Archives de catégorie : Fiction

Rendez-vous à cinq heures avec l’Entre-deux selon Philippe

La page de 16h47 est ouverte…*


Comme vous l’avez compris, je l’espère, les textes en gras sont l’incipit et l’excipit d’ À la recherche du temps perdu, et ce qui est entre les deux est de Philippe

Longtemps, je me suis couché de bonne heure,
vers les sept heures, sept heures trente. La plupart du temps, je m’endormais sans difficulté, presque immédiatement, pour me réveiller sur les coups de trois heures du matin sous l’effet d’un besoin naturel de satisfaire une envie pressante. Alors, en vêtement de nuit, malgré l’obscurité la plus totale qui régnait dans notre maison et grâce à la parfaite connaissance que l’habitude m’en avait donnée, je franchissais sans difficulté les quelques mètres qui me séparaient des lieux d’aisance. Ceci fait, et une fois de retour dans ma chambre, j’allumais enfin ma chandelle et me consacrais à ma collection d’aiguilles de pin d’Alep jusqu’à ce qu’immanquablement, à sept heures précises, Françoise m’apportât mon petit déjeuner. 

Un matin de novembre, je trouvai, appuyée  contre la théière d’argent Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures avec l’Entre-deux selon Philippe

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 11-3 – François Coulon

Mais en attendant ce moment, elle avait bien l’intention de se mettre à l’abri du besoin en se faisant offrir le plus de bijoux possibles, et pourquoi pas une petite maison au bord de la mer, ou bien un commerce dans un quartier chic. Elle craignait que la nouvelle assurance de son amant, si elle devait durer, ne fasse qu’il ne se lasse d’elle pour aller chercher ailleurs de nouvelles sensations.
Il fallait donc qu’elle reprenne le dessus sur son amant. Elle savait comment faire.

 Chapitre 11-3 – François Coulon
Hiver 1902

Quand Tim est rentré dans le laboratoire, il portait devant lui un grand plateau. Seirina avait tiré le rideau de l’une des fenêtres et regardait au dehors. Il faisait nuit. La lune éclairait le Parthénon au-dessus des lumières tremblotantes de Plaka.

-Voilà, ma chérie ! De l’eau, du vin et du raisin, a-t-il dit d’une voix joyeuse en poussant le désordre du bureau pour y poser le plateau. Tu viens ?

Elle s’est retournée, boudeuse, et sans un mot, elle a traversé la pièce et s’est servi un verre de vin. Elle l’a bu lentement en fixant Tim à travers le fond du verre, puis elle s’est laissé tomber au fond du fauteuil club en soufflant :

—Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Tim a fait le tour du fauteuil. Il s’est agenouillé derrière le dossier et il a plaqué ses mains sur les épaules de la jeune femme en déposant Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 11-3 – François Coulon

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 11-2 – François Coulon

Il allait épouser Seirina, tout de suite, demain, le plus tôt possible. Il allait la réveiller, l’emmener dans un grand restaurant et lui demander sa main à la fin du repas. Le King George du Megali Britannia serait le meilleur endroit pour ça. Il était encore connu là-bas et il pourrait glisser un billet au maître d’hôtel pour qu’il arrange quelque chose de somptueux mais qui aurait l’apparence de l’impromptu. Ce serait parfait.
Il s’avance, ébloui, et touche doucement l’avant-bras de Seirina.

Chapitre 11-2 – François Coulon
Hiver 1902

Seirina s’est réveillée. Elle est restée quelques instants immobile, les yeux dans le vague, grand ouverts. Puis elle s’est habituée à la demi-obscurité. Elle a vu le visage de Tim qui la regardait avec un air idiot. Elle a voulu tourner la tête pour regarder autour d’elle, mais son cou lui a fait mal. Avec prudence, elle s’est redressée un peu et s’est assise au fond du fauteuil.

—Ça va, Seirina ? a demandé Tim en se penchant vers elle, l’air préoccupé.

Elle n’a pas répondu.

—Tu veux que je t’aide à te lever, mon amour ? a-t-il continué en lui prenant doucement le bras.

Elle s’est dégagée d’une secousse en grognant quelque chose d’incompréhensible.

—Du grec, pensa-t-il.

