HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 8

Voici un extrait d’HISTOIRE DE DASHIELL STILLER, 435 Pages, 12€ sur Amazon.fr

Extrait du chapitre 8 : Georges Cambremer

Georges est l’ami d’enfance d’Antoine et de sa future femme, Isabelle. Sur la photo, c’est le beau jeune homme au costume bleu. Les vacances communes de leur enfance, les années d’études passées ensemble à Paris, vont forger entre eux une très forte amitié. Mobilisé tous les deux en 1939, ils ne se reverront jamais. Antoine mourra en Allemagne tandis que Georges entrera tout d’abord au gouvernement de Vichy puis dans la Résistance. C’est du moins ce qu’il raconte au journal Combat venu l’interviewer :

(…)

Combat : On a dit dans certains milieux qu’au sein des gouvernements successifs de Vichy, votre rôle a été bien plus important que ce que vous avez bien voulu déclarer à la commission d’enquête en 1946. Les mêmes racontent que vous avez participé activement à la rédaction des décrets d’application des lois antisémites et même à l’organisation de leur mise en œuvre, en particulier aux côtés de René Bousquet. Ce serait même là la raison de votre nomination à l’ordre de la Francisque.

Georges Cambremer : J’ai déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de tordre leur cou à ces ignobles rumeurs qui sont propagées par mes ennemis politiques. La Commission d’enquête a entendu mes explications après avoir mené des investigations indépendantes. Si elle n’a pas encore rendu ses conclusions, ce n’est qu’une question de temps, peut-être quelques semaines. Je suis tout à fait serein quant à Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 8 →

Dans le monde de l’édition (19)

Bon ! Dans le monde de l’édition, rien ne va plus ! Les ventes stagnent ! Elles n’ont pas bougé depuis le 6 août dernier. En particulier, le compteur d’Histoire de Dashiell Stiller est mystérieusement bloqué à 10. Dix exemplaires vendus en quatre semaines ! Il va falloir que je réactive une sérieuse campagne d’incitation. Vous n’y échapperez pas. J’attends de chacun qu’il fasse son devoir.
Mais le pire n’est pas le niveau ridicule atteint par les ventes d’HDS, c’est celui du nombre des avis sur Amazon : 0(1)

Allez, un bon mouvement ! Dites quelque chose ! N’importe quoi, mais Continuer la lecture de Dans le monde de l’édition (19) →

Le voyage à Reims

Première diffusion : 28 octobre 2014……………………………..temps de lecture : 6 minutes

Je traine seul dans Reims où je n’ai rien à faire avant midi et demi. Il est seulement onze heures. Le soleil commence à chauffer fort et j’irais bien m’asseoir à l’ombre quelque part. Ce ne sont pas les terrasses qui manquent sur la place d’Erlon, mais j’ai assez bu de cafés pour ce matin. Un peu plus loin, calme et fraiche, la cathédrale me tend les bras. La place est presque vide. J’entre.

J’ai déjà visité plusieurs fois cette belle et grande église, point de passage obligé de l’histoire de France. Aussi, aujourd’hui, je vais directement m’asseoir dans la nef principale, comme un habitué. La lumière est belle. Il fait bon. J’essaie de me concentrer sur une improbable méditation ou une vague prière parce que, récemment, il a fait plutôt mauvais temps pour notre entourage. Dans la grande nef, assis au bord de l’allée centrale, je suis là, à essayer de penser à des gens qui n’y sont plus. Au bout de quelques minutes, je réalise que mes pensées sont parties dans tous les sens et je me surprends à regarder le plafond ou les rares touristes qui me dépassent pour remonter vers l’autel.

Au beau milieu de l’allée, à un mètre de moi, une dalle est différente des autres. Elle ne se distingue que parce qu’on y a gravé très sobrement « Ici Saint Rémi a baptisé Clovis roi des Francs ». Compte tenu de l’ampleur de l’évènement, qui allait ouvrir le royaume de France à la religion catholique, je trouve l’inscription bien modeste. Pourtant, je remarque qu’instinctivement, lorsqu’ils déchiffrent l’avertissement, les visiteurs font un écart respectueux pour éviter de le piétiner. J’ai envie de leur dire: « Vous savez, il n’y a personne là-dessous. Vous pouvez marcher dessus ».

