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— Ta gueule, Gérald.
Elle a dit ça d’un ton tellement calme, tellement détaché que j’ai dû mal entendre… ou mal comprendre.
— Qu’est-ce que tu dis, ma chérie ?
—Je dis : « Ta gueule, Gérald », répond-elle encore plus calmement.
— Mais enfin, ma chérie, je ne peux pas laisser cet ivrogne nous insulter de cette manière. Il faut bien que…
— Ta gueule, Gérald ! D’abord, ce n’est pas nous qu’il a insulté, c’est toi et toi tout seul. C’est toi qu’il a traité d’imbécile, de vaniteux et de bouché à l’émeri, pas moi. Ensuite, moi, ça fait déjà des années que je le sais, que tu es un con. D’ailleurs, tout le monde le sait. Renée le sait, son mari Fernand le savait, ton meilleur ami Hubert, ta secrétaire et maintenant les invités de Renée. Tout le monde, je te dis ! Continuer la lecture de Sacrée soirée ! (26)

Le bruit s’est à peine éteint dans nos oreilles que voilà Charles qui reprend la parole :
Gérard, encore une qui m’appelle Gérard ! C’est agaçant, à la fin ! Je m’apprête à répliquer énergiquement à la dame mais avec calme et humour selon la règle que je me suis fixée il y a deux ans quand je me suis aperçu que la colère avait tendance à me faire perdre le fil de mes idées.
Le silence est retombé sur la cuisine. Tout à coup, sur le frigidaire, le Pizon Bros fait crack, scrouitch, twouiitt et revient à la raison. Ça doit être de la harpe, maintenant ! Le comble !
Charles n’est pas du tout de cet avis. Il fait semblant de gémir :
Tout d’un coup, Kris se lève de sa chaise en frappant un grand coup sur la table du plat de la main, et quand un bon quintal frappe du plat de la main sur une table de ferme, je vous jure que ça fait du bruit.
C’est qu’il a l’air content de lui, le roi de la photocopieuse.