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C’est une coquetterie commune à beaucoup d’écrivains de fiction : ils déclarent volontiers qu’au bout de quelques chapitres, les personnages qu’ils ont créés prennent leur indépendance et se mettent à vivre leur vie propre.
Pour un esprit rationaliste comme le mien, c’est bien évidemment une blague et Charles Dantzig, écrivain, le confirme dans son dernier essai « Proust océan » :
« On dit beaucoup que Proust s’est inspiré d’Anatole France pour ce personnage (Bergotte). Inspiration ! Comment s’inspire-t-on d’une personne ? La plonge-t-on dans un grand faitout d’eau bouillante par-dessus lequel, la tête penchée recouverte d’un tissu, on fait une fumigation ? D’une personne on peut s’approprier un petit élément, éventuellement un autre (un geste, une parole, un acte), mais on en picore aussi à d’autres, et au moyen de ces tesselles on entreprend de composer une mosaïque, laquelle reste très fragmentaire.
Le primordial est apporté par l’imagination. Pour commencer, elle est préalable. On a l’idée d’un personnage et de son trait de Continuer la lecture de Les personnages de roman mènent-ils leur vie ?
Quand vous leur posez la question, comme pour la plupart des classiques, la plupart des gens ne lisent pas la Recherche, ils la relisent. Ne vous y trompez pas : c’est souvent un mensonge. Au mieux, c’est un projet, une vague
Morceau choisi

Les Guermantes s’apprêtent à se rendre à une soirée lorsque leur ami Swann vient déposer chez eux un objet promis à Oriane, duchesse de Guermantes. Au cours d’une brève discussion, Swann annonce qu’il est gravement malade et que ses jours sont comptés. La gravité de cette nouvelle n’émeut pas le moins du monde le duc de Guermantes tout à la préparation de la folle soirée mondaine qui s’annonce. Ce qui le préoccupe est que sa femme porte des chaussures qu’il trouve mal assorties à sa robe rouge.
Nous n’étions pas seuls l’autre jour au Musée Carnavalet. Il y avait du monde. Je ne n’ajouterai pas « et du beau » mais plutôt « et du vieux ». Et pour revenir sur la notion de quantité, je dirai aussi « trop de monde ». Tous ces gens, comme moi, étaient venus pour l’exposition temporaire « Marcel Proust, un roman parisien » organisée à l’occasion du centenaire de la mort du petit Marcel, et les autres étaient tellement plus nombreux que nous qu’ils nous ont gâché notre visite. Engoncés dans nos manteaux d’hiver, mal à l’aise de chaleur, nous circulions entre d’autres manteaux d’hiver, tentant de nous glisser entre eux et les murs pour essayer de consulter de minuscules portraits de Robert de Montesquiou ou des fac-simile de billets adressés par le petit Marcel à la Comtesse de Greffulhe. Une seule salle émouvante, presque vide : le lit de mort de Proust, sa chaise longue, un morceau du liège dont les murs étaient tapissés, sa pelisse, usée.