En cette fin de Juillet 2014, le visiteur moyen de la cathédrale de Reims a soixante ans. Il porte un short, un bermuda ou, si son sexe le lui permet, un pantalon corsaire ou une jupe courte ; il arbore volontiers une chemise à carreaux à manches courtes ou un polo du genre Lacoste mou. Et les chaussures ? Ah! Les chaussures! Birkenstocks, Adidas  multicolores à coussin d’air, Méphistos aérées, Tongs arc en ciel, tout est là, tout ce qui fait le charme du touriste en ville. Ce même visiteur moyen est souvent accompagné d’un sac ou assimilé : sac à dos du sportif, pochette en bandoulière du citadin ou banane de l’homme élégant.

J’en suis là de mes observations d’entomologiste charitable lorsqu’un groupe d’une douzaine de personnes passe devant moi en remontant l’allée. Ce petit groupe rassemble toutes les caractéristiques et tous les accessoires que je viens d’énumérer. Je me demande soudain où sont passées les groupes de jeunes filles suédoises ou californiennes d’autrefois ? Probablement au même endroit que les neiges d’antan.

Rafraichi, reposé et un peu triste, je me lève pour sortir. Je passe devant les panneaux touristiques qui expliquent l’histoire de la cathédrale. Ils me confirment que la charpente en bois de la cathédrale, détruite pendant la première guerre mondiale, a été entièrement reconstruite en éléments de béton armé, ceci à la demande et aux frais de M. Rockefeller.

Au moment où j’atteins la sortie latérale, un chant très doux s’élève derrière moi. Tout de suite, je pense aux haut-parleurs accrochés aux piliers un peu partout dans la cathédrale car il est maintenant d’usage de diffuser de la musique en continu dans certaines églises comme on le fait dans certains ascenseurs. Mais, non ! Ce cantique ne peut provenir que de la nef que la rangée de colonnes et de piliers me cache. Je fais demi-tour et je me dirige vers l’autel par le bas-côté. Lorsque j’arrive au transept, c’est la fin du cantique. Devant moi, ma douzaine de touristes bariolés est sagement rangée, debout entre le chœur et la nef. Face aux rangées de chaises, six femmes. Derrière elles, intercalés, un degré plus haut, six hommes. Tous tiennent une feuille de papier à la main. Ils ont posé leurs sacs à dos, pochettes à bandoulière et bananes sur quelques chaises de la première rangée. Ils fixent un treizième larron qui leur fait face. Celui-là porte un pantalon long beige clair, un polo bleu ciel impeccable et des mocassins de cuir Bordeaux. C’est sûrement leur chef. Effectivement, il fait un vaste geste des deux bras et un nouveau chant commence.

Presque sur la pointe des pieds, avec des gestes d’une lenteur appuyée, des visiteurs s’insinuent entre les rangées de chaises et s’asseyent avec précaution. D’autres s’immobilisent, debout, là où le chant les a surpris. J’ai choisi la chaise la plus à gauche dans la première rangée. De cette manière, je peux voir aussi bien les visages des chanteurs que celui du chef de chœur ou ceux des spectateurs.

Ces dames, pas encore tout à fait vieilles, petites, boulottes, mal habillées, elles qui tout à l’heure, dans l’allée centrale, semblaient avoir perdu toute grâce,  ces femmes ont des voix d’enfants. Ces hommes qui les accompagnent  leur ressemblent. Leurs voix sont à peine plus graves, mais plus rondes. Ils ferment les yeux pour ne pas se perdre dans le canon, ils dodelinent de la tête pour sentir le rythme, ils arrondissent la bouche pour prolonger le son. Le chef de chœur les accompagne plus qu’il ne les conduit. L’amplitude et la lenteur des mouvements de ses bras, les balancements de son buste, l’immobilité du bas de son corps donnent l’impression qu’il conduit sa chorale planté au fond de l’océan par dix mètres de profondeur. Lui ne chante pas, mais il articule soigneusement et silencieusement chaque parole du cantique. De temps en temps, il sourit largement. Il est heureux.

Je ne suis pas musicien. Je ne sais pas décrire une musique, une mélodie, ou une petite phrase dans une sonate. Mais je sais ressentir que l’émotion est palpable. Elle a saisi toute la cathédrale.

Un cantique s’achève ; un instant de silence, troublé par quelques bruits de chaises qui s’agitent ; une porte lointaine claque ; un léger murmure parmi les choristes ; une note, une seule pour donner le ton ; encore un silence et un nouveau cantique commence. Ce sera le dernier.

Il monte, d’abord doucement, lentement, sans rythme, puis il s’élève un peu sur quelques courtes mesures. La musique devient légère, bondissante comme une danse campagnarde. Mais, derrière la danse, monte à nouveau le thème du début qui enfle et résonne à travers la cathédrale. Les voix des hommes et des femmes, puissantes, ne se distinguent plus. Enfin, elles se séparent pour un canon majestueux qui reprend sans cesse le mot Amen, de plus en plus doucement, de plus en plus lentement, pour finir sur une seule note prolongée qui se noie dans l’écho.

