Archives par mot-clé : Philippe

Piqûre de rappel – 3

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons, et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, il ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro, ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables à un été en sécurité.  

BLIND DINNER (Extrait)

(…) De taille moyenne, elle porte une ample blouse noire, un pantalon moulant noir qui s’arrête à mi mollet — je crois que ça s’appelle un legging, mais je n’y connais rien — et de grosses chaussures noires du genre Rangers avec une énorme semelle débordante jaune. Ses cheveux très noirs, coiffés à la Play-Mobil, encadrent un visage très pâle. Ses lèvres minces ne portent aucun maquillage. Elle n’a pas de sac mais elle serre dans sa main gauche un gros portefeuille noir et un iPhone arc en ciel presque aussi gros. Porté en sautoir, ce qui ressemble à une chaine de vélo en or pend à son cou. Mais ce qui frappe chez elle, ce n’est pas la chaine de vélo ni les invraisemblables semelles de ses Rangers, c’est que, d’où qu’on la regarde, chez elle, tout est rond : son crâne, son visage, ses yeux, son nez, mais aussi ses épaules, son buste… La blouse qui tombe toute droite à partir de sa poitrine a du mal à dissimuler la rondeur impressionnante de son ventre. Quant au pantalon, il ne cache rien de la forme callipyge de ses cuisses et de ses mollets. On dirait un personnage de manga japonais qui aurait été dessiné avec un compas. Il doit y avoir déjà quelques temps déjà qu’elle a dépassé le quintal.

« Et voici Christiane, claironne Renée, Continuer la lecture de Piqûre de rappel – 3

La Tour Eiffel qui penche (3/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…) Une rapide étude de notre ingénieur-conseil, avalisée par l’Architecte en chef des Bâtiments Nationaux et par le Ministre du Tourisme lui-même a confirmé la chose : la Tour Eiffel penche ! Vous voyez, nous sommes au courant. Mais c’était gentil à vous de vouloir nous en informer. »
Il avait dit ça aussi tranquillement que si Ratinet était venu lui apprendre que deux radiateurs de la boutique de souvenirs étaient en panne.

3. Le plan Verdurin

En son for intérieur, Verdurin était très satisfait de la clarté et de la concision de son exposé. Par contre, il avait horreur de déjeuner seul. C’est pourquoi, c’est d’un ton jovial qu’il ajouta en se frottant les mains : « Bon, allez ! Il est bientôt midi ! Je vous invite à déjeuner au restaurant du coin. C’est très sympathique, vous verrez. » Pour Verdurin, le restaurant du coin, c’était bien sûr le Jules Verne, dont la porte se trouvait effectivement au coin du couloir à gauche en sortant.

« Mais c’est épouvantable, s’écria Ratinet qui, tout à ses réflexions, n’avait pas entendu l’invitation du directeur.

— Mais pas du tout, je vous assure ! Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (3/5)

PRÉFACE (10) : LA FORCE DE L’HABITUDE

LA FORCE DE L’HABITUDE(1)

Un soir, j’étais dans les bureaux de l’un de nos concurrents et néanmoins confrère en train de travailler avec lui à la résolution d’une affaire qui nous opposait. Appelons-le Garrouste. Rien que de très normal là-dedans. Vers vingt-heures, nous avions terminé et, contents de nous, nous nous accordâmes un demi pression au zinc du café d’en bas. Nous discutâmes d’autres affaires en cours, de l’avenir de la profession et de nos voitures respectives. Là encore, rien que de très normal. Les demi achevés, Garrouste m’en proposa un autre pour accompagner une partie de flipper. Je refusai poliment mais sans regret car je n’éprouvais que peu de sympathie pour le bonhomme. De plus, mon épouse, mes enfants et mon chien devaient m’attendre avec inquiétude au foyer. Mon confrère se commanda un nouveau demi et, en se dirigeant vers le billard électrique, me dit : Continuer la lecture de PRÉFACE (10) : LA FORCE DE L’HABITUDE

Piqûre de rappel – 2

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons, et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro, ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables à un été en sécurité.  

LA MITRO (Extrait)

 (…) Quand Félix et le contrôleur-adjoint sont arrivés devant l’escalier du bureau-atelier des Poids et Mesures, il n’y avait là que Mireille Pétugue, la femme du cousin d’Elzéar. Elle fait la secrétaire de mairie deux fois par semaine. Au bruit de la porte claquée, elle était sortie affolée de son bureau. A présent, elle était plantée deux marches au-dessus de l’entrée et elle parlait à la porte en fer.

