Archives de catégorie : Récit

Le vaniteux

Vous l’avez un peu connu dans les années soixante-dix. C’était l’époque où vous fréquentiez encore les cocktails professionnels et les déjeuners d’affaire.

S’il fallait le décrire d’un mot, vous diriez qu’il était rond. Pas vraiment gros, mais rond. Son corps, enveloppé dans des habits ajustés exactement à ses mesures, donnait une impression de densité. La plupart du temps, il portait des vêtements de « sportsman », à l’anglaise, très chic. Il avait l’habitude de les acheter dans un magasin spécialisé de l’avenue de la Grande Armée. Mais, sur sa silhouette de Tartarin, ces tenues donnaient un air apprêté et désuet, presque comique : on avait l’impression qu’il allait entrer en scène dans une pièce de Feydeau.
Son visage était souvent luisant d’une légère transpiration. Il avait la cinquantaine, il était volubile, enjoué, joyeux et moustachu et, la plupart du temps, aimable.
Célibataire, divorcé sans doute, des enfants peut-être ; personne n’en savait rien car il n’en parlait jamais.
Fondateur, unique actionnaire et directeur d’un cabinet de conseil, ses revenus étaient conséquents.

Son appartement, dont les fenêtres donnaient sur le Bois de Boulogne, était très confortablement installé, à l’anglaise, comme ses vêtements. Disséminées dans la pièce Continuer la lecture de Le vaniteux

Photos souvenirs – 1

Les enseignes de tous ces cafés fermés me font souvent penser aux voyages que nous avons faits ou bien à l’idée que je me suis faite de ceux que nous n’avons pas faits. A ces souvenirs réels ou imaginaires, il m’a semblé amusant de joindre des informations trouvées sur Internet.

Ce matin-là, je montais la rue Mouffetard et le premier café fermé sur mon chemin était … l’Ile de Crète, justement, un de nos Continuer la lecture de Photos souvenirs – 1

Rendez-vous à cinq heures : El Misti Guy

La page de 16h47 est ouverte…

El Misti Guy
Guy


El Misti, pas le Vésuve, un volcan en activité, plutôt calme, qui domine de 3000 m, Arequipa, mégapole du sud du Pérou, de 1,2 Mns habitants.
Architecture hispanique coloniale en tuf blanc.
Population quechua et lamas dans les rues.
Dépaysement assuré et, avec l’altitude, 2400 m,  tête un peu vide (je venais de Rio) , ce qui était Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : El Misti Guy

Retour sur la Piazza Farnese

Il y a 6 ans, je publiai cet article auquel je n’ai rien changé, sinon son titre en y ajoutant le mot « retour ». Mais je suis allé chercher dans la presse si cette affaire avait évolué sur le plan judiciaire. Eh bien oui, et je vous ferai savoir comment à la fin de l’article.

11 mars 2015

Sur la Piazza Farnese, c’est une belle fin de matinée de mars, fraiche et ensoleillée. Pour la centième fois depuis que nous venons à Rome, nous avons erré un peu sur le Campo dei Fiori dans les allées du marché au milieu des fruits, des fleurs, des bouteilles d’huile, des pâtes multicolores, des olives en vrac, des épices en sachet, des bruits, des odeurs et des triporteurs abandonnés.

Et puis, pour la centième fois, nous avons pris la Via dei Baullari, cette ruelle qui nous amène à chaque fois, bouche bée, sur la grande Piazza Farnese, entre les deux fontaines, juste dans l’axe de l’Ambassade de France. D’ordinaire, hormis une demi-douzaine de Continuer la lecture de Retour sur la Piazza Farnese

En direct du Luxembourg

Ils sont une douzaine, garçons et filles. Ils ont entre quinze et vingt ans. Ils portent des tenues de sport disparates mais il est clair qu’ils se répartissent en deux équipes. Ils sont légers, ils courent, ils sautent, se retournent, virevoltent, ils font voler la poussière, jamais ne se touchent. Ils ne crient pas, parfois ils s’interpellent brièvement, presque à voix normale : à moi… Paul… ici…à droite… faute… allez… mais, la plupart du temps, on entend

seulement le frottement de leurs tennis sur le ciment ensablé du terrain de jeu du Luxembourg. Ils font planer de l’un à l’autre un disque léger qui décrit Continuer la lecture de En direct du Luxembourg

Boris, Mikhaïl, Spitz et moi

Je m’arrange avec mes souvenirs en trichant comme il faut.
Louis-Ferdinand Céline
Mes meilleurs souvenirs, j’ai tendance à les raconter plusieurs fois.
Moi

