Archives de catégorie : Fiction

Un garçon de laboratoire (intégral)

 temps de lecture : 15 minutes 

Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.
 Antoine Blondin

Première partie

Je pouvais vraiment pas savoir que ça allait tourner comme ça, moi ! J’avais juste répondu à une petite annonce du Quotidien de Ploucville-les-Bains, une petite annonce toute simple : « Recherchons garçon de laboratoire. Bonne santé. Pas de qualification particulière. Emploi stable et bien rémunéré. Contacter le Journal qui transmettra ». Ça tombait bien, cette annonce : je n’avais aucune qualification particulière, j’avais un gros besoin d’argent et un peu de stabilité me ferait surement pas de mal. Faut dire que ces derniers temps,  j’avais vraiment pas eu de chance.

J’explique : je venais juste de trouver un boulot de livreur de fast-food à domicile. Attendez ! C’est pas ça, le coup de pas de chance. Le boulot, c’est pas forcément le bonheur, rarement même. Mais livreur de bouffe à domicile, c’est super comme job. On travaille quand on veut et on se nourrit sur la bête. Bon, bien sûr, Continuer la lecture de Un garçon de laboratoire (intégral)

Un garçon de laboratoire (3/3)

temps de lecture : 5 minutes 

« Parfait, parfait, qu’il a répété, Ratinet. Je suis sûr que nous allons nous entendre. Pourriez-vous commencer dès aujourd’hui ? Oui ? Très bien, parfait, parfait. Maintenant je vais vous prier de bien vouloir lire attentivement ce contrat, et s’il vous agrée, de le dater et de le signer au bas de la dernière page. Et surtout, prenez votre temps ! »

Troisième et dernière partie

Moi, le juridique, c’est vraiment pas mon truc. Et puis quand je lis des choses comme  … de l’exécution des présentes, le salarié s’engage à se conformer aux instructions et directives de l’ensemble des instances dirigeantes et supérieurs hiérarchiques auquel il est… ou comme …Conformément aux dispositions de l’article L1635–1 du Code du Travail, le salarié est informé qu’il bénéficie tous les deux ans d’un entretien professionnel avec…, moi ça me fout le tournis et je comprends plus rien de ce que je lis. Alors, j’ai d’abord cherché le montant de la paie dans toute cette paperasse, après, j’ai fait semblant de lire le reste, et puis j’ai dit « Et comment qu’il m’agrée, votre contrat, M’sieur Ratinet ! J’en n’ai jamais vu un qui m’agrée autant que celui-là. Z’avez un stylo ? » et j’ai signé. Ratinet a Continuer la lecture de Un garçon de laboratoire (3/3)

Un garçon de laboratoire (2/3)

temps de lecture : 5 minutes

(…) Tout ce que je voulais dire, c’est qu’il y avait pas confusion, c’était bien l’adresse et c’était bien une blanchisserie.
« Tiens, bizarre ! que je me dis. Y cherchent un garçon de laboratoire, là-dedans ? Bizarre ! Peut-être qu’ils analysent les produits avant de les utiliser ? Ouais, ça doit être ça : ils ont un labo pour analyser les produits et c’est pour ça qu’ils veulent un garçon de laboratoire. » J’étais un peu déçu, forcément : probable qu’il y aurait pas de picouzes, et par conséquent pas de jolies filles ou de demi-bourgeoises à qui les faire. « Mais bon, que je dis encore, y aura quand même surement la blouse, le bic 4 couleurs et le salaire. Et puis ce serait bien le diable si y aura pas de temps en temps des bleus de travail à chourer. Et puisque je me suis cassé le tronc à venir jusque-ici, autant aller au bout !» Et paf ! J’y suis allé. Ben oui, quoi ! Je pouvais pas savoir que ça allait tourner comme ça.

Deuxième partie

Y avait qu’une seule porte qu’avait pas l’air d’être faite pour les ouvriers. D’ailleurs, dessus, y avait écrit « Visiteurs ». J’étais pas vraiment un visiteur, plutôt un futur salarié, mais je l’ai poussée quand même. Derrière, y avait une salle un peu grande, avec au fond un comptoir en demi-cercle, un peu comme celui du Rencart des Routiers-Pas-Sympas sur la N34 à la sortie de Pedzouille-les-Oies, mais en mieux. Au mur à gauche, y avait un grand écran qui débitait des conneries sur les qualités formidables de la Blanchisserie de Ploucville avec des images en boucle de torrents de montagne, de forêts verdoyantes et de couchers de soleil sur l’océan. À vomir… Sur le mur d’en face, Continuer la lecture de Un garçon de laboratoire (2/3)

