Archives de catégorie : Textes

Désirer l’infinitif

Texte de Marie-Claire, déjà publié le 23 avril 2017

Avoir le cœur qui flanche, les larmes au bord des yeux. Sans trop savoir pourquoi, ne plus se passionner pour rien. Faire saigner ses chagrins comme un enfant égratigne un genou blessé.

Chercher refuge auprès du piano. Poser ses mains sur le clavier. Frapper une touche, puis deux, retrouver ses automatismes.

Traduire avec ses doigts les notes que l’on a gravées dans sa mémoire, les laisser pénétrer en soi, ressentir un bien être, une chaleur, la paix.

Ecouter la musique, d’abord tendre, s’enflammer. Y trouver l’écho de ses sentiments, communier avec elle, s’y noyer.

Interpréter enfin le calme revenu, se détendre.

Effleurer le clavier d’une dernière caresse et quitter le piano, consolé.

Prendre sur soi, être toujours sur le qui-vive. Offrir de soi une image si lisse que rien ne s’y accroche. Donner satisfaction… Et voir le temps passer.

Dans un sursaut, lâcher prise. Décider de prendre du recul.

Choisir un moyen simple, prendre un congé, partir à la campagne. Marcher, mais Continuer la lecture de Désirer l’infinitif

Le Cujas (76)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Dixième partie  partie

(…) Je vivais chaque jour après l’autre, sans penser plus loin qu’à ce qu’allait être la journée du lendemain. Je ne protestais jamais, je faisais mon travail correctement, et même du mieux possible… C’est sans doute pour ça que je me suis fait repérer et qu’on m’a envoyé à l’école des officiers de Fort Benning. J’en suis sorti Second-Lieutenant. Après ça, il y a eu l’entrainement au parachutisme, et puis le camp en Angleterre avant de sauter sur la France. Le reste, je vous l’ai raconté.

— C’est vrai, Dashiell, vous me l’avez raconté… en quatre phrases !

— Qu’est-ce que vous voudriez entendre de plus sur cette folie ? Je vous ai dit l’essentiel, tout ce qu’il fallait pour comprendre pourquoi tout à l’heure, j’étais là où vous m’avez rencontré au moment où vous m’avez rencontré. À quoi bon en dire davantage ? Vous-même, ce matin, vous n’avez pas été beaucoup plus bavard. Pourtant, vous avez dû vivre à peu près les mêmes choses que moi. Au fond, je suis sûr que vous non plus, vous n’avez pas envie de parler de ça. Peut-être que dans trente ou quarante ans, nous raconterons nos exploits à nos petits-enfants, mais je n’en suis pas sûr du tout. Non, quand tout cela sera fini, nous aurons envie d’oublier, de passer à autre chose. D’ailleurs, vous verrez, dans cinq ans, peut-être même deux, nos histoires de guerre n’intéresseront plus personne.

— Je ne sais pas… mais après tout, vous avez raison : à quoi bon ? Je viens de réaliser que mon père ne m’a jamais parlé de sa guerre, et pourtant il avait été décoré du côté de Reims et nommé commandant en 1918… Bon d’accord, Dashiell, vous ne voulez pas Continuer la lecture de Le Cujas (76)

Photos souvenirs – 3

Lorenzo poursuit son pèlerinage des bistrots évocateurs de souvenirs

Ce nom me fait penser à la petite serveuse de la brasserie rue du Bac où nous allions déjeuner après nos visites au Musée Maillol. Comme elle avait décidé de retourner vivre à La Forêt Fouesnant, son pays d’origine, elle avait logiquement sympathisé avec mon ami Francis, natif du même endroit, ce qui n’avait pas plu à son épouse. Il me vient bien d’autres souvenirs de la Bretagne, pas de la grande que Continuer la lecture de Photos souvenirs – 3

Le Cujas (75)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Neuvième  partie

(…) — Dites, mon vieux, a demandé Antoine, vous êtes ici pour quelques jours encore, non ? Ce serait idiot que vous alliez coucher n’importe où, dans un quelconque mess américain ou dans un hôtel réquisitionné. Je vous invite à Obernai, chez mes cousins, les Wendling. On passe à la gare prendre votre sac et on y va. C’est à trente kilomètres d’ici. Ce sont des gens que j’aime beaucoup. Ils m’ont même prêté une voiture. Le seul problème, c’est que c’est une Mercedes ! Blague à part, ils seront ravis d’avoir chez eux un officier de la glorieuse armée américaine. Allez, zou ! On y va.

