Archives de catégorie : Récit

Le problème avec Céline

2 minutes et 30 secondes 

J’en ai marre !  Ça doit bien faire deux mois que j’en suis là, au même point, en panne. Ras le bol, cette histoire avec Céline ! Elle m’en fait voir de toutes les couleurs. Avec elle, ça n’avance pas, ça n’avance plus.

Pourtant, ça n’avait pas mal commencé dans ce bistrot où je l’avais rencontrée, rue Saint-Jacques. Ça marchait bien, et ma petite affaire progressait normalement, facilement, comme d’habitude…

Bien sûr, comme toujours au début, je ne savais ni précisément quoi dire ni jusqu’où je voudrais vraiment pousser, mais de ça, j’ai l’habitude. Ça commence souvent comme ça : au début, c’est flou, et puis après quelques savants détours, deux banalités et trois clichés, tout d’un coup ça se précise, je sens que ça vient, que c’est pour bientôt : dans quinze jours, Continuer la lecture de Le problème avec Céline →

Un jour sans fin

Première publication : 22/08/2015

temps de lecture : 2 minutes et demi 

Nuit St Sulpice Lundi
C’était une belle soirée de début d’été du côté de la Place Saint Sulpice. Il venait de tomber une courte pluie d’orage  et la merveilleuse odeur de l’asphalte humide et chaud envahissait les terrasses des cafés.
Les hommes en chemise avaient renouvelé leur demi. Les femmes en  Lothar (Ô je voudrais tant que tu te souviennes, …) reprenaient une Marlboro Light avant de jeter leur dévolu.
Il faisait bon. On était bien.
Elle  portait des sabots noirs, un pantalon de  jean bleu, un chemisier blanc un foulard bleu et de longs cheveux blonds. Elle était entourée de rires et de fumée de cigarettes.
Il y avait tant de jeunesse, tant de garçons, tant de Continuer la lecture de Un jour sans fin →

Photos-souvenir – 14

 Par Lorenzo dell’Acqua

Teddy était le surnom affectueux que ses élèves avaient donné à notre chef de service, le professeur Edouard Housset. Hautain, distant et même cassant, il était un des derniers représentants d’une aristocratie médicale en voie de disparition. Propriétaire d’un vaste domaine en Mayenne, Teddy avait réussi à attirer dans cette province chatoyante son élève Pascal P. qui, à son tour, y attira plus tard son élève Jean-Jacques M. Je ne cois pas que les recettes générées par les rares victoires de leurs poulains sur les hippodromes du département y étaient pour quelque chose. Non, Pascal avait choisi cette région parce qu’elle était située à moins de 300 km de Paris et qu’elle était bien desservie par les TGV au départ de la gare Montparnasse. 

Personnalité : Teddy a un caractère très fort et peut devenir très colérique quand quelque chose ne lui plait pas. Teddy a des valeurs et ne compte pas y déroger. C’est également un acharné du travail. Toutefois, il sait dissocier vie privée et vie professionnelle.

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AVENTURE EN AFRIQUE (16)

Kéita le chauffeur du porte char

Le Génie Rural possédait un peu de matériel lourd : pelles mécaniques, bulldozers, compacteurs, niveleuses, etc. Il était nécessaire de les transporter d’un chantier à l’autre, mais compte tenu de leur grande taille et leur petit nombre, cela était loin d’être quotidien. Keita était le chauffeur du porte char et faisait les transferts de ce gros matériel épisodiquement déplacé. Keita était donc souvent inactif mais faisait acte de présence et trainait dans la cour du Génie Rural. C’était un colosse Djerma, sympathique, parlant français. Je l’autorisais à venir se mettre au frais dans le bureau de la section qui était climatisée.

Un matin, Keita est arrivé dans mes locaux la mine défaite. Il n’avait pas dormi de la nuit. Je l’interrogeais et il me fit voir sa main droite entourée d’un gros pansement de chiffons : « une pièce du porte char a éclaté et m’a arraché un bout de doigt ». Je lui dis : «  je t’amène à l’hôpital », « non patron, il faut que tu soignes, tu as une petite pharmacie et il y a Madame pharmacie ». Je me suis laissé convaincre et il a défait doucement son bandage de fortune. Il manquait un bout de chair à son majeur, on apercevait l’os et l’odeur qui Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (16) →

AVENTURE EN AFRIQUE (15)

