Archives de catégorie : Récit

La chute du globe (2/2) (Couleur café n°35)

temps de lecture : 4 minutes 

Couleur café n°35 (suite)

(…) La Coupole par ci, La Coupole par là… et c’est là que venait Untel ! et aussi Machin, avec Unetelle de temps en temps ! Mais je les connais pas, moi tous ces gens ! Et à supposer que je les connaisse, ils sont pas là aujourd’hui, non ? Alors, qu’est-ce que ça peut me faire à moi, Untel, Machin et Machine ? Té, regarde plutôt : on arrive, tranquilles, Gandolfi et moi, on devise gentiment, et POF BALINGBLINGBLING! , on manque de se faire assassiner ! Alors tout ce que je vois moi, c’est qu’à la Coupole, il vaut mieux y venir casqué !

Seconde partie

GINA VAN PARABOUM,  modèle
Mince alors ! Heureusement que je ne me suis pas mise là-bas, dis-donc ! J’en suis toute retournée… Déjà que j’ai un pansement sur le nez… Ç’aurait été le pompon si j’avais pris ce truc sur la tête ! Quand je vais raconter ça à Océane !… Elle voudra plus venir ici… Mais que je suis bête, moi ! Mais faut que je change de place : je suis juste dessous la lampe d’à côté. La même, exactement la même ! Si ça se trouve, Continuer la lecture de La chute du globe (2/2) (Couleur café n°35) →

La chute du globe (1/2) (Couleur café n°35)

temps de lecture : 5 minutes 

Couleur café n°35


La chute du globe

La Coupole,
102 Bd du Montparnasse,
PARIS 14

LES FAITS
Mercredi 24 août 2022, peu après 18 heures, le globe de verre de l’un des lustres qui assurent l’éclairage de la terrasse de La Coupole s’est décroché de sa suspension. Il s’est fracassé au sol à toute proximité d’une cliente en dispersant aux alentours un grand nombre de débris de verre acérés. Cet incident n’a causé aucun blessé. Les débris ont été balayés et l’activité normale a repris. Quelques minutes plus tard, un groupe de huit américaines s’est installé en terrasse pour diner. Tout ce qui précède est parfaitement véridique, mais pour la suite, c’est pas certain.

Première partie

ROBERT DE MONTESSORI, poète, essayiste
J’étais seul, l’autre soir, à la terrasse de La Coupole. C’était pendant cette période où il faisait si chaud à Paris que, ce jour-là, lors de ma promenade vespérale, je n’avais eu ni le courage ni la force de parvenir jusqu’à la Closerie des Lilas pour m’y rafraichir d’une coupe Continuer la lecture de La chute du globe (1/2) (Couleur café n°35) →

Photos-souvenir – 16

 Par Lorenzo dell’Acqua

J’ai toujours détesté les mandarins et surtout le professeur Milliez, un médecin de gauche vénéré dans les années 68., dont on faisait semblant d’ignorer qu’il prenait les pires honoraires de Paris. Les derniers temps où j’exerçais à l’hôpital, mon activité principale consistait à obtenir des externes et des internes qu’ils retirent leurs mains de leurs poches, qu’ils ferment leurs blouses ouvertes sur des tee-shirt douteux, et qu’ils ne ricanent pas pendant la visite. Le comble fut atteint le jour où l’un d’entre eux entra dans la chambre d’un malade avec une tasse de café en plastique à la main. Là, je me suis dit que quelque chose avait changé. A la fin de ma carrière, il était devenu impossible de distinguer un brancardier d’un interne en médecine à la cafétéria. Signe des temps, là encore.

 

Continuer la lecture de Photos-souvenir – 16 →

Les fausses morts de Coriolan du Vannage (intégral)

temps de lecture : 6 minutes 

Et pour ceux qui n’auraient lu leur journal ni hier ni ce matin, voici, en intégral, « La fausse mort de Coriolan du Vannage ».

