Archives de catégorie : Récit

Photos souvenirs – 11

Retour aux souvenirs photos de Lorenzo : 

Difficilement et avec l’aide du temps, nous avons fini par faire nos courses rue Mouffetard à deux pas de chez nous. Elle remplaça, sans jamais la supplanter, la rue Daguerre de nos jeunes années quand nos enfants étaient petits. Au début de son séjour à Paris dans les années vingt, Hemingway vécut dans ce quartier, au 74 de la rue du Cardinal Lemoine. Une plaque commémorative sur la façade de l’immeuble nous le rappelle.

Les Hemingway vivent dans ce petit deux pièces rue Cardinal Lemoine de 1922 à 1923. C’est dans Continuer la lecture de Photos souvenirs – 11 →

Les chiens de Téhéran

Le premier texte paru dans le Journal des Coutheillas le 26 novembre 2013 avait pour titre « Ma table de travail ». Mais ce n’était pas le premier que j’aie jamais écrit. (Il y a peut-être ici un problème de subjonctif). Celui qui vient ci-dessous a été publié une première fois il y a huit ans. C’est mon premier texte . Prometteur, non ? 

C’est la mi-octobre et la guerre du Kippour vient de commencer. L’Iran de Reza Chah Pahlavi n’est pas engagé dans le conflit, mais, en tant que pays musulman et pour sa propre paix intérieure, il a choisi son camp et fait semblant d’encourager quelques manifestations anti-israéliennes dans Téhéran.
Il doit être une heure du matin. Il fait bon dans les quartiers nord de la ville. A cette heure, tout y est largement éclairé, calme et même désert.
Je viens de passer la soirée avec une jolie jeune femme. Elle est la secrétaire d’un membre de la famille impériale, iranienne par son père, blonde par sa mère, russe. Nous avons diné dans ce restaurant, russe également, Chez Léon, et continué la soirée dans la boite de nuit du Hilton. Je ressors les balais d’essuie-glace du coffre de sa petite voiture, une Pekan, et je la reconduis chez elle. Je suis content de ma soirée et ma douce euphorie me pousse à rentrer à pied jusqu’à mon hôtel : peut-être une demi-heure de marche selon un itinéraire qui sera facile dans cette partie moderne de la ville.
Je marche le long d’une large avenue où passent de temps en temps une voiture de la police ou de la SAVAK. Elles ralentissent pour m’observer puis reprennent leur croisière en faisant ronfler leur huit cylindres.
En regardant s’éloigner l’une de ces voitures fantomatiques, je m’aperçois qu’un chien me suit. Il reste à une vingtaine de mètres derrière moi. C’est un animal plutôt jaune, de taille moyenne et d’une race imprécise. Je me retourne et m’avance lentement vers lui en lui parlant d’une voix douce. Il ne gronde pas et son poil reste lisse sur son dos, mais il recule d’autant que j’avance.
Je reprends ma promenade. Il reprend la sienne, mais je remarque qu’il a réduit de moitié la distance qui nous sépare. Bientôt, arrivent de l’obscurité d’une rue adjacente un autre chien qui se joint au premier, puis deux, puis trois. Il en vient de tous les côtés, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. La bande qui s’est formée trottine allègrement derrière moi en conservant la distance. Je m’étonne que les chiens ne se battent pas entre eux et restent silencieux. Je ne me sens pas menacé, mais je juge plus prudent de ne pas m’arrêter comme la première fois.
Lorsque j’arriverai devant l’Imperial Hotel, la bande comptera bien une douzaine de chiens. Il me restera alors à franchir les vingt mètres de l’allée qui, à travers le jardin privé, mène jusqu’à la porte de l’hôtel.
Arrivé au seuil du lobby, je me retourne. Les chiens se sont arrêtés par petits groupes sur le trottoir de l’avenue. Certains se sont assis. Ils me regardent presque tristement, avec un air de reproche : je les laisse tomber.
Aujourd’hui encore, je me demande la raison de cette procession à travers la ville. Est-ce que cette meute croyait que j’allais lui donner quelque chose à manger ? Est-ce que ces chiens espéraient un quartier plus favorable pour me mettre en pièces ? Était-ce par amitié ou simplement pour passer le temps ?
3 chiens