Puis elle a répété, en anglais cette fois-ci :

—…soif…donne-moi à boire…

Tim a cherché un instant dans le désordre, puis il Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 11-2 – François Coulon

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 11-1 – François Coulon

Chapitre 11-1 – François Coulon
Hiver 1902

Timothy reprend conscience peu à peu. Il se soulève légèrement et la peau de son torse se décolle lentement du cuir du canapé comme un sparadrap d’un membre blessé. Il tourne la tête péniblement et regarde autour de lui. Une demi-obscurité règne dans le laboratoire. Le puissant projecteur qui éclairait la machine est toujours allumé. Il git de tout son long, de l’autre côté de la pièce, son abat-jour métallique tourné vers le mur. Une chance qu’il n’ait pas mis le feu au rideau tout proche. Sur le bureau, deux bouteilles et une carafe vides à côté d’un verre renversé voisinent avec le carnet de notes de Timothy, tâché de vin. À côté du canapé, une chaise est renversée. L’extrémité d’une longue ceinture de toile est encore attachée à son dossier. Un foulard de soie roulé en forme de bandeau et noué aux deux bouts git sous la chaise à côté d’un verre brisé. Le chapeau de tweed de Timothy est posé un peu de travers sur la machine. Dans la pénombre, ses rouages lui donnent l’apparence d’un visage offusqué qui, du haut de sa sellette, observerait le désordre de la pièce avec réprobation. Seirina est nue, renversée sur le dos dans le fauteuil club. Sa nuque et ses épaules sont appuyées au fond du siège et son menton repose sur sa poitrine. Ses coudes sont relevés sur les accoudoirs Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 11-1 – François Coulon

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 10-3 – Agapimenimou

—Eh bien, voilà. A force de tourner et de tourner autour de la chose, de l’éclairer sous toutes les lumières possibles, à force de la photographier sous tous les angles et d’agrandir les clichés, j’ai fini par me concentrer sur une zone particulière d’un cercle de bronze. Elle m’avait attiré dès le début car on pouvait y voir de tout petits coquillages incrustés dans la
matière. Mais ce qui était étrange, c’est que leur disposition ne semblait pas le fait du hasard. J’ai hésité longtemps à ôter ces coquillages, car je ne voulais surtout pas endommager la surface. J’ai fait des essais et des essais de nettoyages sur de vieux machins rouillés avant de me décider. Et puis ce matin, je me suis lancé. A la pipette, j’ai versé sur le premier coquillage une goutte de mon mélange de vinaigre et de soude caustique largement étendue d’eau distillée.

Chapitre 10-3 – Agapimenimou
Hiver 1902 

A ce stade du discours, Seirina décide de passer à l’action. Changeant encore une fois de position, comme par inadvertance, elle prend appui sur le genou de Tim. Une fois réinstallée, elle y laisse sa main. Le jeune homme ne semble même pas s’en rendre compte. Imperturbable, il continue :

—Au début, je me suis affolé à cause des petites bulles qui se formaient autour du coquillage. J’avais peur de causer des dommages irrémédiables et j’ai voulu arrêter l’expérience en tamponnant la zone avec la manchette de ma chemise. C’est alors que le coquillage est resté collé sur le tissu, révélant sur le cercle de bronze une toute petite surface plus claire. Bizarrement, le petit rond vert pâle semblait traversé par une rayure recourbée. J’ai déchiré ma manchette et j’ai recommencé l’opération sur tous les coquillages de la zone. Au bout de deux heures, j’avais fait apparaître une surface presque propre d’un peu moins d’un pouce carré. J’ai laissé sécher pendant une heure sous la lampe. J’en ai profité pour consigner soigneusement la procédure Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 10-3 – Agapimenimou

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 10-2 – Agapimenimou

—Mais qu’est-ce que c’est que ce vieux machin tout abimé ? Et c’est qui, Hipparque ? Et c’est quoi, un astrolabe ?
Timothy la regarde étonné, presque choqué par cette incroyable ignorance, puis il se ravise :
—Ah, oui, c’est vrai, ma pauvre Seirina, tu ne sais rien de tout ça, toi.
Il la pousse doucement par les épaules jusqu’au grand canapé qui fait face à la stèle.
—Assieds-toi là, je vais tout t’expliquer.

Chapitre 10-2 – Agapimenimou
1902 

Seirina s’installe sur le siège et prend une jolie pose, timide et attentive. Les explications de Tim sur ce bout de ferraille tout rouillé, elle s’en fiche pas mal. Mais, pour une fois qu’il veut bien s’occuper d’elle, elle pense qu’il vaut mieux cacher son impatience.

