Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Get your facts !

En 1889, alors qu’il avait 23 ans, Rudyard Kipling obtint de Mark Twain, qui en avait alors 54, une interview. Kipling avait lu Twain tandis qu’il était aux Indes et l’écrivain américain était son idole. Il fut tellement bouleversé par cette rencontre que c’est ainsi qu’il commença son article :

« You are a contemptible lot, over yonder. Some of you are Commissioners, and some Lieutenant-Governors, and some have the V.C., and a few are privileged to walk about the Mall arm in arm with the Viceroy ;  but I have seen Mark Twain this golden morning, have shaken his hand, and smoked a cigar—no, two cigars—with him, and talked with him for more than two hours! . . .Understand clearly that I do not despise you, indeed I don’t. I am only very sorry for you, from the Viceroy downward … »

« Vous êtes une bande méprisable, vous là-bas. Certains d’entre vous  sont des Préfets, et certains des vice-gouverneurs, certains ont la Victoria Cross et un petit nombre a le privilège de se promener bras dessus bras dessous avec le Viceroy ; Mais moi, j’ai vu Mark Twain en ce matin béni, je lui ai serré la main, et j’ai fumé un cigare — non, deux cigares — avec lui, et nous avons parlé pendant plus de deux heures. Comprenez bien que je ne vous méprise pas, assurément non. Je suis juste vraiment désolé pour vous, depuis le Viceroy jusqu’en bas… »

Voici ce que Twain dira de Kipling un peu plus tard : Continuer la lecture de Get your facts !

Conversation sur le sable – 5

Saint-Brévin l’Océan, 12 août 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— J’ai besoin de changer d’atmosphère et mon atmosphère, c’est toi.

Enfant au deuxième plan :
— C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère. Si j’suis une atmosphère, t’es un drôle de bled.

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Oh la la ! Des types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de c’qu’ils ont été, on devrait les vider.

Enfant au deuxième plan :
— Atmosphère, atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Puisque c’est ça, vas-y tout seul à La Varenne !

Enfant au premier plan :
— Bonne pêche et bonne atmosphère !

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation
Quatrième conversation

 

Conversation sur le sable – 4

Saint Brévin l’Océan, 12 aout 1948

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Bizarre…bizarre

Enfant au premier plan :
— Qu’est-ce qu’elle a ma pelle ?

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Comment ?

Enfant au deuxième plan :
— Vous regardez sa pelle et vous dites : « Bizarre, bizarre »…

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo 
— Moi j’ai dit « Bizarre, bizarre »… Comme c’est étrange… Pourquoi aurais-je dit « Bizarre, bizarre » ?

Les jambes au maillot de bain en laine en arrière-plan :
— Je vous assure, cher cousin, que vous avez dit « Bizarre, bizarre ».

Voix off dont on aperçoit l’ombre dans l’angle inférieur droit de la photo :
— Moi j’ai dit « Bizarre »… Comme c’est bizarre…

 

Pour réentendre les conversations précédentes, cliquez dessus :
Première conversation
Deuxième conversation
Troisième conversation

La Grande Menace

Quelles sont les plus grandes menaces pour notre planète ?

Contre une collision d’astéroïde, nous n’aurions aucun moyen de défense. Mais la dernière collision, celle qui a tué les dinosaures, remonte à 66 millions d’années.

Un danger plus immédiat est le changement climatique. La fonte des glaces polaires augmenterait la quantité de CO2 dans l’atmosphère. L’effet de serre sur terre pourrait finir pas ressembler à celui qui existe sur Vénus, où la température est de 460°C.

