Archives de catégorie : Critiques

Croquis de mémoire – Critique aisée n°209

Critique aisée n°209  

Croquis de mémoire
Jean Cau – 1985 – La Table Ronde – 332 pages

Drôle de type que ce Jean Cau.
Il est de la génération qui a eu vingt ans à la Libération. Pas grand chose de commun avec la mienne, donc. Pendant toute ma jeunesse et une bonne partie de mon âge adulte (Jean Cau est mort en 1993), il était pour moi comme l’homme des piscines de Modiano, celui que l’on voit partout, sur toutes les photos, dans tous les salons, mais dont on ne sait pas très bien qui il est ni ce qu’il fait là. Je comprenais petit à petit Continuer la lecture de Croquis de mémoire – Critique aisée n°209

L’Homme qui aimait les femmes (suite) – Critique aisée n°208 bis

Le 11 novembre dernier, je publiai une « Critique aisée » du film de Truffaut « L’Homme qui aimait les femmes ». Vous pouvez la relire et accéder aux commentaires qu’elle a suscité en cliquant sur ce lien :

CRITIQUE AISÉE N°208

Critique aisée n°208 bis

Il y a plusieurs choses qui me gênent dans les d’épithètes injurieuses qui ont été lancées contre le réalisateur et son film dans les commentaires qui ont suivi cette critique.

Tout d’abord, je ne pense pas qu’il faille utiliser les mêmes critères pour porter des jugements sur des objets artistiques (romans, tableaux, films, par exemple) d’une part et sur des positions ou des actions politiques d’autre part.

En politique, il y a une éthique et chacun peut juger un objet politique en fonction d’une morale (la sienne forcément, dont, à l’instar de l’intelligence, chacun estime se trouver suffisamment pourvu) : telle action politique est moralement juste ou non (Je prie les cyniques de ne pas faire semblant de ne pas comprendre en reprenant Continuer la lecture de L’Homme qui aimait les femmes (suite) – Critique aisée n°208 bis

L’Homme qui aimait les femmes – Critique aisée n°208

temps de lecture : 3 minutes
Critique aisée n°208

L’Homme qui aimait les femmes 
Francois Truffaut – 1977 -Charles Denner

Truffaut, cinéaste nul !

En des termes vifs et quasiment comminatoires, un ami m’a demandé de faire une « critique honnête » de « L’Homme qui aimait les femmes », ce film de « cette ordure de Truffaut », film « nul à chier et dont le titre est déjà en soi insupportable », « nul sur le plan cinématographique et encore plus nul sur le plan moral » et pourtant défendu par Télérama alors qu’indéfendable car lamentable de machisme (sic, sic , resic et presque sic))

Je n’épiloguerai pas sur la précision apportée à la demande pour une critique « honnête ». Cette exigence de sincérité me rappelle cet extrait de dialogue :
— Voulez-vous que je vous parle franchement ?
— Parlez-moi donc comme d’habitude !

Ce film, je l’avais vu a sa sortie et j’en avais gardé, je crois, un bon souvenir. Mais pour faire une critique digne de ce nom, il faudrait que je le revoie et je n’en ai ni l’intention ni le temps, bien trop occupé que je suis avec les séries télévisées. Par contre, si mes lecteurs Continuer la lecture de L’Homme qui aimait les femmes – Critique aisée n°208

Tailleur pour Dames – Critique aisée n° 207

Critique aisée n°207

Tailleur pour dames
Georges Feydeau
Bernard Murat – Pierre Arditi-2008

Quelqu’un1 a dit un jour : « Les pièces de Georges Feydeau sont des mécanismes d’horlogerie, des mécanismes d’horlogerie d’une précision suisse, construits par un horloger maniaque dans le seul but de pouvoir y introduire lui-même un à un les grains de sable qui emmèneront l’horloge en survitesse et finiront par la faire exploser. »
Mais une fois qu’on a dit ça ou quelque chose d’approchant, en général on brode un peu et on s’arrête là, à court de paraphrases et de métaphores. Et pourtant, quand on a dit ça, on n’a pas tout dit.

On n’a pas dit qu’elles sont impossibles à raconter, car leur intrigue est aussi invraisemblable que compliquée ; qu’elles sont immorales, au mieux amorales, car les protagonistes passent leur temps à tromper ou à vouloir tromper les uns avec les autres ; qu’elles sont cruelles, car Continuer la lecture de Tailleur pour Dames – Critique aisée n° 207

Les chemins de la philosophie – Critique aisée n°206

Critique aisée 206

 Les chemins de la philosophie
Adèle Van Reeth – France Culture

Après avoir été longtemps le faire-valoir admiratif de Raphaël Einthoven dans son émission quotidienne « Les nouveaux chemins de la philosophie » entre 2007 et 2011, Adèle Van Reeth l’a reprise à son compte depuis neuf ans en commençant par revenir au titre original par suppression de l’adjectif « nouveaux ». Et l’émission très chic et doctorale de Raphaël a changé de style, pour devenir plus conviviale et accessible (ça dépend des fois, fois étant pris ici dans les deux sens de ce terme féminin, in-distinguables quand il est au pluriel… ah ben, on est dans la philo, pas vrai ?).

