Archives de catégorie : Récit

Les humeurs du Luxembourg

temps de lecture : 3 minutes

Il y a l’humeur maussade, celle du temps gris et tiède, où les fauteuils sont encore mouillés de la dernière pluie. Le bassin est désert, même les canards n’ont pas envie d’être là. Le jet d’eau retombe sur lui-même dans un floc-floc onctueux de mollesse. Le drapeau tricolore, hésitant, pendille au-dessus du Sénat où quelques fenêtres sont déjà allumées. Un gardien siffle. On ferme !

Il y a l’humeur aventureuse, quand le vent souffle et fait battre dans mon sillage les pans de mon imperméable, quand les nuages noirs apparaissent derrière les tours de Saint-Sulpice et que je marche à grand pas, droit vers eux, sans crainte, prêt à tout dans ce jardin abandonné où se presse encore un dernier passant, le cou dans les épaules et la main sur le chapeau. La tempête approche, mais je passerai. Car je passe toujours…

Il y a l’humeur incertaine, comme le temps. On est là, mais on hésite. Prendra-t-on par Continuer la lecture de Les humeurs du Luxembourg →

Encore une soirée de foutue !

Encore une soirée de foutue !

ou plutôt « Encore une matinée de ratée !»

Vous voulez savoir à quel propos je lance ce cri de déception ? Eh bien, je vais vous le dire.

Mais d’abord, vous savez bien sûr qu’en matière de théâtre, la droite s’appelle côté cour, la gauche côté jardin, le bâton qui frappe les 3 coups c’est le brigadier, le rez de chaussée s’appelle l’orchestre, les loges à ce niveau ce sont les baignoires, le premier balcon s’appelle corbeille, le deuxième balcon s’appelle premier balcon, le dernier balcon s’appelle le poulailler, une représentation en soirée s’appelle une soirée et qu’enfin une représentation de l’après-midi s’appelle Continuer la lecture de Encore une soirée de foutue ! →

Le vide de la Place du Palais Royal

temps de lecture : 2 minutes

Vous la voyez, la Place du Palais Royal, à Paris ? Oui ?
Attention ! Ne confondez pas avec l’esplanade qui se trouve devant la Comédie Française et qui s’appelle en fait la Place Colette !

Parce que, moi, je vous parle de la Place du Palais Royal, la vraie, celle qui se trouve juste devant le Conseil d’État. C’est une sorte de grand carré de plus de 40 mètres de coté, limité par la rue Saint Honoré au Nord, la rue de Rivoli au Sud, l’Hôtel du Louvre à l’Ouest et un bâtiment symétrique qui abritait le Louvre des Antiquaires, à l’Est. Ça y est ? Vous y êtes ? 

Eh bien, sur cette place entourée de bâtiments magnifiques, il n’y a rien. Il y eut autrefois un parking de surface, mais aujourd’hui, il n’y a rien, rien que des touristes fatigués, des skate-boarders bruyants et des promeneurs curieux. 

D’ailleurs, regardez cette photo : 

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Les fleurs jaunes (intégral)

temps de lecture : 5 minutes et encore …

Un homme avec des fleurs ? Le plus empoté, c’est l’homme.
Antoine Blondin

 Première partie

En rentrant de la rue de Rennes, il y a quelques jours, je me suis rappelé brusquement la promesse que je m’étais faite la veille, offrir des fleurs à ma femme. Je n’avais pas pu le faire sur le moment, celui où j’avais conçu le projet, forcément, parce que, ce jour-là, nous étions le dernier lundi du mois d’août. Alors vous pensez ! Lundi + mois d’août = zéro fleuriste. Normal ! Contrariant, mais normal.

Si je dis « nous étions« , ce n’est pas parce que je me prends pour le roi des Belges. Quand je dis « nous étions« , quand je parle à la deuxième personne du pluriel, c’est par pure politesse, parce que vous pensez bien que, où vous étiez, vous, à ce moment-là, je m’en fiche comme de ma deuxième (je dis ça parce que, la première, il parait qu’on s’en souvient toujours).

Donc, je suis du côté de la rue de Rennes, on est mardi Continuer la lecture de Les fleurs jaunes (intégral) →

Les fleurs jaunes (2/2)

temps de lecture : 5 minutes et des broquilles

(…) J’ai une série de personnages comme ça que j’utilise au gré des circonstances, c’est-à-dire, en fait, au gré du quartier et de ma tenue.
Mais quand j’ai un bouquet de fleurs à la main, aucun de mes personnages ne tient deux secondes, à l’exception de celui de livreur de chez Monceau Fleurs. Mais qui a envie d’être pris pour un livreur de chez Monceau Fleurs ?

Seconde partie

Donc me voilà rue de Vaugirard. Je sens bien que ma démarche est un peu raide et je sais bien que c’est dû à ma façon de porter le bouquet. Je cherche vainement à me composer un personnage qui colle avec cette démarche. Sur le coup, je n’en vois qu’un : blessé de guerre ; mais j’ai des scrupules : à part mai 68, je n’en ai fait aucune.

