Dans un train d’enfer et un pays nordique au nord du Nord, là où les mots des pancartes ont des “visages de crapaud ou d’insectes, tout garnis de piquant, et qui portent sur le dos d’innombrables trémas comme des pustules ou des ballonnets d’air”, le jeune Paul Morand est emmené sur la motocyclette d’une jeune femme nommée Aïno.
“(…) Il n’y eut pas de banlieue. La campagne commença d’un coup au rez-de-chaussée d’une maison à cinq étages. Quelques nuages étaient jetés sur la route comme des tapis. Au-dessus de l’eau des lacs, le ciel était si clair que les mouettes semblaient des corbeaux. Il y eut encore quelques propriétés de marchands de pâte à papier, surmontées de mâts de TSF. Nous traversions des stades ménagés dans les clairières des bois de sapin ; des athlètes ajustaient leur corps aux exercices. Nous brûlions ce ruban troué qu’on ne pouvait appeler une route. Je m’arquais, tendant les reins, me soutenant des poignets pour amortir les chocs. Aïno riait et les plus violents à-coups, où je manquais quitter ma boîte, la ravissaient. Elle relevait mon courage par des mots que le vent emportait. Puis il n’y eut plus que des bouleaux blancs bordés de noir, végétal faire-part, interrompus par des étangs bordés de saules tordus de rhumatismes articulaires, où flottaient, noyés, des troncs d’arbre vers les scieries mécaniques. Quelle promesse d’allumettes roses ! (…)”
Et puis, ainsi échauffé, le style vrombit puis décolle. Aïno et Paul sont Continuer la lecture de La nuit nordique
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