Archives par mot-clé : Jules César

Les retours de Jules César (3)

César est fatigué

César a cinquante-six ans et il est fatigué.

Des années de manœuvres politiques, des années de guerres extérieures suivies d’années de guerre civile, tant de difficultés dressées devant lui depuis si longtemps, tant d’oppositions stériles mues par des intérêts particuliers, tant d’ignorance et d’hypocrisie, tant de bêtise et de mesquinerie, de lâchetés, de trahisons… De tout cela, César est fatigué.

Depuis quelques mois, la nuit, quand ils sont couchés tous les deux côte à côte, Calpurnia ose lui parler. Dans la lueur tremblante de la lampe, elle lui dit doucement qu’il a eu bien assez d’aventures, de blessures, de chevauchées, de femmes, qu’il est maintenant couvert d’argent, de puissance et de gloire. Elle lui dit qu’il serait temps qu’il s’arrête, que sa chance va tourner, que les augures qu’elle consulte chaque jour sont mauvais. Elle lui dit qu’elle aimerait qu’ils se retirent tous les deux dans la propriété qu’elle a hérité de son père, là-bas derrière les montagnes. Dans son souvenir d’enfant, le domaine était Continuer la lecture de Les retours de Jules César (3)

Les retours de Jules César (1)

Dans le quart de douzaine de grands personnages historiques que j’admire le plus, Jules César figure en bonne place. 
C’est pourquoi j’ai écrit plusieurs textes à son propos.

La plupart du temps, son assassinat est présenté comme un acte de libération de la tyrannie dont une partie de Rome l’accusait. Mais sur ce point, je rejoins la position opposée, celle de Shakespeare et de pas mal d’historiens sérieux. César était un génie militaire et un habile politicien, sans parler de l’écrivain passionnant.. Il était plus intéressé par le pouvoir que par la fortune, qu’il possédait déjà par sa famille. Il avait voulu le pouvoir par goût mais aussi pour réformer et transformer la République. Quelques citoyens dont il contrariait les intérêts, avec l’aide de quelques puristes du droit, lui ont reproché, ceux-ci de bonne foi et ceux-là par opportunisme, ses infractions aux règles de la République — on ne peut parler à cette époque de démocratie — pour fomenter un complot qui a abouti comme on sait.

J’ai toujours trouvé injuste et regrettable la disparition de Cesar à 56 ans. Elle a été une grande perte pour Rome et finalement pour la civilisation occidentale. Pour se consoler, on peut toujours se dire que sa mort a permis l’accession au pouvoir d’un grand empereur, le premier, Octave-Auguste, mais le sentiment d’injustice demeure. Continuer la lecture de Les retours de Jules César (1)

Dialogue avec Jules César

—Vous, là-bas !

La voix est impérieuse. La salle reste silencieuse.

—Eh ! Vous, là-bas ! Le type vautré, là, avec un drôle de manteau !

Je regarde autour de moi. Dans la faible clarté que diffuse l’écran de cinéma, je ne vois personne qui puisse répondre à ce signalement.

—Dites-donc, vous ! Vous voulez que je descende ?

Cette fois-ci, c’est certain, c’est à moi qu’il parle. Je me redresse un peu dans mon fauteuil.

—Qui, moi ?

—Ah, enfin ! Oui, vous ! Vous allez laisser faire ça ?

***

Quand j’étais entré tout à l’heure au Champollion, Continuer la lecture de Dialogue avec Jules César

​La dernière lettre de César

Vous avez sans doute lu ici il y a quelques jours le magnifique texte de Plutarque racontant la mort de César, assassiné dans le Théâtre de Pompée par une bande de sénateurs le 15 mars de l’année 44 avant J.C.
Voici la traduction de la très surprenante lettre qui a été retrouvée dans un coffret miraculeusement intact lors du percement d’une nouvelle galerie de métro sous la colline du Mont Palatin. C’est la lettre qu’écrivait César à son fils adoptif, Octave, celui qui deviendra bientôt Auguste, le vrai fondateur de l’Empire Romain. Continuer la lecture de ​La dernière lettre de César

César est fatigué

César a cinquante-six ans et il est fatigué.