Emporté dans ce tourbillon de vin, de soleil et d’amitié, Dashiell s’est laissé faire.

*

L’Hôtel de Wendling est l’une des maisons les plus anciennes d’Obernai. Incorporé dans les remparts de la ville, en plus d’une entrée majestueuse donnant sur le centre du bourg, elle dispose de l’incroyable privilège d’avoir sa propre porte percée dans la muraille. C’est par elle qu’Antoine a fait pénétrer la Mercedes dans la cour.  À son coup de klaxon, un couple est sorti de la maison à leur rencontre.

— Ah ! Chère Élisabeth ! Cher Victor ! Regardez un peu ce que j’ai trouvé tout à l’heure en extase devant Notre-Dame de Strasbourg. Un véritable héros américain ! Permettez-moi de vous présenter Dashiell Stiller, lieutenant à la 101ème Division aéroportée, New-Yorkais, mélomane, francophone et bien élevé. Dashiell, voici mes cousins bien-aimés, Élisabeth et Victor de Wendling !

L’accueil est chaleureux mais bref : ils sont invités à diner chez des amis à quelques kilomètres dans la Continuer la lecture de Le Cujas (75)

Blondin exposé ?

Antoine Blondin exposé ?

J’ai aimé, j’aime et j’aimerai toujours ce singe en hiver, ce désespéré bon vivant, cet écrivain journaliste, ce spécialiste du Tour de France qui savait à peine pédaler, ce styliste sans œuvre constituée qui soit à la hauteur de son incroyable talent. Il y a chez lui un parfum de paresse omnipotente, de nostalgie déchirante, de goût pour la solitude et pour les vraies amitiés qui me plait bien. Ses phrases ont de ces élégances et ses aphorismes sont des chefs d’œuvre.

J’ai déjà pas mal écrit, en bien, sur la vie et l’œuvre de Blondin et je l’ai pas mal cité. Pour retrouver ces textes et ces citations, vous n’avez qu’à taper « Blondin » dans la case de recherche, celle avec une petite loupe ! (Je ne peux quand même pas tout faire pour vous !)

Je regrette qu’il n’ait pas écrit davantage, pourtant je n’ai jamais pu me résoudre à lire ses célèbres chroniques du Tour de France. Je sais bien que je dis souvent « l’histoire, on s’en fout, c’est le style qui compte« , mais il y a des limites, et le vélo est au-delà.

C’est en sortant d’une pizzeria de la rue des Canettes que, passant devant la Continuer la lecture de Blondin exposé ?

Le Cujas (74)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Huitième  partie

(…) 4- Dès le début mai, la conquête du Nid d’Aigle ne présentait plus d’intérêt stratégique ni même tactique, la résistance allemande ayant pratiquement disparu depuis l’annonce de la mort d’Hitler. Il s’agissait donc, tant pour les Américains que pour les Français d’un acte purement symbolique, destiné sans doute à contrebalancer la prise de Berlin par les troupes russes. Sans sous-estimer l’importance de ce symbole, on peut regretter que l’esprit de secret et de rivalité qui a régné entre les deux armées à cet instant de la guerre ait créé les circonstances qui ont conduit à ce tir ami indirectement mortel.

A Berchtesgaden, le 7 mai 1945
Cpt Derek Bronski

*

En lui donnant une copie du rapport d’enquête, le sergent Yanichewski croyait sincèrement que sa lecture calmerait le remord de Dashiell. Il ne se doutait pas qu’au contraire, elle allait le plonger dans un désespoir encore plus profond.

Dashiell a pu enfin se retirer dans sa chambre et il s’est mis à lire le rapport Bronski. Quand il en est arrivé au passage qui lui révélait l’identité des deux victimes de l’accident, il a rejeté les feuillets loin de lui. Sa poitrine s’est vidée d’un coup. Incapable de reprendre son souffle, il a senti le froid l’envahir. Quand il a pu respirer à nouveau, une bouffée de chaleur lui est montée au visage. Il regardait le petit paquet de feuilles qui avait glissé sous la table. Il ne fallait pas qu’il y touche. Tout le temps qu’il n’y toucherait pas, il pourrait Continuer la lecture de Le Cujas (74)

Dans l’autobus

Paris, le 17 juin 2021

Tôt ce matin, j’ai pris le bus, le 83 pour être précis. Où j’allais n’est pas le sujet. Toujours est-il que compte tenu de la chaleur prévisible, je m’étais habillé léger. Léger, mais chic quand même.

