(…) Il est presque cinq heures. Le vent s’est un peu levé. Sous mon grand chêne, il n’en fait pas moins chaud pour autant mais, pendant quelques minutes, le bruissement des feuilles m’en a donné l’illusion. Le problème maintenant, c’est la poussière. Avec ma ridicule veste en daim que je n’ai pas enlevée pour ne pas faire négligé, je suis en train de me liquéfier. À chaque passage de voiture, la poussière soulevée vient se coller dans mes cheveux, sur ma figure, mon cou et jusque sous ma chemise que j’ai quand même un peu ouverte au risque de passer pour un vagabond. Heureusement, des passages, il n’y en a pas beaucoup.
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Pendant notre dernière escale à Gander, je n’avais pas vu Carol, occupée sans doute avec les reste de l’équipage dans une salle réservée au personnel. J’en avais profité pour annoncer aux deux autres que je resterai un peu à New-York et que je les rejoindrai plus tard en Arizona. Devant leur protestations, je n’avais pu éviter de leur donner mes raisons pour ce lâchage et donc de leur raconter ma nuit entre Shannon et Gander. Je l’avais fait dans les termes les plus galants et les plus vagues possibles, mais aussi avec un plaisir certain. Devant le motif sérieux que je leur présentais, leur colère se transforma en jalousie mêlée, j’en suis sûr, d’un certain respect. Une fois de nouveau dans l’avion, je pu glisser un mot à Carol :
— Je t’attendrai à la sortie des bagages, d’accord ?
— D’accord, dit-elle distraitement en vérifiant le verrouillage de ma ceinture de sécurité.
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J’en ai marre ! New-York — Flagstaff ! C’était une ânerie de vouloir faire tout ce trajet en stop. Je ne suis vraiment pas fait pour ça. Je suis fatigué, je suis sale, j’ai chaud, j’ai soif, j’en ai marre. Il faut que je trouve un bus pour me sortir de là, pour aller en ville, dans celle-ci ou dans une autre, n’importe laquelle, là où il y aura un hôtel, une bière, une douche, l’air conditionné, un réfrigérateur, quelque chose, quelque chose d’autre que ce foutu chêne dont les feuilles ne bougent même plus, quelque chose d’autre que cette foutue route qui ondule sous cette foutue chaleur. Mais comment trouver un bus ? Comment trouver la gare routière ? Dans ce foutu bled, il n’y a même pas un foutu piéton à qui Continuer la lecture de Go West ! (3)
