Archives par mot-clé : Philippe

Gisèle ! (3)

(…)tous ces dérapages finirent par ralentir la voiture et, après un ultime balancement encore plus prononcé que les précédents, elle se mit en glissade arrière. Instinctivement, Bernard se retourna à demi sur son siège comme s’il était en train de se garer en créneau, mais il ne savait plus quoi faire de son volant. Alors, il ne fit plus rien et c’est en marche arrière à vitesse de plus en plus faible que la voiture traversa les deux voies de circulation et la bande d’arrêt d’urgence pour venir mourir contre la glissière de sécurité dans un petit craquement sec. C’était le feu arrière gauche qui venait de céder.  

Maintenant, tout était calme. Dehors, le paysage avait cessé de valser et, à part les flocons qui voletaient lentement dans la lumière des phares, tout était immobile. À l’intérieur, de sa belle voix chaude et tranquille, le speaker achevait de désannoncer le morceau précédent : « … avec bien sûr Léonard Bernstein à la baguette. Et maintenant, sans transition, nous allons entendre… » Cœur en folie, muscles tendus, épaules douloureuses, mâchoire crispée, Bernard respirait bruyamment par le nez.  Il n’entendait rien que sa respiration, ne voyait rien que la neige qui s’accumulait sur son pare-brise et ne pensait absolument à rien. C’est sans réaction aucune qu’il regardait grossir au loin sur sa gauche les phares éblouissants de ce qui ne pouvait être qu’un nouveau camion. Le monstre Continuer la lecture de Gisèle ! (3)

Gisèle ! (2)

(…) mais c’est sûr que j’aurais pas dû. maintenant, elle va me faire la gueule pendant quinze jours… je vais encore aller coucher dans le salon… ou alors, elle va partir une semaine à la Croix-Rousse, chez Françoise, cette garce ! c’est sûr que je n’aurais pas dû… bon sang, il neige de plus en plus…

Le moteur ronronnait calmement. Bernard observait les flocons qui se collaient sur le pare-brise. Ils glissaient lentement vers le haut de la vitre avant d’être rattrapés et chassés vers l’extérieur par les essuie-glace. De temps en temps, un flocon plus rapide parvenait à échapper aux balais. Il restait un instant avec quelques autres, bloqué par le rebord du pare-brise et puis, d’un coup, il disparaissait dans l’obscurité, emporté par le vent de la course. Instinctivement, Bernard jetait un coup d’œil dans le rétroviseur pour tenter de suivre sa fuite.

pauvre petit flocon, je me demande ce qu’il devient, tout seul, dans le noir…

Sa petite réflexion le fit sourire, mais quand il quitta le rétroviseur des yeux pour revenir à la route, il eut un haut le corps : Continuer la lecture de Gisèle ! (2)

Gisèle ! (1)

La neige est apparue à la sortie du dernier tunnel avant Chambéry. En une fraction de seconde, la voiture est passée de la lumière jaunâtre du souterrain à celle, éblouissante, des phares. Des millions de flocons qui flottaient doucement dans la nuit se transformaient en un rideau blanc tacheté de noir à l’apparence infranchissable. Au moment où il sortait du tunnel, Bernard est passé en feux de croisement et l’éblouissement a disparu. C’étaient maintenant des centaines de petites fleurs blanches qui s’écrasaient à chaque instant sur le pare-brise, aussitôt balayées par le ballet des essuie-glaces.

…ah, la barbe ! la neige ! …manquait plus que ça ! d’abord la séance avec Gisèle… ensuite l’accident dans le tunnel de Fourvières et maintenant, la neige… bon sang de bon sang ! j’y arriverai jamais …

Deux jours plus tôt, quand il avait appelé l’Hotel Politecnico à Turin, on lui avait dit qu’on ne pourrait lui garder sa chambre que jusqu’à 20 heures. « Nous sommes désolés, signore Ratinet, ma siamo en pleine mostra dell’automobile, no ?allora, capisci signore… ». Il avait juré qu’il serait à Turin avant 20 heures et on avait pris sa réservation « ma, solamente perche sei un buon cliente, signore Ratinet… » Et maintenant, il était presque huit heures, et il n’était même pas à Chambéry ! Il lui faudrait encore au moins deux heures et demi pour arriver à Turin et, avec ce temps, peut-être trois.
Bernard tâtonna pour trouver son téléphone sur le siège passager et, tout en surveillant la route d’un œil, il composa le numéro du Politecnico.
« Oui, bonsoir. Bernard Ratinet à l’appareil. Écoutez, j’ai une réservation pour ce soir jusqu’à huit heures, mais j’ai eu un petit ennui sur la route. Je pense arriver vers 9h30. Vous êtes gentils de me garder ma chambre, d’accord ? »
Contrairement à ce qu’il craignait, ça ne semblait pas poser de problème. Il se dit qu’il serait toujours temps Continuer la lecture de Gisèle ! (1)

A demain matin, Gisèle ! N’oublie pas ! 7h47 !