Un garçon de laboratoire (1/3)

temps de lecture : 5 minutes 

Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.
 Antoine Blondin

Première partie

Je pouvais vraiment pas savoir que ça allait tourner comme ça, moi ! J’avais juste répondu à une petite annonce du Quotidien de Ploucville-les-Bains, une petite annonce toute simple : « Recherchons garçon de laboratoire. Bonne santé. Pas de qualification particulière. Emploi stable et bien rémunéré. Contacter le Journal qui transmettra ». Ça tombait bien, cette annonce : je n’avais aucune qualification particulière, j’avais un gros besoin d’argent et un peu de stabilité me ferait surement pas de mal. Faut dire que ces derniers temps,  j’avais vraiment pas eu de chance.

J’explique : je venais juste de trouver un boulot de livreur de fast-food à domicile. Attendez ! C’est pas ça, le coup de pas de chance. Le boulot, c’est pas forcément le bonheur, rarement même. Mais livreur de bouffe à domicile, c’est super comme job. On travaille quand on veut et on se nourrit sur la bête. Bon, bien sûr, quand Continuer la lecture de Un garçon de laboratoire (1/3)

La Poursuite inexorable

J’ai sauté dans ma décapotable grand sport. Elle a démarré presque aussitôt. En moins d’une seconde, j’avais vérifié les cadrans : niveau de kérosène OK, altimètre OK, pression des pneus OK. J’ai jeté un coup d’œil sur les contacteurs : éjection, mitrailleuse, écran de fumée, tous étaient en position d’attente. La radio jouait très fort une sorte de valse ou de polka. Tout allait bien. J’allais réussir à échapper à Malevitch. Je me glissai dans la circulation, juste derrière une ambulance et je me détendis un peu en m’enfonçant dans mon siège. Encore une mission réussie…

Je levai la tête. Au-dessus de moi, légèrement sur l’arrière, un hélicoptère Continuer la lecture de La Poursuite inexorable

Rendez-vous à cinq heures à la plage (7)

la page de 16h47 est ouverte…

Conversation sur le sable (2)

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo,
J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse.

Enfant au premier plan :
—C’est chouette ça, comme métaphore.

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures à la plage (7)

Rendez-vous à cinq heures à la plage (6)

la page de 16h47 est ouverte…

Conversation sur le sable (6)

Saint-Brévin-l’Océan, 12 août 1948

 Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, essuyant ses yeux :
— Faut reconnaître, c’est du brutal !

  Enfant au premier plan :
— Vous avez raison, il est curieux hein ?

  Enfant au deuxième plan :
— J’ai connu une polonaise qu’en prenait au petit déjeuner. Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme.

  Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo, les yeux dans le vague : Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures à la plage (6)

Pauvre Monsieur

Ma chère Madeleine,

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pris la plume pour te donner de mes nouvelles, et j’espère que tu ne m’en voudras pas. J’ai été très occupée ces derniers temps car la santé de Monsieur va plutôt en déclinant. Mais tout à l’heure, il est parti en fiacre à la Grande Cascade où il m’a dit qu’il devait retrouver Monsieur Gide. J’ai donc une heure ou deux devant moi pour la première fois depuis longtemps, et je veux en profiter pour t’écrire quelques lignes.

Tout d’abord, je dois te dire que j’ai été très contente d’apprendre le mariage de ta fille avec Grand-René. Il parait que c’est un bon garçon qui travaille et qui ne boit pas. Je n’ai pas pu venir aux noces parce que Monsieur avait besoin de moi. J’ai appris que Fernande Dubost était morte. C’est bien triste. Et toi, vas-tu bien ?

Pour ce qui est de moi, je suis un peu fatiguée en ce moment car, depuis que Monsieur a chassé Alfred, notre chauffeur, je dois le remplacer dans Continuer la lecture de Pauvre Monsieur

Rendez-vous à cinq heures à la plage (5)

la page de 16h47 est ouverte…

Conversation sur le sable (5)

Saint-Brévin l’Océan, 12 août 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— J’ai besoin de changer d’atmosphère et mon atmosphère, c’est toi.

Enfant au deuxième plan :
— C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère. Si j’suis une atmosphère, t’es un drôle de bled.

Les jambes au maillot de bain en laine en Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures à la plage (5)

Rendez-vous à cinq heures à la plage (4)

la page de 16h47 est ouverte…

Conversation sur le sable (4)

Saint Brévin l’Océan, 12 aout 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Bizarre…bizarre

Enfant au premier plan :
— Qu’est-ce qu’elle a ma pelle ?

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo : Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures à la plage (4)