—Tu vois, Seirina, Hipparque était grec, comme toi. C’était un très, très grand mathématicien et un très, très grand astronome. Mais, il est mort il y a deux mille ans. On n’a pratiquement rien retrouvé de ses écrits, pourtant Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 10-2 – Agapimenimou

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 10-1 – Agapimenimou

Chapitre 10-1 – Agapimenimou
1902 

Pendant ce temps, Seirina s’ennuie. Ce soir, appuyée au balcon de la grande maison, elle regarde le soleil descendre sur l’Acropole. Mais la splendeur du spectacle la laisse indifférente. Depuis deux mois qu’elle a emménagé dans la maison de son anglais, presque chaque soir, elle a regardé le soleil se coucher en attendant que celui qu’elle appelle Agapimenimou veuille bien s’occuper d’elle. Le coucher de soleil, l’Acropole, tout ça, elle s’en fiche. Ce qu’elle voudrait, c’est qu’il sorte un peu de son atelier où il passe ses journées et une partie de ses nuits à tourner autour de ce morceau de ferraille verdâtre qui l’obsède et qu’elle n’a fait qu’apercevoir par l’entrebâillement d’une porte.  Elle voudrait qu’il l’emmène à Omonia pour lui acheter des robes, des foulards, des colliers. Elle voudrait qu’il s’habille en gentleman et que, tous les deux, ils entrent avec nonchalance dans un de ces restaurants chics de Syntagma. Ce qu’elle voudrait, c’est qu’après diner, ils prennent un fiacre pour aller boire et danser à Plaka dans ce cabaret à bouzouki où il l’avait rencontrée pour la première fois.

Une fois de plus, elle s’ennuie, mais aujourd’hui, elle en a assez. D’un seul coup, furieuse, elle rentre dans la maison, claque la porte Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 10-1 – Agapimenimou

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 8-2

Ayant reçu de sa part une donation appréciable, le Musée National Archéologique d’Athènes le nomma Chargé de Recherches sans plus de précision, lui laissant carte blanche sur l’objet des dites recherches et sur leur exécution, à la condition qu’il prit lui-même tous les frais à sa charge. C’est pourquoi en ce beau jour d’hiver 1900, Timothy Grantham dormait dans une calèche arrêtée sur la place Syntagma.

Chapitre 8-2  –  Timothy Grantham
Noël 1900

—Sir ?

Une main gantée de blanc lui secouait doucement l’épaule.

—Welcome to the Megali Britannia Hotel, Sir ! Sir ?

C’était le portier de l’Hôtel de Grande Bretagne qui tentait respectueusement de le réveiller. A partir de cet instant, pour Timothy, tout redevint britannique et facile. Construit une cinquantaine d’années auparavant, le seul et unique palace d’Athènes venait d’être entièrement rénové et équipé de tout le confort moderne. Bien installé dans sa suite, après avoir pris un long bain très chaud suivi d’une courte douche froide, assis devant une agréable tasse de thé et quelques scones, Timothy venait de décider de prendre quelques jours de repos avant de se rendre au Musée pour la première fois quand Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 8-2

Le mécanisme d’Anticythère -Chapitre 8-1

Chapitre 8 – Timothy Grantham
Noël 1900     

C’est le jour de ses trente ans que Timothy Grantham avait débarqué du bateau de Southampton dans le port du Pirée. Le voyage n’avait duré que neufs jours, ce qui ne constituait qu’une performance très moyenne pour le dernier steamer de la Shaw, Savil and Albion Line.

Lorsqu’il franchit la passerelle au bout de laquelle l’attendaient les douaniers, c’était la première fois que Timothy mettait le pied hors du Royaume Uni. Bien sûr, il avait eu l’intention de passer quelques heures à terre à chaque escale. Il s’était même réjoui à l’avance d’admirer bientôt la Tour de Belem au bord du Tage, de prendre le thé sous le rocher de Gibraltar, de monter à la citadelle de Syracuse. Mais au cours du voyage, Timothy avait découvert qu’il était sujet au mal de mer et, à chaque fois que le bateau touchait à quai, il était bien trop malade pour se lever de sa couchette. Il était donc resté prostré dans sa cabine pendant la plus grande partie du voyage. Il avait même raté le franchissement du canal de Corinthe, cet ouvrage mythique dont il rêvait, ébauché Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère -Chapitre 8-1

Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 7

Chapitre 7 – Kallistos Kolonakis 
Noël 1900

Les frères Kolonakis boivent de l’ouzo en mangeant du fromage et des olives chez Dyonisos, l’unique café du port de Nauplie. Ils sont désabusés. La fortune n’est pas venue et rien de vraiment bon n’est sorti de leur découverte d’Anticythère.

Il y a huit mois, lorsqu’ils sont rentrés au port, triomphants, leur bateau chargé de vestiges antiques, toute la ville les attendait, l’oncle Agoracritos en tête. Longtemps, on les avait crus perdus dans cette terrible tempête. Les premières effusions passées, l’oncle est monté à bord. Il a regardé silencieusement les trésors remontés du fond de la mer. Puis il a commencé à se lamenter sur l’état de son bateau, sur le coût de toutes ces réparations, sur la faible récolte d’éponges. Ensuite, il a réclamé son dû, c’est à dire la moitié de la cargaison. Et puis, il a réclamé l’autre moitié pour payer les réparations. Finalement, il a consenti à Continuer la lecture de Le mécanisme d’Anticythère – Chapitre 7