«  Eh, Gérard, qu’est-ce que tu fais enfermé là-dedans ? Tu sais que t’as pas le droit d’être là ? »

Comme la porte ne répondait pas, elle a continué : Continuer la lecture de Piqûre de rappel – 2

La Tour Eiffel qui penche (2/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…) En fait, elle ne penche que d’un côté, comme la Tour de Pise, et c’est vers la Seine, vers le Trocadéro, et pour tout dire, vers le nord. » Cette victoire de la logique pure sur l’obscurantisme était rassurante en soi, mais il n’en demeurait pas moins que la Tour Eiffel penchait. Et ce n’était pas normal. C’était même inquiétant. Mais que faire ? La question se posait avec acuité. Et l’acuité, le petit photographe de chez Yvon n’aimait pas beaucoup ça.

2. L’annonce faite à Verdurin

Fallait-il ne rien dire à personne, utiliser les outils les plus sophistiqués de Photoshop pour arriver à redresser la Tour Eiffel tout en gardant leur horizontalité aux pelouses du Champ de Mars, et, la série achevée, rentrer à Beuzeville en Auge vivre entre ses parents le reste de son âge en attendant que le Service de Contrôle de la Conformité des Bâtiments Nationaux à leur État Descriptif ne constate l’anomalie et ne prenne les dispositions nécessaires pour en informer les autorités compétentes ? À Gérard, arrière-petit-fils d’Aristote Ratinet, celui-là même qui, au début du siècle dernier, s’était couvert de gloire en menant l’équipe de Beuzeville en Auge jusqu’à la finale du concours national de manille parlée, une telle attitude parut inacceptable. Il y renonça.

Fallait-il rapporter la chose à son supérieur hiérarchique immédiat et se décharger ainsi de toute responsabilité dans le suivi de l’évènement ? Le fait que son supérieur hiérarchique immédiat était ce con de Cottard Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (2/5)

PRÉFACE (9) : REINE D’UN SOIR

REINE D’UN SOIR(1)

Quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup Radio Luxembourg. C’était l’époque des feuilletons radiophoniques, la Famille Duraton (avec Jean Carmet dans le rôle de Gaston Duvet), de Sur le Banc (Jeanne Souza et Raymond Souplex, futur inspecteur Bourrel), des jeux en public comme Quitte ou Double (avec Zappy Max), des émissions culturelles comme Les Incollables (l’ancêtre à barbichette des Grosses Têtes). J’écoutais tout cela religieusement , essayant de comprendre les plaisanteries qui n’étaient pas toujours de mon âge, vibrant aux questions pièges de Zappy Max, admirant la culture des Incollés. Mais ce que longtemps j’ai préféré, ce qui a souvent étreint mon cœur d’enfant, c’était Reine d’un Jour. Cette émission avait lieu une fois par semaine, le soir à partir de 8 heures. Présentée par le dégoulinant de gentillesse et de compassion Jean Nohain, cette émission-jeu consistait à choisir dans un échantillon de pauvresses celle qui était la plus malheureuse, la plus malchanceuse, la plus maltraitée, la plus malaimée et à la couvrir de cadeaux, souvent inadaptés. Je compatissais avec Jean Nohain, j’étais ému avec le public, et je votais avec mon cœur pour la reine des pommes. Et puis, malheureusement, j’ai grandi. Radio Luxembourg est devenu RTL, Franck Ténot et Daniel Filipachi sont nés avec Continuer la lecture de PRÉFACE (9) : REINE D’UN SOIR

Dans le monde de l’édition (17) 

Pour des raisons non encore tout à fait déterminées, mais qui pourraient bien résider dans l’absence de blâme de Lorenzaccio de Baumarché et d’éloge flatteur de Myriam des Cornouailles, les ventes du célèbre écrivain méconnu Philippe C ont récemment fait un bon bond, passant brusquement de 50 en début juin à 54 exemplaires vendus, soit 40 pour Blind dinner et 14 pour La Mitro.
Ces chiffres encourageants nous conduisent à ne pas retarder davantage Continuer la lecture de Dans le monde de l’édition (17) 

La Tour Eiffel qui penche (1/5)

temps de lecture : 4 minutes 30

1-La mission de Ratinet

Employé de la maison Yvon, premier éditeur européen de cartes postales, Gérard Ratinet, 47 ans, né à Beuzeville-en-Auge et y habitant toujours, photographe autodidacte et hypocondriaque, avait reçu mission d’Etienne Cottard, directeur artistique et neveu du beau-frère du petit-fils du fondateur de la maison d’édition, de réaliser une série originale de photographies des principaux monuments de Paris. Les cartes postales qui en seraient tirées devaient être mises à la vente à l’occasion des prochains Jeux Olympiques qui, par une heureuse coïncidence, devaient justement se tenir l’année suivante dans la capitale. Ratinet avait accepté cette nouvelle mission non avec enthousiasme, car le sujet imposé était quand même, comme on dit dans le jargon des photographes professionnels, un peu ‘’cliché‘’, mais avec soulagement. Ça le changerait de sa mission précédente, une interminable série consacrée aux calvaires bretons, dont il était rentré neurasthénique et enrhumé.