Spitz et moi, nous venions de passer huit jours dans ce grand complexe pétrochimique de la PSSP à Rovno. Sur le plan technique, cela avait été plutôt intéressant… et pas facile tous les jours. Pas facile, tout d’abord parce que nous avions découvert les preuves que la majeure partie des gros problèmes d’exploitation de cette usine provenait des exploitants eux-mêmes et non des constructeurs franco-allemands comme les Russes le prétendaient pour réclamer des millions de dollars d’indemnité. De plus, qu’il y ait eu un peu de dessous de table à la passation des marchés n’aurait pas été pour nous étonner. Ça n’avait pas été facile non plus à cause des lourdeurs de l’administration et de la crainte permanente de chaque administratif, ouvrier, technicien ou ingénieur devant toute autorité supérieure, ce qui avait rendu chaque étape lente, laborieuse et parfois pénible. Pourtant, il était arrivé parfois que ce soit drôle. Drôle quand, une fois devant l’énorme réservoir d’acide super-phosphorique dont nous devions expertiser l’intérieur de fond en comble, nous avions constaté qu’il n’avait pas été vidé, faute de consigne de la direction. Drôle aussi quand, épuisés et affalés dans le minibus à l’arrêt qui devait nous ramener en fin de journée à notre hôtel en ville, nous avions pu observer pendant Continuer la lecture de Boris, Mikhaïl, Spitz et moi

La Place des Vosges

Post it 27

La Place des Vosges

C’est dommage. C’est un peu loin, la place des Vosges. Un peu loin de chez moi. Deux mille sept cents mètres exactement. A l’aller, ça va, ça descend : la rue des Carmes, la place Maubert, le boulevard Saint-Germain, le Pont de Sully, la rue du Petit Musc et puis, au bout de la rue Beautreillis, le pavillon du Roi qui vous ouvre son passage vers la Place.

Elle est belle, cette place. Elle est carrée, pas grandiose, mais belle, royale, à taille encore humaine, avec ses toits noirs et pentus, ses hautes cheminées et ses chiens assis, ses  oeils-de-bœuf et ses grandes fenêtres à Continuer la lecture de La Place des Vosges

Notes à propos de l‘Univers

Attention, ne vous y trompez pas, ceci n’est pas un article de vulgarisation, c’est juste le recueil de quelques faits avérés qui vous permettront de briller en société (mais pas bien longtemps).

 

Il y a quarante ans :
— on avait calculé que l’Univers avait 13 milliards d’années.
— on estimait le nombre de galaxies à une bonne centaine de milliards
— on pensait que toute la matière contenue dans l’Univers était constituée d’atomes, molécules, protons, neutrons, quarks, gluons, photons… et que tout ça n’avait plus Continuer la lecture de Notes à propos de l‘Univers

Rendez-vous à cinq heures : à chacun son éléphant

La page de 16h47 est ouverte…*

L’irréfutable du Zambèze
par Guy

Le Rendez-vous à cinq heures-L’éléphant de Jim, m’a fait remémorer une aventure en Afrique, il y a quelques années.

C’était lors de la reconnaissance d’un site, pour la construction d’un pont (terminé depuis), sur le Zambèze, près des Chutes Victoria.

Circulant sur un remblai près du fleuve, nous avons soudain repéré un groupe de ces pachydermes, errant en contre-bas de la route.
Pas une surprise dans cette zone de safaris du Botswana.
On s’arrête et je descends pour prendre des photos d’un peu plus près.
Approche prudente donc, mais, soudain, un barrissement, une trompe en l’air, des oreilles qui fouettent, et le Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : à chacun son éléphant

Dans la lumière des phares

Réédition

Novembre 1950. Je viens d’avoir huit ans. On m’a installé comme d’habitude sur la banquette arrière de la 203. Mon père conduit et son ami Eugène est à côté de lui. Ils fument sans arrêt. Ce soir, nous coucherons à Sully. Nous chasserons demain à Coullons. J’ai l’habitude de ce parcours et, pour moi, il est interminable. Je m’endors dès la porte de Châtillon.

Coup de frein, les portières avant s’ouvrent à la volée et les  deux hommes descendent précipitamment. L’air froid pénètre dans la voiture. Je suis parfaitement réveillé. Dans la lumière des phares, je ne vois d’abord que les hautes branches des platanes qui bordent la route, et puis j’entends des cris.

Une voix de femme: « Arrête, arrête, j’suis enceinte, j’suis enceinte! »

Je me redresse sur la banquette et je vois se découper sur le fond noir de la nuit dans le double cône des projecteurs une scène irréelle et violente : devant notre voiture , une autre Continuer la lecture de Dans la lumière des phares