 

Le taxi

7 janvier 2022

De trois quart arrière, à moitié dissimulé par un masque chirurgical, j’ai du mal à voir son visage. Quand je lui ai dit où j’habitais, il m’a répondu qu’il connaissait. Il a un accent marqué mais indéfinissable. C’est mon chauffeur de taxi. Il va me faire traverser une bonne partie de Paris.
Il est midi et demi et la circulation est dense mais encore fluide. Je me suis enfoncé tant que je pouvais dans mon siège Toyota Prius et me suis préparé à somnoler jusqu’aux abords de la Montagne Sainte Geneviève.

Un coup de frein et j’ouvre un œil sur la rue du Faubourg du Temple. Devant nous, d’une voiture arrêtée en double file, une grosse femme encombrée de cabas descend péniblement du côté de la circulation. Sa portière largement ouverte Continuer la lecture de Le taxi →

AVENTURE EN AFRIQUE (12)

Chantier de Lossa

Lossa est l’un des grands chantiers sur lequel nous sommes intervenus. Lossa est une île importante située entre deux bras du fleuve Niger à une vingtaine de kilomètres en amont nord-ouest de Niamey. La RN n°1, route qui rejoint le Mali, nous permettait de nous y rendre. Les travaux topographiques de la première tranche supervisés par Michel Granges n’ont posé aucun problème : le fond de plan et le projet était très rigoureux. J’ai écrit sur le « récapitulatif des travaux » : « Implantation de 19 stations de pompage. Chaque station de pompage a été matérialisée par une borne placée à 5 m en retrait, par rapport à la dalle supportant la pompe et dans l’axe de la conduite principale. Ces bornes étant ensuite nivelées. Cette implantation s’est basée sur les bornes existantes posées lors du relevé topographique mais l’état de certaines (fer à béton entouré d’un peu de ciment) se trouvant quelquefois à plusieurs mètres de leur position initiale, quand elle n’avait pas disparu, n’ont pas facilité la tâche des géomètres » !.

Je poursuis la lecture de mon mémoire : « de gros problèmes de déplacement, de transport de matériel, tout se faisant avec des pirogues souvent en piteux état, ont ralenti la marche des travaux mais laisseront de pittoresques souvenirs. Il serait donc souhaitable de doter la section d’une petite embarcation à moteur car l’implantation en 1974 des 20 000 mètres-linéaires de conduite se fera avec les mêmes moyens et demandera plusieurs mois de travail sur place ». C’est cette partie que je vais développer… les trajets et les interventions à Lossa avaient bien souvent leur lot de surprises.

L’une des première fois où, avec la section topo nous nous sommes rendus à Lossa, au environ de Boubon j’ai aperçu dans la brousse, non loin de la route, des girafes habituellement si difficiles à voir dans leur tenue de camouflage malgré leur taille. C’était un belle première rencontre.

L’accès à l’île de Lossa se faisait à partir du village de Sona où il existait un gué d’une longueur d’environ 200 m. Un matin, comme à l’habitude, nous présentons la Land Rover chargée au droit du fleuve, les roues avant au raz de l’eau. La profondeur n’était en général que de quelques dizaines de centimètres. Mais ce jour-là le niveau semblait plus haut. Mamoudou me dit « on n’y va patron, enlève tes chaussures ». J’obéis à l’ordre dubitatif. Mamoudou enclencha la première lente et je sentais le véhicule descendre doucement dans le fleuve. Dans le plancher il y avait de petits trous par lesquels l’eau commençait à gicler. L’eau trouble montait dans l’habitacle, je ne voyais plus mes chevilles : « il faut bien laisser la voiture se remplir pour ne pas être emporté par le courant » rajoute-t-il. Mamoudou ne voyait plus ses pédales, j’avais le pantalon trempé jusqu’au slip. Nous avons continué à rouler jusqu’à remonter sains et saufs sur la berge opposée. Cela a été pour moi une expérience assez impressionnante ! Et je dois bien avouer que ce jour pendant mon travail j’ai guetté toute la journée le niveau du fleuve, pensant au retour !

