Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Proust au Ritz

Marcel Proust était un habitué de l’hôtel Ritz. Il y venait souvent y diner seul.

Il y occupait également un appartement dans lequel il donnait des réceptions, des concerts, des auditions musicales et des diners.

Quand il recevait à diner, il arrivait souvent qu’il prenne son propre repas avant l’arrivée de ses invités. C’était dans le but de se rendre plus disponible pour converser avec ses amis.

La journée, il passait des heures dans le grand hall. Il se plaçait toujours au même endroit , dans un fauteuil qu’il avait choisi pour Continuer la lecture de Proust au Ritz

Proust l’avait déjà noté

(…)
R.B. : Oui, je crois que je ne serai jamais satisfait du compte que je pourrais rendre à cet œuvre. Le problème, c’est que je sais bien que c’est une œuvre extrêmement importante pour moi, je l’ai lue et relue — entendons-nous bien, il faut savoir ce qu’est lire Proust, il n’est pas dit qu’on lise tout Proust à chaque fois, en tout cas on relit certains fragments, peut-être jamais les mêmes, peut-être on saute toujours les mêmes, qui sait, c’est une chimie mystérieuse —, mais enfin disons que c’est une œuvre que, beaucoup d’entre nous, nous habitons toute la vie. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dans la vie, quand il nous arrive des choses personnelles, à tout instant nous retrouvons une espèce de déjà-dit en Proust, et souvent Continuer la lecture de Proust l’avait déjà noté

Retour de Campagne (27)- Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Retour de Campagne (27)
Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.

Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.

Au-delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l’atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.

Deux hommes parurent.

L’un, de taille moyenne, aux cheveux rares plus blancs que blonds, avait des yeux bleus fatigués par les longues soirées passées à recopier les registres de l’entreprise à laquelle il se consacrait corps et âme depuis de longues années. Il semblait Continuer la lecture de Retour de Campagne (27)- Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Roaring twenties

Morceau choisi

Je crois vous avoir dit que je me trouvais récemment en Europe. En fait, ce n’était pas la première fois. J’y étais déjà allé il y a de nombreuses années avec Ernest Hemingway.

A l’époque, il venait d’écrire son premier roman. Gertrud Stein et moi l’avons lu. On lui a dit que c’était un bon roman, mais pas un grand roman, qu’il avait besoin d’être travaillé et que ça pouvait alors devenir pas mal du tout. On en a ri. Hemingway m’a mis son poing dans la gueule.

Cet hiver-là, Picasso vivait rue du Bac. Il venait de terminer un tableau représentant une assistante dentaire, nue au milieu du désert de Gobie. Gertrud Stein a dit que c’était un bon tableau mais pas un grand tableau. J’ai dit que ça pouvait Continuer la lecture de Roaring twenties

Retour de Campagne (25) -Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Paddy

Retour de Campagne (25)
Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Paddy

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.
Au-delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l’atmosphère tiède; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.
Deux hommes parurent.

Un quidam flânant par-là sur le boulevard Bourdon eut remarqué que l’’un était un bel homme rasé de près, grand et mince, de type méditerranéen, distingué dans sa tenue, sur la tête un chapeau borsalino gris clair, un costume gris à fines rayures blanches sur une chemise noire et une cravate blanche. L’autre, bien moins distingué, plus petit, une barbe hirsute de 3 à 4 jours au moins, portait une casquette gavroche de couleur indéterminée, un blouson en cuir noir et un pantalon genre jean, rien de vraiment remarquable. Les deux hommes ne se parlaient pas. Ils entrèrent Continuer la lecture de Retour de Campagne (25) -Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Paddy

Woody et les Comiques

« Quand je quand je repense à mes années de stand-up, je dois avouer que les comiques et humoristes d’aujourd’hui me surpassent de beaucoup. Les seules critiques que je pourrais faire, c’est d’abord que nombre d’entre eux sont d’une vulgarité gratuite. N’oubliez pas, je dis gratuite. La vulgarité ne me dérange pas quand elle renforce le comique du numéro, mais dans la libération du langage dans les années 1960, c’est gênant d’entendre les humoristes ponctuer leurs vannes de prétendus gros mots. Apparemment, ils ont l’impression que ça leur donne un côté branché et malin, une outrance ou une liberté, alors qu’en réalité ils pourraient faire le même sketch en employant des mots simples sans s’évertuer si pesamment à produire un effet que la vulgarité, pensent-ils à tort, les aide à atteindre. C’est souvent tellement forcé, tellement lourdingue. Ensuite, il y a ces nouveaux clichés dans la façon Continuer la lecture de Woody et les Comiques

L’Homme

L’homme date des temps les plus anciens.
Les manuscrits du Moyen Age mentionnent déjà son existence. Sur des images à fond doré. Ils le représentent chassant le loup, le canard, ou même la sarcelle, en culotte rouge et en petit chapeau vert décoré d’une plume de poulet. Ou alors entouré de licornes. Et aussi mangé par des lions. Ou pliant le genou devant une dame. Ou attaquant des châteaux forts sur des lacs suisses, avec une petite culotte bouffante, des manches gigots, des piques très compliquées, des pertuisanes dont le fer a l’air d’une lettre arabe, des canons, des boulets en pierre, sur des radeaux que les assiégés repoussent du pied en brandissant des couteaux de cuisine.

Allez ! Je vous laisse deviner, ou trouver, de quel traité d’histoire j’ai tiré cet extrait.

My hero !

Morceau choisi

(…) Ce n’était pas le malabar qui m’intéressait. Ça n’avait jamais été lui, ça ne le serait jamais, et ça l’était encore moins là, maintenant.
J’étais sur Central Avenue, le Harlem de Los Angeles, dans un quartier « mélangé » où on trouvait encore des boutiques tenues par des Noirs et des Blancs. Je cherchais un petit barbier grec appelé Tom Aleidis dont la femme souhaitait le retour au bercail et était disposé à investir un peu d’argent dans ce but. Un boulot pépère. Tom Aleidis n’était pas un truand.
Le malabar était planté devant le Shamey’s, un rade cent pour cent noir situé en étage. Le type regardait comme en extase l’enseigne au néon délabrée au-dessus de sa tête. On aurait dit un immigrant d’Europe Centrale contemplant la Statue de la Liberté : un gars qui avait attendu ça toute sa vie, et qui avait fait un sacré chemin.
Il n’était pas seulement baraqué. C’était un géant. Il devait faire plus de deux mètres dix, et je n’avais jamais vu un Continuer la lecture de My hero !