L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes (12)

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 Résumé : Yvonne Ratinet connait enfin la raison de l’absence des quarante premiers numéros d’immeubles de la Rue de Rennes, et nous aussi par la même occasion. C’est pas trop tôt ! Finalement, c’est la faute à Haussmann, Napoléon et Eugénie. La Mairie n’y est pour rien. C’est bien dommage, mais c’est comme ça. Mais l’enquête Éméchant n’est pas terminée. Elle va être déçue, la pauvrette.

12-La protection des sources

 Où l’on verra comment la divulgation des sources mène à la récupération des postites..

Tandis qu’Yvonne Ratinet lançait à son mari un regard chargé de fureur, de découragement et de pitié, la jeune Éméchant faisait la même découverte : la Mairie actuelle n’avait pris aucune part dans la disparition du bout de la Rue de Rennes. On se demandera certainement longtemps comment deux femmes aussi différentes, l’une,  ménagère de moins de cinquante ans, finaude et revancharde et l’autre, jeune future journaliste, pleine d’enthousiasme et de naïveté, avaient pu arriver aux mêmes conclusions au même moment. C’est pourtant simple. Fort marrie de constater que les recherches qu’elle avait entreprises autour de la chute du Second Empire et de la Grande Guerre ne donnaient rien, la stagiaire de Marianne se résolut à rompre le serment qu’elle avait fait de garder le secret de la Rue de Rennes. Il se trouve qu’elle était la petite-fille du beau-frère d’un cousin de X — dont nous avons fait le serment de garder secret le patronyme, que nous vous livrerons cependant sur simple appel téléphonique non surtaxé au 068861164. Monsieur X avait été un temps journaliste d’investigation au Monde. Il reçut Élisabeth Éméchant qui lui exposa son problème méthodologique.

—Maître, j’ai un problème méthodologique. Je travaille sur une chose d’étrange qui est survenue Rue de Rennes : une quarantaine d’immeubles ont disparu, comme ça, envolés, finis, pfuitt ! Mais c’est secret, hein ! J’ai promis. J’ai cherché partout, aux Archives Nationales, à celles de Paris, au Cadastre, dans les Catacombes, chez Michelin, partout … J’ai étudié à fond la bataille de Sedan, la Commune de Paris et toute la Guerre de 14… et rien, rien de rien. Mon patron rentre après-demain et je n’ai rien à lui dire. Que dois-je faire ?

Le vieux journaliste sourit finement et lui dit :

—Je vais t’apprendre une chose, Babette. Ça ne t’ennuie pas que je t’appelle Babette. Tiens, c’est drôle ! Babette Éméchant, ça me rappelle quelque chose… Mais quoi ?… Bon, ça ne fait rien. De quoi parlions-nous déjà ? Ah oui ! D’une recherche, ou plutôt d’une méthode d’investigation, car peu importe le sujet… qu’est-ce que c’est le sujet déjà ? … peu importe le sujet, c’est la méthode qui compte, la méthode… et la méthode, c’est la source, et la source, ma petite Isabelle — joli prénom, ça Isabelle — et la source c’est sacré. Tu sais qu’un vrai journaliste, et surtout un journaliste d’investigation, ne révèle jamais ses sources, jamais, sous aucun prétexte, sauf si … mais moi, je vais te la révéler, ma source essentielle, ma source de toujours… je peux bien te la révéler à toi, la petite fille de l’oncle du beau-frère de la cousine… non c’est pas ça…la petite sœur du cousin du père de …, c’est pas ça non plus…bon enfin à toi qui fais partie de la famille… ma première source, comme celle de tous les journalistes, c’est Wikipédia. Il y a tout ce qu’on veut dans Wikipédia, c’est fou ! Mais il faut de la méthode. Regarde.

Tout en parlant il ouvrait son MacBook Pro 24 pouces.

—J’ouvre ma page sur Google et je tape… Je tape quoi déjà ?