Longtemps, je me suis réveillé de bonne heure. Parfois, à peine le podcast commencé, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je me rendors ». Mais plus souvent, je restais éveillé dans l’obscurité, la tête posée entre les deux joues moelleuses de mon oreiller, à écouter Adèle et son Continuer la lecture de Les chemins de la philosophie – Critique aisée n°206

Il faut toujours relire Conrad – Critique aisée n°18

Souvenirs personnels
Joseph Conrad

Je ne vais pas vous faire un cours sur Teodor Józef Konrad Korzeniowski (1857-1924), mieux connu sous le nom de Joseph Conrad. Il a beau être membre permanent de la secte de mes écrivains préférés, si vous ne l’avez pas lu, je ne saurais pas vous expliquer pourquoi vous devriez.
Si vous ne l’avez pas lu, et si jamais un jour vous vous décidez, puis-je me permettre de vous conseiller de commencer par deux nouvelles : Jeunesse, et Typhon ? Vous pourrez alors prendre les romans, en commençant par La Ligne d’Ombre, Au Cœur des Ténèbres,et Lord Jim ? Après cela, vous ferez bien ce que vous voudrez.. Et si vous ne deviez jamais lire qu’un seul de ses ouvrages, pour moi, ce devrait être La Ligne d’Ombre.

Si, grâce à mes judicieux conseils, vous venez d’entrer dans le club des amateurs de Conrad, ou si, plus probablement, vous en faisiez déjà partie,  alors, maintenant, vous pouvez lire ses « Souvenirs personnels ».
Ce petit bouquin, encore jamais édité en France (sauf je crois dans la Pléiade, collection faite pour beaucoup de choses, mais pas pour être lue) vient de sortir en édition de poche (6,10€ !)
On y trouve un écrivain qui, dans un désordre accueillant, y raconte des Continuer la lecture de Il faut toujours relire Conrad – Critique aisée n°18

Walter Mitty, c’est moi !

J’ai une tendresse toute particulière pour cette nouvelle de James Thurber, « La vie secrète de Walter Mitty », et ceci pour deux raisons.
La première, c’est qu’elle incarne pour moi le modèle de la nouvelle humoristique, avec son humanisme et ses chutes à répétition. La seconde raison, c’est que Walter Mitty, c’est moi. 

Critique aisée 42-1 (déjà publiée le 24 novembre 2014)

« Madame Bovary, c’est moi!« 

Ce qu’avait voulu dire Flaubert en lançant cette petite phrase, on ne le sait pas vraiment. Voulait-il confirmer par là qu’il avait écrit tout ça tout seul : Madame Bovary, c’est moi qui l’ai écrit tout seul ! Moins prosaïque et plus littéraire: on pourrait penser qu’il voulait expliquer que la personnalité d’Emma, son attitude devant la vie, son insatisfaction, ses déceptions, étaient le résultat de ce que lui, écrivain, avait vécu. Moins littéraire et plus psychologique: certains affirment qu’avec cet aphorisme, Flaubert avait voulu révéler la femme qui était en lui. Moins psychologique et plus people: à partir de cette petite phrase, d’autres ont même été jusqu’à insinuer que Gustave était une femme.

« Madame Bovary, c’est moi !  » Qu’est-ce que Flaubert avait bien voulu dire par là ? Hé bien, rien du tout. Parce qu’aux dernières nouvelles, Continuer la lecture de Walter Mitty, c’est moi !

NOUVELLES DU FRONT (19) – 31/08/2020

LA BÊTISE AU FRONT DE TAUREAU

Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme bêtise,
La Bêtise au front de taureau.

 

Il y a pire que le masque
Lundi 31 août

Le masque, c’est vrai, c’est pénible. D’abord, ça fiche de la buée plein les lunettes. Ensuite, ça gène un peu la respiration. Et puis, ça fait que souvent, nous respirons un air tiède au lieu de l’air frais auquel nous aspirons tous. Et puis, parfois, ça nous fait réaliser qu’on n’a pas toujours une aussi bonne haleine qu’on le croyait. Et puis aussi, ça empêche de voir le sourire de la jolie boulangère qui vous rend la monnaie ou de l’aimable inconnu qui vous tient la porte. Il est possible également que ça gêne sacrément la reconnaissance faciale et que, quand on y pense, c’est peut-être bien pour ça que Continuer la lecture de NOUVELLES DU FRONT (19) – 31/08/2020

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (49)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (49)

31/07/2020

Guy nous conseille de regarder ce film
Démesuré comme son acteur principal
À voir absolument

FITZCARRALDO

1982

Un chef d’œuvre cinématographique, de Werner Herzog.

Je ne vous apprendrai rien de l’épopée d’un entrepreneur givré (normal pour un fabricant de glace), Fitzcarraldo, rôle tenu par Klaus Kinsky (Dieu ait son âme, mais j’en doute), en Amazonie profonde, vers les années 1900 :
Passionné par le théâtre et le Bel Canto, Fitzcarraldo veut construire une réplique du Teatro Amazonas de Manaus, mais à Iquitos, capitale de l’Amazonie péruvienne, où il pourra ensuite faire venir son idole Caruso.
Pour cela, il faut des sous, beaucoup de sous, et ce n’est pas Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (49)

¿ TAVUSSA ? (70) Contre les finisseurs de phrases

Ça ne vous énerve pas, vous, les gens qui finissent vos phrases avant que vous n’ayez pu le faire ?
Moi, oui.
On ne sait pas ce qui est le plus énervant : quand ils les terminent comme vous l’auriez fait vous-même ou quand, se trompant sur votre intention, ils vous font dire n’importe quoi.

Dans le premier cas, votre frustration est grande : « Suis-je donc si prévisible, vous dites-vous, si peu original que ce casse-pieds me vole la vedette ? »

Dans le second, c’est l’agacement qui prend le dessus : « Mais à quelle vitesse faut-il donc que je parle pour que cet importun, profitant Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (70) Contre les finisseurs de phrases