Des années de manœuvres politiques, des années de guerres extérieures suivies d’années de guerre civile, tant de difficultés dressées devant lui depuis si longtemps, tant d’oppositions stériles mues par des intérêts particuliers, tant d’ignorance et d’hypocrisie, tant de bêtise et de mesquinerie, de lâchetés, de trahisons… De tout cela, César est fatigué.

Depuis quelques mois, la nuit, quand ils sont couchés tous les deux côte à côte, Calpurnia ose lui parler. Dans la lueur tremblante de la lampe, elle lui dit doucement qu’il a eu bien assez d’aventures, de blessures, de chevauchées, de femmes, qu’il est maintenant couvert d’argent, de puissance et de gloire. Elle lui dit qu’il serait temps qu’il s’arrête, que sa chance va tourner, que les augures qu’elle consulte chaque jour sont mauvais. Elle lui dit Continuer la lecture de César est fatigué

La Guerre des Gaules (Critique aisée 34)

Voici deux extraits des Commentaires sur la Guerre des Gaules
écrits par Jules César à l’attention du Sénat.

Extrait n°1: Est-il possible de rendre compte d’une action militaire plus clairement dans un style aussi simple et aussi laconique?

“Les ennemis, quand l’agitation nocturne et les veilles de nos soldats leur eurent fait comprendre que ceux-ci allaient partir, dressèrent une double embuscade dans les bois, sur un terrain favorable et couvert, à deux mille pas environ du camp, et ils y attendirent les Romains; la plus grande partie de la colonne venait de s’engager dans un grand vallon, quand soudain ils se montrèrent aux deux bouts de cette vallée, et tombant sur l’arrière-garde, interdisant à la tête de colonne de progresser vers les hauteurs, forcèrent nos troupes à combattre dans une position fort désavantageuse.”

Extrait n°2: César parle de lui, rappelle sobrement ses campagnes victorieuses et part en vacances. Elles vont être écourtées…

“Après ces événements, César avait tout lieu de penser que la Gaule était pacifiée: les belges avaient été battus, les Germains chassés, les Sédunes vaincus dans les Alpes; il était, dans ces conditions, parti après le commencement de l’hiver pour l’Illyricum, dont il voulait aussi visiter les peuples et connaître le territoire: soudain, la guerre éclata en Gaule. La cause en fut la suivante. Le jeune Publius Crassus, avec la 7eme légion, avait établi ses quartiers d’hiver chez les Andes: c’était lui qui était le plus près de l’Océan. Le blé manquant dans cette région, il envoya un bon nombre de préfets et de tribuns militaires chez les peuples voisins pour y chercher du blé…..”

 

 

 

La guerre civile

Mars 44 avant JC.     César vient d’être assassiné.    Antoine, ami de César, est seul dans le théâtre de Pompée. Il contemple le corps de César et annonce la guerre civile.
…La malédiction va fondre sur la tête des hommes ; les fureurs intestines, la terrible guerre civile vont envahir toutes les parties de l’Italie. Le sang, la destruction seront des choses si communes, et les objets effroyables deviendront si familiers, que les mères ne feront plus que sourire à la vue de leurs enfants déchirés des mains de la guerre. Toute pitié sera étouffée par l’habitude des actions atroces ; et conduisant avec elle Até, sortie brûlante de l’enfer, l’ombre de César promènera sa vengeance, criant d’une voix puissante dans l’intérieur de nos frontières : Carnage ! Et alors seront lâchés les chiens de la guerre, jusqu’à ce qu’enfin l’odeur de cette action exécrable s’élève au-dessus de la terre avec les exhalaisons des cadavres pourris, gémissant après la sépulture.
Shakespeare (Jules César)