un commun accord, nous étions redevenus des adolescents. Pour quelques jours, je vivrais une adolescence que je n’avais pas connue.
Mais finalement, pour moi, ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça… enfin… pas tout le temps. Et j’ai découvert qu’elles n’étaient pas si gentilles que ça, ces filles de l’Ouest.

Tavia avait dix-sept ans. Elle en paraissait vingt. Grande, brune, élancée, silencieuse, elle ne faisait pas partie de la bande habituelle des filles qui nous entouraient et qui, je l’ai compris plus tard, la considéraient comme peu fréquentable. Nous nous nous étions rencontrés au cours d’une partie de bowling. Elle s’entrainait avec l’équipe de son lycée sur la piste voisine de celle où nous étions en train de jouer. Nos deux groupes avaient fini par se mélanger et l’après-midi s’était poursuivi au Museum Club voisin. C’était une sorte de bar-dancing installé dans un grand chalet en troncs d’arbre en bordure de la Route 66. Le soir, le Museum Club était surtout fréquenté par les cow-boys de la région. Ils venaient y boire de la bière, écouter un groupe de country et danser sur sa musique avec leurs petites amies. L’après-midi, le bar Continuer la lecture de Go West ! (24)

Dans le monde l’édition (25)

Depuis le 1er février, date de première parution, un seul exemplaire des Disparus de la rue de Rennes a été commandé. Par ailleurs, pendant la même période, aucun de mes autres livres n’a été vendu.

Si vous vous foutez de savoir pourquoi il manque un bout à la rue de Rennes, si la responsabilité de l’Impératrice Eugénie dans cette disparition vous importe peu, si vous vous moquez de l’avancement de Roger Ratinet comme de votre premier twitt, si vous connaissez déjà la nouvelle manière de penser l’urbanisme d’Anne Hidalgo et, enfin,  si vous pensez qu’elle  va pouvoir terminer son mandat tranquillement, alors continuez comme ça et ne lisez surtout pas « Les disparus de la rue de Rennes ».

Go West ! (23)

(…) Inévitablement, j’étais tombé amoureux. Je suis rentré chez moi, je me suis allongé sur mon lit et j’ai écouté des disques de Nat King Cole et de Johnny Mathis. J’ai fait la gueule à mes parents pendant un mois et j’ai écrit à Patricia deux fois par semaine pendant trois. Et puis un jour, Hervé m’a dit : « Mais pourquoi tu ne viendrais pas en Arizona avec moi ? »
Ben oui, pourquoi ?…

Vous qui m’avez lu jusqu’ici, vous avez vécu avec Go West ! quelques scènes auxquelles mes écrits précédents ne vous avaient pas habitués : une séquence torride dans un quadrimoteur à hélices, sorte de prélude aux expériences d’une Emmanuelle encore à naître, un épisode de sado-masochisme inabouti, une fuite éperdue au milieu de moustiques en folie et d’alligators potentiels, des rencontres inopinées avec l’apartheid, la police et l’homosexualité. Et maintenant que votre héros est arrivé en Arizona, vous vous attendez à quelques péripéties de plus en plus épiques, mêlant amours, chevaux, tribus indiennes et rivières rouges.

Eh bien non, et vous allez être déçus Continuer la lecture de Go West ! (23)

Les disparus de la rue de Rennes (2ème extrait)

Résumé des chapitres précédents

Roger Ratinet, employé à la Mairie de Paris, vient de constater la disparition d’une bonne quarantaine de numéros d’immeubles dans la rue de Rennes. On lui a demandé d’établir en toute hâte un rapport sur cette disparition pour le moins étrange.

Chapitre 2- La charge de la preuve

Où l’on découvrira que prouver un manque n’est pas chose facile et qu’éprouver un manque, non plus.

 C’est donc le 17 février 2023 vers 10 h 30 que notre préposé à la vérification des plaques de rue se rendit en toute hâte sur les lieux, muni de son appareil nippon tout neuf et de son certificat tout frais d’aptitude à la prise de vue numérique.

En arrivant en vue de l’église Saint-Germain des Prés, vint à l’esprit curieux de Ratinet la question suivante : « Comment fait-on pour photographier une rue qui a disparu ? ». Son esprit cartésien résista un temps à passer du particulier au général, mais il fallait bien qu’il cédât. Il céda et passa à « Comment fait-on pour photographier quelque chose qui n’est pas là ? », puis, plus général encore, à « Comment prouve-t-on l’absence d’une chose ? » et enfin à son inévitable universalisation : « Comment prouve-t-on qu’une chose n’existe pas ? ». La tête commençait à lui tourner Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (2ème extrait)

Go West ! (22)

