Archives de catégorie : Critiques

Moins que zéro – Critique aisée n°187

Critique aisée n°187

Moins que zéro
Bret Easton Ellis – 1981 ,
10/18 Collection  Domaine étranger – 250 pages

Un beau matin, Le Masque et la Plume m’annoncent tous les deux que Bret Easton Ellis vient de sortir son dernier livre, White. Tous s’exclament et donnent des détails sur BEE, sa vie, son œuvre, ses goûts. Tous racontent qu’ils l’ont lu dans leur belle jeunesse et qu’il a marqué leur génération — tous ont entre 15 et 25 ans de moins que moi. Beigbeder en particulier parle avec chaleur de sa vision du monde, de sa plume incisive, de son ironie, sa distance, son pessimisme. Comme j’aime bien Beigbeder, j’ai acheté White, pensant y découvrir une sorte de Philippe Muray US. Mais, arrivé au tiers du chemin, j’ai trouvé le livre tellement creux — à peu près autant que les chroniques de Joan Didion (L’Amérique) dont j’avais fait ici une assez méchante critique — que j’en ai parlé à mon fils, l’artiste, chez qui je suis toujours assuré de trouver un jugement raisonné, dénué de parti-pris, et non entaché par les préjugés de l’âge, c’est à dire du mien. Il ne connaissait pas White, mais tout de suite il m’a conseillé le premier roman d’Ellis, Moins que zéro, qu’il avait lu vers l’âge de 17 ou 18 ans. A notre rencontre suivante, il m’apportait son exemplaire. Comme c’est lui qui m’avait amené à Platon et surtout à Proust avec le résultat que l’on sait, vous pensez si j’ai Continuer la lecture de Moins que zéro – Critique aisée n°187 →

(très) cher cinéma français – Critique aisée n°186

Critique aisée n°186

(très) cher cinéma français
Éric Neuhoff
Albin Michel – 2019 – 131 pages – 14 euros

Moi, je l’aime bien, Éric Neuhoff. Bien qu’il se soit un peu empâté, à 63 ans, il a toujours une gueule de lycéen redoublant une terminale. Il y a longtemps que je ne lis plus Le Figaro (non, je n’ai pas changé, mais le temps est trop court), mais je l’entends souvent au Masque et la Plume. Je l’aime bien, Neuhoff, au Masque et la plume. Je ne suis pas comme l’autre là, vous savez, Le Herpeur. On dit qu’au Masque, Neuhoff est critique de cinéma et que Le Herpeur est critique de Neuhoff. Il n’est pas que critique de cinéma, Neuhoff, il est aussi romancier. Il y a quelques années, j’avais lu de lui un de ses romans de jeunesse. J’en ai oublié le titre, mais c’était léger, agréable. Il est aussi essayiste et son petit bouquin Lettre ouverte à François Truffaut valait le coup. J’en avais donné ici un extrait il y a un peu plus d’un an. Cliquez là, si vous voulez :

https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=13096

Il vient de sortir un petit bouquin (131 pages qui, avec une mise en page normale, auraient bien tenu en 60) « (très) cher cinéma français » (les parenthèses sont de lui) et qui lui a valu Continuer la lecture de (très) cher cinéma français – Critique aisée n°186 →

Do you Shakespeake ? – Critique aisée 28

(La première publication de cette critique a eu lieu le 3 juillet 2014. C’était le bon temps.)

Il faut bien le dire, le grand William avait une drôle de façon de s’exprimer. Pour rendre ses œuvres plus accessibles aux élèves des lycées, c’est-à-dire, selon Pierre Desproges, ceux qui savent lire dès l’âge du permis de conduire, l’Education Nationale a décidé de faire remplacer une douzaine d’expressions élisabéthaines particulièrement obscures par les traductions suivantes :

1–Marcher contre le vent de la raison : S’apprêter à faire une connerie. (Antoine et Cléopâtre)

2–Il se rit des plaies celui qui n’a jamais reçu de blessure : Tu feras moins le malin quand ça t’arrivera à toi ! (Roméo et Juliette)

3–Si c’était fait lorsque c’est fait, il faudrait le faire tout de suite : Ah! Si ça pouvait être fini avant que ça commence ! (Macbeth) Continuer la lecture de Do you Shakespeake ? – Critique aisée 28 →

J’ACCUSE – Critique aisée n°185

Critique aisée n°185

J’ACCUSE
Roman Polanski – 2019 -132 min.
Jean Dujardin, Emmanuelle Seigner, Louis Garrel, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud, Vincent Perez… et une petite moitié de la Comédie Française (Grégory Gadebois, Hervé Pierre, Didier Sandre, Eric Ruf, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Denis Podalydes, Laurent Nastrella, Bruno Raffaelli)

 Je vais vous parler du dernier film de Polanski, et c’est tout. Mais vous savez bien qu’avant d’entrer véritablement dans une critique, je ne peux faire autrement que de tourner un peu autour du sujet, juste pour m’échauffer. Alors, patience…

« La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique. »

L’attribution de ce célèbre aphorisme à Georges Clémenceau semble pleinement justifiée quand on se rappelle Continuer la lecture de J’ACCUSE – Critique aisée n°185 →

Midway – Critique aisée n°184

Critique aisée n°184

Midway
Roland Emmerich – 2019
Une bande d’acteurs insignifiants

Écoutez, je n’ai pas vraiment envie de vous parler de ce film. Je me contenterai de citer Le Figaro qui en a fait un bon résumé avec ça : « une orgie numérique sans intérêt« .
Voilà, c’est ça, c’est une orgie numérique sans intérêt.