Demain matin commencera la publication en épisodes des aventures d’un nouveau membre de la famille Ratinet, Bernard. Vous ne le connaissez pas, celui-là : Ratinet Bernard, trente huit ans, marié, sans enfant, délégué commercial chez SAUTI-CASAGRANDE Spa, fabriquant de chaudières domestiques au gaz ; habite Écully, dans la banlieue Lyonnaise ; parti en retard de son domicile pour se rendre le soir-même à Turin afin de participer demain matin à une importante réunion au siège de son employeur. 

Et, comme on dit souvent en Maurienne : « Eh ben ! Il est pas rendu ! »

NdE : Désolé, mais ça va pas être drôle…

PIAZZA NAVONA

RETOUR SUR LA PIAZZA NAVONA

Pour y avoir vécu et y être souvent retourné en touriste, je connais Rome assez bien. La Piazza Navona n’est pas la place que je préfère, mais un jour, depuis la table de café qui me servait d’observatoire, j’ai extrait de la foule quelques passants et je leur ai inventé une vie ou, plutôt,  deux.

J’ai voulu montrer par là combien notre imagination nourrie par les préjugés que nous portons tous en nous nous conduisent à nous tromper sur les gens.

Cette nouvelle fait partie du  recueil intitulé « La Mitro ». Cette préface est destinée à vous donner envie de la lire, d’acheter le livre, éventuellement de le lire en entier, et surtout, surtout, que vous l’ayez lu ou non, d’émettre un avis, un commentaire, une appréciation, deux lignes, trois mots, quatre étoiles sur le bouquin. 

ANDROMAQUE

ANDROMAQUE DE CYRÉNAÏQUE
et
RETOUR SUR ANDROMAQUE

Ces nouvelles font partie du  recueil intitulé « La Mitro ». Cette préface est destinée à vous donner envie de la lire, d’acheter le livre, éventuellement de le lire en entier, et surtout, surtout, que vous l’ayez lu ou non, d’émettre un avis, un commentaire, une appréciation, deux lignes, trois mots, quatre étoiles sur le bouquin. 

Il y a longtemps que j’ai choisi mes trois plus grands hommes de l’Histoire et Jules César en fait partie.

Plusieurs fois, j’ai introduit cet immense personnage dans mes petites nouvelles : si, malgré tous mes efforts d’imagination, je n’ai pas réussi à lui faire croiser Churchill, je l’ai quand même rencontré personnellement dans un cinéma du quartier (latin forcément),  je lui ai fait mettre de l’ordre dans l’administration de Pergame, je lui ai fait convaincre des pirates d’augmenter le montant de sa rançon, je lui ai même fait renoncer au pouvoir pour fonder une académie. Continuer la lecture de ANDROMAQUE

Histoire de Dashiell Stiller – Critique aisée n°264 (3/3)

(suite de l’autocritique malaisée d’Histoire de Dashiell Stiller)

(…) Les deux derniers chapitres, Mattias Engen et Dashiell Stiller, les plus longs du roman, dégagés qu’ils étaient de la tragédie de Samuel et de la langue de bois de Cambremer, ont été sinon faciles, du moins agréables à écrire. Le moins agréable n’étant pas de ne pas connaitre le dénouement des amours d’Isabelle et Dashiell une demi-heure avant de l’écrire enfin.

Je viens de vous présenter sans vergogne ni pudeur la plupart des secrets de l’écriture de l’Histoire de Dashiell Stiller. A présent, sans aucune modestie et en toute sincérité, je vais me livrer coram populo et sans filet à l’exercice littéraire le plus difficile et le plus dangereux qui soit : faire la critique du roman que l’on vient d’écrire.

Critiquer le roman d’un autre est un plaisir dont je ne me suis pas souvent privé. Continuer la lecture de Histoire de Dashiell Stiller – Critique aisée n°264 (3/3)