—Rue de Rennes

—Et je tape Rue de Rennes. Regarde, Annabelle, c’est extraordinaire, non ? En deuxième choix apparait Rue de Rennes (Paris) ­— Wikipédia. Alors je n’ai plus qu’à cliquer là-dessus et, hop, je saurai tout sur la rue de Rennes.

—Bon sang, mais c’est bien sûr ! dit-elle cliquant.

Il ne lui reste plus qu’à lire :

« La rue de Rennes est une voie du 6e arrondissement de Paris. Elle est une artère commerçante majeure de la rive gauche de la capitale. (…) La rue de Rennes débute place du Québec et finit place du 18-Juin-1940. De tracé rectiligne et d’orientation nord-sud, elle mesure plus d’un kilomètre de longueur et vingt mètres de largeur. Ouverte au milieu du XIXe siècle, (…) la rue de Rennes est une réalisation du Second Empire. Elle devait à l’origine rejoindre la Seine. C’est pour cette raison que la numérotation commence au 41, les numéros précédents ayant été réservés pour la partie de la rue qui devait être percée au nord du boulevard Saint-Germain. La partie existante a été percée en deux fois. Son ouverture s’est faite à la suite du décret du 9 mars 1853 depuis les rues Notre-Dame-des-Champs et de Vaugirard jusqu’à la place du 18-Juin-1940. Le plan annexé à ce décret n’attribuait à la voie qu’une largeur de 20 mètres. Elle a cependant été ouverte, suivant des alignements différents, (…) »

Elisabeth Éméchant venait de prendre une grande leçon de journalisme : pourquoi chercher soi-même quand une banque de données peut vous éviter les fatigues et les dangers d’une enquête ? Cette leçon que, certes, elle n’oublierait jamais, jamais non plus ne lui servirait car, à la suite de cette déception professionnelle, elle abandonna ses études pour monter une starteupe spécialisée dans la récupération et le recyclage des postites. Elle se justifiait en disant : recycler des informations ou recycler des petits bouts de papier, quelle différence ?

Néanmoins, avant cette reconversion radicale, elle prit le temps de rédiger son rapport définitif sur un petit rectangle de papier jaune autocollant réutilisable qu’elle apposa sur l’écran du Mac de Renaud Dely. Le postite disait :

  1. La rue de Rennes commence au Numéro 41
  2. Ça toujours été comme ça
  3. C’est la faute à Napoléon III
  4. T’en fais ce que tu veux
  5. Sans moi

Annexe 1 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_de_Rennes_(Paris)

Annexe 2 : Lettre de démission

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4 réflexions au sujet de « L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes (12) »

  1. Philippe, ben oui, je vois bien, Wikipedia à l’appui, que toute cette histoire des 41 numéros manquant rue de Rennes est vraie. Il n’empêche que, faisant mes courses habituellement dans mon quartier et rarement chez Cartier, j’ai mordu à l’hameçon dés le début et cru que cette histoire abracadabrante était une fiction née dans ton imagination fertile. Mais l’important que j’attends maintenant, ayant compris que la Rue de Rennes n’etait qu’un décor nécessaire à l’histoire, sont les trois coups sur la tête de la Virago, une fiction cette fois. Je compte sur toi.

  2. Jim, si tu fréquentais un peu plus la bijouterie Cartier, tu n’aurais pas eu besoin d’aller sur Wikipedia pour savoir que la rue de Rennes ne commence pas au numero 1. Tout ceci est vrai, Haussmann, Napoléon, Eugénie et l’Institut, vrai ou presque. Mais en sera-t-il de même avec ce qui va advenir de Madame la Maire ? Parce qu’il va lui arriver des bricoles.

  3. Eh bien zut alors! Et moi qui croyait depuis le début que cette histoire de rue de Rennes était une pure fiction dont j’etais prêt à applaudir son imagination. Ouais! Elle se trouve bien sur Wikipedia, j’ai vérifié.

  4. « …à la suite de cette déception professionnelle… »

    Hem…Hem… En fait de déception professionnelle, ce fut un chagrin d’amour car le jour où je rencontrai Elisabeth, je lui fis savoir que j’étais bien trop fatigué pour … Hem hem.

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