Stephen Hawking – Brèves réponses aux grandes questions – 2018 – Odile Jacob

Raoul

Morceau choisi

J’ignore comment je suis tombé
Sur ce poème majeur —
Pour une fois je n’ai pas peur
D’utiliser un tel cliché —
Chef d’œuvre de drôlerie,
Et aussi de légèreté,
J’ai beaucoup souri,
Et bien aimé.
Et je ne peux plus résister
Au plaisir de le partager.
Peut-être pour l’apprécier
Faudrait-il que vous le lisiez
A voix haute, dans un réduit.
Vous y seriez tranquille, et puis
Là, vous sentiriez bien
La noblesse des alexandrins,
La vigueur des hexasyllabes
Sans parler d
es tétrasyllabes
Qui eux aussi ne sont pas mal.

En tout cas ce n’est pas banal.
Enfermez-vous dans le réduit, 
Allez-y:
Et lisez Raoul de Guitry
Que voici :

 

Raoul
Sacha Guitry

J’ai fait sa connaissance au mois de Février.
Pour être plus précise encor : un mercredi.
Nous échangeâmes quelques mots, puis il m’a dit:
« Vous devriez
Venir dîner seule avec moi! »
C’était la fin du mois –
Qui vient précisément si vite en Février.
Il insistait: « Vous devriez ! »
Alors, ma foi, j’ai répondu :
« C’est entendu. »
Son invitation laissait supposer
Qu’il me considérait un peu comme une poule,
Certes, mais, d’autre part, si j’avais refusé,
Je n’aurais jamais su qu’il s’appelait Raoul.
Au restaurant, pour commencer,
J’ai pris des moules.
J’aime les moules –
Il les déteste. II n’a rien dit – et m’a laissée
Manger mes moules,
Tandis qu’il savourait des artichauts – je crois.
Étaient-ils chauds,
Étaient-ils froids,
Ces artichauts ?
La chose importe peu, soyons francs et loyaux.
Ensuite, ensuite… ensuite,
On a mangé de l’aloyau,
Puis du gâteau de pommes cuites.
Et le soir même, on a – mais passons là-dessus.
Oui, passons sur la bagatelle…
Si j’avais refusé, comment aurais-je su
Qu’il habitait l’hôtel ?
Huit jours plus tard – c’était le 6 –
On est allé dîner tous les deux chez Vatel.
Et, tandis que Raoul,
Sans se faire prier,
Commandait des saucisses,
Je me suis écriée :
« Moi, je voudrais des moules! »
Alors, il a dit: « Non -les moules, c’est mortel! »
Et devant le maître d’hôtel,
Comme si nous étions devant le Maître-Autel,
Il crut devoir ajouter même :
« Oh! Que nenni! Tu n’en mangeras plus maintenant, c’est fini,
Car ta vie est à moi! Prends des macaronis,
Prends de ceci,
Prends de cela,
Du chou farci,
Du cervelas –
Maître d’hôtel, servez-la! –
Prends du canard au sang, du bitock à la crème,
Mais plus de moules – car je t’aime! »
Ça m’a touchée infiniment – vous le pensez.
Ma vie était à lui !
Le bonheur avait lui
Sous un ciel azuré.
Et, du coup, l’avenir me semblait assuré !
Puis, les jours ont passé.
Dame, ici-bas tout passe.
Et de tout – hélas! – on se lasse…
On s’aime, on se caresse, on s’embrasse, on roucoule,
Et parfois, l’un des deux en a vite assez ri.
La preuve en est qu’hier, au restaurant,
Raoul
M’a dit:
« Chérie, Veux-tu des moules? »

 

ET DANS LES JOURS QUI VIENNENT :

  • Demain, 7 h 47 min Qui a pété ? (2)
  • 14 Mai, 7 h 47 min Margaret Mitchell ou François Villon ?
  • 15 Mai, 7 h 47 min Ma vie de mioche – Critique aisée n°159
  • 17 Mai, 7 h 45 min Controverse