Ayant décidé de consacrer sa première journée parisienne à la Tour Eiffel, il la passa à tourner Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche (1/5)

PRÉFACE (8) : VARIATIONS DE TENSION

VARIATIONS DE TENSION(1)

Cette suite de textes courts est le résultat de l’un de ces exercices que l’on aime pratiquer dans les ateliers d’écriture : décrire un personnage sans utiliser un seul adjectif, ou bien raconter une scène de ménage du point de vue d’un enfant de huit ans, ou bien raconter la rencontre du roi Henri IV et de William Shakespeare. Dans le cas de Variations de tension, il s’agissait de raconter la même scène de  manière de plus en plus tragique. Alors voilà : la scène se passe dans la salle d’attente du Docteur Cottard.

*

Cette nouvelle fait partie du  recueil intitulé « La Mitro ». Cette préface Continuer la lecture de PRÉFACE (8) : VARIATIONS DE TENSION

Piqûre de rappel – 1

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables pour passer un été en toute sécurité.  

BLIND DINNER (Extrait)

 (…) Comme je suis plutôt casanier et qu’Anne est plutôt sauvage, ces soirées de blind dinner ne nous enchantent plus guère ni l’un ni l’autre et nous préférerions mille fois nous retrouver en tête à tête au Stella devant une douzaine d’huitres. Disons plutôt qu’autrefois, nous aurions préféré diner en tête à tête au Stella devant une douzaine d’huitres. Aujourd’hui, ce serai plutôt devant Thalassa et un plateau-TV jambon-épinards. Mais bon… l’habitude était prise et il était trop tard pour opposer à Renée un refus qu’elle aurait pris pour une trahison.

Cette contrainte qu’elle nous imposait de ne rencontrer chez elle que des inconnus était devenue ridicule. Tout le monde devrait savoir que, pour qu’un diner soit réussi, si l’on peut y admettre un ou deux nouveaux venus, il faut que l’essentiel de l’assemblée soit composé de gens qui se connaissent afin qu’une certaine complicité fondée sur un minimum de souvenirs communs puisse faciliter la conversation. Quand un ange passe, rien de tel pour le chasser que quelqu’un qui lance : « Si je me souviens bien, chère Isabelle, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était chez les Machins. » Et c’est parti ! : « Mais, tout à fait ! Quel homme charmant que ce Michel, n’est-ce pas ! » Ou bien : « Pas du tout ! C’était à Bormes, mon cher ! Chez les Choses. Il faisait une de ces chaleurs ! Nous avions tous fini dans la piscine ! Quelle soirée ! Ah ! Ah ! » Et en avant les minauderies, les galanteries, les traits d’esprit sans lesquels il n’est pas de bonne réception. Au contraire, quand personne ne se connait, la tendance naturelle des gens est de rester sur la réserve de peur de gaffer ou de passer pour un imbécile. C’est comme ça du moins que je vois les choses.

Je viens de sonner à la porte de l’appartement et, Anne et moi, nous attendons en vérifiant l’état de nos chaussures que l’on vienne nous ouvrir, quand tout à coup :

« Meeerde ! Tu as oublié les fleurs dans le taxi ! »

Anne a réussi à crier son accusation tout en la chuchotant. Crier en chuchotant est un exercice difficile mais elle le pratique avec aisance. C’est sur le même ton, car j’ai beaucoup appris d’elle dans cette technique d’agressivité, que je proteste:

« TU as oublié… ! Tu es gonflée, quand même ! TU les as oubliées autant que moi, il me semble ? Et puis, ne dis pas merde comme ça tout le temps. Chez une femme, ça fait vulgaire.

— Merde, merde et merde ! Sans vouloir être vulgaire : tu me fais chier, Gérald, chuchote-t-elle furieusement, puis, dans la foulée, mais sur un ton beaucoup plus mondain : Oh ! Bonsoir ma chérie ! C’est nous ! Nous ne sommes pas trop en retard ? »

Renée venait de nous ouvrir la porte.

« Bonsoir Anne, bonsoir Gérald. Pas du tout, vous êtes les premiers. La circulation doit être monstrueuse ce soir, tout le monde est en retard. Entrez donc ! »

Tandis que je laisse passer Anne devant moi pour entrer dans l’appartement, elle en profite pour lancer perfidement :

« Gérald a oublié mes fleurs dans le taxi : un très joli bouquet de chez Morelli. On ne peut vraiment pas faire confiance aux hommes pour ces choses-là. »

Elle lève les yeux au ciel puis elle soupire avec affectation :

« Pour le reste non plus, d’ailleurs…

—Ce n’est pas grave, ma chérie, dit Renée en souriant. L’essentiel, c’est que vous soyez là. »
(…)

C’est ça, ouais ! C’est l’essentiel !

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