Les disparus de la rue de Rennes (2ème extrait)

Résumé des chapitres précédents

Roger Ratinet, employé à la Mairie de Paris, vient de constater la disparition d’une bonne quarantaine de numéros d’immeubles dans la rue de Rennes. On lui a demandé d’établir en toute hâte un rapport sur cette disparition pour le moins étrange.

Chapitre 2- La charge de la preuve

Où l’on découvrira que prouver un manque n’est pas chose facile et qu’éprouver un manque, non plus.

 C’est donc le 17 février 2023 vers 10 h 30 que notre préposé à la vérification des plaques de rue se rendit en toute hâte sur les lieux, muni de son appareil nippon tout neuf et de son certificat tout frais d’aptitude à la prise de vue numérique.

En arrivant en vue de l’église Saint-Germain des Prés, vint à l’esprit curieux de Ratinet la question suivante : « Comment fait-on pour photographier une rue qui a disparu ? ». Son esprit cartésien résista un temps à passer du particulier au général, mais il fallait bien qu’il cédât. Il céda et passa à « Comment fait-on pour photographier quelque chose qui n’est pas là ? », puis, plus général encore, à « Comment prouve-t-on l’absence d’une chose ? » et enfin à son inévitable universalisation : « Comment prouve-t-on qu’une chose n’existe pas ? ». La tête commençait à lui tourner Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (2ème extrait)

Go West ! (22)

(…) Je lui touchai doucement l’épaule. Elle se tourna vers moi. Il fallait parler maintenant. Contrairement à mon habitude, celle qui me réussit si bien dans cette matière, je n’avais rien préparé. Elle me regardait, dans l’expectative. Je ne disais rien. Et puis d’un coup, de mon meilleur anglais, je m’en souviens très précisément, j’ai dit : « Ah ! Vous voilà ! Je craignais que vous n’ayez été kidnappée ! »

Je ne sais pas ce qui lui a plu dans cette apostrophe. Était-ce l’inquiétude clairement simulée que j’y avais mise, l’impeccable respect de la grammaire anglaise, la subtile pointe d’accent français ? Elle ne me l’a jamais dit, mais je crois que c’est plutôt le mot “kidnappée“ ou, plus précisément, sa racine “kid“ qui l’a amusée. Elle a peut-être pensé que je la prenais pour une gosse, et elle a aimé ça. Va savoir pourquoi… En tout cas, mon approche était une réussite, parce qu’elle m’a souri doucement et m’a dit « Non, vous voyez, je suis là… », et puis elle s’est tue. Audace incroyable de ma part, aisance inhabituelle, je l’ai prise par la main et l’ai conduite vers un box tranquille, tout au fond du Broken Ski Club.

Nous avons passé une bonne partie de la nuit dans ce box. De temps en temps, un copain passait devant nous, affectant l’indifférence. Il nous jetait un coup d’œil et repartait raconter aux autres ce qu’il avait vu. De temps en temps, Continuer la lecture de Go West ! (22)

Les disparus de la rue de Rennes (extrait)

Chapitre 1 – Une mécanique bien huilée

Où l’on constatera qu’à l’instar du temps judiciaire, le temps municipal n’est pas celui de tout le monde et qu’en réalité, il y a moins d’urgence que de gens pressés.

C’est le 27 juin 2022 à 11 h 45, alors qu’il procédait à une opération de contrôle de routine, que Roger Ratinet[1], technicien de la Mairie de Paris préposé à la vérification de la conformité des plaques de rue à la parité homme/femme, découvrit que les quarante premiers numéros de la rue de Rennes avaient disparu. Choqué, il rentra chez lui et prit le reste de la journée pour se remettre.

Le lendemain, de retour à son bureau, il entreprit de rédiger le rapport d’anomalie circonstancié que méritait un tel événement. Quel ne fut pas son embarras quand il constata qu’il n’existait aucun formulaire adapté à ce qu’il avait à rapporter. Il y avait bien le formulaire spécial pour signaler la Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (extrait)

Plus ou moins de SUV ?

Bon, d’accord. On va dire que si j’écris ça, c’est parce que j’ai un SUV.
On va le dire, parce qu’aujourd’hui, quand quelqu’un dit quelque chose, on ne se demande pas si le bonhomme a raison ou tort dans l’absolu, si ce qu’il dit est fondé, on se demande d’abord d’où il parle, pour qui il prêche, s’il a intérêt à dire ceci plutôt que cela, et toute cette sorte de soupçons. 