Les girafes

Une de nos premières sorties en janvier, a été d’aller observer les girafes en totale liberté. Je les avais repérées aux environs de Boubon. Les girafes avaient migré de la zone sahélienne vers le sud à cause de la sécheresse persistante. C’est ce qui expliquait leur présence aux environs de Boubon. Après avoir laissé nos voitures en bordure de la piste, nous nous sommes enfoncés à pied dans la brousse. Après environ une demi-heure de marche nous avons trouvé notre première girafe. Et peu à peu nous nous sommes rapprochés. Nous admirions la grâce Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (15) →

Photos-souvenir – 13

 Par Lorenzo dell’Acqua

Bien que son expatriation précoce les privât de leurs petits enfants, les M.  n’eurent qu’à se réjouir de la réussite familiale et professionnelle de leur fils aîné. Il n’en fut pas de même avec leur fille cadette qui ne manifesta aucune appétence pour les études secondaires et en encore moins pour le calcul (comme son Papa). Malgré les conseils avisés de ce dernier  » Tout le monde a eu le bac dans la famille, ça ouvre toutes les portes mais ça ne sert à rien« , C. fut collée une première puis une deuxième fois au Baccalauréat. Ses parents bienveillants l’inscrivirent dans une Ecole de Commerce privée où elle ne resta que peu de temps. Elle leur annonça que désormais elle gagnerait sa vie comme standardiste chez Mc Donald. Elle se lassa de ce métier prometteur mais les rassura à nouveau sur son avenir : elle n’aurait pas besoin de s’inscrire au chômage parce qu’elle avait trouvé un boulot de représentante pour une marque de revêtements de sol. Par la suite, elle changea plusieurs fois d’activité sans jamais s’inscrire au chômage, ce qui rassurait son papa. Un jour où elle déjeunait chez ses parents, elle leur tendit un papier qu’ils lurent avec étonnement : c’était son diplôme du Baccalauréat. « J’ai suivi des cours du soir pour passer cet examen auquel vous teniez tant et je l’ai eu« . Son papa, mon ami M., en eut larmes aux yeux.

La vie de monsieur Gentil était un modèle du genre. A la tête d’une fabrique de jouets, lui et son associé s’étaient organisés pour ne travailler que six mois par an à tour de rôle. Pendant une période de crise économique, et pour un prix dérisoire selon lui, il s’était offert un bateau de croisière de 17 mètres ce qui est très gros d’après les spécialistes. Amarré à Ajaccio, son bateau lui servait de résidence secondaire. Il finit néanmoins par acheter un petit appartement sur le port.

Je confonds Chypre, où je ne suis jamais allé, avec Rhodes qui est la cité médiévale la mieux conservée au monde. Sa Grande Rue en pente bordée de nobles demeures est splendide. Les maisons ont une architecture inhabituelle  avec des niveaux différents. Ce ne sont pas des étages mais un entrelacement de paliers donnant accès aux pièces d’habitation. Cet étrange agencement m’avait rappelé celui de la maison des Liard à Chartres où, par la fenêtre du salon, on voyait au dessus de nous l’allée par laquelle nous étions arrivés. Plus tard, je réalisai que notre maison à La Flotte avait la même originalité.

Mes cousins, Philippe et sa femme Nicole, m’ont fait un des plus beaux cadeaux de ma vie. Un soir où je dînais chez eux, ils avaient quelque chose à me demander mais comme c’était difficile à dire ils préféraient le faire par écrit. Je dépliai le petit papier blanc où l’écriture régulière de Philippe me demandait si j’accepterais d’être le parrain de leur premier enfant. A l’époque de mes quatorze ans, je ne pleurais plus, mais aujourd’hui en écrivant ces lignes et en repensant à mon émotion de ce soir-là, les larmes coulent sur mes joues.

La Commune, la Fronde et la Terreur sont trois tâches que l’Histoire de France a recouvertes d’un voile pudique. La tendance actuelle, mue par des sentiments d’auto culpabilité rétrospective et injustifiée, glorifie les communards. Pourtant, leur idéal libertaire est assez flou et leur comportement criminel ne le mérite guère. Admettons que la Commune, au même titre que la Révolution Française, ait sa place dans les hauts faits à la gloire de l’Homme et de la Liberté. Mais alors, la Terreur et la Fronde devraient s’y trouver aussi. Je ne supporte pas l’injustice de ce – deux poids, deux mesures – et cette discrimination arbitraire.

