Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

André Pousse

André Pousse fut coureur cycliste, agent artistique, tenancier de boite de nuit, comédien et restaurateur.
Vous l’avez vu dans de nombreux films, dirigé par Michel Audiard, Henri Verneuil, José Giovanni, Jacques Deray, Jean Yanne.  
Natif du 5ème arrondissement et habitant de la rue Gay-Lussac, son accent parisien était un modèle du genre. Ajouté à sa grande silhouette mince et à son air flegmatique et distingué, cet accent lui a permis de jouer des rôles de truands complètement décalés. 
Il a écrit un livre de souvenirs dont j’ai tiré quelques passages.

Alors qu’il tourne une scène dans laquelle André Pousse doit ouvrir une cage de laquelle s’envolera un pigeon, Michel Audiard lui demande :
— Il faudrait que tu parles, la-dessus, que tu dises quelque chose. T’as pas une idée ? Continuer la lecture de André Pousse

Rochefort en colère

Morceau choisi

Claire allusion à Lucien Jeunesse et à son Jeu des Mille Francs, Jean Rochefort incarne Michel Mortez, présentateur à la radio de la même émission de jeux itinérante depuis 25 ans. Sur la pente de la dépression, il parcourt la France avec son chauffeur, Gérard Jugnot.  Sur le bord de la route, dans la poussière soulevée par les voitures qui les frôlent, un couple de campeurs en jogging pique-nique en toute béatitude au milieu de tout leur équipement Trigano, derrière le coffre ouvert de leur Opel Vectra. La voiture de Mortez s’arrête devant eux dans un hurlement de pneumatiques. Rochefort en sort, fou de rage, et invective les pique niqueurs :

« — Ça suffit ! Vous avez assez bouffé ! Il y a tout de même des limites! Allez hop ! Remballez ! Vous êtes là honte du paysage français ! J’aime l’hiver parce qu’il m’épargne votre spectacle ! On devrait créer une brigade esthétique, interdire le port du survêtement en-dehors de l’enceinte des stades ! Ils vont se multiplier ! Faut leur enlever la garde de leurs enfants ! Ou mieux : on va les stériliser ! » Continuer la lecture de Rochefort en colère

Nicolás Gómez d’Avila

deux minutes


Voici quelques aphorismes que j’’avais déjà publiés il y a plus de cinq années. Mais comme c’était dans le cadre d’un commentaire, ils vous avaient probablement échappés. Ils sont de Nicolás Gómez d’Avila,
écrivain et moraliste colombien, (1913-1994).

IL me fait penser, en plus moderne, à Caton et, en moins drôle, à Philippe Muray :

L’intellectuel n’oppose pas à l’homme d’état l’intégrité de l’esprit mais le radicalisme de l’inexpérience.

Tolérer ne doit pas consister à oublier que ce qu’on tolère ne mérite que de la tolérance.

L’intégration croissante de l’humanité ne fait que lui faciliter le partage des mêmes vices.

Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve Continuer la lecture de Nicolás Gómez d’Avila

Le corps et l’âme

C’est une chose que connaissent bien eux qui aspirent à apprendre. Au moment où la philosophie a pris possession de leur âme, elle était, cette âme, tout bonnement enchainée à l’intérieur d’un corps, agrippée à lui, contrainte aussi d’examiner tous les êtres à travers lui comme à travers les barreaux d’une prison au lieu de le faire elle-même et par elle seule, vautrée enfin dans l’ignorance la plus totale. Or, la philosophie le discerne bien, ce qu’il y a de plus terrible dans cet emprisonnement, c’est qu’il est l’oeuvre de l’appétit, de sorte que c’est l’enchainé lui-même qui coopère de la manière la plus efficace à parfaire son état d’enchainé. Je répète : ceux qui aiment à apprendre savent bien que, au moment où la philosophie a pris possession de leur âme, elle se trouvait dans l’état que j’ai dit. Aussi, la philosophie lui adresse-t-elle Continuer la lecture de Le corps et l’âme

Des films trop compliqués

Morceau choisi 

(…) je ne me sentirais plus capable d’être critique de cinéma aujourd’hui, car les films sont devenus trop compliqués. À l’époque où j’étais critique, tous les films étaient conçus pour le grand public, je n’avais pas une impression d’imposture. Il m’arrivait d’être troublé quand un film était trop subtil. Il y a 20 ans, les films étaient faits intelligemment, mais l’intelligence se trouvait derrière la caméra, dans la façon de raconter une histoire. Aujourd’hui, l’intelligence est sur l’écran mais, souvent il y a une grande maladresse derrière la caméra. Les critiques ne savent pas rendre compte de l’exécution ; ils savent bien rendre compte des intentions, ils ont aidé en cela par des dossiers de presse généreux. Pourtant, l’exécution, c’est ce que ressent le public. Je trouve superficiel la plupart des compte rendus de films ou de livres ; ils se recopient les uns les autres, c’est dommage.

François Truffaut
Entretien avec Franck Maubert – Avril 1982

 

Blondin, écrivain léger

J’ai une grande admiration pour le style d’Antoine Blondin en même temps qu’une grand affection pour le personnage. Ses livres avaient le don de me remplir de bonheur  et de nostalgie en même temps, sans oublier le plaisir littéraire. 
Dans un entretien de décembre 1987 avec Pierre Assouline, Antoine Blondin raconte que, tous les dimanches, avec Marcel Aymé et Roger Nimier, il allait rendre visite à Céline chez lui à Meudon. 

« La première fois Céline me dit :
— Blondin, vous êtes la joie de ma vie…
Je suis devenu rouge de bonheur, et il a repris :
—… car vos livres sont tellement légers que, quand ils me tombent des mains, ça ne me fait pas mal aux pieds.»

Blondin, on l’aime aussi pour ça.

 

D’écluse en écluse

Morceau choisi

L’âge, faut-il le rappeler – mais il faut le rappeler, tant chacun vit avec indifférence l’âge de l’autre – , l’âge n’est que très partiellement un donné chronologique, un chapelet d’années ; il y a des classes, des cases d’âge : nous parcourons la vie d’écluse en écluse ; à certains points du parcours, il y a des seuils, des dénivellations, des secousses ; l’âge n’est pas progressif, il est mutatif : regarder son âge, si cet un âge est un certain âge, n’est donc pas une coquetterie qui doivent entraîner des protestations bienveillantes ; c’est plutôt Continuer la lecture de D’écluse en écluse

Rendez-vous à cinq heures avec l’Entre-deux selon Philippe

La page de 16h47 est ouverte…*


Comme vous l’avez compris, je l’espère, les textes en gras sont l’incipit et l’excipit d’ À la recherche du temps perdu, et ce qui est entre les deux est de Philippe

Longtemps, je me suis couché de bonne heure,
vers les sept heures, sept heures trente. La plupart du temps, je m’endormais sans difficulté, presque immédiatement, pour me réveiller sur les coups de trois heures du matin sous l’effet d’un besoin naturel de satisfaire une envie pressante. Alors, en vêtement de nuit, malgré l’obscurité la plus totale qui régnait dans notre maison et grâce à la parfaite connaissance que l’habitude m’en avait donnée, je franchissais sans difficulté les quelques mètres qui me séparaient des lieux d’aisance. Ceci fait, et une fois de retour dans ma chambre, j’allumais enfin ma chandelle et me consacrais à ma collection d’aiguilles de pin d’Alep jusqu’à ce qu’immanquablement, à sept heures précises, Françoise m’apportât mon petit déjeuner. 

Un matin de novembre, je trouvai, appuyée  contre la théière d’argent Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures avec l’Entre-deux selon Philippe