(…) Je lui touchai doucement l’épaule. Elle se tourna vers moi. Il fallait parler maintenant. Contrairement à mon habitude, celle qui me réussit si bien dans cette matière, je n’avais rien préparé. Elle me regardait, dans l’expectative. Je ne disais rien. Et puis d’un coup, de mon meilleur anglais, je m’en souviens très précisément, j’ai dit : « Ah ! Vous voilà ! Je craignais que vous n’ayez été kidnappée ! »

Je ne sais pas ce qui lui a plu dans cette apostrophe. Était-ce l’inquiétude clairement simulée que j’y avais mise, l’impeccable respect de la grammaire anglaise, la subtile pointe d’accent français ? Elle ne me l’a jamais dit, mais je crois que c’est plutôt le mot “kidnappée“ ou, plus précisément, sa racine “kid“ qui l’a amusée. Elle a peut-être pensé que je la prenais pour une gosse, et elle a aimé ça. Va savoir pourquoi… En tout cas, mon approche était une réussite, parce qu’elle m’a souri doucement et m’a dit « Non, vous voyez, je suis là… », et puis elle s’est tue. Audace incroyable de ma part, aisance inhabituelle, je l’ai prise par la main et l’ai conduite vers un box tranquille, tout au fond du Broken Ski Club.

Nous avons passé une bonne partie de la nuit dans ce box. De temps en temps, un copain passait devant nous, affectant l’indifférence. Il nous jetait un coup d’œil et repartait raconter aux autres ce qu’il avait vu. De temps en temps, Continuer la lecture de Go West ! (22)

Les disparus de la rue de Rennes (extrait)

Chapitre 1 – Une mécanique bien huilée

Où l’on constatera qu’à l’instar du temps judiciaire, le temps municipal n’est pas celui de tout le monde et qu’en réalité, il y a moins d’urgence que de gens pressés.

C’est le 27 juin 2022 à 11 h 45, alors qu’il procédait à une opération de contrôle de routine, que Roger Ratinet[1], technicien de la Mairie de Paris préposé à la vérification de la conformité des plaques de rue à la parité homme/femme, découvrit que les quarante premiers numéros de la rue de Rennes avaient disparu. Choqué, il rentra chez lui et prit le reste de la journée pour se remettre.

Le lendemain, de retour à son bureau, il entreprit de rédiger le rapport d’anomalie circonstancié que méritait un tel événement. Quel ne fut pas son embarras quand il constata qu’il n’existait aucun formulaire adapté à ce qu’il avait à rapporter. Il y avait bien le formulaire spécial pour signaler la Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (extrait)

Plus ou moins de SUV ?

Bon, d’accord. On va dire que si j’écris ça, c’est parce que j’ai un SUV.
On va le dire, parce qu’aujourd’hui, quand quelqu’un dit quelque chose, on ne se demande pas si le bonhomme a raison ou tort dans l’absolu, si ce qu’il dit est fondé, on se demande d’abord d’où il parle, pour qui il prêche, s’il a intérêt à dire ceci plutôt que cela, et toute cette sorte de soupçons. 

Aujourd’hui, il n’y a plus de faits, seulement des faits alternatifs,  plus de vérité, mais des vérités relatives, plus d’honnêteté, des intérêts. Qu’est-ce que vous voulez ? C’est comme ça, et il n’y a rien à faire. En tout cas, moi, je n’y peux rien.
Mais je peux quand même continuer à écrire ce que je pense. C’est mon journal, après tout. Donc, vous n’y échapperez pas,  voilà ce que je pense. 

Voici le texte introductif de cette consultation populaire à la suisse, de ce referendum à la con :  Continuer la lecture de Plus ou moins de SUV ?

Go West ! (21)

(…) elle m’avait expliqué où elle habitait dans Zermatt, la rue, le nom de l’immeuble, l’étage, le couloir, le numéro de sa porte, tout. Et puis elle était partie, gaiment, sans autre explication. J’en étais tout retourné, abasourdi, ne pouvant croire qu’une grande fille comme ça, sure d’elle-même, exubérante, spectaculaire, puisse s’intéresser à un type de mon âge, plutôt introverti, alors qu’elle était entourée de grands, beaux, riches et spectaculaires italiens.

Une heure plus tard, juste pour ne pas avoir l’air trop pressé, j’ai trouvé la rue, l’immeuble, l’étage, la porte, tout. Il doit être entre minuit et une heure. Je suis sur un nuage. Dans le couloir, le silence est total. Doucement, je frappe à la porte. Rien. Je frappe un peu plus fort. Silence. Je frappe encore et je chuchote : « Paola ! C’est moi… ». Toujours rien. Je frappe à nouveau.
« Paola ! C’est…
— Chut ! Je suis fatiguée, allora je dors, rentre à ta maison ! »

Le ciel me tombe sur la tête et, avec lui, une tonne de déception. Je pense : « Ah ben non, alors ! »
« Paola ! Ouvre, s’il te plait, ouvre ! » Continuer la lecture de Go West ! (21)