Archives de catégorie : Critiques

La grande Beune – Critique aisée 168

Temps de lecture : 6 minutes

Critique aisée n°168

La grande Beune
Pierre Michon – 1996
Collection Folio – 78 pages

Honnêtement, j’ai un peu de mal à commencer cette critique. Ceci pour deux raisons. La première, c’est que ce livre m’a été offert et recommandé par un ami.

Et déjà, là, je m’arrête et m’interroge : Pourquoi avoir précisé « par un ami » ? Qui d’autre qu’un ami peut-il vous offrir un livre ? Un livre n’est pas un cadeau de civilité, comme une boite de chocolat ou un bouquet de fleurs — d’ailleurs, on m’offre assez peu de fleurs. Comme le parfum, le livre est un cadeau des plus personnels avec la différence qu’il est personnel à celui qui offre. Il peut révéler ses goûts et ses couleurs, sa façon d’aimer, ses détestations. Il engage sinon son honneur, mais parfois sa réputation — pas à tous les coups, bien sûr, mais quand même. Que celui qui, offrant un livre, accepte ainsi de s’exposer, éventuellement d’être jugé, est bien une preuve d’amitié.

Mais j’y pense : pourquoi à « offert » ai-je ajouté « et recommandé » ? Quelqu’un, même quelqu’un qui ne serait pas de vos amis, vous a-t-il dit un jour : « Tiens, je t’ai apporté un livre. Il est sans intérêt, creux et ennuyeux ; de plus, il est mal écrit et n’a rencontré aucun succès » ?  Non, bien sûr ! Parce que, quand on offre Continuer la lecture de La grande Beune – Critique aisée 168

Il était une fois à Hollywood – Critique aisée n°167

Critique aisée n°167

Il était une fois à Hollywood
Quentin Tarentino – 2019
Leonardo di Caprio, Brad Pitt, Al Pacino, Bruce Dern, Ken Russell

Beaucoup de bruit pour rien.
Non, je ne suis pas juste, pas pour rien. Mais beaucoup de bruit pour pas grand-chose assurément. Pas aussi risible que Kill Bill, pas aussi caricatural que Inglorious bastards, pas aussi déplaisant que Django, pas aussi lamentable que les Huit salopards, voici « Il était une fois à Hollywood« .

Pour une fois depuis plusieurs années, ce film de Tarentino ne m’a ni agacé, ni irrité. Il m’a simplement déçu. Déçu, parce que la bande annonce laissait prévoir plus d’humour que je n’en ai trouvé dans le film, parce que les acteurs de première grandeur qui apparaissent dans le film cabotinent à qui mieux mieux, parce que je m’étais laissé prendre à son incroyable campagne de promotion, destinée sans doute à compenser une sortie en salles au mois d’Aout, le mois des nanars… mais pas déçu à cause des critiques enthousiastes, ça non, car j’avais fait en sorte de ne rien lire ni entendre avant de me rendre à l’Escurial ce dimanche après-midi. En attendant que la séance ne commence — j’arrive toujours avant l’heure de la séance, car j’aime voir les bandes annonce et même les films publicitaires et les attractions, mais ça c’est fini depuis 1955 — je pensais que c’était dans cette même salle où, il y a soixante-dix ans, j’allais au balcon voir Erroll Flynn mater  » La Révolte des dieux rouges ».
Ça c’était la touche personnelle, celle que j’ajoute toujours pour montrer que je ne suis pas un robot.

Bon, le titre, d’abord.
On sait que, au risque de n’être que cela, Tarentino est un maître ès références. Alors, on peut se demander si le titre Continuer la lecture de Il était une fois à Hollywood – Critique aisée n°167

Les Saisons – Critique aisée 166

Critique aisée n°166

Les Saisons
Maurice Pons – 1965
Christian Bourgois – 214 pages
 

Il faut avouer que j’ai bien failli abandonner. J’ai tellement patiné dans la gadoue froide et visqueuse des vingt premières pages, je me suis tellement senti mal à l’aise à entrer dans ce village en ruine sous cette pluie désespérante, j’ai tellement été rebuté par les premières rencontres avec ses habitants que j’ai bien failli abandonner et ranger le bouquin avec son billet de train composté coincé entre les pages vingt et vingt et un — car on ne sait jamais…

Il n’y avait pas que le climat de ce bled pourri qu’on me décrivait qui me dissuadait d’avancer, pas que la peinture à la Bidochon des premiers exemplaires de sa population qui me prenait à rebrousse-poil, et pas que la noirceur cauchemardesque de l’atmosphère qui me faisait craindre le pire. Ce qui me freinait le plus, c’était la richesse et la désuétude du vocabulaire qui m’annonçaient une indigestion rapide.