Aujourd’hui, il n’y a plus de faits, seulement des faits alternatifs,  plus de vérité, mais des vérités relatives, plus d’honnêteté, des intérêts. Qu’est-ce que vous voulez ? C’est comme ça, et il n’y a rien à faire. En tout cas, moi, je n’y peux rien.
Mais je peux quand même continuer à écrire ce que je pense. C’est mon journal, après tout. Donc, vous n’y échapperez pas,  voilà ce que je pense. 

Voici le texte introductif de cette consultation populaire à la suisse, de ce referendum à la con :  Continuer la lecture de Plus ou moins de SUV ?

Go West ! (21)

(…) elle m’avait expliqué où elle habitait dans Zermatt, la rue, le nom de l’immeuble, l’étage, le couloir, le numéro de sa porte, tout. Et puis elle était partie, gaiment, sans autre explication. J’en étais tout retourné, abasourdi, ne pouvant croire qu’une grande fille comme ça, sure d’elle-même, exubérante, spectaculaire, puisse s’intéresser à un type de mon âge, plutôt introverti, alors qu’elle était entourée de grands, beaux, riches et spectaculaires italiens.

Une heure plus tard, juste pour ne pas avoir l’air trop pressé, j’ai trouvé la rue, l’immeuble, l’étage, la porte, tout. Il doit être entre minuit et une heure. Je suis sur un nuage. Dans le couloir, le silence est total. Doucement, je frappe à la porte. Rien. Je frappe un peu plus fort. Silence. Je frappe encore et je chuchote : « Paola ! C’est moi… ». Toujours rien. Je frappe à nouveau.
« Paola ! C’est…
— Chut ! Je suis fatiguée, allora je dors, rentre à ta maison ! »

Le ciel me tombe sur la tête et, avec lui, une tonne de déception. Je pense : « Ah ben non, alors ! »
« Paola ! Ouvre, s’il te plait, ouvre ! » Continuer la lecture de Go West ! (21)

Hidalgo, Ratinet, Lubherlu, Cottard et Éméchant, c’est aujourd’hui !

Vous connaissez bien sûr Anne Hidalgo et ses nombreux surnoms : Reine des bobos, Notre-Drame de Paris, Cruella, Mère Ubu, Mère Emptoire, Livret A (parce qu’il est bloqué à 3%)…
Vous avez subi jusqu’ici son interminable et dispendieuse entreprise de dévastation de la Capitale. Vous vous demandez comment le bon peuple de notre bonne ville a pu placer et maintenir à sa tête un monarque aussi absolu. Le fait que cette tyrannie résiste encore et toujours au mécontentement de ses administrés ne laisse pas de vous stupéfier. Bref, vous en avez marre.
Eh bien, apprenez que tout espoir n’est pas perdu car voici qu’à Paris, se dessine un nouveau scandale qui pourrait bien faire chanceler Annie Dingo. 

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Go West ! (20)

(…) Je n’ai plus rien écrit de personnel depuis cette série de tristes poèmes en octosyllabes laborieux que j’ai abandonnée il y a quatre ou cinq ans, et l’ébauche de ce journal de voyage m’ennuie rapidement. J’enfonce les deux malheureuses feuilles au fond de mon sac et laisse mon esprit vagabonder. Comme il revient sans arrêt sur l’épisode du Cove Creek, je ferme les yeux très fort et me force à penser à Patricia.

Patricia… Je l’ai rencontrée un soir à l’entrée d’une boîte de nuit. C’était à Zermatt, en Suisse. Il n’était pas encore six heures et le Broken Ski Club venait d’ouvrir ses portes pour la soirée. A cette heure, les jeunes godelureaux qui résidaient dans les trois grands hôtels de Zermatt venaient au Broken Ski pour y passer la fin de l’après-midi en buvant des Coca-Cola et en dansant le Madison, avant d’aller dîner avec leurs parents dans les grandes salles à manger d’apparats, nappes blanches amidonnées, chandeliers d’argent et lustres de Venise. Les plus âgés y reviendraient plus tard avec l’autorisation et l’argent de leurs parents.

À cette époque, parmi toutes les stations de sports d’hiver dans le monde, Zermatt était Continuer la lecture de Go West ! (20)