Donc me revoilà, rue de Vaugirard, la jambe droite un peu raide, sans raison apparente, sans personnage adapté.

Dans quelques mètres, je vais croiser une femme. Je la vois, elle approche. Le trottoir fait à peine un mètre cinquante de large et des voitures de livraison m’empêchent de descendre sur la chaussée. Aucun moyen de passer à distance. Que faire ? Rien, rien d’autre Continuer la lecture de Les fleurs jaunes (2/2) →

Les fleurs jaunes (1/2)

temps de lecture : 5 minutes et encore …

Un homme avec des fleurs ? Le plus empoté, c’est l’homme.
Antoine Blondin

 Première partie

En rentrant de la rue de Rennes, il y a quelques jours, je me suis rappelé brusquement la promesse que je m’étais faite la veille : offrir des fleurs à ma femme. Je n’avais pas pu le faire sur le moment, celui où j’avais conçu le projet, forcément, parce que, ce jour-là, nous étions le dernier lundi du mois d’août. Alors vous pensez ! Lundi + mois d’août = zéro fleuriste. Normal ! Contrariant, mais normal.

Si je dis « nous étions« , ce n’est pas parce que je me prends pour le roi des Belges. Quand je dis « nous étions« , quand je parle à la deuxième personne du pluriel, c’est par pure politesse, parce que vous pensez bien que, où vous étiez, vous, à ce moment-là, je m’en fiche comme de ma deuxième (je dis ça parce que, la première, il parait qu’on s’en souvient toujours).

Donc, je suis du côté de la rue de Rennes, on est mardi — tout le monde est mardi — Continuer la lecture de Les fleurs jaunes (1/2) →

Aventure en Afrique (24)

temps de lecture : 4 minutes 

Les géomètres de la SOGETEC

Un matin Michel de Verdière m’indiqua que deux géomètres de la SOGETEC, finissaient un relevé de plusieurs centaines d’hectares dans la région de Tillabéry. Ils allaient remettre le premier jet de leurs documents et il faudrait contrôler sa précision pour valider leur travail.

Je trouvais deux hommes sympathiques d’environ 40 et 50 ans, vieux briscards de la topographie en Afrique. Jeunes géomètres, je devais contrôler leur travail ! J’ai eu grand plaisir de les rencontrer. Ils étaient volontaires pour s’expatrier ensemble trois mois par an. Continuer la lecture de Aventure en Afrique (24) →

Aventure en Afrique (23)

temps de lecture : 4 minutes 

Les abaques 

Au bureau, où pendant notre absence un climatiseur avait été installé, j’ai établi un plan au 1/2000ème par retenues, en reportant à la main, les milliers de points que nous avions relevés. J’ai ensuite tracé les courbes de niveau et calculé les superficies qu’elles délimitaient. À partir de ces éléments je pouvais établir les courbes hauteur-volume dans un repère orthonormé ayant en abscisse les volumes et en ordonné l’échelle de crue.

Les courbes étaient belles et régulières. C’était ce que l’on appelle des abaques. J’étais très fier de mon travail et l’avais présenté à mes supérieurs. Ils avaient alors convoqué à Niamey les moniteurs agricoles de chacun des périmètres hydro-agricoles pour que je leur explique le fonctionnement de mon travail dans le but de réguler l’irrigation des cultures. Je leur ai également enseigné qu’il fallait tenir compte d’un paramètre qui était l’évaporation en raison d’environ 1 cm par jour. Pendant cette formation à ces hommes de niveau bac, j’avais l’impression de parler hébreu. Nous avions fait des travaux pratiques, pour que tous assimilent la lecture Continuer la lecture de Aventure en Afrique (23) →

La chute du globe (intégral)

temps de lecture : 9 minutes 

Couleur café n°35

La chute du globe

La Coupole,
102 Bd du Montparnasse,
PARIS 14

LES FAITS
Mercredi 24 août 2022, peu après 18 heures, le globe de verre de l’un des lustres qui assurent l’éclairage de la terrasse de La Coupole s’est décroché de sa suspension. Il s’est fracassé au sol à toute proximité d’une cliente en dispersant aux alentours un grand nombre de débris de verre acérés. Cet incident n’a causé aucun blessé. Les débris ont été balayés et l’activité normale a repris. Quelques minutes plus tard, un groupe de huit américaines s’est installé en terrasse pour diner. Tout ce qui précède est parfaitement véridique, mais pour la suite, c’est pas certain.

ROBERT DE MONTESSORI, poète, essayiste
J’étais seul, l’autre soir, à la terrasse de La Coupole. C’était pendant cette période où il faisait si chaud à Paris que, ce jour-là, lors de ma promenade vespérale, je n’avais eu ni le courage ni la force de parvenir jusqu’à la Closerie des Lilas pour m’y rafraichir d’une Continuer la lecture de La chute du globe (intégral) →