Couleur café n°34

Les fausses morts de Coriolan du Vannage

 Val Café
39 boulevard de Port Royal

C’est la première fois que je viens m’asseoir à la terrasse de ce café. À cette heure de la journée, elle est encore à l’ombre, mais dans une heure, les rayons du soleil couchant finiront par trouver l’enfilade du boulevard pour inonder la terrasse du Val Café.
C’est plutôt étrange que je n’aie jamais fréquenté le Val Café alors que j’ai presque toujours habité ce quartier. J’ai même passé les onze ou douze premières années de mon existence au numéro 20 de ce même boulevard, sur le trottoir d’en face, un peu plus bas, vers Les Gobelins. Mais à cette époque, je ne fréquentais pas encore les bistrots.
Le patron vient de m’apporter la bière pression que j’ai commandée. J’ai dû lui faire répéter trois fois Continuer la lecture de Les fausses morts de Coriolan du Vannage (intégral) →

Les fausses morts de Coriolan du Vannage (2/2) (Couleur café n°34)

temps de lecture : 3 minutes 

Couleur café n°34 (suite)

L’air affable et apitoyé tout à la fois, je m’approchai de la scène et dis :
— Pauvre petite bête, avec cette chaleur et à son âge, elle doit être épuisée …
Je parlais du chien, bien entendu, et d’ailleurs la dame ne s’y méprit pas une seconde puisqu’elle me répondit :
— Pensez-vous ! Il veut seulement que j’aille à la boulangerie d’en face !
Il y avait effectivement, en face, une boulangerie, mais je ne crus la dame qu’à moitié et je passai mon chemin.

Et voilà qu’aujourd’hui comme il y a quinze jours, je la retrouve dans la même situation. Moi qui connais bien le quartier, je sais qu’il n’y pas de boulangerie à moins de cinq cents mètres du Val Café. Et pourtant, la bête est allongée sur le flanc, la laisse est tendue, la femme exaspérée. La femme parle à la bête, mais d’où je suis, je ne peux entendre ce qu’elle dit. Le patron du Val est sorti sur sa terrasse ; il s’est planté à côté de ma table et, les bras croisés, souriant, il contemple la scène. Ça y est, la rue a trouvé son spectacle et les passants affairés, les promeneurs solitaires, les usagers de la RATP, les bougnats de Paris et les consommateurs de Jupiler vont oublier pour quelques instants les soucis qui les occupent ou le vide qui les habite. Ils auront quelque chose à raconter ce soir.

A présent, la femme a pris la position du Continuer la lecture de Les fausses morts de Coriolan du Vannage (2/2) (Couleur café n°34) →

Les fausses morts de Coriolan du Vannage (1/2) (Couleur café n°34)

temps de lecture : 3 minutes 

Couleur café n°34

Les fausses morts de Coriolan du Vannage
première partie 

 Val Café
39 boulevard de Port Royal

C’est la première fois que je viens m’asseoir à la terrasse de ce café. À cette heure de la journée, elle est encore à l’ombre, mais dans une heure, les rayons du soleil couchant finiront par trouver l’enfilade du boulevard pour inonder la terrasse du Val Café.
C’est plutôt étrange que je n’aie jamais fréquenté le Val Café alors que j’ai presque toujours habité ce quartier. J’ai même passé les onze ou douze premières années de mon existence au numéro 20 de ce même boulevard, sur le trottoir d’en face, un peu plus bas, vers Les Gobelins. Mais à cette époque, je ne fréquentais pas encore les bistrots.
Le patron vient de m’apporter la bière pression que j’ai commandée. J’ai dû lui faire répéter trois fois la marque de la bière. Trois fois il me l’a dite en grommelot aveyronnais, ni aimable, ni hostile, juste auvergnat. J’ai fini par comprendre : Jupiler, une bière du Nord, blonde, dorée, légère, une Belge comme on les aime.

