Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Voter selon sa conscience

Morceau choisi

Le prix Goncourt sera décerné dans quelques jours. Voyons ce qu’écrivait Alexandre Vialatte à son propos  :

« Il y a des moments où il faut voter selon sa conscience. » C’est une maxime que j’ai trouvée tout récemment dans un journal. Un grand journal. Du 9 octobre. Aux grands journaux les grandes maximes. Celle-ci est parmi les plus belles. Le jury des Goncourt l’applique une fois par an. Chacun y vote selon sa conscience. Du moins au premier tour. Quand arrive le cinquième, comme il faut bien qu’on en finisse, car le prix doit être attribué, on vote selon la conscience des autres. Sans quoi il n’y aurait pas de Goncourt. Comment en serait-il autrement ? Et après tout, la conscience du voisin ne vaut-elle pas celle qu’on a soi-même ? De toute façon les saisons Continuer la lecture de Voter selon sa conscience

Rééditer Le Cujas ?

En 1946, dans la préface à la réédition du Meilleur des mondes, Aldous Huxley écrivait :« Méditer longuement sur les faiblesses littéraires d’il y a vingt ans, tenter de rapetasser une œuvre défectueuse pour lui donner une perfection qu’elle a manquée lors de son exécution primitive, passer son âge mûr à essayer de réparer les péchés artistiques commis et légués par cette personne différente qui était soi-même dans sa jeunesse  – tout cela, est vain et futile. »
Cité par Pierre Lemaitre dans sa préface à la réédition de son premier roman Le serpent majuscule dont je vous donnerai sous peu la critique. 

Une raison de plus pour qu’un de ces jours, je vous redonne Le Cujas, texto, in extenso et sans correction. 

Steinbeck, un aspect méconnu

temps de lecture : 2 minutes 

Morceau choisi

Entre juin et octobre 1938, John Steinbeck écrit« Les Raisins de la colère ». Il tient un journal de travail. Voici l’entrée du 18 juin :

9h45
C’est samedi à présent et nous nous sommes levés de bonne heure et je suis prêt à travailler tôt. Je ne vois aucune raison de ne pas faire une pleine journée de travail (2000 mots). C’est un boulot énorme. Ne dois pas penser à son ampleur, mais seulement à la petite image pendant que je trime. Laisser la grande image pour le temps de la planification. Si seulement je pouvais faire ce livre comme il faut, ce serait un des romans vraiment bons et véritablement américain. Mais je suis assailli par ma propre ignorance et mon incapacité. Il faudra juste que je travaille depuis l’arrière-plan de celles-ci. Honnêteté. Si je peux rester honnête, c’est tout ce que je peux attendre de mon pauvre cerveau – ne jamais attiédir un mot en faveur du préjugé du lecteur, mais le tordre comme de la pâte à modeler pour qu’il le comprenne. Si je peux y arriver, ce sera Continuer la lecture de Steinbeck, un aspect méconnu

Au delà du Namasté

3 minutes 

En Sanskrit, Namasté signifie littéralement « Je m’incline devant toi ». A priori, pour notre civilisation matérialiste, ce n’est donc qu’une forme de salut. En réalité, c’est bien plus compliqué que cela.

Pour comprendre le Namasté, il faut aller au-delà d’une vision simple de celui-ci. Il faut prendre le temps de contempler les aspects plus profonds comme le spirituel ou la philosophie. Étant donné que le salut émerge du fond du cœur, cela crée des liens puissants, même entre des individus fondamentalement différents, tant au niveau des attentes que des classes sociales.

Finalement, plus qu’une simple parole et qu’un geste, Namasté est une Continuer la lecture de Au delà du Namasté

De la construction de routes en pays en voie de développement

temps de lecture : 2 minutes

Et voici Bardamu en Afrique, en Bragamance, où il va passer un séjour presque aussi charmant que dans les tranchées de 14. Je dédie ce court passage à mes anciens collègues, ingénieurs et techniciens, qui, comme moi pendant un temps, ont travaillé à la construction de routes en Afrique. Mais c’était 50 ans plus tard et pas en Bragamance. 

