Blind dinner
Un « Blind dinner », c’est un dîner un peu particulier dans lequel les invités ne se connaissent pas. Dans les beaux quartiers, c’est très à la mode. Renée, la maitresse de maison, trouve cela très chic et parfois follement drôle. Mais ce soir là, quand on a commencé à parler d’un mystérieux virus venant de Chine, le diner a vite tourné au vinaigre.
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Tous les articles par Philippe
Conversation au Sélect
Extrait d’un texte diffusé une première fois le 1er janvier 2015
Couleur café n°15
Le Sélect,Boulevard du Montparnasse
Le Sélect est un bel endroit mais il a peu d’histoire. Sur ce plan, il ne peut pas lutter avec La Coupole (mais la Coupole n’est plus la Coupole) ou Le Dôme (sans charme, mais gastronomique). Le Sélect est un tout petit peu mieux placé que La Palette qui, certes, a eu l’honneur de l’une de mes rubriques (« Les hommes de la Palette« ) mais qui aujourd’hui a disparu. La Closerie des Lilas demeure à l’écart de ce concours, tant sur le plan historique que géographique.
Le Sélect se trouve à l’angle du Boulevard du Montparnasse et de la rue Vavin. Contrairement à ses voisins,
Go West ! (19)
(…) J’en ai marre de ne plus avoir de repères, de ne plus savoir où je suis ni comment me comporter. J’en ai marre de me faire bousculer par des hôtesses de l’air, des filles tordues et des flics. J’en ai marre de ne plus être dans mon milieu familier avec autour de moi Paris, mes parents, les copains, les étudiantes de l’Alliance Française, les filles au pair de ma sœur, les lycéennes du XVIeme. Avec tous ceux-là, j’avais les codes, je savais à peu près quoi faire. Si je n’étais pas le roi, je n’en étais pas loin. Et même avec Patricia, la parfaite jeune fille de famille aisée de la banlieue chic de Washington, la fille rencontrée un soir dans une boîte de nuit pour godelureaux dans les Alpes suisses, avec elle, tout du long, j’avais su quoi faire. Et j’étais arrivé sans trop de mal avec elle dans cette chambre d’hôtel du Quartier Latin. Mais ici, maintenant, dans la chambre 201 du Sleepy Hollow, je ne sais pas quoi faire, et j’ai un peu peur.
Feignant un épuisement encore plus grand, je m’affale sur le dos bras en croix sur le lit le plus proche et je ferme les yeux.
— Phil ? Philippe ?
C’est Cal qui me parle doucement. Je le sens debout auprès de mon lit, hésitant. Il voudrait bien me sortir de ma léthargie pour me poser une question, la question. Mais je ne bouge pas. J’essaie d’avoir l’air naturel. Surtout ne pas trop crisper les paupières, tenter de respirer posément. Cal va-t-il insister jusqu’à ce que je lui réponde ? Ou bien n’ose-t-il pas me réveiller ? Ou bien a-t-il compris que je fais semblant ? Et s’il l’a compris, comprend-il aussi que cela équivaut à une réponse, ou bien pense-t-il que c’est par timidité ?
Cal a dû se faire une idée. En tout cas, il a décidé de ne pas insister, car la couleur brun rose de l’intérieur de mes paupières vient de passer au noir juste avant que je n’entende la porte de la salle de bain se refermer. Bruits d’eau, Cal prend doit prendre une douche. Je me redresse d’un coup, me déshabille à toute vitesse dans le noir et me glisse sous les draps, le nez dans l’oreiller et la tête sous le drap. Continuer la lecture de Go West ! (19)
Athènes – 17 novembre 1973 – 8h45
Ceci est extrait du récit que j’ai intitulé Les canons de Syntagma.
Athènes, samedi 17 novembre 1973, 8h45
(…) Je suis maintenant à nouveau debout sur le balcon, appuyé à la rambarde. Il y a de moins en moins de piétons dans Venizelou. Par-dessus le bruit discontinu des rafales, apparait le wouche-wouche-wouche d’un hélicoptère. Il passe très lentement et très bas au-dessus de Syntagma puis, comme un frelon qui changerait d’avis, il se met à filer tout droit en direction de la place Omonia. Prenant petit à petit le pas sur le bruit de l’hélicoptère qui disparaît, monte maintenant un nouveau bruit que je mets du temps à identifier. Il vient de la gauche. Il ressemble à celui de ces rideaux de fer que les magasins relèvent le matin. Le bruit dure et monte en puissance et d’un seul coup, je le reconnais : c’est celui des chenilles d’un char d’assaut sur la chaussée. Quand il ne sort pas des haut-parleurs d’une salle de cinéma, ce bruit métallique et inexorable est absolument terrifiant. Au même moment, l’avant d’un tank, puis son canon, puis sa tourelle, enfin la totalité de sa puissante silhouette apparaissent. Il est immédiatement suivi Continuer la lecture de Athènes – 17 novembre 1973 – 8h45
Good vibrations

Fondation Louis Vuitton
Les débuts dans le monde d’Armelle Poder
Le texte qui suit est extrait du roman Histoire de Dashiell Stiller et plus particulièrement du 3ème chapitre. C’est Armelle Poder qui raconte son histoire. Il faut que vous sachiez qu’elle préfère qu’on l’appelle Simone Renoir. Elle trouve que ça fait plus distingué.