L’ourcine est un petit restaurant dans la rue Broca où nous étions allés dîner avec Claude et Tanguy. Atteint de la maladie d’Alzheimer peu après avoir pris sa retraite, Tanguy décéda assez vite. De quoi vous décourager de la prendre. C’était un homme gentil et Claude avait eu bien de la chance de le rencontrer. Hélas, elle était déjà trop âgée pour avoir un enfant.

Cinquante ans après, le jour de mes noces demeure le plus beau jour de ma vie. Moi, ce dont je suis convaincu, c’est que si je n’avais pas eu la chance de rencontrer Anne, je ne serais rien. Certains de mes amis prétendent ne pas être  aussi redevables. Les vernissages sont des moments extraordinaires où, comme le jour de mes noces, se rassemblent ceux que j’aime et qui ne se connaissent pas. Des âmes bienveillantes à qui je signalais cette similitude me firent remarquer qu’il en serait de même le jour de mon enterrement.

Dans les années soixante, le Balzar était un des restaurants préférés des psychanalystes. Sa cuisine traditionnelle assez banale ne faisait pas oublier son inconfort. Les psychanalystes en raffolaient et j’étais trop jeune pour en discuter le bien fondé. J’y avais été invité par Francis Pasche, un ami de mon père un peu doctrinaire mais très bienveillant. Je me souviens lui avoir dit :  » Un traitement (la psychanalyse) qui ne guérit que les crédules n’est pas un vrai traitement « . Je me souviens aussi qu’il avait été (un peu) désarçonné …

Dans La Vraie Vie de d’Artagnan de Jean-Christian Petitfils, j’ai appris plein de choses passionnantes ; par exemple, que notre mousquetaire n’était pas béarnais mais gascon, ce qui ne change pas vraiment grand’chose en pratique. Bien qu’il ne se fonde que sur des références historiques rigoureuses, l’écriture de Petitfils est aussi fluide que celle du roman de Dumas. Pour en savoir un peu plus, je suis allé me renseigner sur Wikipédia. Non seulement Petitfils n’est pas historien mais banquier, ce qui m’a étonné, et il est académicien, ce qui m’a beaucoup moins étonné. Je découvris grâce à lui que la vie du vrai d’Artagnan avait été elle aussi un véritable roman.

La classe de Sean Connery m’a toujours fasciné. Un vrai gentleman écossais,  élégant et insensible aux flatteries. Dans sa jeunesse, il n’avait pourtant pas ce charme et il n’était même pas beau. Comme le bon vin, il n’a cessé de s’améliorer avec le temps ce qui n’est pas si fréquent. L’anecdote suivante prouve aussi son humour. Au début du mouvement féministe me-too, il voulut porter plainte pour avoir été harcelé toute sa vie par … les femmes !

Bien qu’elle n’ait pas le moindre rapport avec mon projet, je vous livre cette magnifique enseigne qui n’est pas celle d’un café mais qui pourrait être la première d’une nouvelle série !

Lorenzo dell’Acqua

 

 

 

 

AVENTURE EN AFRIQUE (14)

Boubon

Notre première sortie avec Chantal, en immersion dans la brousse, a été notre visite à Boubon chez Illiassou Ibrahima. Le village de Boubon est situé entre la RN1 et le fleuve Niger à une quarantaine de kilomètres en amont de Niamey, en pays Djerma. Nous avions stationné notre 2CV en bordure du village et sommes entrés à pied dans les ruelles à la recherche de la case d’Illiassou. Il était rare que des Blancs s’arrêtent à Boubon. Les enfants semblaient inquiets en nous apercevant. Peu de personnes parlaient le français à Boubon. Après quelques investigations, nous avons trouvé Illiassou à qui nous nous sommes présentés. Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (14) →

AVENTURE EN AFRIQUE (13)

Chantier de Lossa (suite)

Un matin nous avons chargé la pirogue comme à l’habitude avec notre matériel et deux bornes de 80 kg. Au milieu du fleuve, une jointure entre deux planches, étanchées avec de la fibre végétale,  commença à fuir. Malgré nos efforts pour écoper sans relâche, la situation s’aggravait et nous n’arrivions plus à évacuer toute l’eau. Arrivés à grand mal sur la berge de l’ile, nous eûmes juste le temps d’évacuer l’embarcation avec une partie du matériel… et la pirogue sombra avec une borne dans 1,5m d’eau. Le piroguier faisait grise mine. Nous avons travaillé toute la journée en bordure du fleuve. Nous nous interrogions sur notre retour. De plus, il y avait une faune importante et de temps en temps nous dérangions un caïman qui se glissait dans le lit de la rivière, ce qui n’avait rien de rassurant. À la fin de la journée pas de pirogue en vue. Il nous fallait donc envisager à traverser  par nos propres moyens. Nous avons repéré un gué, par lequel Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (13) →