(…) Monsieur Tanderneau, qu’il s’appelait, originaire de La Rochelle. S’il se mêlait aux commerçants, Tanderneau, c’était seulement pour se faire payer l’apéritif. Fallait bien. Déchéance : il n’avait pas du tout d’argent ; sa place était aussi inférieure que possible dans la hiérarchie coloniale. Sa fonction consistait à diriger la construction de routes en pleine forêt. Les indigènes y travaillaient sous la trique de ses miliciens évidemment. Mais comme aucun blanc ne passait jamais sur les nouvelles routes que créait Tanderneau, et que d’autre part les Noirs Continuer la lecture de De la construction de routes en pays en voie de développement

Un  peu de temps à l’état pur

Morceau choisi

Un  peu de temps à l’état pur

Longtemps après l’épisode de la madeleine, le narrateur, trébuchant sur les pavés inégaux de la cour de l’Hôtel des Guermantes, revit la sensation de bonheur qu’il avait éprouvée des années plus tôt à Venise.

Tant de fois, au cours de ma vie, la réalité m’avait déçu parce qu’au moment où je la percevais, mon imagination, qui était mon seul organe pour jouir de la beauté, ne pouvait s’appliquer à elle, en vertu de la loi inévitable qui veut qu’on ne puisse imaginer que ce qui est absent. Et voici que soudain l’effet de cette dure loi s’était trouvé neutralisé, suspendu, par un expédient merveilleux de la nature, qui avait fait miroiter une sensation à la fois dans le passé, ce qui permettait à mon imagination de la goûter, et dans le présent où l’ébranlement effectif de mes sens avait ajouté aux rêves de l’imagination ce dont ils sont habituellement dépourvus, l’idée d’existence, et, grâce à ce subterfuge, avait permis à mon être d’obtenir, d’isoler, d’immobiliser – la durée d’un éclair – ce qu’il n’appréhende jamais : un peu de temps à l’état pur.

Marcel Proust – Le temps retrouvé

Marre de l’exégèse décortiquante ?

temps de lecture : 1 minute

Morceau choisi 

Il serait fastidieux d’énumérer chacun de ceux dont la vie s’est consumée au jeu de dames, aux boules, ou à se faire rôtir le corps au soleil. Ne sont pas oisifs ceux dont les plaisirs impliquent une kyrielle d’activités. Ainsi, personne ne doutera de l’énergie considérable déployée à ne rien faire par ceux que captivent d’inutiles recherches littéraires, lesquels sont légion de nos jours, même chez les Romains. Ce fut d’abord Continuer la lecture de Marre de l’exégèse décortiquante ?

Qu’est-ce qu’Alexandre Vialatte ?

Si l’art, comme il l’affirme dans une formule célèbre, « est le folklore d’un pays qui n’existe pas », le génie de Vialatte s’etend bel et bien dans un paysage littéraire qui va de Kafka à Jean Dutourd et de Nietzsche à Pierre Desproges. Quand ce dernier déclarait que l’auteur des « Fruits du Congo » était l’un des plus grands écrivains du demi-siècle, il n’exagérait pas. Car les admirateurs de Vialatte ne sont pas des lecteurs ordinaires. Ils forment une secte d’initiés et de jaloux, adeptes d’un culte rendu à un poète-philosophe parfaitement méconnu de son vivant. Il n’est pas un chagrin de la vie qui puisse résister à la lecture d’une page de ce prince de l’humour « plus tendre et désespéré – c’est encore Desproges qui parle – qu’un la mineur final dans un rondo de Satie ».

Auteur anonyme – 4ème de couverture des Chroniques des grands micmacs

 

Du vrac en gros, demi-gros et au détail

Ne commettez pas toujours les mêmes erreurs ! Faites-en de nouvelles !

Tout ce que vous dites avant de prononcer le mot « mais » ne compte pas. 

Le mariage, c’est résoudre à deux les problèmes qu’on n’aurait pas eus tout seul.

Isaac Newton découvre la gravité en 1687. Avant cette date, les gens prenaient tout à la rigolade. Continuer la lecture de Du vrac en gros, demi-gros et au détail