(…)
Bon, après ça, on a vécu des moments difficiles, Sammy et moi. J’avais plus de travail, plus de chambre, plus rien. Il a bien voulu que j’emménage avec lui dans sa chambre rue d’Odessa. La chambre était pas terrible, mais moi j’étais heureuse, vous pensez, toute la journée avec Sammy, à m’occuper de lui et tout. Mais au bout d’une semaine, il m’a dit que c’était pas tout ça, que c’était bien beau l’amour et l’eau fraiche, mais que ça manquait de beurre dans les épinards et qu’il allait falloir voir à me mettre au boulot. Quand j’ai compris que le boulot, c’était le ruban…
…
Le ruban ? Ben, c’est le trottoir, le turf, la racole… faire la pute, quoi ! Quand j’ai compris que c’était ça, j’ai refusé tout net. Alors il m’a flanqué une de ces roustes. J’étais une ingrate — une ingrate, c’est une moins que rien, une qu’a pas la reconnaissance du ventre, qu’il m’a dit — et qu’avec tous les sacrifices qu’il avait fait pour moi, il pensait que je pourrais bien faire ça pour lui, une fois de temps en temps. Quand j’ai dit « Jamais ! », il m’a flanqué Continuer la lecture de Les débuts dans le monde d’Armelle Poder
Bientôt, le roman de l’année…
…disons… du début de l’année :

…dans quinze jours…
Aventure en Afrique (51)
Jusqu’à preuve du contraire, cet épisode d’Aventure en Afrique s’avère comme le dernier de la série. Alors, dégustez-le…
Le retour
Après notre périple dans l’Aïr nous avons eu treize jours pour préparer notre retour en France. Nous avons commencé par aller acheter une autre cantine sur le Grand Marché pour expédier tous nos achats souvenir. Celle-ci était bleu ciel, faite avec de vieux bidons d’huile recyclés, le résultat était identique aux cantines métalliques de Manufrance. Tous nos souvenirs y ont été placés, cela allait de la statue Dogon, au coffret à bijoux touareg, en passant par la sculpture d’un buste de femme Djerma… Soit 40kg expédiés, après les formalités de douane, par la route puis le bateau à Cotonou, reçus au bout de deux mois.
Avant mon départ, j’ai distribué bon nombre de nos affaires, à mes gars : chapeau de brousse, chaussures… Filtre Pasteur au boy, cocote minute etc.…
Nous prenions nos dernières photos Continuer la lecture de Aventure en Afrique (51)
La fin du diner
Voici le dénouement d’un drame social contemporain de la crise sanitaire du COVID tel qu’il est fidèlement rapporté dans BLIND DINNER.
(…)
Sur ce, les policiers remettent leur masque et sortent de l’immeuble. Je m’approche d’Anne et, d’un ton très doux, je lui demande :
« Ça va, Anne ? Ils ne t’ont pas fait mal, au moins ?
— Fous-moi la paix, Gérald, me répond-elle sèchement en me bousculant pour rejoindre l’ascenseur, suivie de près par Kris. »
Mais pourquoi elle me parle comme ça ? A moi, qui suis si gentil, si prévenant, si amoureux ! Sans parler de mes qualités morales ni de ma situation sociale ! Peut-être qu’elle ne m’aime plus, finalement ? Il faut que j’en aie le cœur net, absolument. Je me précipite pour retenir la porte de l’ascenseur dans lequel elles se sont entassées.
« Anne, tu ne m’aimes plus ?
— Foutez-lui donc la paix une fois pour toutes, Gérald ! me conseille Kris en tentant de refermer la porte sur elles. Vous n’avez pas encore compris, espèce de minus ?
— Vous, d’abord, je vous déteste, voilà ! Je remonte chez Renée, alors sortez de l’ascenseur. On tiendra jamais à trois là-dedans ! Et puis, avec votre quintal et demi, on serait en surcharge ! »
Et tout en la tirant par le bras, j’ajoute, définitif :
« Allez, la pouffiasse, on descend ! » Continuer la lecture de La fin du diner
Patchwork
Voici un poème en vers libres. (déjà publié le 18 octobre 2014)
Ils sont libres parce que je les ai libérés de la prison dans laquelle ils vieillissaient au plus profond de ma mémoire sans avoir vu le jour depuis mon baccalauréat.
Patchwork
Je suis venu calme orphelin
Vers les hommes des grandes villes
Rappelle-toi, Barbara,
Il pleuvait sans cesse sur Brest.
Un soir, t’en souvient-il ? Nous voguions en silence ;
Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l’incendie on voit fuir la fumée.
Du palais d’un jeune Lapin
Dame Belette un beau matin
S’empara ; c’est une rusée.
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie !
Avec le temps,
Avec le temps, va, tout s’en va Continuer la lecture de Patchwork