Midway, c’est cette ile au milieu du Pacifique, à peu près à mi-distance de la côte Ouest des Etats Unis et du Japon, où, huit mois après le bombardement de Pearl Harbor, se déroula une gigantesque bataille aéronavale entre les flottes américaine et japonaise. Au cours de cette bataille, une partie Continuer la lecture de Midway – Critique aisée n°184 →

La puce à l’oreille – Critique aisée n°183

Critique aisée n°183

La puce à l’oreille
Georges Feydeau – (1907)
Troupe de la Comédie Française (2019)

Les pièces de Georges Feydeau sont des mécanismes d’horlogerie, des mécanismes d’horlogerie d’une précision suisse, construits par un horloger maniaque dans le seul but de pouvoir y introduire lui-même un à un les grains de sable qui emmèneront l’horloge en survitesse et finiront par la faire exploser.
Bon, d’accord, mais la comparaison des pièces de Feydeau avec un mécanisme, infernal ou de précision, d’horlogerie est d’une telle banalité que je vous prie de m’excuser d’être tombé dans un tel cliché. Alors, je vais tenter devant vous de filer une métaphore dont j’ai tout lieu de croire qu’elle est totalement originale. Voici : pour un metteur en scène, une pièce de Feydeau, c’est comme un meuble à monter de chez IKEA.

Tiens donc ?

Quand vous recevez un meuble à monter de chez IKEA, tout est là, toutes les pièces, les planches, les portes, les étagères, les vis, les écrous, les targettes, les poignées, les miroirs, les cornières et même la petite clé à 6 pans, celle que vous perdez dans les six premières minutes, tout vous dis-je, et si vous respectez Continuer la lecture de La puce à l’oreille – Critique aisée n°183 →

Le Mans 66 – Critique aisée n°182

Attention, ceci n’est pas le 3ème épisode du récit haletant que vous suivez depuis quelques jours « De La Flèche au Mans » !

Critique aisée n°182

Le Mans 66
James Mangold – 2019 – 152 minutes
Matt Damon, Christian Bale

Et voilà ! Cela fait cinq ans que vous lisez mes Critiques aisées (aujourd’hui, c’est la cent quatre-vingt deuxième ( fichtre ! )). A présent, vous connaissez parfaitement ma pondération, mon sens de la mesure, mon maniement de la litote, mon usage de l’implicite. Eh bien, aujourd’hui, c’est très explicitement, sans euphémisme ni hyperbole, que je vous dis : « Le Mans 66 ? Ça, c’est du cinéma ! ».

Ne vous y trompez pas, Le Mans 66 n’est pas un remake du film Le Mans de 1971 qui n’avait d’autre Continuer la lecture de Le Mans 66 – Critique aisée n°182 →

Hors normes – Critique aisée n°183

Critique aisée n°183

Hors normes
Olivier Nakache + Eric Toledano – 2019
Vincent Cassel, Reda Kateb
114 minutes

Il y a une trentaine d’années, avec Rain Man, le cinéma américain nous avait présenté l’autisme sous une forme somme toute relativement peu handicapante. Le personnage central — Dustin Hoffman — souffrait en fait de ce que l’on appelle selon les cas « syndrome d’Asperger » ou « autisme savant ». Le film, excellent par ailleurs, était très loin de Continuer la lecture de Hors normes – Critique aisée n°183 →

La clé USB – Critique aisée n°180

Critique aisée ° 180

 La clé USB
Jean-Philippe Toussaint – 2019
Les Éditions de Minuit – 191 pages – 17€

Vous savez sûrement ce que c’est qu’une fin ouverte ? Je veux dire, en matière de roman, de récit ? Oui ? Bon !

Les fins ouvertes, c’est bien… enfin, ça peut être bien. Dans certains cas, c’est même plutôt élégant, plus chic qu’une fin bien ficelée, et certainement moins exaspérant que ces derniers chapitres de romans de détection où un détective moustachu nous explique comment le colonel Moutarde a fait disparaître le chandelier avec lequel il avait brisé discrètement le crâne du maître d’hôtel dans le vestibule. En tout cas, la fin ouverte, c’est un genre qu’affectionnent beaucoup des écrivants amateurs que je fréquente sur un certain forum d’écriture. Ils disent qu’ils souhaitent laisser toute liberté au lecteur d’imaginer ce qui Continuer la lecture de La clé USB – Critique aisée n°180 →

La belle époque – Critique aisée n°179

Critique aisée n°179

La belle époque
Nicolas Bedos – 2019
Fanny Ardent, Daniel Auteuil, Doria Tillier, Denis Podalydes, Pierre Arditi,

Je n’aime pas beaucoup Nicolas Bedos. En fait, je veux dire que je n’apprécie pas le personnage : dandy en vogue, branché, sarcastique, méchant quand il est moqué, toujours prêt à lancer une vraie vacherie quelle que soit la victime pourvu que les rieurs soient avec lui, tout le côté systématique et déplaisant de l’esprit Canal +. Je situe Bedos un peu au-dessus de Thierry Ardisson et pas mal au-dessus  de Laurent Baffie, mais quand même, je ne l’aime pas énormément.

Ceci dit, je n’aime pas non plus Jean Michel Ribes et j’ai déjà écrit des choses pas très gentilles sur ce personnage. Ça ne m’empêche pas d’aimer ses spectacles et de le dire.

Bon, maintenant que je me suis décerné à moi-même ce brevet d’impartialité, Continuer la lecture de La belle époque – Critique aisée n°179 →