La semaine suivante, nous nous sommes retrouvés au même endroit face au fleuve. Il me semblait que l’eau avait encore monté. Je demandais à Abdou Kondo qui est à l’arrière de la voiture et savait nager : «  mets-toi à l’eau en face de la voiture et avance dans le fleuve, nous allons voir si ça passe ! ». Au bout d’une trentaine de mètres Abdou Kondo en avait jusqu’aux épaules. Alors qu’ici la pluie ne s’était que peu présentée, il avait dû bien pleuvoir sur la Guinée ou le Mali ce qui avait gorgé le cours d’eau. Il n’est pas question de traverser en voiture. La solution était : la pirogue. Nous avons trouvé non sans mal un piroguier et sa pirogue. Après avoir négocié le tarif, nous avons chargé l’embarcation pour atteindre la rive opposée. Nous avions préposé également le piroguier pour assurer le retour du soir.

En prévision des interventions suivantes, j’avais confié la réservation de pirogues au Génie Rural. Le nécessaire a été fait par voie de réquisition. À chaque intervention nous avons donc un piroguier et sa pirogue qui nous attendaient au lever du jour. La première fois, la pirogue se trouvait à proximité du lieu où des femmes et des jeunes filles faisaient leur toilette matinale entièrement nue. À notre approche elles s’étaient éloignées. Au fur et à mesure de nos interventions elles s’étaient habituées à notre présence. Nous faisions partie du paysage. Elles ne s’éloignaient plus et se trouvent régulièrement à proximité de l’embarcation. Ces femmes nues, ruisselantes, ayant de l’eau jusqu’à mi mollet, brillaient, éclairées par les rayons du soleil levant : c’était un grand spectacle. Je me suis risqué à sortir mon appareil photo. À peine saisi en main, elles faisaient disparaître leur corps et il n’y avait plus que leurs visages rayonnants qui sortaient de l’eau. Leçon de pudeur et aussi confiance. J’avais le droit de graver ces images dans ma mémoire mais pas la possibilité de les partager plus tard avec d’autres.

Au bout de quelques temps, nous nous étions “apprivoisés” et il leur arrivait de nous aider par exemple à rééquilibrer la position d’une borne dans notre embarcation. Parfois aussi, lorsque nous nous installions dans la pirogue avec le matériel, elles nous poussaient pour la mise à l’eau. Au fils des interventions, le jeu s’était invité. Parfois, une véritable bataille navale commençait, tout d’abord par des éclaboussures, nous étions presque sans défense. Puis cela s’amplifiait dans de grands éclats de rires. Nous arrivions alors à leur échapper, avec peine, mais entièrement mouillés et obligés d’écoper l’eau dans le fond de la pirogue. Un grand moment de partage et d’humour. Cela éclaire sur le caractère hospitalier et bon vivant de ces nigériennes. Le souvenir de ces baigneuses noires du petit matin a été magnifié dans ma mémoire au fil du temps.

A SUIVRE 

Bientôt publié

Aujourd’hui, 16:47 Dernière heure : Kiev, Lille, Marseille…
Demain, 07:47 Fragile des bronches – Critique aisée 226
28 Fév, 16:47 Rendez-vous à cinq heures à bord du Goncourt
1 Mar, 07:47 Esprit d’escalier n°33
1 Mar, 16:47 Rendez-vous à cinq heures : I got a woman

AVENTURE EN AFRIQUE (11)

temps de lecture : 4 minutes 
Louis-Henri MOUREN

Un personnage.