Première leçon de philosophie shadokienne

Morceau choisi

Première leçon de philosophie shadokienne

On sait que durant la deuxième moitié du siècle dernier, la philosophie shadokienne, qui était alors au pinacle des écoles de pensée, a formé toute une génération de jeunes esprits en les imprégnant chaque soir de principes logiques par le truchement des étranges lucarnes. Les années passent, mais les principes demeurent et les jeunes esprits d’autrefois devenus responsables politiques d’aujourd’hui sont bien heureux de pouvoir enfin mettre en œuvre ce qui a formé leur jeunesse.
Pour cette première leçon, on se contentera d’apprendre par cœur les sept premiers principes shadokien, parce que Continuer la lecture de Première leçon de philosophie shadokienne

Les hommes des cavernes

Morceau choisi

En 1948, Albert Camus écrivait :

« Il n’y a pas de vie sans dialogue. Et sur la plus grande partie du monde, le dialogue est remplacé aujourd’hui par la polémique. Le XXe siècle est le siècle de la polémique et de l’insulte (…) Des milliers de voix, jour et nuit, poursuivant chacune de son côté un tumultueux monologue, déversent sur les peuples un torrent de paroles mystificatrices, attaques, défenses, exaltations. Mais quel est le mécanisme de  la polémique ? Elle consiste à considérer l’adversaire en ennemi, à le simplifier par conséquent et à refuser de le voir. Celui que j’insulte, je ne connais plus la couleur de son regard ni s’il lui arrive de sourire et de quelle manière. Devenus aux trois quart aveugles par la grâce de la polémique, nous ne vivons plus dans un monde d’hommes, mais dans un monde de silhouettes »

Ce monde dans lequel nous ne voyons que des silhouettes, moi, ça me fait penser à deux trucs:
—la Caverne de Platon
—le 21ème siècle
Pas vous ?

 

  • Bientôt publié

    • Demain, ……..Ah ! Les belles boutiques – 35
    • 27 Avr, ……….Trois jours de la vie de John Doe
    • 28 Avr, ……….Tableau 251
    • 29 Avr, ……….Première leçon de philosophie shadokienne
    • 30 Avr, ……….Je dirai malgré tout que cette vie fut belle – Critique aisée n°157

Les Bidons de l’art – 7

Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. C’est son immatriculation, sa caractéristique. Renversez la proposition, et tâchez de concevoir un beau banal.

Charles Baudelaire – Curiosités esthétiques – 1868

Vous avez surement remarqué que depuis deux ans, j’ai entrepris une série que j’ai intitulée « Les Bidons de l’Art ». Le titre à lui seul exprime toute l’admiration que je porte aux œuvres que j’ai sélectionnées pour figurer dans cette série. Vous pouvez ne pas être d’accord, c’est votre droit de le penser et même de le dire ici, mais en fin de compte, c’est quand même moi qui choisis.

Le jugement de Baudelaire que j’ai reproduit ci-dessus, s’il était lu un peu vite, pourrait justifier à peu près tout ce qui se fait en matière d’art contemporain aujourd’hui et en particulier tout ce que j’ai Continuer la lecture de Les Bidons de l’art – 7

Les pavés de l’Hôtel de Guermantes

temps de lecture: 18 minutes
Morceau choisi

Les pavés de l’Hôtel de Guermantes

Il y a quelques jours, j’ai publié ici le fameux passage de la Recherche du temps perdu qui évoque la Petite Madeleine. Dans mon commentaire d’introduction à ce monument, j’émettais l’opinion que, si relativement peu de monde avait lu ces quelques pages, tout le monde avait entendu parler de cette Madeleine et que pas mal de gens avaient même une idée assez nette de ce qu’elle signifiait.

Mais, dans la Recherche, il est un autre passage qui traite de la mémoire, la mémoire involontaire, la seule qui compte vraiment. Ce passage est tout aussi important, et peut-être même plus que celui de la Madeleine. C’est celui des pavés inégaux de la cour de l’Hôtel de Guermantes. Il est sensiblement plus long que celui de la Madeleine, et à cela je vois deux raisons. Continuer la lecture de Les pavés de l’Hôtel de Guermantes