Chorale

Silence…on hésite à applaudir. Quelques-uns osent, timidement. Le chef se retourne, salue brièvement de la tête. Il prononce un seul mot dont on entend juste la fin : -…sssiii. Les choristes ont repris leurs sacs à dos, pochettes à bandoulière et bananes. Leur petit groupe descend l’allée centrale et disparait dans l’ombre du sas de l’entrée principale.

Une fois dehors, un autre que moi sourira à son tour devant leurs sacs à dos, leurs pochettes et leurs bananes et les prendra pour un groupe de touristes ordinaires.

Les corneilles du septième ciel (35)

Chapitre 35

       Le procès débuta au début de l’année suivante. Lorenzo était toujours hospitalisé et son délire persistait malgré les efforts de Philippe I à qui il avait été confié par le service de neurologie du CHU de Poitiers. Françoise se réjouissait de ne plus être confrontée tous les matins à son ami photographe qui ne la reconnaissait plus. Malgré la situation dramatique, elle se réjouissait de voir réunis ses trois soupirants que rien ne prédisposait à se retrouver à la barre d’un procès fort médiatisé : l’écrivain du cinquième arrondissement que des organisations woke scandalisées par son crime ne désespéraient pas de voir déchu de son Prix Goncourt, le photographe Lorenzo qu’elle appelait en secret le bavard et son psychanalyste intéressé qui l’avait débarrassée de son attirance pour les femmes. Myriam, la petite cousine de ce dernier, faisait aussi partie de la réunion de famille pour avoir recueilli le photographe blessé après son agression. Ne manquait au rendez-vous que son amie Annick dont la lune de miel avec son archéologue dans les jardins de Babylone n’en finissait pas.

Malgré les convictions de l’inspecteur Bruno Body, le suspect ne pouvait pas être qualifié d’assassin puisqu’il Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (35) →

Couleur café 36 Le Capoulade

Couleur café n° 36:

Le Capoulade

Voici une photographie de la terrasse du Capoulade au début des années 50. Le Capoulade était l’un des grands cafés du Quartier Latin. Situé au bas de la rue Soufflot à l’angle du Boulevard Saint-Michel, au soleil du matin au soir, il était préféré à celui d’en face, le Maheux, qui demeurait à l’ombre la plus grande partie de la journée.

Sur cette photo prise par un beau jour ordinaire de printemps, on remarquera la sérénité et l’insouciance de ces étudiants qui, pour les garçons, portent tous (sauf un zazou en col roulé au premier plan) costume et cravate et, pour les filles, chemisier léger et jupe plissée. On se souviendra aussi que la guerre avait commencé alors qu’ils atteignaient Continuer la lecture de Couleur café 36 Le Capoulade →

Que faut-il penser d’ Histoire de Dashiell Stiller ? (6)

A peine sorti de presse, l’Histoire de Dashiell Stiller déclenche les polémiques auxquelles les ouvrages de Philippe Coutheillas nous ont habitués.
Histoire de Dashiell Stiller… Roman d’aventures, autofiction, roman historique, histoire d’amour, roman à l’eau de rose, roman de l’été, bide de l’année… tout à été dit.
Mais que peut-on en penser, que FAUT-il en penser ?

Des écrivains vous répondent…

27 juin 2023 (probablement). Quelque part, mais où… ?

C’était en novembre, peut-être à Paris, peut-être ailleurs… Vichy, Vienne, Valparaiso… je ne sais plus. Comme tous les jours à cette saison imprécise, il y avait du brouillard, partout du brouillard, du brouillard dans la rue, du brouillard dans l’escalier, du brouillard dans ma tête. Je l’ai cherchée longtemps dans la bibliothèque de mon père, cette Histoire de Dashiell Stiller dont je crois me souvenir qu’il m’avait dit le plus grand bien. Mais était-ce mon père ? Était-ce bien mon père qui m’avait dit cela ou bien était-ce ce marchand de cravates de la rue des boutiques occultes ? Ou bien encore cet ami de jeunesse perdue, Francis ? Francis… que j’aurais pu connaitre, mais qui est mort avant… enfin, je crois…

Je ne sais pas, je ne sais plus…

De toute façon, je ne l’ai pas trouvé, le bouquin ! Alors arrêtez de m’emmerder avec cette Histoire de Dashiell Stiller ! Compris ?

Patrick Medrano, amnésique

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