Mouren comme tout le monde l’appelait, a été le pharmacien patron de Chantal, véritable sosie de John Wayne. Lorsque nous l’avons connu il n’était plus derrière le comptoir de ses pharmacies de Toulon ou de Niamey. Contiguë à la pharmacie sur la place du Grand Marché à Niamey, il y avait l’agence de voyages la Croix du Sud, puis le magasin de photos et d’optique Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (11) →

AVENTURE EN AFRIQUE (10)

Nos activités

Les activités de loisirs

Nous étions conscients que nous avions de la chance d’être là et que notre séjour se passerait rapidement. Il fallait donc profiter pleinement du présent pour découvrir ce vaste pays et connaître ses habitants. Nous n’avions ni poste de radio, ni télévision. Nous occupions nos soirées de semaine entre : dîners en ville, cinéma en plein air avec un western spaghetti, sorties au centre culturel Franco Nigériens avec son ciné-club et ses conférences. Régulièrement en fin de journée nous prenions l’apéritif chez les uns ou chez les autres. Là, nous échafaudions entre autre le programme du week-end. Nous ne passions jamais un dimanche dans les studios. Nous avions le samedi après-midi et le dimanche de libre. François Charpentier arpentait la semaine le Niger dans le cadre de ses activités de journaliste. De mon côté, je passais une grande partie de mes journées de la semaine en brousse pour mes chantiers. A nous deux cela nous permettait d’envisager des secteurs à découvrir les week-ends avec nos amis.

Il y a une notion que je voudrais évoquer : la notion de temps : le « temps long ». J’avais l’impression que le temps s’écoulait plus lentement Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (10) →

AVENTURE EN AFRIQUE (9)

Les recommandations de mon prédécesseur

Jean-Georges Martinet me donna les consignes pour la poursuite de ses travaux. Il ne m’a jamais accompagné sur les chantiers, car disait-il, avait son mémoire d’ingénieur à préparer. Il me conseilla de beaucoup photographier surtout au début du séjour, car des scènes, des situations, des personnages pouvant nous choquer ou marquer nos esprits finiraient au bout de quelques semaines ou de quelques mois par devenir habituels dans notre quotidien ou dans le paysage. Il me conseilla pour l’immersion aussi d’aller voir à Boubon : Iliassou Hibrahima, qu’il m’avait présenté sur son cheval Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (9) →

AVENTURE EN AFRIQUE (8)

Le climat

Le Niger se trouve dans l’une des régions les plus chaudes du globe. Le régime des pluies permet d’y distinguer deux grands types de climats dans le pays : le climat désertique au nord et le climat tropicale au sud.

Le Niger comprend essentiellement trois saisons :

  • la saison des pluies de juin-juillet à septembre,
  • la saison sèche et froide du 15 novembre au 15 février (cela explique l’arrivée des VSNA au mois de novembre !),
  • la saison chaude de mars à juin.
Moyenne des températures à Niamey Avril Juillet Novembre
Min 26° 24° 19°
Max 41° 34° 36°

Chantal faisait un relevé quotidien des températures minimum-maximum et le reportait mois par mois sur Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (8) →

AVENTURE EN AFRIQUE (7)

Tamba Kamano et nos fournisseurs

Il nous avait été conseillé à l’ambassade de France de prendre un boy. Cela permettait de faire vivre une famille et de s’intégrer un peu plus dans le monde africain. Nous avions embauché un nouveau boy car Issoufou ne connaissait rien à notre cuisine… il m’avait même mis une boîte de conserves de sardines au four pour la réchauffer. J’avais pu faire rentrer Issoufou comme aide à la Section Topographique et embauche Tamba.

Notre boy était d’origine guinéenne. Il avait un certain âge, avec quelques rides sur le visage, mais de l’expérience : il avait servi chez des Français et parlait bien notre langue. Il était marié, avec plusieurs enfants et habitait dans un quartier en rive droite. Il avait Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (7) →

Photos souvenirs – 10

Une amie d’Anne portait ce nom de jeune fille effronté qui lui avait valu dans les années 60 un diminutif flatteur : Catherine Pop’. Sa sœur avait épousé Yves de la Poëze, un noble breton très sympathique et ami d’enfance de Jacques de Bascher. Son nom recomposé de femme mariée, Populaire de la Poëze, m’a toujours semblé provocateur mais je n’ai jamais su dans quel sens.

Signification et origine du nom : Populaire est un nom artois, représentant la forme francisée du nom flamand popeler, désignant le peuplier, arbre caractéristique de la propriétaire.

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J’ai découvert tardivement le jazz après que Continuer la lecture de Photos souvenirs – 10 →