C’est la première fois que je viens au Val Café, mais cette femme, là-bas, ce n’est pas la première fois que je la vois. Blonde, elle aussi, Continuer la lecture de Les fausses morts de Coriolan du Vannage (1/2) (Couleur café n°34) →

Breakfast in Paris

temps de lecture : 5 minutes

 Couleur café n°33

 Breakfast in Paris

Quand je suis arrivé, ils étaient installés à ma place habituelle. J’ai jeté un coup d’œil interrogatif à Kevin, le garçon, mais il a haussé les épaules avec une moue d’impuissance et il est parti en cuisine pour éviter la discussion. Je suis resté un instant planté là, devant eux, devant ma table. Ils n’ont pas dû me voir, ou alors ils ont fait semblant, ou alors ils n’ont pas compris, car ils n’ont pas bougé d’un cil. Alors, j’ai pris la table juste en face et depuis ma banquette, en attendant mon café allongé, tartines et beurre demi-sel, je les observe.

Elle… vingt-cinq ans, blonde, coiffée en queue de cheval, peu maquillée ; en guise de boucles d’oreille deux fins cercles d’or ; pas de bijou, à part une montre de sport, dont le bracelet dissimule à moitié un discret tatouage de poignet ; pantalon et blouson en tissu léger rose, T-shirt blanc sans marque ni déclaration d’intention. Elle porte des chaussures de tennis blanches et, bien qu’assise, je la devine grande et sportive, charpentée.

Il doit avoir deux ou trois ans de plus qu’elle. Il est chauve, mais de ces chauves volontaires, affirmés, dont le crâne luit impeccablement sous les appliques du café encore allumées. Il est plus grand qu’elle, quinze centimètres au moins, plus Continuer la lecture de Breakfast in Paris →

Photos-souvenir – 15

 Par Lorenzo dell’Acqua

Notre infirmière Carole nous apportait chaque mardi matin ces bonbons au goût de fraises artificielles pour que je ne m’énerve pas en salle d’endoscopie. Et pourtant, je ne me souviens pas m’y être jamais énervé une seule fois. Confondait-elle deux défauts, l’irritabilité et l’anxiété ? Peut-être avais-je les deux ? Mon anxiété a pourri ma vie et pas seulement professionnelle. Elle a eu cependant un mérite inestimable : elle m’a permis de ne jamais éprouver le moindre regret quand je pris ma retraite.

Continuer la lecture de Photos-souvenir – 15 →

AVENTURE EN AFRIQUE (22)

temps de lecture : 4 minutes 

Il était de tradition au Niger lorsqu’en déplacement, on avait connaissance de la présence d’un coopérant isolé à moins d’une heure de route, de faire le détour pour lui rendre visite et passer avec lui la soirée et de repartir le lendemain. En Afrique on a du temps, on n’est jamais pressé. C’est comme cela que j’ai eu la visite un soir de Joël d’Auberville, un VP. L’AFVP (Association Française des Volontaires du Progrès) associations créée en 1963 à l’initiative de Charles de Gaulle, en réponse aux Peace Corps américains créés par J.F. Kennedy, qui existent toujours. De nombreux d’objecteurs de conscience masculins s’engageaient deux ans dans l’AFVP en remplacement du Service Militaire. En général ils étaient envoyés en brousse, dans des lieux difficiles ou isolés pour y exercer leur métier. Ils étaient visités régulièrement par un responsable de l’association. A l’époque, il nous a été raconté qu’un VP, dans un oasis dans la région de Bilma, avait été Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (22) →

AVENTURE EN AFRIQUE (21)

temps de lecture : 3 minutes 

Un jour, en fin de soirée, Mamoudou était en avance pour venir nous chercher. Il était tout excité et me dit : « patron les Peuls viennent de me dire qu’à Kaoiara il y avait un charo ce soir et que nous pouvions y aller ». Je demandais ce qu’était un charo : « tu verras » ! Je demandais aux autres, ils ne connaissaient pas. Après l’aventure des zébus, je commençais tout de même à me méfier avec les Peuls mais « Bon, allé !, ce n’est pas trop loin, allons-y ».

Nous nous garons à l’extérieur du village. Nous sommes les seuls avec un véhicule. Nous nous rendons à pied sur la place principale du village. Là beaucoup de monde.

Je suis le seul “nassara”. Je me faufile pour être au premier rang suivi de mes gars. Au sol une limite Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (21) →