La cena di Pisa (2/2)

(…) Avec des gestes rapides mais précis, elle découpa la jupe, l’ôta du goulot et enfonça le sommelier dans le bouchon. Quand elle l’eut extrait sans un bruit, elle porta le bouchon près de son nez. Nous étions silencieux, attentifs, recueillis. Nous nous attendions à devoir désigner celui de nous trois qui devrait procéder avec componction à la première dégustation du Barolo et, après les simagrées d’usage, autoriser la sommelière à nous servir. Mais la jeune femme saisit de sa main gauche le verre qu’elle avait placé au milieu de la table et, de sa main droite, elle renversa la bouteille à la verticale au-dessus du verre, faisant glouglouter vivement le vin dans le goulot.

 2/2

J’avais déjà eu l’occasion d’observer cette énergique méthode de verser le vin dans un restaurant parisien connu pour le prix littéraire qu’on y décerne chaque année. Le sommelier à qui j’en avais fait la remarque m’avait assuré que c’était une excellente façon d’aérer le produit. Soit ! Notre sommelière aérait le produit. Elle l’aéra même en une telle quantité, que j’estimai alors à une quinzaine de centilitres, que le cinquième du contenu de la bouteille se trouvait à présent dans son verre. Tous les trois, ébahis, nous regardions faire la spécialiste. Elle porta le vin à ses lèvres, en but très peu, fit toutes les grimaces qui sont d’usage quand il s’agit de gouter un vin et prononça comme pour elle-même deux mots que je reconnus sans peine : è buono. Puis, changeant de ton, elle lança vers le fond de la salle quelque chose comme : « Eh ! Alfredo ! … blablabla… Barolo ! »

Un homme apparut dans l’encadrement de la porte de la cuisine. C’était Alfredo, sans aucun doute, le patron de l’établissement : plutôt enveloppé, petit et rond, moustachu vif et souriant, il me fit penser au regretté Dario Moreno. Sur un pantalon noir, il portait Continuer la lecture de La cena di Pisa (2/2) →

La cena di Pisa (1/2)

Comme vous n’allez pas tarder à le constater, ce récit ne présente aucun intérêt. Mais, bon…

1/2

La chose s’est passée vers la fin de l’année 2003.
Le voyage entre Paris et Pise avait été difficile.
Ça avait commencé avec un violent orage qui avait inondé une partie de l’autoroute du Nord, provoquant un remarquable embouteillage. C’était justement l’heure où se rendent à Roissy ceux qui ont un rendez-vous le lendemain matin à 8 heures en Italie, la même que celle où les rurbains essaient de rentrer chez eux avant la fin des Chiffres et des Lettres, cette émission dont on célèbrera bientôt les soixante années d’existence et dont la folle ambiance n’est pas sans rappeler celle du journal du soir de la télévision soviétique des années Brejnev.
J’étais donc arrivé très en retard à CDG, mais le même orage ayant retardé le décollage de notre avion, je fus admis à y monter. J’y retrouvai mes deux clients, assureur et courtier, deux hommes que sincèrement et sans flagornerie — franchement, quel intérêt y trouverais-je à présent ? — je qualifie encore aujourd’hui de sympathiques.

Ça a continué avec le vol, plutôt agité, car il n’y avait pas que sur Paris qu’en ce début de nuit de la mi-novembre, le temps était orageux. Nous fûmes soigneusement secoués jusqu’après les Alpes, mais nous nous posâmes à Pise par un temps calme sous une voûte glaciale et étoilée.
Pendant le vol, et malgré les trous d’air, nous avions parlé de l’Italie, de la cuisine italienne et des vins italiens et, je dois dire, parfois avec émotion. J’avais même brillé en mentionnant un vin fameux, ignoré de mes deux compagnons, le Barolo.
Le Barolo est un vin du Piémont, un excellent vin, très Continuer la lecture de La cena di Pisa (1/2) →