Cette phrase faillit bien emporter ma décision :

« (…) assise à califourchon sur les genoux de l’un des douaniers, — le douanier en second à ce qui devait apparaître bientôt — qui la maintenait contre lui en lui plaquant les deux mains ouvertes sur les fesses, elle lui pressait entre deux doigts les ailes du nez, et la séborrhée sale dont elles étaient gorgées jaillissait des pores en petits vermisseaux à têtes noires.« 

Mais avant de lâcher prise, avant de me mettre à relire Bonjour Tristesse ou Continuer la lecture de Les Saisons – Critique aisée 166

Sans nouvelles de Gurb – Critique aisée n°165

Journal des Coutheillas, numéro 2075 !
Vous êtes sûr ?
Certain ! 

Critique aisée n°165

Sans nouvelles de Gurb.
Eduardo Mendoza -1990
Roman traduit de l’espagnol par François Maspero
125 pages- 6,50 €
Disponible à la FNAC avec 5% de réduction en cas de retrait en magasin !

Eduardo Mendoza est un écrivain espagnol. Né en 1943, il est, m’as-t-on dit (en fait, on c’est Wikipédia, le viatique de l’homme cultivé), considéré comme l’écrivain le plus représentatif de sa génération. Il a remporté le prix Cervantès en 2016.

Je suis tombé par hasard sur cet étrange petit bouquin en cherchant à retrouver dans ma bibliothèque le seul roman vraiment comique de Marcel Proust, « Mon narrateur chez les riches« , qui m’avait fait tant rire quand j’étais rempailleur de chaises au Moyen Tibesti.

Le thème est le suivant : un vaisseau spatial venu d’ailleurs se pose dans la région de Barcelone. À bord, deux aliens, le commandant et son adjoint, Gurb. Il est important de savoir que ces deux-là sont des êtres incorporels. Bon. Gurb est envoyé en reconnaissance par son chef qui, après consultation du Catalogue Astral Indicatif des Formes Terrestres Assimilables, choisit pour lui la forme de Madonna. Au bout de quelques heures, Gurb n’est pas Continuer la lecture de Sans nouvelles de Gurb – Critique aisée n°165

Nevada – Critique aisée n°164

Critique aisée n°164

Nevada
Laure de Clermont-Tonnerre — 2019
Matthias Schoenaerts, Bruce Dern

Depuis qu’après Sergio Leone Tarentino a entrepris de le détruire, il n’y a plus que des français pour faire du vrai cinéma américain tout en le revisitant. En 2009, Bertrand Tavernier s’était chargé du polar avec Dans la brume électrique ; l’année dernière, Jacques Audiard avait renouvelé le western avec Les frères Sisters (1) et cette année c’est Laure de Clermont-Tonnerre qui s’y colle avec son film carcéral Nevada(2).

Roman Coleman a tué sa femme dans un geste de colère. Après douze années passées dans une prison du Nevada, il lui en reste encore pas mal à purger. La captivité et sans doute aussi l’obsession de son acte ont refermé hermétiquement l’homme sur lui-même, résigné, docile, avec pourtant, de temps Continuer la lecture de Nevada – Critique aisée n°164

Les Buddenbrook – Critique aisée n°163

Critique aisée n°163

Les Buddenbrook

Thomas Mann… Je ne sais pas pourquoi, mais je n’avais jamais osé aborder cet auteur. Sans doute inconsciemment impressionné par le titre de son roman le plus célèbre, j’assimilais son œuvre à une montagne gigantesque et n’osais pas l’affronter. Beckett, James Joyce m’avaient fait le même effet mais au moins, avec eux, j’avais tenté l’escalade. Mais avec Mann, non.

Jusqu’à ce qu’un jour, une amie, jeune et charmante, qui, me connaissant, m’avait aimablement lancé sur le sujet de Proust et patiemment écouté faire mon numéro habituel sur le petit Marcel, m’avoua qu’elle n’osait pas entreprendre la lecture de la Recherche du Temps Perdu. Œuvre trop impressionnante, trop difficile, trop longue… Je me récriai et poursuivis ma démonstration selon laquelle au moins une lecture de la Recherche est indispensable à l’honnête homme. (En l’occurrence, j’aurais dû dire l’honnête femme, mais je trouve que ça ne sonne pas pareil.)

Elle me promit de tenter l’expérience — je ne sais pas encore si elle a tenu parole — et en retour, puisque j’aimais tant Marcel Proust et sa Recherche, elle me fit promettre de lire Les Buddenbrook, car elle ne doutait pas que j’aimerai Thomas Mann et son premier roman.

Je promis et Continuer la lecture de Les Buddenbrook – Critique aisée n°163

Parasite – Critique aisée n°162

Critique aisée n°162

Parasite
Bong Joon Ho  -2019
Palme d’or du festival de Cannes 2019

Je vous avais dit que « Douleur et Gloire » n’aurait pas la Palme d’Or, et il ne l’a pas eu ( voir Critique  aisée n° 160). Je vous dis aujourd’hui que « Parasites » ne méritait pas la Palme d’Or, mais qu’il l’a eu. On ne peut pas toujours être écouté.