Je portais, enfoncée sur le crâne, une élégante casquette de coton « bloudjine», très usagée, toute avachie, ce qui lui donne l’air d’avoir été marchandée il y a vingt-trois ans à Santa Barbara et depuis, portée partout à travers un monde de soleil et de loisirs ; bref, et comme dit le gigolo de sa bienfaitrice, elle n’est plus toute jeune, et même un peu avachie, mais c’est comme ça que je les aime.

(Comme ça, on dirait un poisson, mais c’est vraiment une casquette)

Sur les yeux, de très sombres lunettes de soleil dessinées par Continuer la lecture de Dans l’autobus

Offres d’emploi

Ces offres d’emploi ont déjà été publiées en fin 2014. Les postes n’ayant toujours pas été fournis, nous les publions à nouveau la liste après l’avoir mise à jour.

Le Ministère de l’Administration des Ministères et de la Procrastination de la Réforme de l’Administration recherche plus ou moins activement à pourvoir les postes suivants:

Revendeur de trous
Vérifieur de certifications
Certifieur de vérifications
Videur intersidéral
Remplisseur de boîtes de nuit
Entraineur de chaises de jardin
Calculateur de π Continuer la lecture de Offres d’emploi

Le Cujas (73)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Septième  partie

(…) J’ai le Lt Stiller sous mes ordres depuis 14 mois. Nous avons été parachutés ensemble sur le Cotentin, on a fait la campagne de Normandie ; on a sauté sur la Hollande, on était à Bastogne en plein milieu de la bataille des Ardennes ; on est entré en Allemagne, on a libéré le camp de concentration de Dachau, et maintenant on vient de prendre Berchtesgaden. Pendant tout ce temps, le Lt Stiller a fait preuve de calme, de réflexion et d’initiative.  J’ai été le témoin direct d’actes de courage et même de bravoure de sa part. C’est un excellent officier en qui j’ai toute confiance. Il a reçu la Bronze Star pour une action décisive en Normandie. Après la Bataille des Ardennes, je l’ai recommandé pour la Silver Star. Il devrait passer capitaine incessamment.

*

Investigations

Je me suis rendu sur place et plus particulièrement sur les lieux de la fusillade. Le terrain est conforme à la description que les témoins en ont donné. Dans le sens de la descente, le dernier virage emprunté par la Jeep est précédé d’une ligne droite de 70 mètres avec le ravin sur la droite. Elle est en surplomb de la section de piste qui se trouve après ledit virage, de telle sorte qu’il est impossible que la Jeep ait pu voir les véhicules du commando Stiller, à plus forte raison de nuit et tous feux éteints. Contrairement aux autres épingles de la série de lacets, la largeur et le rayon de ce virage Continuer la lecture de Le Cujas (73)

Le Cujas (72)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Sixième partie

(…)

— C’est ça, Dashiell, c’est ça ! Allez, foutez le camp… et saluez New York pour moi !

Le dos appuyé contre le marbre, la tête renversée en arrière, les jambes allongées sur le carrelage poisseux de bière et de champagne, Winters a fermé les yeux. Il écoute Glen Miller et son Army Air Force Band jouer American Patrol. Les bras légèrement écartés du corps, les mains posées bien à plat, il appuie aussi fort qu’il peut sur le sol ; il lutte contre le tournis qui monte à sa tête et il pense à l’Amérique. L’Amérique, bientôt l’Amérique… si Dieu le veut… et il s’endort.

***

 

Affaires militaires – Dr 501 PIR – 234- B
Tir ami survenu le 06/05/45 à Obersalzberg, Allemagne
Ordre 501 -PIR-G1852-B
Rapport d’enquête

Établi en 6 exemplaires aux fins de discussion par la Commission d’enquête
Distribution : Gal Breed, Col Cooper, Maj Hondo, Capt Feeney, (membres de la Commission d’enquête) et LCol de Varax à titre d’observateur.

 Rappel

Le 5 mai 1945, un tir ami provenant d’un groupe de reconnaissance de l’Easy Company du 501e PIR en direction d’un véhicule de la 2ème Division Blindée de la 1ère Armée Française s’est produit à 2145 sur la piste de montagne qui mène d’Obersalzberg au Kehlstein. Il a entraîné la mort d’un officier français et de graves blessures à un homme de troupe, tous deux appartenant à la 2ème DB. 

Pour déterminer les circonstances dans lesquelles cet incident est survenu et les diverses Continuer la lecture de Le Cujas (72)