Donc, pour moi, Parasite ne méritait pas la Palme d’Or. Bon, d’accord, c’est un bon film, mais de là à le mettre au niveau du Troisième homme, d’Un homme et une femme, de M.A.S.H., d’Apocalypse now, d’All that jazz, de Barton Fink… ! Bien sûr, la Palme a été aussi attribuée à des trucs pas terribles, mais Parasite est bien mieux que pas terrible.

Quand, comme beaucoup de critiques, on ne sait pas trop quoi dire d’un film, on commence par le raconter, en se disant que les idées viendront. Mais raconter le film serait Continuer la lecture de Parasite – Critique aisée n°162

Rocketman – Critique aisée n°161

Critique aisée n°161

Rocketman
Dexter Fletcher – 2019
Taron Egerton, Jamie Bell

Moi, j’aimais bien Queen, avec Freddy Mercury ; Kind of Magic ou Bohemian Rapsody, ça me faisait toujours vibrer. Et puis Freddy Mercury avait l’air d’un type intéressant. Bon, il est mort. Alors Dexter Fletcher a tourné son biopic. La critique était tellement bonne que je suis allé le voir, ce biopic, Bohemian Rapsody, justement. Mais j’ai tellement détesté l’acteur qui joue Mercury qu’il m’a gâché le film au point que je n’ai pas pu faire la mienne . Elle aurait été épidermique, mauvaise et probablement un peu injuste.

Mais, bien avant Queen, j’avais bien aimé Elton John. On m’avait offert son premier 33 tours en 1970 ou 1971. Je me souviens qu’il y avait cette formidable chanson Border song » avec ses chœurs et ses arrangements grandioses, à la limite du grandiloquent. Superbe ! Et puis bien sûr Your song. Eternelle !

Alors quand j’ai su que sortait son biopic, j’ai eu envie d’aller le voir, mais quand j’ai su que Continuer la lecture de Rocketman – Critique aisée n°161

Douleur et Gloire – Critique aisée n°160

Critique aisée n°160

Douleur et Gloire
Pedro Almodovar – 2019
Antonio Banderas, Penelope Cruz

Quand on parle du dernier film d’Almodovar, deux questions roulent actuellement :
1) Aura-t-il la Palme d’Or ?(1)
2) Est-il autobiographique ?

En l’état actuel de mes informations, les réponses sont respectivement : probablement non et probablement oui.

Aura-t-il la Palme d’Or ? Probablement non, parce que ce n’est pas un grand film, je veux dire que ce n’est pas un grand film à la Almodovar, plein d’exubérance, de fêtes, de sexe et de sang. C’est un film contenu, calme, doux, épuré, mélancolique. Mais par l’humour et l’émotion, la vivacité des couleurs, l’homosexualité normalisée, le beau rôle des femmes, c’est bien un film d’Almodovar.

Est-il autobiographique ? Probablement oui. Mais quelle importance ? Que nous importe de savoir si Almodovar a vécu ou non son enfance dans une coquette caverne, si sa maman était aussi belle que Pénélope Cruz, ou s’il a vraiment été opéré d’une grosseur derrière l’œsophage ? Si ça vous intéresse, Continuer la lecture de Douleur et Gloire – Critique aisée n°160

Controverse

Ce texte a été écrit par Laurenzo dell’Acqua en réaction à certains commentaires qui avaient été émis à propos de l’une de ses missions publiée le 5 avril dernier : Les missions de Laurenzo (3) : Le musée Picasso. Voici « Controverse », qui ne manquera pas, surement, d’attirer les commentaires. 

Certains commentaires de ma visite au Musée Picasso m’ont surpris : ils regrettaient de ne pas avoir les « clés » pour apprécier ce peintre. Mais pourquoi l’accès à la peinture devrait-il passer par une porte cadenassée ? Pourquoi ne pas avoir une perception beaucoup plus simple voire simpliste de la peinture et de l’art ? Est-il nécessaire de connaître le pourquoi du comment de l’oeuvre pour qu’elle puisse vous plaire ? Moi non plus je n’ai pas les clés pour comprendre Picasso et les autres. Je ne sais ni dessiner, ni peindre, je n’ai pas de formation aux arts plastiques, je n’ai pas fait l’Ecole du Louvre et je ne connais aucune théorie sur l’art. J’aime un peu, beaucoup, passionnément (ou pas du tout) une œuvre parce que : 1) ou bien elle est belle 2) ou bien elle m’émeut 3) ou bien je ne sais pas pourquoi.

Commençons par celles qui ne me plaisent pas. Je n’ai jamais aimé la Joconde, mais alors jamais, et  je ne l’ai jamais trouvée jolie. Elle ressemble à la concierge de mon enfance qui souriait tout le temps mais qui était mauvaise. On dirait aujourd’hui Continuer la lecture de Controverse